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très-bon homme de guerre, et qui avoit bien servi. Le lendemain le régiment de la Bloquerie perdit cinq cents hommes à une sortie que firent les ennemis. La puanteur de leurs corps, qu'on ne put retirer, et qui étoient tous les uns sur lesautres, fut une de nos grandes incommodités pendant le siège. Un autre jour, le régiment de Grancei perdit une partie de ses officiers et soldats à une attaque qui ne réussit pas. Nous l'entreprimes le lendemain , et nous rendîmes maîtres de la maison qui étoit disputée. Montsolins ', capitaine de notre régiment, y fut blessé à la tête, et Château, lieutenant, tué. Le vicomte de Turenne y eut aussi un bras cassé. Le siège continua avec la même chaleur jusqu'au quarantième jour, quoique l'on eût emporté la brèche dès le premier. Nous étions dans le milieu de la basse ville, toujours à la longueur des piques, n'y ayant que les traverses et barricades entre nous et les ennemis, lorsque le défaut de vivres les obligea de capituler 2. Us sortirent de la place encore au nombre de mille des meilleurs hommes et les mieux faits que j'aie jamais vus; ils eurent la composition qu'ils voulurent, et allèrent joindre Galas, qui les reçut comme des vainqueurs; ce qu'ils méritoient bien, jamais gens ne s'étant mieux défendus dans une méchante place.
1. Il étoit en 163 j lieutenant de la compagnie colonelle. On le trouve porté, cette année, dans l'ordonnance du 1 7 août contre les officiers absens sans congé de l'armée du maréchal de La Force.
2. Le 14 juillet 1636. On trouve les articles de la capitulation dans le Recueil de pièces concernant l'histoire de Louis XIII, depuis l'an 163 1 jusqu'en l'année 1642. Paris ^ Montalant, 17 16.
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Pendant ce siège, où nous eûmes plus de deux mille hommes tués, l'armée espagnole des Pays-Bas, commandée par le prince Thomas de Savoie, prit la Capelle, le Catelet, Corbie, Rove et Montdidier, ce qui répandit l'épouvante dans le royaume. Le comte de Soissons, qui commandoit en Picardie, avoit si peu de troupes, qu'il ne pouvoit empêcher les progrès des ennemis. Ce motif obligea le prince de Condé", qui avoit attaqué Dole en Franche -Comté, d'en lever le siège; mais on prétendit qu'il eût toujours pris ce parti , puisqu'il avoit déjà perdu beaucoup de monde sans rien avancer. Aussi-tôt qu'il fut décampé de devant Dole, il envoya ses troupes au comte de Soissons. Cette retraite engagea Galas à venir joindre le duc de Lorraine en Franche-Comté , où leurs forces réunies montrent à quarante mille hommes, avec lesquels ils passèrent la Saône pour attaquer le duché de Bourgogne. Galas se posta, avec trente mille hommes, à Sainte-Seine S près de Fontaine- Françoise 5, et le duc alla assiéger Saint-Jean-de- Lône', ville mal fortifiée et encore plus mal munie.
Dès que Galas eut passé le Rhin, le duc de Weimar et le cardinal de la Valette partirent
1. Henri II de Bourbon, prince de Condé, père du grand Condé. Il leva le siège de Dole le i j août 1636.
2. Ou plutôt Saint-Seine, bourg du diocèse de Langres, à 8 kilomètres de la source de la Seine , sur la rivière d'Ougne, a pris son nom d'une abbaye de l'ordre de Saint-Benoit. Il est aujourd'hui chef-lieu de canton dans l'arrondissement de Dijon.
3. Bourg en Bourgogne, fameux par le combat du 5 juin 1595. Chef-lieu de canton de l'arrondissement de Dijon.
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des environs de Strasbourg, où nous étions campés , et vinrent à grandes journées se poster à Montsaugeon ', petite ville entre la Champagne et la Bourgogne , et peu distante de Langres. Nous y restâmes assez long-temps. Tandis que les ennemis se mettoient en mesure d'attaquer Saint-Jean-de-Lône, Galas étoit résolu de nous faire tête pendant le siège , ce qui lui étoit d'autant plus facile , que nos deux armées n'excédoient pas seize mille hommes. En arrivant à Montsaugeon , on donna des logis particuliers à notre régiment, parce qu'étant le premier corps de l'armée, il gardoitles généraux : un capitaine entroit en garde chez le cardinal, et un lieutenant chez le duc de Weimar; ce qui se faisoit ainsi , tant à cause de la dignité de cardinal que parce qu'il commandoit l'armée du Roi, et le second seulement une armée étrangère. Cet arrangement me fut avantageux , en me donnant le moyen, pendant mes gardes, d'étudier les actions privées de ce grand prince, selon ma croyance le premier capitaine de son temps. Les logis qu'on nous donna ayant été partagés, nous nous trouvâmes, le chevalier de Goût, enseigne de la compagnie dont j'étois lieutenant, et moi, dans une maison où il y avoit eu la peste sans que nous le sussions. Le lendemain, un valet qu'il aimoit fort tomba malade sur le soir ; la nuit il cria tant pendant deux ou trois heures, que nous ne pûmes dormir; nous le
1 . Ou Montsaujon , petite ville dans le Bassigny, en Champagne, avec grenier à sel. Elle fait maintenant partie du canton de Prauthoy, arrondissement de Langres.
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croyions attaqué d'une colique; enfin on ne l'entendit plus. Je lui parlai, et comme il ne répondit pas, je fis lever un de mes domestiques, qui le trouva mort. Nous envoyâmes quérir, pour le visiter, un chirurgien, qui assura qu'il avoit été victime de la peste. Nous changeâmes de logis et d'habits, et n'eûmes communication avec personne de dix ou douze jours, durant lesquels le chevalier de Goût se trouva incommodé d'une tumeur au haut de la cuisse. Sitôt qu'il s'en apperçut, il me pressa de me retirer, se croyant attaqué de la maladie contagieuse ; mais je répondis que, puisque nous étions ensemble dans l'origine de cet accident, je devois courir la même fortune que lui, et que je me croirois répréhensible devant Dieu et souillé d'une lâcheté devant les hommes si je l'abandonnois. Une fois décidé à me souffrir auprès de lui, je fis venir en dehors de la maison un chirurgien ^ auquel il montra sa tumeur. C'étoit un mal qu'il avoit gagné avec des femmes aussi libertines que lui , ce qui nous tranquillisa. Je rapporte ces faits parce que je ne me suis jamais trouvé à-la-fois si chrétien et si résolu que dans cette occasion.
Quelque temps après, le duc de Lorraine ayant assiégé Saint-Jean-de-Lône ', Galas se posta entre cette ville et Dijon , et nos généraux allèrent camper près de Dijon, d'où ils détachèrent le comte de Rantzau^, alors maréchal