Cette attaque eut lieu le 2 novembre
2. Charles de Pilliers, sieur de la Coudrelle. Il vivoit encore en 1666.
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ses épaules, et l'apporta au milieu du bataillon à la vue des Espagnols , cet enseigne ayant eu encore un coup de mousquet au derrière sur ces entrefaites. Comme les ennemis se disposoient à tomber sur notre régiment dans sa retraite, le duc de Saint-Simon descendit de sa montagne, et marcha si audacieusement à eux avec les volontaires, tandis que le maréchal de Schomberg en fit de même avec l'autre escadron qui étoit avec lui, qu'ils rentrèrent dans leur retranchement.
Pendant ce temps nous remontâmes la hauteur, sur laquelle l'armée campa hors de la vue des ennemis. L'on trouva que sur trente-cinq officiers que nous étions avant l'action, il y en avoit vingt-neuf de morts ou hors de combat. Deux cents soldats étoient tués et autant blessés. Les autres régiments en perdirent environ trois cents et beaucoup d'officiers.
Le lendemain de cette malheureuse attaque , le prince de Condé se retira à Narbonne, et envoya l'armée dans les quartiers le long des montagnes dans le Bas-Languedoc. On envoya ensuite le régiment de Normandie à Castelnaudari. Je fus si malheureux, que tous les lieutenans des capitaines qui avoient été tués s'étant trouvés présens au combat, où ils furent blessés sans péril de la vie, le Roi ne put se dispenser de leur donner les compagnies; ainsi je restai lieutenant, mais je guéris de ma blessure. Le sieur d'Espenan ménageoit les vivres dans Salces le mieux qu'il lui étoit possible, et trouva moyen de faire sortir un homme par lequel il informa le prince de Condé , qui étoit à Toulouse , qu'il
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liendroit jusqu'au mois de janvier, et que les ennemis étoient fort affoiblis par les maladies. Le Prince manda ces détails à la Cour, ajoutant que le maréchal de Schomberg avoit assez de crédit en Languedoc pour remettre les troupes en état de tenter encore une fois le secours de Salces. L'on croit qu'il écrivit ainsi malicieusement, afm que le Maréchal ne réussissant pas, comme il y avoit apparence, cela le mit mal à la Cour, et lui facilitât les moyens d'obtenir son gouvernement, qu'il désiroit depuis long-temps '. Quoi qu'il en soit, on envoya ordre au Maréchal d'assembler les troupes, la noblesse et les milices, et d'aller encore attaquer les lignes des Espagnols. On lui adressa en poste un ingénieur qui fit faire à Narbonne des machines roulantes, pour qu'on pût approcher à couvert des retranchemens des ennemis; mais quand elles furent construites, la difficulté de les conduire les rendit inutiles : on auroit dû y réfléchir auparavant.
La plupart de la jeunesse de la Cour arriva en poste à Narbonne avec le duc de Nemours ^ et le marquis de Coilin>. Nous eûmes ordre de nous rendre à Sigean au commencement de janvier 1640, le sieur d'Espenan ayant fait une composition fort honorable avec les Espagnols,
1 . Schomberg avoit été nommé gouverneur du Languedoc le 22 octobre 1632 en survivance de son père. Il céda son gouvernement au duc d'Orléans en 1644 et reçut en échange celui des Trois Evêchés avec la charge de colonel général des Suisses.
2. Henri de Savoie, duc de Nemours, celui qui fut tué en 1652 par le duc de Beaufort, son beau-frère.
3. Pierre-César de Cambout, marquis de Coislin, colonel général des Suisses et Grisons.
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en cas qu'il ne fût pas secouru avant le jour des Rois. Lorsque toutes les troupes furent à Sigean, l'on marcha par les montagnes jusqu'à une lieue de Salces, avec le projet d'attaquer la nuit par la hauteur au-dessus de la place, dans l'espérance que l'obscurité nous seroit favorable. Le maréchal de Schomberg étoit au désespoir d'avoir une commission où il étoit assuré d'échouer, mais il craignoit de perdre sa fortune s'il ne hasardoit pas comme la Cour l'ordonnoit. Il fit la revue de l'armée, qui ne se trouva que de trois mille cinq cents hommes de pié et de douze cents chevaux; il assembla ensuite le conseil, le duc de Nemours et le marquis de Coilin présens, et manda tous les commandans des corps d'infanterie pour savoir s'ils étoient d'avis d'attaquer. Espanelle, comme commandant du plus ancien régiment, répondit, après avoir consulté avec les autres, qu'ils étoient venus pour déclarer que l'infanterie exécuteroit tous les ordres qu'on lui donneroit; mais que puisque, contre les anciennes règles, on ne les avoit point appelés aux délibérations d'attaques et d'assauts où il y avoit apparence de réussir, il n'étoit pas raisonnable qu'ils opinassent dans une affaire désespérée, pour mettre les autres à couvert du blâme; qu'ils se bornoient donc à assurer qu'ils ne demandoient qu'à obéir. Ensuite le marquis de Coilin, plus hardi que les autres, comme proche parent du cardinal de Richelieu , dit qu'il s'étonnoit que l'on agitât de tenter avec quatre mille hommes une chose qui, selon la vraisemblance, ne réussiroit pas avec trente mille. Après qu'il eut parlé ainsi, les autres déclarèrent hardiment
qu'il y auroit de la folie à hasarder l'attaque. L'on résolut de s'en retourner, et je crois que je m'en trouvai bien, car j'étois commandé pour mener les hommes détachés.
L'on nous envoya passer notre quartier d'hiver en Haut-Languedoc. La sortie du sieur d'Espenan de Salées ■ fut tout-à-fait honorable pour lui et utile au Roi, car, à la suite de cette conquête, l'armée Espagnole fit tant d'insolences et de voleries dans la Catalogne, que cette province se révolta contre son roi Philippe IV, et se donna au nôtre ^ : elle est demeurée en son pouvoir jusqu'en 1652, que nous perdîmes Barcelone î; ce qui n'empêche pas que nous ne tenions encore tout le Roussillon et Rose en Catalogne 4. Nous eûmes dans l'Albigeois huit ou dix bonnes villes ou bourgs pour notre seul régiment. J'allai avec trois compagnies à Lautrec^, où je commandai le quartier en l'absence des capitaines. C'est une fort jolie ville, où je passai trois mois très-agréablement; j'y fis amitié avec une fille de condition et bien spirituelle , qui s'appeloit Lucrèce de Saint-Julien, avec laquelle je passai de douces heures. J'étois presque continuellement dans les bals et les divertissemens de femmes, celles de Languedoc étant les plus charmantes que j'aie