‹ MémoiresChapitre 11 sur 168 · Ferdinand III · texte numérisé non relu

Ferdinand III

4. Gustave, comte de Horn, l'un des meilleurs lieutenants de Gustave-Adolphe, né en 1592, mort en 16^7.

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dans la place, et qu'un aigle qui vint fondre sur elle enleva et jeta par terre. Cette allusion fit, je crois, beaucoup plus de plaisir au peuple qu'elle ne causa de peine à nous autres François, qui virent la fête des fenêtres du palais, oii nous étions au nombre de cent gentilshommes du reste de la Cour du duc d'Orléans , sans compter ceux de la Reine, mère du Roi, et du duc d'Elbeuf • qui, comme cette infortunée Princesse, s'étoit aussi retiré à Bruxelles.

Je me trouvois pour lors fort embarrassé, n'ayant que peu d'argent, et ne sachant si nous pourrions nous retirer bientôt et sûrement. J'étois, comme je l'ai dit, parti de Rocroi inopinément, et n'avois apporté que ce qu'il falloit pour me conduire à Bruxelles et y vivre quelque temps sans être à charge à personne. Les amis que j'y avois faits et qui n'avoient pas suivi le Prince n'étoient guère plus opulens que moi , et la plus grande partie de cette cour exilée étoit dans la mên^e disette. J'eusse même été d'abord fort embarrassé de ma personne, mais je fus si fortuné durant quelques jours, que je gagnai assez d'argent pour en prêter aux plus considérables, et même au duc d'Orléans , avec qui je jouois souvent : cela me fit connoitre de tout le monde ; mais comme la fortune est inégale , je perdis quasi tout mon argent peu de jours avant le départ du Prince ; enfin , le peu qui me restoit du gain que j 'avois fait en arrivant, avec quoi j 'avois soutenu jusqu'alors une espèce de figure, ne pouvant me

I. Charles de Lorraine, duc d'Elbeuf, le premier général de la Fronde.

conduire encore loin sur le même ton , je songeai à faire retraite du mieux qu'il me seroit possible. Nous consultâmes donc tous ensemble sur le parti que nous avions à prendre; mais le comte de Brion nous ayant dit qu'à son égard, il étoit obligé d'attendre les ordres du duc d'Orléans, son maître, tant à cause de son écurie que par rapport à l'argent qu'il devoit dans la ville, il falloit qu'il y restât jusqu'à ce qu'il les eût reçus, nous nous déterminâmes à nous retirer sans lui, et fixâmes notre départ au mardi suivant, 3 octobre, jour auquel le cardinal Infant devoit arriver pour commander dans le pays à la place du marquis d'Aitona, qui avoit été révoqué, et nous partîmes en elfet au nom^bre de trente maîtres', dont furent l'abbé de la Rivière et le sieur de Nave', gentilhomme de considération du Languedoc, passant par Mons et par Maubeuge pour aller aussi gagner la Capelle, sans que, durant cette route, le peuple, que nous appréhendions, nous fît aucune peine, nous ayant témoigné seulement par quelques mots qu'il ne doutoit pas que nous n'eussions bientôt la guerre; ce qui ne manqua pas d'arriver effectivement quelques temps après.

De la Capelle, nous allâmes trouver le duc d'Orléans à la Fère, d'où il avoit déjà envoyé Saint-Quentin à Bruxelles ^ faire des espèces

1 . Peut-être s'appelloit-il de Villette de Nave. Au moins il y avoit alors un gentilhomme de ce nom dans le régiment de Bourbonnois.

2. On lit dans la Gazette du 2 1 octobre : « Le 1 1 , le sieur de Saint-Quentin arriva ici (à Bruxelles) de la part de Monsieur et fut visiter le marquis d'Ayetona , la reine-mère

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d'excuses au marquis d'Aitona de la précipitation de sa retraite , consoler la Reine sa mère et la Duchesse sa femme , et enfm payer ses dettes et celles de ses domestiques, moyennant une lettre-de-change que le Roi lui avoit envoyée à cet effet. Le Marquis répondit à Saint-Quentin qu'il étoit fâché du départ du Duc pour deux raisons , qui ne venoient que du très-humble service qu'il lui avoit voué , sauf les intérêts de son maître; l'une de ce qu'il n'avoit pu lui faire rendre, dans les lieux par où il avoit passé, les honneurs qui lui étoient dûs, et l'autre de ce qu'il alloit se mettre au pouvoir du cardinal de Richelieu , qui ne lui tiendroit rien de ce qu'il lui avoit promis, et qui le perdroit à la fm : prophétie , ou , pour mieux dire , conjecture qu'on a lieu de croire qui se seroit trouvée véritable dans la suite, si la mort de ce ministre ne l'eût empêché d'achever ce qu'il avoit commencé.

La Reine-mère et la Duchesse se consolèrent un peu par les espérances que le Duc leur fit donner, qu'il alloit prendre des mesures pour terminer, le plus tôt qu'il lui seroit possible , toutes les brouilleries qui causoient l'état où elles étoient, et pour arranger les choses à leur commune satisfaction. Ensuite de quoi, ses domestiques, dont

et la princesse Marguerite sur les motifs de son départ, dont la promptitude ne lui permettoit pas de faire d'autres adieux. »

Le cardinal Mazarin a écrit sur son septième carnet (1645) : « St Quintin, intimo ci Campione, important au dernier point. Parla malè di me; e S. A. R. lo protegge e procura di avanzarlo. »

28 MÉMOIRES DE CaMPION.

il fit payer les dettes, étant venus le joindre à la Fère, où j'ai dit que nous nous étions déjà rendus , nous le suivîmes tous par Soissons , Nanteuil ■ et Ecouen 2 , à Saint-Germain-en-Laye, où il alla, le 21 octobre, trouver le Roi 5, dont il fut tout-à-fait bien reçu , et d'où il repartit le lendemain pour se rendre à Orléans, sans passer par Paris, suivant son traité. A mon égard, comme je n'étois attaché à lui par aucun emploi dans sa maison, je suivis Puilaurens, qui fut en cette dernière ville saluer le Roi et le Cardinal, de la réception desquels il eut tout lieu d'être content , sur-tout du dernier, qui l'assura qu'on ne manqueroit à rien de ce qu'on lui avoit promis. Après quoi, n'ayant séjourné que deux jours à Paris, il prit aussi la route d'Orléans pour y rejoindre son maître. Je l'y accompagnai encore avec plusieurs autres gentilshommes qui, comme moi , espéroient parvenir à quelqu'emploi par la faveur où il étoit auprès du duc d'Orléans. Ce fut là que Chavigni4, secrétaire d'Etat, et le père Joseph , capucin 5 , ministre favori du carainal

1 . Nanteuil-le-Haudouin , dans le Valois. Son célèbre château, aujourd'hui détruit , appartenoit au duc d'Hailwin. C'est maintenant un chef-lieu de canton de l'arrondissement de Senlis.

2. Chef-lieu d'une châtellenie dans l'Ile de France; il faisoit partie du duché d'Enghien et appartenoit au prince de Condé. Écouen est aujourd'hui chef-lieu de canton dans l'arrondissement de Pontoise , département de Seine-et-Oise.

3. La Gazette dit en effet que le duc d'Orléans fut reçu par le Roi ce jour-là , et qu'il lui présenta sa maison à Saint- Germain.

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