Le 4 décembre
3. Chef-lieu de canton dans l'arrondissement de Dieppe. Saint-Valery, situé sur les côtes de la Manche, entre Dieppe
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qu'il y avoit ordre aux villes d'arrêter tous les François qui viendroient d'Angleterre. Le Roi avoit fait ce commandement afm de tenir encore quelques temps les exilés hors du royaume, pour faire croire que ce qui s'étoit fait pendant la vie du cardinal avoit été de son pur mouvement , ne craignant rien tant , alors qu'il se voyoit libre , sinon que l'on crût qu'il avoit été gouverné par un de ses sujets. Cette fantaisie l'obligea à faire le sévère encore quelques mois contre son sentiment. De Saint-Valeri le duc de Beaufort vint secrètement à Anet, maison de plaisance du Duc, son père, où étoit la Duchesse et le reste de sa famille. On nous y fit tenir huit jours cachés, pendant lesquels on obtint du Roi, avec assez de peine, permission pour lui de demeurer en France dans ses maisons; de sorte que nous commençâmes à nous divertir à Anet, en attendant qu'il pût aller à la Cour, ce qu'il espéroit incessamment.
Au commencement de 1643, le duc de Beaufort envoya le sieur de Vaumorin à la Cour pour négocier le retour du duc de Vendôme, son père, et son rétablissement auprès du Roi; mais voyant que Vaumorin n'acheminoit pas les choses avec la facilité qu'il espéroit, il se figura que c'étoit manque de prudence ou d'adresse, résolut de me substituer à lui , et me communiqua son dessein en termes tout-à-fait obhgeans. Je le remerciai de la bonne opinion qu'il avoit de moi, et lui dis que Vaumorin étant très-fi-
et Fécamp, étoit autrefois le siège d'ane amirauté et d'un grenier à sel.
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dèle, judicieux, et bien instruit de leurs desseins et de leurs intérêts, étoit plus capable que personne de faire réussir cette affaire ; qu'ainsi , le rappeler seroit lui faire injustice, et m'envoyer pour agir avec lui, ruiner les choses dont il étoit chargé, sachant, par la connoissance que j'avois de l'humeur de Vaumorin , qu'encore qu'il fût rempli de zèle, il ne laisseroit pas, si on lui donnoit un compagnon , de songer plutôt à l'empêcher de réussir qu'à travailler au bien des affaires. Le Duc répondit que, nonobstant mes raisons, il étoit nécessaire que j'allasse à la Cour, et que sans dire à Vaumorin que j'eusse la même commission que lui, je m'adressasse au Père la Boulaye, dont j'ai déjà parié, et qui, à sa prière, étoit venu du couvent de l'Oratoire de Vendôme, oia il étoit supérieur, à celui de la rue Saint-Honoré à Paris, pour agir avec Vaumorin dans ce qui intéressoit la maison de Vendôme '. Il me remit une lettre pour ce Père , afin de l'obliger à travailler de concert avec moi, sans y appeler de tiers. Il me donna ensuite les instructions nécessaires pour négocier
I . Vaumorin et le Père la Boulaye ont été de toutes les affaires de la maison de Vendôme. Après l'arrestation du duc de Beaufort, un espion du cardinal Mazarin écrivoit : c( Il est très-vrai que le nommé Vaumorin et le Père Boullé ou Boullay sont perpétuellement à Paris pour faire le récit de ce qui se passe aux Coureurs ; » c'est-à-dire aux hommes que le duc de Vendôme envoyoit d'Anet pour apprendre des nouvelles. Avis touchant l'affaire de M. de Beaufort. On lit dans une lettre de Cangé, autre espion, le 1 1 septembre 1644 ■ «Vaumorin, domestique du duc de Vendôme, voit la duchesse de Chevreuse à Tours. » Et plus bas : « La même route (par la Guyenne) a été prise par le sieur de Vaumorin qui partit de Vendôme dans les premiers jours d'août. »
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avec ses parens et ses amis de la Cour, et me fit partir aussi-tôt.
