Le Roi écrivit le 1 3 septembre une lettre aux gouver
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Guitaut, capitaine des gardes de la Reine, et ayant couché dans le Louvre , fut conduit le lendemain au donjon de Vincennes, où il a demeuré cinq ans. Le soir qu'il fut pris, le maréchal d'Estrées le vint dire à l'hôtel de Vendôme , o\x j'étois. Cela me toucha comme l'on peut penser. Le duc de Vendôme étoit depuis peu de jours à Conflans, entre Paris et Charenton, pour quelque légère indisposition. La duchesse se mit en pleurs et alla pour parler à la Reine , qui refusa de la voir.
Je consultai avec les sieurs de Lié et de Brillet, et leur proposai que nous allassions trouver le duc de Vendôme, pour agir comme il le jugeroit à propos. De Lié, qui n'avoit paru qu'à la première assemblée, à cause de sa blessure, demeura ; mais nous partîmes aussi-tôt , Brillet et moi, et, sortant par la porte Saint-Honoré, de peur d'être arrêtés , fûmes par-dessus le fossé faire le tour de la ville jusqu'à la porte Saint-
neurs des provinces et aux généraux d'armée sur le sujet de l'emprisonnement de M. de Beaufort. On y Ut : « J'ai été contraint, de l'avis de mon oncle, le duc d'Orléans, et de mon cousin, le prince de Condé, de m'assurer de la personne dudit sieur de Beaufort et de commander à quelques autres de se retirer en leurs maisons , afin d'assurer par ce moyen le repos de mes sujets, qui ne m'est pas moins cher que ma propre vie , et qui enfin n'eût pas pu éviter d'être troublé si je n'eusse coupé le mal par la racine en dissipant les entreprises et factions qui se forment dans la Cour, lesquelles dégénèrent ordinairement en guerres civiles et dont les moindres causent en fort peu temps la désolation entière des peuples. » M. de Beaufort avoit été arrêté dans les derniers jours du mois d'août. Voir la lettre 77e d'Alexandre Campion à M. Du Parc Ronsenay, et la lettre 78e à M. de Beaupuy.
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Antoine, près de laquelle nous rencontrâmes le duc de Vendôme, qui, sur cette nouvelle, venoit à Paris. Je lui dis que le Duc, son fils, étant prisonnier, nous venions prendre ses ordres pour les suivre en toutes choses. Il répondit que nous n'avions qu'à rentrer dans Paris avec lui. Je m'approchai de son oreille et répliquai que nous nous étions trouvés à quelques assemblées, lesquelles , quoique sans mauvais dessein de notre part, feroient peut-être du bruit. Il repartit incontinent, sans s'informer davantage, que nous allassions à Anet, où nous aurions de ses nouvelles. Nous le quittâmes à l'heure même, et comme nous passions à une heure après minuit vers le Marais, en un lieu tout-à-fait désert et dans un chemin où il falloit que nos chevaux fussent à la file, je vis venir vers moi, qui étois devant, dix ou douze cavaliers. L'heure et le lieu me firent croire que c'étoient des gens qui nous vouloient prendre. Je me tournai vers Brillet et lui dis qu'il falloit savoir mourir, et, mettant la main au pistolet, allai droit à eux, qui passèrent outre sans dire mot. Je ne sais ce qu'ils pouvoient chercher en ce lieu si écarté et en pleine nuit. Nous poursuivîmes notre route sans nous arrêter jusqu'à Anet, où le duc de Vendôme eut ordre le lendemain de se retirer avec sa famille.
