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Claude le Bouthillier, surintendant des finances

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dôme , son père , revenu à la Cour, comme tous les exilés, pendant la maladie du Roi.

La duchesse de Chevreuse ' revint aussi de Flandre. Comme on ne l'avoit exilée qu'à cause de la Reine, ayant toujours été sa principale confidente, l'on croyoit qu'elle la gouverneroit; mais la duchesse, pour avoir voulu demeurer unie avec le duc de Beaufort et ses anciens amis, se perdit avec eux; car le cardinal Mazarin avoit si bien su gagner la Reine par son adresse, que le lendemain qu'elle fut déclarée régente elle le nomma son premier ministre , et lui en bailla le brevet, sans en parler au duc de Beaufort ni à ses anciens confidens, lesquels jugèrent bien que c'étoit leur ruine ; mais il étoit trop tard pour y donner remède. Le Duc fut encore deux mois sans perdre espérance , pendant lesquels il vivoit avec la Reine d'une manière qui achevoit de le ruiner auprès d'elle, témoignant trouver à redire à toutes ses actions , et lui baillant de continuelles attaques de son changement , d'autant qu'ayant toujours été dans ses intérêts et des mieux auprès d'elle, il ne le pouvoit supporter. A la fm, la duchesse de Chevreuse et lui se voyant entièrement décrédités par les mauvais offices du cardinal Mazarin, unique cause de leur malheur, ils conçurent contre lui la plus forte haine. Elle se trouva partagée par la duchesse de Montbason, le sieur de Beaupuis-, guidon des gendarmes du

1 . Marie de Rohan-Montbazon , veuve du connétable de Luynes et femme de Claude de Lorraine, duc de Chevreuse.

2. Il étoit fils unique du comte de Maillé, dira Campion un peu plus loin. Arnaud le Dangereux, seigneur de Beaupuy, en Gascogne ou mieux peut-être en Languedoc, avoit

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Roi et l'un des confidens du Duc , et par mon frère, que la duchesse de Chevreuse, quil'aimoit beaucoup!, avoit donné quelques mois auparavant à la Reine, après qu'il eut quitté le duc de \'endôme, qui, pour cela, lui en voulut toujours mal depuis, quoiqu'il y eût consenti. Ils songèrent à se défaire du cardinal ; dessein premièrement concerté entre les deux duchesses et le duc, qui le communiqua ensuite à Beaupuis et à mon frère, lesquels l'approuvèrent, le premier croyant que c'étoit pour lui le chemin d'arriver à de plus grandes charges , et mon frère y voyant l'avantage de madame de Chevreuse, et par conséquent le sien. Ils demeurèrent d'accord qu'il falloit me communiquer le projet , pour chercher avec moi les moyens de l'exécuter; ce que le duc de Beaufort fit, com.me je le vais raconter avec toutes les circonstances de cette entreprise , qui

pris le titre de comte de Maillé après avoir épousé Marguerite Hurault, fille de Philippe Hurault, comte de Chiverni et de Limours, qui avoit eu les seigneuries de Maillé et de Rochecorbon pour les conventions de son premier mariage avec Guy de Laval, marquis de Nesle, comte de Joigny et de Maillé, etc., gentilhomme de la chambre du roi et capitaine de cinquante hommes d'armes.

I. Voir la Lettre $4 d'Ale.xandre de Campion au comte de Soissons à la fin du volume.

Le cardinal Mazarin a écrit sur son ^t Carnet j août 1643 ► « Visita di Campion affettionatissimo di la dama, n

Et on lit dans une lettre du P. Carré, dominicain, de la fin de 1643 : « La nuit, MM. le prince de Guise et de Beaufort et Campion alloient chez madame de Chevreuse. Elle souvent quittoit ces deux princes et s'enfermoit en particulier avec Campion dans sa chambre. Souvent elle sortoit, la nuit à onze heures, en carrosse et alloit par la ville, accompagnée de ces princes et de Campion. » Madame de Ch£\reu:i et madame de Hautefort, par M. Cousin.

