LETTRE LVIII
La lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire par M. de Chambor ' me donne tant de joie que je n'en aurai jamais de pareille. C'étoit trop, pour le service que je vous ai rendu, de me faire connoitre que vous étiez satisfait de moi, sans y ajouter tant de témoignages de reconnoissance, qui me rendent confus. Mais, sans vous importuner davantage de mon ressentiment, je vous dirai qu'enfin nous avons fait passer la Moselle à M. de Lorraine avec son armée, et que ses troupes ont reçu aujourd'hui le pain de munition par les mains des commissaires espagnols, et qu'elles sont logées dans leur pays. Je remène M. de Chambor coucher à Luxembourg, d'où nous prétendons aller demain à Sedan , moyennant les relais que vous avez en-
I. Il étoit major au régiment du Terrail. La Gazette le nomme dans la relation du combat de Poligny en 1633. Elle le cite comme « ayant fait des merveilles » à la bataille de Letts.
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voyés à moitié chemin. J'ose vous supplier trèshumblement de souffrir encore quelque temps, et de ne point combattre M. de Châtillon que M, de Lorraine ne vous ait joint, afin d'aller à une victoire certaine. Vos affaires sont en si beau chemin que ce seroit une affliction éternelle pour vos serviteurs si vous faisiez quelque chose qui les troublât; et, vu les intelligences que vous avez en France et l'engagement de la principale armée au siège d'Aire , il est impossible qu'on vous empêche d'aller jusqu'à Paris, où vous serez reçu avec joie. Au nom de Dieu, ajoutez encore deux ou trois jours de patience à celle que vous avez eue jusqu'ici, et, puisque vous êtes satisfait de ma négociation , ne regrettez pas le conseil que je prends la liberté de vous donner. A Grevemaquer, ce samedi au matin.... juillet 1641.
A MADAME LA DUCHESSE DE CHEVREUSE