Tous les gentilshommes qui avoient été par mon invitation aux assemblées qui s'étoient faites à Paris vinrent à Anet ' , à la réserve d'Avan-
I. « Brillet, Fouqueret, Lié et d'autres, au nombre de vingt-quatre , se sont enfuis. On croit qu'ils se sont embar-
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court et de Brassi qui s'en allèrent chez eux. La crainte que Lié, leur ami, eut qu'ils fussent pris ou dissent quelque chose de ce qu'ils savoient, l'engagea à découvrir au duc de Vendôme le dessein du duc de Beaufort contre le cardinal Mazarin. Le prince me demanda alors ce que j'en savois, et que je ne pus dissimuler après l'aveu de Lié. Il manda à Avancourt et à Brassi de venir à Anet; mais eux, qui avoient déjà été
qués pour l'Angleterre sur un vaisseau qui les attendoit depuis trois semaines. » Quatrième Carnet de Mazarin. Un peu plus tard , le cardinal, mieux informé, écrit sur le même carnet : c< Faire arrêter Campion et de Lié , qui ne sont pas partis de France. » Ses espions lui avoient en effet mandé dans le mois de septembre : « Campion sitôt averti monta à cheval , et de Paris s'en vint à Versailles où il fut deux jours en attendant les ordres de M. de Vendôme... M. de Vendôme est parti H 'Anet à cheval avec Beauregard et trois autres de ses gentilshommes pour aller parler audit Campion; et pour cela envoya devant ledit Beauregard trouver ledit Campion en son logis à Vert, qui est à trois ou quatre lieues d'Anet, à une lieue à côté de Dreux, pour que ledit Campion eût à s'en venir au-devant de M. de Vendôme sur le chemin du rendez-vous, entre Anet et Vert; ce qui fut fait; et là se parlèrent fort , M. de Vendôme, Beauregard et Campion seulement, les trois autres gentilshommes s'étant éloignés d'eux et n'étant pas de la conférence. Ledit Campion ne va point assurément à Anet, parce que M. de Vendôme craint que cela ne soit su... Ledit Campion est toujours en crainte. Il a conférence par lettres avec madame de Chevreuse. 11 est toujours en visite dans le voisinage , tantôt d'un côté, tantôt de l'autre... M. de Vendôme envoya en grande diligence à cheval donner avis à Campion qu'il n'eût à se tenir en sa maison à Vert et qu'il avoit eu avis qu'il y avoit ordre à le prendre. Ce fut jeudi 23 septembre. Le courrier le trouva dînant avec sa femme et Beauregard. Aussitôt il monta à cheval avec deux de ses gens , chacun sur bons chevaux avec pistolets et fusil... M. de Vendôme prend assurément grand soin de sa personne ; et dit-on que si on le prenoit, il feroit tous ses efforts pour le sauver. » Avis de
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gagnés par un nommé Boissi, gouverneur de Pontdormi ' et attaché au cardinal , se tirent prendre en chemin. On les mena à la Bastille, oià ils déposèrent que je les avois fait assembler plusieurs fois de la part du duc de Beaufort pour les intérêts de madame de Montbason , à ce que je leur avois dit -. Cela ne donnoit point matière d'interroger le Duc , puisqu'ils avouoient qu'il ne leur avoit pas parlé ; ainsi il n'eût pas
ce. qui se faisoit et disoit à Anet et touchant Campion. «Campion a été à Anet et y a couché. Il y arriva fort tard et monta à cheval de grand matin pour s'en aller. Il est toujours accompagné de deux de ses gens biens montés à l'avantage , avec deu.x pistolets et un fusil ; et il ne couche point deux nuits en un lieu, étant grandement dans l'appréhension. » Avis touchant l'affaire de M. de Beaufort. Ou lit enfm cette note sur le troisième Carnet du cardinal : « L'évêque de Lizieux a dit que Campion s'étoit enfui sur un cheval de l'hôtel de Vendôme ; qu'on avoit envoyé tout de suite un exprès à madame de Montbazon et que j'eusse à me garder mieux que jamais. » Voir les lettres 78 et 79 d'Alexandre de Campion à MM. de Beaupuy et Des Resvintes. ■
1. Pont-de-Remy sur la Somme, élection d'Abbeville; aujourd'hui canton d'Ailly-le-Clocher, arrondissement d'Abbeville .
Boissy étoit capitaine au régiment de Conty.
2. Il y a une lettre de Brassy, écrite de la Bastille, le 4 mars 1644, au cardinal Mazarin. Brassy demande qu'on ne lui fasse pas entériner une abolition au parlement « où il faut que je dise que je vous ai voulu assassiner; ce qui sera enregistré et l'on verra tant que le monde vivra et qui m'attirera la haine de tous mes parents... Déplus, monseigneur, vous savez que ceux qui attentent sur les personnes de votre dignité sont inscrits sur le livre rouge et ne peuvent jamais, eux ni les leurs, espérer aucune grâce du Saint- Siège; ce qui me fait supplier votre Éminencede commander que l'on me sorte d'ici sans caution, aimant mieux la mort que de perdre ce que je me suis conservé en vous sauvant la vie. » Madame de Charcuse et madame de Hautefort, par M. Cousin.