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m'a causé de si longues peines, quoique j'aie agi avec tant de sincérité et de justice. Je crois néanmoins que le dessein du Duc ne venoit pas de son sentiment particulier, mais des persuasions des duchesses de Chevreuse et de Montbason, qui avoient un entier pouvoir sur son esprit, et une haine irréconciliable contre le cardinal. Ce qui me fait penser ainsi , c'est que pendant qu'il fut dans cette résolution, je remarquai toujours qu'il y avoit une répugnance intérieure qui, si je ne me trompe, étoit emportée par la parole qu'il pouvoit avoir donnée à ces dames.

Le duc de Beaufort ayant définitivement résolu avec le sieur de Beaupuis et mon frère d'ôter du monde le cardinal Mazarin , m'envoya quérir un matin de chez Prudhomme, baigneur, où il logeoit : c'étoit vers la fin du mois de juillet. L'étant venu trouver, il me tira à part et me dit que la connoissance qu'il avoit de mon affection et de ma probité l'obligeoit à me donner une preuve de son amitié, qui me feroit voir que j'étois dans sa dernière confiance. Je repartis en peu de mots, selon m.a coutume, que de quelque nature que fût la chose qu'il avoit à me communiquer, il n'auroit jamais sujet de se repentir de s'être fié à moi. Il appela ensuite Beaupuis, qui étoit seul dans la chambre avec nous, mais un peu éloigné, et me dit en sa présence qu'il croyoit que j'avois remarqué que le cardinal Mazarin rétablissoit à la Cour et par tout le royaume la tyrannie du cardinal de Richelieu, avec plus d'autorité et de violence qu'il n'en avoit paru sous le gouvernement de celui-ci ; qu'ayant entièrement gagné l'esprit de la Reine^

et mis tous les ministres à sa dévotion, il étoit impossible d'arrêter ses mauvais desseins qu'en lui ôtant la vie; que le bien public l'ayant fait résoudre à prendre cette voie, il m'en instruisoit, en me priant de l'assister de mes conseils et de ma personne dans l'exécution. Fort surpris d'un si étrange dessein, je repartis que, lorsque je m'étois attaché à sa fortune, j'avois résolu de la suivre dans tous les accidens qui lui pourroient arriver, et de ne le point abandonner, quelque parti qu'il pût prendre ; qu'en celui-ci, quelqu'injustice qui m'y parût, je ne laisserois pas de lui faire voir qu'il n'avoit pas mal placé son secret. Beaupuis prit alors la parole pour représenter avec chaleur les maux que la trop grande autorité du cardinal de Richelieu avoit causés à la France, et conclut en disant qu'il falloit prévenir de pareils inconvéniens avant que son successeur eût rendu les choses sans remède. Je repartis que, quand même ce qu'il disoit des cruautés du feu cardinal seroit vrai , celui dont il s'agissoit avoit jusqu'à présent vécu avec tant de douceur qu'il falloit demeurer d'accord que , si nous le punissions, ce seroit des violences de son devancier, ou pour nous venger de ce qu'il étoit plus spirituel , plus politique et plus heureux que nous; que ces torts ne me sembloient pas mériter la mort, et qu'ainsi j'avouois nettement que je ne pouvois approuver la pensée qu'ils avoient de se rendre illustres par un assassinat ; que je me croyois obligé de dire mes sentimens au Duc , pour après le servir avec fidélité et en homme d'honneur. Mes raisons ébranlèrent ce prince au point qu'il me dit de voir mon frère.

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qui savoit son dessein , et que nous vinssions ensuite le trouver ensemble. J'allai donc lui dire tout ce que je crus capable de le ramener à mon opinion. Il en parut touché, et assura qu'il m'aideroit à ôter au duc de Beaufort un projet que je trouyois aussi injuste qu'extravagant ; car comme je le leur dis encore depuis à tous, quand même l'exécution de ce dessein eût été utile au public, ce que je ne pensois pas, c'auroit toujours été la ruine du Prince et de ceux qui y eussent participé, parce que, outre qu'ils auroient eu le Pape ' et la Reine pour ennemis irréconciliables , l'un pour Imtérét de l'Eglise , et l'autre pour le maintien de l'autorité royale , et pour son ressentiment particulier, ils pouvoient s'assurer d'avoir tous les favoris et les ministres présens et à venir pour persécuteurs , y ayant apparence qu'ils croiroient utile à leur suWé de punir des personnes qui tournoient à crime le crédit, l'éclat et la bonne fortune, le cardinal n'en ayant point d'autres que ceux-là.

