‹ MémoiresChapitre 125 sur 168 · LETTRE LIX · texte numérisé non relu

LETTRE LIX

J'étois si persuadé du déplaisir que vous avez eu de la mort de feu M. le Comte, que, quand vous ne l'auriez pas témoigné dans votre lettre, je n'en aurois pas moins cru, outre l'amitié que vous aviez contractée ensemble depuis peu , et la misérable mort d'un si grand prince, après le gain d'une bataille, sans en pouvoir savoir la manière , ce qui n'est que trop capable d'exciter notre tendresse. L'intérêt de tous ceux à qui

d'Alex, de Campion. 569

M. le Cardinal ne veut pas de bien étoit si engagé dans le sien que tant d'illustres malheureux perdent en lui toute leur espérance , et , comme vous êtes la principale, vous y perdez à proportion de l'avantage que vous eussiez tiré de la victoire. Je sais bien, Madame, qu'étant généreuse au point où vous l'êtes, cette dernière raison a été la moindre à votre égard ; mais je ne saurois assez vous témoigner mon ressentiment de la bonté que vous avez de joindre à tant de considérations importantes celle d'un misérable qui perd tout véritablement , tant du côté de la fortune que de la satisfaction , mais qui d'ailleurs a sujet de se consoler de la part que vous lui faites l'honneur de lui promettre en votre amitié, et de la protection que vous lui offrez. J'avoue que la douleur m'avoit tellement accablé que j'étois incapable de consolation lorsque j'ai reçu votre lettre, dans laquelle il est certain, Madame, que j'ai trouvé tant de marques de bonté pour moi que non-seulement elles sont bien au-dessus du peu que je vaux , mais même elles surpassent de bien loin mon espérance. M. de Bouillon, étant persuadé que j'ai quelque créance auprès des ministres d'Espagne , et s'assurant que vous ne m'y dénierez pas votre protection, m'a prié d'aller en Flandres pour solliciter l'exécution du traité qu'il avoit fait, et pour voir de quelle manière on peut soutenir le parti après le grand choc qu'il vient de recevoir. J'en ai accepté la commission avec joie, tant pour essayer à contribuer à sa satisfaction qu'à cause que je demeurerai quelque temps auprès de vous, et que je vous pourrai témoigner moi-même une

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