manqué de nier d'avoir donné les ordres que je leur avois portés de sa part. L^on connut alors que l'on ne pouvoit travailler à son procès avant de me prendre , afm de trouver matière à l'interroger d'après mes propres dépositions, et de nous si bien embarrasser tous deux, que l'on pût découvrir le fond de l'affaire. La preuve de cette conspiration importoit essentiellement au cardinal , qui , ne faisant que de s'établir dans le gouvernement , et affectant de le faire par la douceur, avoit été assez malheureux d'être contraint, en débutant, de faire une violence contre un des plus grands du royaume , pour son intérêt particulier, sans qu'il parût nulle conviction qui l'obligeât à traiter le Duc avec cette rigueur. Le Cardinal , désespéré de ne pouvoir persuader les autres de ce dont il étoit entièrement assuré, avoit un grand désir de m'avoir entre ses mains ' . Il jugea néanmoins qu'il falloit me donner le
I. Le i6 avril 1644, le cardinal Mazarin écrivoiî à Beringhen, alors en mission spéciale auprès du prince d'Orange: « On m'a donné avis que Brillet et Fouqueret, qui sont les deux personnes qui ont eu le plus de part dans la confidence de M. de Beaufort et auxquelles il s'est le plus ouvert dans la conspiration qui s'est faite contre ma personne, sont allés sen.-irdans les troupes en Hollande, ayant pris de grandes barbes qu'ils ont laissées croître, afm de n'être pas connus , et qu'ils ont changé de noms , Brillet se faisant appeler La Perrière. Je vous prie de faire toutes les diligences possibles pour vérifier si cela est, et de donner ordre , quand vous reviendrez, à quelque personne confidente de veiller de près à leurs actions , parce que nous songerions au moyen de les avoir. » Madame de Chevreuse et madame de Hauteforî, par M. Cousin. L'avis étoit faux; mais la lettre prouve combien Mazarin tenoit à avoir H. de Campion .
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temps de me rassurer, afin de me prendre avec plus de facilité.
Le duc de Vendôme, jugeant par ce qu'il avoit appris de Lié et de moi que de ma sûreté dépendoit celle de son fils, me pria de ne bouger du château , prenoit lui-même le soin de me faire divertir et me traitoit d'une façon très-obligeante. Il fit aussi demeurer à Anet ceux qui avoient été de nos assemblées. Nous passâmes ainsi quatre mois pendant lesquels j'eus divers avis, par le sieur de Pihalière, capitaine des gardes du maréchal de la Meilleraye ' et commandant de son régiment d'infanterie, mon ami particulier et qui avoit de bonnes habitudes à la cour, que l'on tentoit toutes sortes de voies pour me faire arrêter; il vint même à Anet pour me conter tout ce qu'il avoit appris sur ce sujet. J'en informai le duc de Vendôme; et comme je lui avois promis de faire tout ce qu'il seroit nécessaire à la sûreté de son fils, il songea d 'abord Ji me faire sortir de France ; mais la crainte que cela ne fit croire le crime que tout le monde croyoit supposé, rengagea à me faire rester, s'imaginant que j'aurois toujours le temps de me retirer s'il en étoit besoin. Dans ces circonstances, je songeai à achever le mariage dont j'ai déjà parlé, et que la prise du duc de Beaufort avoit retardé. C'étoitun projet de Ganseville, qui, ne faisant que de s'installer à son service et voyant que j'étois mieux avec lui que nul de ceux qui l'appro-
I. Charles de La Porte, marquis, puis duc de La Meilleraie, fait maréchal de France sur la brèche de Hesdin, le 3c juin 1639; né en 1602, mort en 1664.