J'allai chez le Duc avec mon frère, pensant que la croyance entière qu'il avoit alors en lui le feroit changer d'opinion. Il le mena aussi-tôt dans la ruelle de son lit, pendant que je m'arrêtai un peu avec ceux qui étoient dans la chambre; néanmoins l'envie que j'avois de faire changer le projet m'engagea à les quitter pour approcher du lit, et j'entendis mon frère qui étoit assis dessus avec le Prince, à qui il disoit, contre ce qu'il m'avoit promis, tout ce qu'il

I. Mafféi Barberin, pape depuis le 6 août 162? sous le nom d'Urbain VIII.

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croyoit capable de lui faire hâter l'exécution de cette honteuse entreprise. Cela me toucha fortement, voyant bien que tous mes efforts seroient inutiles contre ces deux hommes, et particuhèrement les deux femmes qui gouvernoient alors entièrement le premier. J'étois plus étonné de mon frère que des autres, lui connoissant des mœurs douces et une assez grande bonté naturelle. Je crus alors, comme j'ai toujours fait depuis, que la longue habitude qu'il avoit eue avec les factieux, pendant qu'il étoit auprès du comte de Soissons, lui avoit, contre son penchant, inspiré le désir de voir toujours la Cour et l'État en troubles : il a donné depuis plusieurs autres -marques de cette inclination, plutôt acquise que naturelle. Cependant mes raisons ébranlèrent de telle sorte le duc de Beaufort qu'il me dit qu'il vouloit avoir l'avis de quelques personnes.. Je crois que c'étoit celui des deux duchesses. Il s'en alla faire sa conférence, après laquelle l'étant revenu chercher au même lieu, je le trouvai si bien confirmé dans sa première résolution qu'il me dit le soir en présence de Beaupuis qu'il étoit décidé à exécuter promptement ce qu'il m'avoit communiqué, et qu'ainsi il m.e prioit de ne plus lui opposer de raisons, puisqu'elles seroient inutiles. Je répondis que, cela étant, je ne lui enparlerois plus, et leservirois à son gré, mais qu'avant d'aller plus loin, je lui demandois deux choses : l'une , de ne pas mettre la main sur le cardinal, puisque je me tuerois plutôt moi-même que de faire une action de cette nature; l'autre, que s'il faisoit entreprendre l'exécution hors de sa présence, je

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ne me résoudrois jamais à m'y trouver, tandis que s'il y étoit lui-même, je me tiendrois sans scrupule près sa personne, pour le défendre dans les accidens qui pourroient arriver, mon emploi auprès de lui et mon affection m'y obligeant également. Il m'accorda ces deux choses, en témoignant m'en estimer davantage , et ajouta qu'il se trouveroit à l'exécution , afm de l'autoriser par sa présence. Je ne fis donc plus de difficulté d'y être moi-même, avec les réserves que j'avois faites. Il communiqua encore son dessein à deux de ses anciens et fidèles domestiques; l'un le sieur de Lié, capitaine de ses gardes, et l'autre le sieur de Brillet, son écuyer ■ .

Nous demeurâmes tous d'accord qu'il falloit prendre le temps oij le cardinal iroit par la ville ; que le duc de Beaufort, avec ceux qui lui seroient nécessaires pour l'entreprise, feroit arrêter le carrosse et donner le coup de la mort à son ennemi. Il alloit alors si peu accompagné qu'il ne menoit que quelques bénéficiers et cinq ou six pages ou laquais; de sorte que la chose auroit été facile, si le Duc, y devant être et n'étant pas de condition à attendre dans la rue ou dans les logis voisins de celui du cardinal sans donner de soupçons, ne l'eût, par cette raison, rendue moins aisée. Il fut résolu, après avoir bien raisonné sur ce sujet , que les sieurs de Lié et de Brillet, qui savoient le projet, et les

I . On verra plus loin qu'ils sont nommés tous deux dans les Carnets du cardinal Mazarin et dans les rapports de ses espions.