A mon arrivée à Paris , je vis le Père la Boulaye , qui fut surpris de la lettre du Duc , parce qu'elle sembloit exclure \'aumorin de ses affaires. Sans témoigner son étonnement, il se contenta de me dire, pour avoir du temps, qu'il étoit obligé d'aller conférer avec le comte de Brienne ' , secrétaire d'État, parent et ami du Duc, et que si je me voulois trouver le lendemain à l'hôtel de Vendôme, il m'instruiroit de ce qu'il savoit, et résoudroit ensuite avec moi ce qu'il y auroit à faire. Je remarquai sa froideur sans en pouvoir deviner la cause , et le trouvai le lendemain au rendez-vous avec \'aumorin, qui tenoit la lettre du Duc de Beaufort au Père la Boulaye, et me demanda, avec un visage altéré, quoiqu'il fit profession particulière d'amitié avec moi, quelle étoit la négociation que j'avois à faire de la part du Duc. Je repartis qu'il pouvoit connoître, par la lettre qu'il avoit entre les mains, que je ne le devois dire qu'à celui à qui elle s'adressoit, mais que puisqu'ils étoient si unis qu'ils n'avoient rien de caché l'un pour l'autre , je croyois qu'un tiers leur seroit importun, et les engageroit peut-être à retarder les choses dont le Duc souhaitoit l'avancement; que j'allois lui dire qu'il falloit les laisser agir seuls ou les rappeler, et en envoyer d'autres qui, sans leur concert, travaillassent à leur mode. Je voulus sortir en même temps; mais Vaumorin me prenant à part . me représenta le tort que lui faisoit
j. H.-A. de Loménie, comte de Brienne, mort en !66o.
le Duc, d'en envoyer un autre à sa place, après les services qu'il avoit rendus à sa maison. Il ajouta qu'il se sentoit plus d'estime et d'amitié pour moi que pour personne du monde , mais que je considérasse que si je prenois l'emploi qu'il avoit eu d'abord, l'on croiroit qu'il auroit fait quelque faute honteuse, méritant un traitement si extraordinaire, et que si je voulois travailler avec le Père et lui, il seroit ravi d'une assistance si utile.
Je répondis à Vaumorin qu'il voyoit par la lettre du Duc au Père la Boulaye l'ordre que j'avois, et que puisque celui-ci, en le lui montrant, m'ôtoit les moyens de l'exécuter, je me retirois en l'assurant qu'il ne tiendroit pas à moi qu'il ne continuât sans trouble sa négociation. Je retournai donc à Anet, et dis au Duc ce qui s'étoit passé. Il en voulut toujours mal depuis au Père la Boulaye ; mais la crainte de fâcher le duc de Vendôme, qui avoit croyance entière en lui et en Vaumorin, fut cause qu'il n'osa les troubler dans leur emploi. J'ai rapporté ce qui m'arriva avec eux pour faire voir qu'il est dangereux à un prince d'employer plusieurs hommes égaux dans une même affaire, s'ils ne sont de profession différente ; car en ce cas la connoissance qu'ils ont que ce qui est propre à l'un ne l'est pas à l'autre les fait agir sans envie. Mon retour augmenta beaucoup la bonne volonté que le duc de Beaufort avoit pour moi, par la certitude qu'il eut que la crainte de nuire par ma présence à son rétablissement m.'avoit fait quitter de moi-même une commission trèshonorable.
Peu de temps après, le duc de Mercœur eut
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la liberté d'aller à la Cour, et la duchesse sa mère aussi. Ils y furent bien reçus, et obtinrent le même avantage pour le duc de Beaufort, ainsi que le retour du duc de Vendôme à Anet. Nous fûmes, au commencement du Carême, à la Cour, où le duc de Beaufort fut accueilli du Roi, de la Reine et de tous les ministres mieux que je ne le puis exprimer. Il est nécessaire, pour mieux éclaircir ce que j'ai à écrire sur cette année 1643, que je dise l'état où se trouvoit alors la Cour.
Après la mort du cardinal de Richelieu , qui a voit gouverné dix -huit ans la France avec un pouvoir absolu et une gloire sans pareille, le Roi, qui, dans ses dernières années, avoit cherché les moyens de le perdre, mais ne l'avoit osé entreprendre, parce que le cardinal avoit l'argent, les places et la connoissance des affaires du royaume, eut une telle joie de se voir délivré d'un homme qu'il regardoit plutôt comme son compétiteur que comme son ministre, qu'il ne songea plus qu'à chercher les moyens de faire la paix, de soulager son peuple, et de remettre la France en l'état florissant où le roi Henri-le- Grand, son père, l'avoit laissée; mais je crois que Dieu ne voulut pas que celui qui, par sa foiblesse, avoit causé ou du moins souffert tous les maux qui avoient affligé la chrétienté pendant son règne, eût la gloire d'y apporter les remèdes nécessaires, comme assurément il en avoit le dessein. La justice divine voulut retrancher les jours à celui qui avoit persécuté sa mère jusqu'à la mort. Le roi tomba malade le Carême, d'une maladie de langueur, accompagnée d'un flux
hépatique qui le minoit peu à peu. Ses médecins en eurent très-mauvaise opinion dès le commencement, de sorte que tout le monde étoit en attente de ce grand changement.
