‹ MémoiresChapitre 50 sur 168 · C'étoit un cabaret · texte numérisé non relu

C'étoit un cabaret

2. On lit dans le troisième Carnet du cardinal Mazarin : ■ « M. de Bellegarde m'a dit avoir su que si, en revenant de

Maisons, je n'avois pas été dans le carrosse de S. A. R.,

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puis exprimer, et j'allai représenter au duc de Beaufort qu'il devoit s'appercevoir que Dieu n'approuvoit pas son projet, puisqu'il s'y trouvoit tant d'obstacles. Cela l'ébranla et le fit rêver; puis il me dit qu'il penseroit à mes réflexions, mais qu'il en vouloit conférer avec quelques personnes qu'il ne me nomma point, et qu'après il me communiqueroit sa dernière résolution. Je crois qu'il alla trouver les duchesses de Chevreuse et de Montbason, qui assurément lui avoient mis cette entreprise en l'esprit, et qu'elles le réprimandèrent de ce qu'il tardoit tant à faire ce qu'il leur avoit promis; car il revint si animé contre le cardinal, qu'il me déclara qu'il ne pouvoit plus attendre, et que, puisque de jour il se rencontroit toujours des obstacles , il étoit résolu d'exécuter le coup de nuit; que le cardinal alloit tous les soirs au Louvre, qu'il le falloit attaquer au retour, avoir des chevaux prêts dans quelque hôtellerie voisine, et que quand le ministre seroit chez le Roi, il s'y tiendroit aussi avec Beaupuis et moi, et que sitôt qu'il sortiroit, nous nous avancerions pour faire venir les autres, qui, en attendant, se tiendroient à cheval sur le quai, le long de la rivière et tout auprès du Louvre : que cela se pouvoit la nuit sans soupçon ' ; que tout ce que

l'assassinat de Beaufort contre moi auroit été exécuté.» Et encore : « Plessis Besançon a dit qu'autour de l'hôtel de Vendôme, il y avoit plus de quarante personnes armées. »

I . « Comme nous parlions de l'affaire , le sieur Du Buisson de Bernay nous dit qu'il savoit de bonne part que la supposition de l'entreprise étoit que Ganseville , avec un autre que je crois se nommer Giquet, tous deux appartenant à

Année 1645. 187

l'on avoit à craindre étant les gardes qui s'opposeroient peut-être à l'entreprise , qui ne pouvoit s'exécuter qu'en leur présence, à cause du peu de distance du logis du cardinal au Louvre, il se résolvoit à mettre dans sa confidence le sieur des Essarts', capitaine au régiment des Gardes, et absolument à lui, afin de choisir le jour de sa garde, et de le prier de co^nmander à ses soldats que, quoi qu'ils vissent faire, ils ne s'en mêlassent point, et ne songeassent qu'à garder le Roi. Je ne pus ôter ce dessein au Duc,

M. de Beaufort, avoient exprès feint une querelle , pourquoi ils montèrent à cheval de grand matin ; et en même temps tous ceux de la maison en firent de même, feignant de les chercher pour trouver l'occasion de rencontrer Son Éminence, et pour ce sujet passèrent plus de dix fois dans la rue où demeuroit mondit seigneur.» Avis touchant l'affaire de M. de Beaufort. « Le comte d'Orval a dit que ses gens , trois ou quatre jours durant, avoient vu quinze ou vingt hommes armés de pistolets entre l'hôtel de Créquy et le sien, de sorte que j'aurois été pris au milieu. » Troisième Carnet de Mazarin.

I . « Nous avons vu très-assurément que les nommés Beauregard, Brillet, Fouqueret et Ganseville y étoient (à Anet), et vu Brillet, avec le baron Desessart, monter à cheval avec pistolets et fusil , étant à la chasse au chien couchant , d'où ils retournèrent à deux heures de là , et n'allant qu'à un quart de lieue d'Anet. Le baron Desessart l'a quitté six jours par mécontentement de l'avoir refusé d'un cheval de M. de Beaufort. » Avis touchant l'affaire de M. de Beaufort.

Des Essarts étoit de la branche de Lignières et de Maigneux. Lieutenant aux gardes en 1638, il se distingua dans le combat du 25 juin devant Saint-Omer. Il fut tué au siège de La Motte en 1645. « Le 18 juin, ceux de la ville tirèrent une volée de canon sur le régiment des gardes, à la tête duquel étoit le sieur des Essarts, qui le commandoit,... duquel coup il fut tué sur son cheval. » Gazette, extraordinairt du 24 juin.

