LETTRE LXXII
Enfm M. le Cardinal n'est plus, et je serois bien fâché qu'un autre vous en mandât la nouvelle auparavant moi. Je n'ai plus besoin de
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vous écrire en chiffres à mon ordinaire. Celui qui faisoit tant de peur à tout le monde va par sa mort laisser revivre l'ancienne liberté, et, s'il n'en arrive autre avantage, on aura toujours celui d'avoir l'usage de la parole, qu'il avoit fait perdre presqu'à tout le monde '. Je vous en témoignerois davantage de joie , n'étoit qu'il n'est pas généreux de se réjouir de la mort d'autrui. Je pars présentement pour aller voir à Paris s'il y aura lieu de vous y rendre quelque service, et au premier ordinaire vous aurez toutes nouvelles par votre.
A Vert, ce 6 décembre 1642.
AU MEME
LETTRE LXXIIL
Je ne doute point que vous n'ayez été tout à fait surpris de voir par ma dernière comme le Roi vous met à la tête des criminels d'État ^. Ce sont des restes des mauvaises impressions que feu M. le Cardinal lui avoit données de vous,
1 . «Il est certain, que quand je fais réflexion sur la pleine liberté que les François ont toujours prise de murmurer et de se plaindre sous les règnes les plus doux, je ne dis pas chez eux et à la campagne, mais dans les villes et à la Cour même, et que je vois maintenant qu'à peine on ose parler de sa propre misère dans sa maison et avec sa famille, j'ai peine à reconnoître la France dans un état si reformé. » ( Neuvième Entretien sur divers sujets d'histoire, de politique et de morale : Du plus sûr appui de l'autorité souveraine. )
2. Louis Xlll avoit, dans son testament, nommé le duc de Vendôme parmi les exilés que la Régence ne devoit pas autoriser à rentrer en France.
d'Alex, de Campion. 585
que le temps lui fera perdre ; c'est pourquoi je vous conseille hardiment de prendre patience et de demeurer quelque temps en Angleterre, approuvant fort la résolution que Monseigneur de Beaufort a prise de revenir sans attendre d'ordre : il aura plus aisément la permission de voir le Roi quand il sera à Anet qu'il n'eût eu celle de quitter Londres, et, lorsqu'il sera à la Cour, votre affaire deviendra facile. Le commandement que vous me faites de vous mander mes sentimens à tous les ordinaires m'oblige à parler si librement. Vous serez toujours ponctuellement averti de tout ce qui se passera , jusqu'aux moindres circonstances , ayant assez d'amis ici pour être instruit de tout ce qui méritera la peine de vous être mandé; vous avouant, Monseigneur, qu'on vous a écrit la vérité sur l'accueil que tous les gens d'honneur m'ont fait, ce qui me satisfait plus que tout ce que la fortune auroit pu faire pour moi; à quoi j'ajoute la joie que j'ai de tant de bontés que vous avez pour votre.
A Paris, ce 8 janvier 1643.
A MADAME LA DUCHESSE DE CHEVREUSE