‹ MémoiresChapitre 100 sur 168 · LETTRE XXXII · texte numérisé non relu

LETTRE XXXII

Pour vous rendre compte du succès de mon voyage, je vous dirai qu'après avoir vu le Roi, qui m'a fort bien reçu , je me suis adressé au Père Joseph, suivant vos ordres, lequel m'a fait promener une heure avec lui dans le jardin du logis où est M. le Cardinal, à Charonne, et qu'il m'a témoigné que vos intérêts lui étoient très-chers ; mais le résultat d'une si longue conversation ne va qu'à vous dire qu'il y a peu d'espérance d'accommodement, à moins de votre retour et d'une confiance entière, à quoi vous m'avez témoigné n'être pas résolu. Il m'a présenté à M. le Cardinal; qui m'a fait des caresses incroyables devant toute la cour, dans le même jardin, et qui m'a renvové au Père Joseph pour

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ce qui vous regarde. Comme je me suis séparé de lui, le Père m'a dit : « N'êtes- vous pas satisfait de M. le Cardinal ? Jamais il n'a tant fait d'honneur à personne qu'à vous. ;> Sur quoi je lui ai répondu assez haut qu'il en avoit trop fait pour moi et pas assez pour vous, et que, ne venant que pour vos affaires, desquelles il ne m'avoit presque pas parlé , je ne voyois rien qui pût me donner lieu d'être content. Comme nous étions encore près de lui, il m'a entendu, et, se retournant vers moi , il m'a dit : « \'ous voulez du solide, M. de '**, vous en aurez. » Sur quoi je lui ai fait une révérence, et je me suis retiré. Au reste, j'ai vu tous ceux auxquels vous m'avez commandé de demander conseil sur l'état présent de vos affaires; mais je n'ai rien appris qui pût vous être utile en quoi que ce soit. Madame votre mère, qui a une grande tendresse pour vous , et qui désire passionnément vous voir, opine à votre retour, sans en dire les moyens ni en examiner beaucoup la conséquence. Madame votre sœur est d'abord du même avis par l'excès de son amitié; mais, dès qu'on lui parle des inconvénients, elle tremble, pleure, et dit qu'il faut bien vous garder de revenir et de croire ceux qui sont dans ce sentiment-là auprès de vous , mais qu'il faut bien vous empêcher aussi de prendre créance en ceux qui vous veulent embarquer à quelque chose. De vos amis et serviteurs , les uns , qui ont de la haine contre M. le Cardinal et qui regardent leurs intérêts autant que les vôtres, disent qu'il le faut pousser, que toute la France sera pour vous, sans se soucier peut-être beaucoup du péril où ils vous veulent

d'Alex, de Campion. 531

exposer; et les autres, qui ne considèrent que vous , n'osent vous conseiller le retour, de peur de causer votre perte , ni vous donner avis d'entreprendre la guerre , dont les succès sont fort douteux. Ceux-ci allèguent les avantages et les hasards et ne concluent à rien. Enfin, Monseigneur, la résolution doit venir de vous , et vous me pardonnerez si je vous dis que peu d'hommes sages vous conseilleront quel parti vous devez prendre, et l'avis des autres vous est fort inutile ; vous connoissez mieux l'état de vos affaires que personne , de sorte que c'est à vous à résoudre et à commander, et aux autres à obéir et à vous servir à votre point.

De Paris, ce ç mai 1637.

AU MÊME

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