‹ MémoiresChapitre 102 sur 168 · LETTRE XXXIV · texte numérisé non relu

LETTRE XXXIV

Pour satisfaire la curiosité que vous avez de savoir la raison pourquoi l'accommodement de M. le Comte ne s'est point conclu par moi ^, et pour diminuer le déplaisir que vous avez, je vous dirai, sur le premier, que, M. le Cardinal n'ayant pas d'inclination pour ma personne , quoique ce soit pour des raisons qui me soient avantageuses, il eût toujours trouvé des difficultés, tant que j'eusse été le négociateur; cependant les affaires étoient en état qu'il sembloit néces-

1. Apparemment madame de Campion, sa mère. C'est aussi à elle qu'est adressée la lettre soixantième.

2. L'accommodement fut conclu le 28 juillet à Sedan. Ce jour-là, le com.te de Soissons prêta entre les mains d'un aumônier du roi le ser.ment d'en accomplir fidèlement les conditions. Il étoit, par le traité, réintégré dans toutes ses charges , et il obtenoit !a permission de rester à Sedan encore pendant quatre années.

d'Alex, de Campion. ^^)

saire de les terminer , et vous savez qu'il est difficile d'obliger celui qui est maître de tout à donner l'honneur d'une affaire de cette importance à un homme qu'il ne croit pas avoir d^amitié pour lui; à quoi j'ajoute mon peu de capacité pour les emplois de cette importance, dont je ne me suis jamais mêlé. Quant au second point, qui vous fâche le plus, c'est celui qui me satisfait, connoissant l'humeur de M. le Comte si fort portée à la méfiance , depuis que M. de Senneterre n'est plus auprès de lui, que jamais aucun des siens ne subsistera longtemps dans sa confiance, s'il en a avec les ministres. Au reste, quand vous pensez que M. le comte de Brion et le Père Hilarion aient eu le secret de l'affaire , vous n'y voyez pas clair : le premier y a eu part en apparence, parce que l'on vouloii donner la satisfaction à Monsieur de croire que c'étoit pour l'amour de lui, et le Père Hilarion, y ayant été embarqué par le Père Joseph, a été traité de la même manière , et n'a eu la confiance qu'en apparence. M. de la Croisette est le seul qui a poussé l'affaire à bout, et il a eu raison : car, bien que je prévoie qu'il ne sera pas longtemps bien avec notre prince et qu'il l'aura pour suspect à l'avenir, cela ne le doit pas mettre en peine, étant à M. de Longueville, qui est d'une humeur toute contraire à celle de M. le Comte , celui-ci désirant que ceux dont il se sert n'aient aucun commerce avec les ministres , et l'autre n'en voulant jamais employer que ceux qui leur sont agréables ; si bien qu'il doit être indifférent à M. de la Croisette d'être suspect au premier, pourvu que son maître soit satisfait de

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lui, et qu'il demeure bien auprès de M. le Cardinal , qui goûte fort son esprit , et avec raison , car c'est un habile homme. Mais pour moi, qui n'attends aucune reconnoissance que de M. le Comte , je n'ai pour but que celui de lui faire voir que je ne veux rien espérer de la Cour, et que je serois fâché d'avoir tous les avantages du monde par d'autres voies que par son moyen ; de quoi il est si bien persuadé qu'à mon avis la cabale qui s'est formée pour me détruire travaillera inutilement , quelque puissante qu'elle soit. A la première vue je vous développerai tout ce mystère ; cependant montrez ma lettre à nos proches et la brûlez. J'oubliois à vous dire que, si cet accommodement ici eût été pour faire une liaison entre M. le Comte et M. le Cardinal , je n'aurois rien oublié pour essayer d'en être l'entremetteur ; mais, n'étant question que d'une manière de trêve, ou pour mieux dire d'un délai de haine qui se renouvellera en un autre temps, je suis assurément dans le meilleur parti , ayant la confiance entière de mon maître et son amitié jusqu'au point qu'il n'a pas trouvé mauvais que j'aie vu M. de Saint-Ybalt, quoiqu'il soit tout à fait brouillé avec lui.

A Sedan, ce 27 septembre 1637.

d'Alex, de Campiox. 357

a m. le comte.

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