‹ MémoiresChapitre 128 sur 168 · I . Il avoit été conclu le 5 août · texte numérisé non relu

I . Il avoit été conclu le 5 août

d'Alex, de Campion. 373

leur ai répondu que, si l'on m'exceptoit du traité de M. de Bouillon, je les accepterois avec joie; mais que, si j'étois en liberté de m'en retourner, je ne pouvois avec honneur servir l'Espagne contre mon pays. Je sais combien est de peu d'importance le service d'un misérable particulier .comme moi; mais je sais aussi que tout le bien de la terre ne m'obligeroit pas à faire une action qui me pût être reprochée; et de plus, Madame, je me rendrois indigne de l'estime que vous m'avez fait l'honneur de témoigner avoir pour mioi. Je connois assez ce que je perds étant privé de l'honneur d'être auprès de vous; mais j'espère qu'avec le temps la fortune vous fera justice, et qu'elle vous remettra au lieu où vous devez être, et où je pourrai me consoler de mes maux passés. En attendant, je me retirerai chez moi, pour regretter à loisir toutes mes pertes. Au reste. Madame, n'ayez point de peur des lettres qui parloient de la personne du monde pour qui vous avez le plus de dévouement'; M. de Bouillon et moi avons brûlé toutes celles qui étoient dans la cassette, en présence de MM. du Bec, de Chambor et de Beauregard, et j'ai rendu un tel service à tous les amis de feu M. le Comte qu'ils peuvent à présent dormir en sûreté, puisque je suis le seul qui puisse leur nuire. Je crois, Madame, que

I. M. Cousin veut que cette personne soit la reine (^Voy. Madame de Ckevreuse;. Nous pensons, nous, que c'est Châteauneuf. On peut voir à ce sujet la lettre soixante-quatorzième, dont un passage montre assez quelle place l'intérêt de l'ancien garde des sceaux tenoit dans les ressentiments de la duchesse.

374 Lettres

c'est ce que vous preniez le plus à cœur, et le dernier commandement que je reçus de vous en vous quittant. Vous ne m'en ferez jamais d'autres où vous ne soyez aussi ponctuellement obéie par votre.

A Sedan, ce 1 5 août 1641.

Page 1