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qui parla à des Essarts, lequel lui promit tout ce qu'il voulut. Les ordres se donnèrent pour quand il seroit de garde. Je mourois de peur que l'on ne fit de nuit ce que Ton avoit manqué de jour; mais il arriva, heureusement pour le cardinal, que ce soir-là des Essarts devoit être au poste derrière le Louvre , et la compagniecolonelle devant. Cela pensa désespérer le Duc; néanmoins madame de Chevreuse, Beaupuis et mon frère, auxquels il apprit son déplaisir, dirent qu'ils croyoient que le duc d'Epernon, étant l'intime ami de la duchesse et pas trop satisfait de la Cour, ne feroit pas de difficulté, sans entrer plus avant dans l'affaire, de comm.ander au premier sergent de la colonelle que, quelque bruit qui sumnt, il empêchât les soldats de prendre parti pour personne, et leur fit seulement garder la porte du Louvre.

Cet expédient fut trouvé si bon que la duchesse de Chevreuse parla le jour même au duc d'Epernon, qui, je pense, se douta bien, par la connoissance qu'il avoit des affaires, de ce que cela signifioit, à moins que la duchesse ne le lui dit, comme il y a plus d'apparence, par Tamitié qui étoit entre eux. Quoi qu'il en soit, le Duc promit ce qu'elle désiroit. Je ne sais s'il lui tint parole; mais je suis bien assuré que ce soir-là, tous ceux qui étoient des assemblées étant venus avec moi aux deux Anges , sur le quai près du Louvre , il se trouva force gens qui nous observèrent, quoique ce fût un lieu où l'on ne se dût pas étonner de voir des chevaux, sur-tout n'y en ayant que huit ou dix. Cela se dit néanmoins chez la Reine comme une chose extraor-

dinaire ' ; mais ce qui fait mieux voir que le cardinal étoit averti, est qu'il ne vint point au Louvre comme il avoit accoutumé, et que Pon dit tout haut qu'il s'agissoit d'une entreprise sur sa personne. Cela me fait tenir pour assuré, ne pouvant en soupçonner d'autres , (et paroissant assez par la suite des choses que le cardinal n'a jamais su les circonstances du complot, ni ceux qui en savoient le fond et qui y étoient employés), que le duc d'Epernon, qui n'avoit appris qu'en gros le dessein du duc de Beaufort, et ignorant ceux en qui il se confioit pour cette affaire , rapporta seulement au cardinal la proposition de madame de Chevreuse et ce qu'elle lui avoit appris, ce qui engagea le ministre à faire épier ce qui se passoit à l'hôtel de Vendôme , et à ne bouger de chez lui. Une autre raison qui me fait tenir cette opinion pour infaillible, est que le duc d'Epernon, qui alors n'étoit pas bien avec le cardinal, a depuis été tellement bien uni avec lui, que ce ministre a miieux aimé que la Guienne se révoltât que de lui en ôter le gouvernement, comme tout le conseil le vouloit, jusqu'à ce que M. d'Epernon lui-même, quand les choses ont été à l'extrémité, a demandé ce changement pour son intérêt et sa sûreté 2. De

1 . « L'Argentière rencontra Beaufort et Beaupuy qui rentroient au Louvre , d'où le premier étoit parti au moment où la reine s'étoit retirée dans son oratoire ; l'Argentière lui dit : Mon maître, il faut qu'il y ait quelque querelle ; car j'ai rencontré quinze ou vingt gentilshommes à cheval , bien montés, avec des pistolets.» Beaufort répondit : «Que veux-tu que j'y fasse?» Troisième Carnet de Mazarin.

2. Le duc d'Epernon céda en i6$ i son gouvernement au prince de Condé, qui lui céda le gouvernement de Bourgogne.

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plus, l'affaire, qui avoit duré deux mois sans que Ion en eût rien soupçonné, fut divulguée deux ou trois heures après que l'on en eût parlé à M. d'Epernon.

Quoi qu'il en soit de mes conjectures, l'on dit hautement à la Cour que le duc de Beaufort avoit voulu tuer le Cardinal; et il persévéra toujours dans la même pensée, quoique je lui conseillasse d'aller faire un tour à la campagne. Le lendemain il ne laissa pas de se montrer au Louvre, et de se trouver ensuite à une collation que faisoit la Reine au bois de Vincennes, chez M. de Chavigni '. Je ne le vis point ce jour-là, à cause que je le passai avec une fille très-riche que j'étois près d'épouser. Le soir je l'entretins long-temps, sans lui pouvoir persuader de se retirer. Il me dit que le bruit commençoit à s'appaiser, et qu'il espéroit dans peu exécuter son dessein. Je le laissai dans cette idée et ne le vis point depuis ; car la reine ayant assemblé le duc d'Orléans, le prince de Condé et tous les ministres, leur apprit les soupçons qu'il y avoit contre le duc de Beaufort, lesquels furent trouvés si graves, qu'ils opinèrent tous d'une voix qu'il le falloit arrêter, tant pour juger si l'accusation étoit bien fondée, que pour la haine qu'ils avoient contre lui. Cela étant résolu et les ordres donnés en conséquence, le Duc alla seul au Louvre le soir d'après celui où je lui parlai, quoique la plupart de ses amis l'eussent averti de prendre garde à lui. Là il fut arrêté 2 par le sieur de

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