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sieurs de Ganseville'-, de la Londe^, d'Héricourt, de Prémont 5, de Giné et de Rochette- Freselière, tous domestiques de la maison de Vendôme, qu'on n'avoit point mis dans la confidence, se trouveroient tous les jours dès le

1. François de Cauquigny, sieur de Ganseville. Nous apprenons par VAvis touchant l'affaire de M. de Beaufort que sa demeure, « une simple maison , » étoit située dans le village de Tané ou Tanay, aujourd'hui commune de Chapellesles-Grands, canton de Broglie, arrondissement de Bernay. I.e cardinal de Retz le dit en 1636 écuyer et en 1651 lieutenant des gardes du duc de Beaufort.

Est-ce son fils qui épousa une Campion ? Il existe dans les minutes du notariat d'Amfreville-la-Campagne, sous la date du 24 décembre 1671 , un acte par lequel Nicolas de Campion, seigneur de Montpoignant , donne pouvoir de le représenter dans le conseil de i^amilledes enfants mineurs de dame Louise de Campion, veuve de messire Pierre de Cauquigny, en son vivant seigneur de Ganseville; des lettres patentes du roi du 28 janvier 1670 accordant à ladite dame la garde noble de ses enfants. L'acte est passé devant les tabellions de Becthomas.

2. Gaston de Bonnechose de la Londe, sieur de Tannay. Il avoit sa maison dans le village de Saint-Jean-du-Thenney, paroisse d'Orbec {Avis touchant l'affaire de M. de Beaufort), aujourd'hui commune et canton d'Orbec, arrondissement de Lizieux. On lit dans le même Avis : « Nous apprenons que la Londe a dit que l'heure n'étoit pas venue qu'il devoit faire un coup et qu'après cela c'étoit le moyen de sortir de toutes affaires et d'avoir par force la femme qu'il n'a pu avoir de bon gré. »

La Londe se distingua à la bataille de Lens, le 19 août 1648. Il étoit attaché en qualité de volontaire à l'aile gauche de l'armée que commandoit le maréchal de Gramont. Gazette^ cxtraord. du 26 août. On le trouve en 16 J2 lieutenant des chevau-légers d'ordonnance du duc d'Orléans, et il fut tué, la même année, au siège d'Étampes.

3. Capitaine dans le régiment de Vitry ; il fut blessé en 1637 à la prise du fort de Sainte-Marguerite. En 1644, il commanda le régiment de la Reine au siège de Gravelines : « Le 23 juillet, le sieur de Prémont, commandant le régiment de la Reine, fut blessé d'une mousquetade, cette mêmenuit. » Gazette du 30 juillet.

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matin dans des cabarets proche le logis du cardinal, qui étoit à l'hôtel de Clèves, près le Louvre, et que là ils attendroient de moi l'ordre de ce qu'ils auroient à faire; que je serois toujours et Beâupuis avec le Prince , et que ceux qui savoient le dessein s'informeroient avec soin quand le cardinal sortiroit, pour en avertir le Duc; enfm qu'on ajouteroit encore à ceux qu'on n'avoit pas mis dans la confidence, les sieurs d'Avancourt' et de Brassi, Picards, gens fort déterminés et intimes amis de Lié. L'on convint que je dirois à tous, de la part du Duc, que madame la princesse de Condé et madame de Montbason, ayant, comme il étoit vrai, un grand démêlé 2, et la première annonçant qu'elle feroit faire affront à l'autre , le Duc vouloit toujours tenir un nombre de gentilshommes, avec chevaux et pistolets, en lieu où il les pût avoir à point nommé, pour s'opposer à ce dessein. Le Prince régla en outre avec Beaupuis, mon frère et moi , que quand on en viendroit à l'exécution, il ordonneroit à Ganseville et à Brillet de faire arrêter le cocher du cardinal, et à Héricourt et à Avancourt d'aller chacun à une portière et de le tuer, pendant que lui-même seroit à cheval dans la rue avec Beaupuis, moi et tous les autres ci-dessus nommés autour de

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