Le Roi, après la mort du cardinal de Richelieu, se servit des mêmes ministres qu'il lui avoit donnés, et prit pour chef de son conseil, à sa place et à sa recommandation, le cardinal Mazarin, sa créature, homme qui s'étoit employé heureusement dans plusieurs grandes négociations, d'un esprit souple, accommodant, et toutà-fait propre pour le cabinet. Quoiqu'il fût Italien , le crédit de la France lui avoit procuré le cardinalat, et il y avoit si longtemps qu'il étoit à la Cour, qu'il la connoissoit parfaitement. Il savoit que la plupart des princes et des grands seigneurs avoient été persécutés par son prédécesseur, qui ne s'étoit maintenu que par la violence, et jugea qu'un étranger comme lui, sans amis ni parens, devoit s'établir par d'autres voies. Il chercha à s'appuyer des plus considérables personnages du royaume, et comme il savoit que la maison de Vendôme avoit été la plus exposée à la persécution , il crut qu'elle lui seroit d'autant plus obligée s'il la relevoit. Il connoissoit outre cela que le duc de Beaufort étoit alors le prince le plus estimé du royaume pour son courage, son audace, et sur-tout sa probité, tant son voyage d'Angleterre, qu'il n'avoit fait que pour ne pas accuser ses amis, lui avoit acquis de réputation. Il considéroit de plus que ni lui, ni le duc de Mercœur, son frère, n'étant mariés, il pourroit, en leur faisant épouser ses nièces, contracter une liaison sûre avec ces prin-
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ces , dont les grands biens et le crédit l'aideroient à se maintenir. Ces motifs le déterminèrent à tenter toutes sortes de moyens , et à faire des ouvertures très-avantageuses pour gagner la maison de Vendôme; mais le duc de Beaufort, dont l'esprit n'est pas capable de soutenir une bonne fortune, et encore moins de l'établir, vovant que toute la Cour avoit les yeux tournés sur lui , et se persuadant que la Reine, qui l'aimoit beaucoup alors , se gouverneroit entièrement par ses conseils quand elle seroit maîtresse , se mit en Pesprit, persuadé outre cela par la duchesse de Montbason et par tous ceux qui avoient été ennemis du cardinal de Richelieu, de ruiner ses parents et ses créatures , qui composoient alors ce qu'il y avoit de puissant dans l'État, s'imaginant qu'après la mort du Roi, qu'il regardoit comme très-prochaine, la seule affection de la Reine et l'aide des persécutés lui suffiroient pour en venir à bout. Ces pensées furent cause qu'après avoir refusé l'amitié du cardinal Mazarin, il se déclara hautement l'ennemi de tous ceux qui avoient tenu à son prédécesseur, ce qui rendit tous les ministres ses ennemis. Le cardinal Mazarin, se voyant méprisé de la maison de Vendôme, se rallia à la cabale de celle de Richelieu qui, étant appuyée du prince de Condé et du duc d'Enghien, son fils, qui avoit épousé sa nièce', ne se pouvoit perdre sans mettre l'État en grande confusion.
I . Claire-Clémence de Maillé-Brézé , fille d'Urbain de Maillé-Brézé et de Nicole du Plessis-Richelieu , sœur du
cardinal.
Pendant ces intrigues, le Roi diminuoit toujours, et à Pâques sa maladie le laissoit sans espérance. Le duc de Beaufort ne quittoit point Saint-Germain, ni moi lui. En ce temps le duc d'Enghien partit pour aller commander l'armée de Champagne ' et pour s'opposer aux Espagnols, qui assiégèrent Rocroi peu après. Le duc d'Orléans et le prince de Condé étoient à la Cour avec la plupart des grands du royaume. Le duc de Beaufort avoit toute la confiance de la Reine. Il arriva alors pour son malheur qu'il prit une foiblesse au Roi, malade au château neuf de Saint-Germain; la Reine, M. le Dauphin, le duc d'Anjou, son frère, et toute la Cour, logeoient au vieux. La Reine, avertie de l'extrémité où l'on croyoit le Roi, envoya quérir le duc de Beaufort, et lui dit que, comme il étoit l'homme du monde en qui elle se fioit le plus, elle lui en vouloit donner une marque considérable; que le Roi étant à l'extrémité , elle alloit se rendre auprès de lui; qu'elle laissoit ses enfans entre ses mains pour les garder, et empêcher que les princes du sang ne s'en saisissent, s'il arrivoit faute du Roi , et que pour qu'il le pût plus facilement, elle alloit ordonner aux commandans des Gendarmes, des Chevaux-Légers, des régimens des Gardes Françoises et Suisses, de ne point reconnoître d'autres ordres que les siens; ce qu'elle fit à l'heure même , et alla ensuite trouver le Roi , de même que le duc d'Orléans et le prince de Condé. Le duc de Beaufort fit aussi-tôt mettre les gardes sous les armes, et les fortifia des compa-