I. Leduc d'Enghien prit congé du roi le 13 avril
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gnies qui les venoient relever, sans permettre que les autres s^en allassent. Il ordonna aux Gendarmes et aux Chevaux-Légers de se tenir tous dans la cour du vieux château avec lui- il etoit encore accompagné de tous ses amis, qui en ce temps étoient en grand nombre des créatures de la Reme et de ceux directemem attachés à la personne du Roi, ce qui faisoit quasi toute a Cour. Tandis que nous nous promenions dans ia cour du vieux château, en attendant ce oui arnveroit au neuf, le Roi revint de sa foiblesse et parut en si bon état que les médecins assurèrent qu il vivroit encore quelques semaines. La Reme resta auprès de lui, et le duc d'Odéans ainsi que le prmce de Condé, revinrent au vîeux château où ils logeoient, et furent fort surpris de^yoïr les gardes sous les armes, et plus fortes qua I ordinaire, sans qu'on leur en eût rien communiqué. Leur étonnement augmenta lorsqu ils apperçurent les Gendarmes et Chevaux- Légers avec la plupart de la noblesse de la Cour environnant le duc de Beaufort, qui, les voyant arriver, ne bougea du lieu où il étoit. Le duc a Orléans monta à son appartement avec un visage fort chagrin, et le prince de Condé, voulant s approcher du duc de Beaufort, remarqua qu 11 tournoit d'un autre côté, feignant de ne le pas voir cequilefitretirertrès-interdit. Quandleduc d Orléans et Im surent que la Reine avoit donné la garde de sesenfans au Duc, et commandé aux troupes de lui obéir, ils furent sensiblement touches et ne visèrent plus qu'à le perdre. Le cardinal Mazarin et les ministres, ayant le même dessein, se joignirent à eux; de sorte qu'en un
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jour toutes les puissances se trouvèrent contre lui, à la réserve de la Reine, près de laquelle ils commencèrent à chercher les moyens de le
mettre mal. , ,
Le cardinal, par son adresse et sa libéralité, 2a<:^na d'abord plusieurs des femmes de cette princesse, à laquelle elles dirent que le duc de Beaufort, tout en tirant vanité d'être bien avec Sa Majesté, ne se soucioit réellement que de madame de Montbason, avec laquelle il avoit une intelligence si entière, qu'il ne s'attachoit qu'à lui plaire et faisoit gloire de tout mépriser pour elle. Ces discours touchèrent sensiblement la Reine , et quoiqu'ils ne lui ôtassent pas la confiance qu'elle avoit au Duc, ils eurent assez de force pour la préparer au dégoût qu'elle prit depuis pour lui. Elle remarqua qu'il faisoit trop le familier avec elle devant toute la Cour; même un matin, qu'elle étoit dans le bain, et qu'il n'entroit nul homme dans sa chambre , nous étions dans la pièce précédente avec la plupart des seigneurs qui attendaient l'heure de la voir : le Duc, devant tout le monde, s'approcha de la porte de la chambre, que l'huissier entr'ouvrit, et dit qu'on ne voyoit point la Reine; mais lui, le poussant , entra de force ; action dont elle se fâcha si fort , qu'elle le fit sortir avec des termes d'extrême colère. Je le vis revenir fort interdit, quoiqu'il fit le railleur. La Reine savoit, outre cela, qu'il ne bougeoit d'avec la duchesse de Montbason, logée dans le château , ce qui ne lui plaisoit nullement; enfin il sembloit qu'il prit à tâche de se perdre. L'applaudissement général qu'il avoit reçu avoit tellement augmenté sa
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fierté naturelle , qu'il mécontentoit la plupart de ses amis, sans qu'ils le pussent avertir de tout cela , tant il se retiroit de ceux qui avoient eu familiarité avec lui. Il s'assuroit tellement en la Reine qu'il croyoit n'avoir besoin de personne, et se fondoit sur ce qu'elle lui avoit dit qu'elle ne vouloit pas qu'il eût d'autre attachement que le sien; mais il devoit prévoir que, tout le monde butant à faire changer une femme qui l'eût peutêtre fait d'elle-même, ç'auroit été un miracle si l'on n'en fût venu à bout.
Trois semaines se passèrent de la sorte , pendant lesquelles le Roi ordonna qu'après sa mort la Reine auroit la garde de ses enfans, gouverneroit l'État avec le duc d'Orléans, le prince de Condé, le cardinal Mazarin, le chancelier ', les sieurs de Bouthillier - et de Chavigni , sans que nul des sept pût être changé pendant la minorité du Roi, et que les choses se régleroient entre eux à la pluralité des voix. Le Roi mourut le 14 mai, jour de l'Ascension, auquel étoit mort Henri IV, son père, trente-trois ans auparavant. Sa fin fut la plus constante et la plus chrétienne dont j'aie ouï parler, et l'on peut dire que sa mort a été beaucoup plus illustre que sa vie. Le lendemain, la Reine mena le nouveau roi Louis XIV à Paris, et ensuite au Parlement, où elle fut déclarée Régente, avec pleine puissance; ainsi, ce que Louis XIII avoit ordonné devint inutile. Le duc de Beaufort la servit bien en cette occasion, de même que le duc de Ven-