‹ MémoiresChapitre 9 sur 40 · ARMEMENT DES LANCIONS A CAHACUA · texte numérisé non relu

ARMEMENT DES LANCIONS A CAHACUA

Je fus alors chargé de Tarmement de deux lancions qui se trouvaient sur le Gamacua, fleuve parallèle ou à peu près au canal de San Gonzalès, et qui comme lui débouche dans la lagune de los Patos.

J'avais réuni, tant des matelots venus de Montevideo que de ceux que je trouvai à Piratinin, une trentaine d'hommes de toute nation. Il va sans dire que, malheureusement pour lui, mon cher Louis Carniglia en était. J'avais en outre, comme nouvelle recrue, un Français colossal,Breton de naissance, que nous appelions Gros-Jean, et un autre nommé François, véritable flibustier, digne frire de la côte.

Nous arrivâmes à Gamacua : là, nous trouvâmes un Américain, nommé John Griggs, qui d'une ferme de Bento Gonzalès, qu'il habitait, était en train de surveiller l'achèvement de deux sloops.

J'étais nommé chef de cette flotte encore en construction, avec le grade de capitano ienente.

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C'était chose curieuse que cette constnictiou, et gui faisait honneur à cette persistance américaine bien connue. On allait chercher le bois d'un côté et le fer de l'autre; deux ou trois'charpentiers taillaient le bois, un mulâtre forgeait le fer. C'est ainsi que les deux sloops avaient été fabriqués, depuis les clous jusqu'aux cercles en fer des mâts.

Au bout de deux mois la flotte fut prête. On arma chaque bâtiment de deux petites pièces en bronze; quarante noirs ou mulâtres furent adjoints aux trente Européens, et portèrent le rôle des deux équipages au chiffre de soixante et dix hommes.

Les lancions pouvaient être de quinze à dix-huit tonneaux l'un, de douze à quinze tonneaux l'autre.

Je pris le commandement du plus fort, que nous baptisâmes le Rio-Pq/rdo.

John Griggs reçut le commandement de l'autre, qui s'appela le Républieam.

Rosse tti était resté à Piratinin, chargé de la rédaction du journal le Peuple.

Nous commençâmes, aussitôt la construction achevée, à courir la lagune de los Patos. Quelques jours s'écoulèrent à faire des prises insignifiantes.

Les impériaux avaient à opposer à nos deux sloops, de vingt-huit tonneaux à eux deux, trente navires de guerre et un bateau à vapeur. I. 7,

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Mais nouB avions^ nous, les bas foods*

La lagune n'était naTlgable, pour de grands bâti* ihents, que dats une espèce de canal Ungeant le bord oriental de la lagtme.

0ii côté opposé, au contraire, te sol était coupé en pente^ et noûs-itiénaes, malgré le peu d'eau que nous tirions, étions obligés de nous échouer plus éé trente pas avant que d'arriver au bord.

Les bancs de sable s^'avançaient dans la lagune à peu près commiB les dents d'un peigne, seuleitiënt eei^ dents étaient très-écartées l'une de l'autre.

Lorsque lious étions obligés de nous échouer^ et 4t4e le canon d'un bâtiment de guerre ou d'un bateau à Vapeur nous incommodait^ je eriais :

•^ Allons, mes canards, à l'eau!

Et mes canards sautaient à l'eau, H à forte de bras bh soulevait le lanciou et on le portait de l'autre côté du banc de sable^

Âu milieu de tout cela, nous prltuëi^ un bateau richement chargé, nous le ctoduisîmes sur ia éôfé occidentale du lac^ près de Gamacua; el Ift nous le brûlâmes, après en avoir tiré tout fee qU'il fut possî-^ ble d'en tirer*

C'était la première prise que nous faisions qui fen ralôt la peine; elle réjouit fort notre petite marine. D'abord, cbaeuf} eut t^ part du butin^ et avee un

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fonds de l*ésefVe Je fis kit^ des uniformes à mes hômtnes. Les inipériàux, qui nous avaient fort méprisés et hé ûiàfiqûaiënt janâais une occasion de se môqliéf de notis, commencèrent à Comprendre nôtre importance dans la lagune, et employèrent de nombreux bâtiments k protéger leur commerce. La vie que nous menions était active et pleine de dangers, à cause de la supériorité numérique de notre ennemi, mais en môme temps attachante, pittoresque et en harmonie avec mon caractère. Nous n'étions pas seulement des marins, nous étions, au besoin, des cavaliers ; nous trouvions au moment du danger autant et plus de chevaux qu'il ne nous en fallait, et nous pouvions former en deux heures un escadron peu élégant, mais terrible. Tout le long de la lagune se trouvaient des estancias que le voisinage de la guerre avait fait déserter par leurs propriétaires ; nous y rencontrions des bestiaux de toute^ espèce, monture et nourriture; en outre, dans chacune de ces fermes il y avait des portions de terrain cultivées, où nous récoltions le froment en abondance, des patates douces, et souvent d'excellentes oranges, cette contrée produisant les meilleures de toute TAmérique du Sud. La horde qui m^accompagnait, véritable troupe cosmopolitei était composée d'homme» de toutes

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couleurs et de toutes nations. Je la traitais avec une bonté peut-être hors de saison avec de pareils hommes ; — mais il y a une chose que je puis affir» mer, c'est que je n'eus jamais à me ret>entir de cette bonté, chacun obéissant à mon premier ordre, ne me mettant jamais dans la nécessité de me fatiguer ni de punir.

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