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choient, s'imagina, par la connoissance qu'il avoit de mon humeur, que s'il pouvoit trouver les moyens de m'obiiger, je le rendrois considérable dans la maison. Il connoissoit une demoiselle ' de son pays, qui étoit le mien , et qu'un procès retenoit à Paris dans le temps que j'y étois moi-même. Elle n'avoit ni père ni mère, et étoit entre les mains d'un oncle, pauvre, qui avoit des fils en âge , et intime ami de Ganseville, qui lui persuada si bien que je ferois leur fortune, qu'il eut autant d'envie que lui de conclure ce mariage, qu'il me proposa, en m'en faisant si bien connoitre les avantages que je résolus de m'en occuper, après avoir acquis la certitude que la demoiselle avoit plus de cent mille livres de bien présent. M'étant embarqué de la sorte, je gagnai si bien son affection que l'affaire alloit s'achever quand le duc de Beaufort fut arrêté. Son oncle la ramena peu de temips après chez lui, son procès étant vidé. Je ne manquai pas d'écrire à l'oncle et à la nièce, qui, quoiqu'ils vissent ma fortune changée, ne laissèrent pas de demeurer dans les sentimens où je les avois laissés. Nous allâmes àlafm de l'année, Ganseville et moi, chez l'oncle, avec la permission du duc de Vendôme , qui eut cependant de la peine à l'accorder. Le succès de ce voyage fut tel que nous convînmes d'achever ce mariage incontinent après les Rois. Je retournai à .'\net afin de donner ordre à tout ce qui étoit nécessaire pour cela.
Henri de Campion la nomme plus loin. Elle s'appeloit
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mademoiselle Duquesne
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J'avois, à Paris et depuis notre disgrâce, gagné quantité d'argent au trictrac et à toutes sortes de jeux , contre les ducs de Mercœur et de Nemours et plusieurs autres. Le duc de Nemours étoit souvent à Anet, à cause qu'il avoit épousé mademoiselle de Vendôme , peu avant la prise de son frère. J'avois plus de six cents pistoles de gain, ce qui m'avoit permis de refuser pension. Quand le duc de Vendôme me pressa d'en recevoir une, je lui dis que quand les affaires des siens seroient changées, ils rne traiteroient comme je les aurois servis. J'acceptai seulement, au cas que je fusse contraint à sortir de France pour leurs intérêts, deux mille francs par an pour subsister dans les pays étrangers. Le duc s'engagea de me les fournir, ainsi qu'à tous ceux qui seroient obligés de s'en aller pour la même affaire. Il avoit voulu aussi que mon frère, contraint de se retirer de la cour avec les duchesses de Chevreuse et de Montbason, reçût huit cents écus de pension. Mais mon frère l'en ayant remercié', il conçut une telle haine contre lui, qu'il ne lui a point pardonné depuis, et ajouta plus aisément foi au bruit que l'on fit courir qu'il avoit trahi son fils le duc de Beaufort.
Cependant le cardinal Mazarin ayant ordonné au prévôt de l'Ile de France de trouver les moyens de me prendre avec quelques-uns de ceux qui avoient été aux assemblées de M. de
1 . On lit dans la lettre déjà citée du père Carré : « Campion étoit de la maison de Vendôme, d'oia il a toujours tiré mille écus de pension. On a feint qu'il en fût disgracié; et madame de Chevreuse l'a donné à la reine pour servir à elle et à la maison de Vendôme, n
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Beaufort , le prévôt ménagea une intelligence avec une demoiselle de bonne composition , nommée la Le Bret , qui demeuroit à Textrémité du bourg d'Anet. Ganseville et plusieurs gentilshommes de la maison étoient tous les jours chez elle; mais je n'y allois jamais, pour l'aversion que j'ai toujours eue pour toutes sortes de débauches. Elle dit au prévôt qu'elle lui en livreroit aisément d'autres , mais que pour moi elle v voyoit de la difficulté , néanmoins qu'elle en chercheroit les movens. Pour les trouver, elle dit à Ganseville qu'elle avoit une parente en religion qui devoit venir chez elle, et que pourvu qu'il voulût être discret , elle la lui feroit voir ; mais que comme elle craignoit madame de Vendôme , dont il connoissoit la sévérité en ces matières, elle ne vouloit point qu'il amenât personne que moi , dont tout le monde louoit la discrétion. Il lui promit ce qu'elle voulut.
Le lendemain des Rois de l'an 1644, la Le Bret fit venir deux des plus belles et des plus débordées filles de Paris , fit cacher dans une de ses chambres hautes dix archers du prévôt , lequel convint d'être la nuit, avec cinquante autres et les chevaux des dix , dans un jardin derrière le logis , hors du bourg. Tout cela concerté, la Le Bret manda à Ganseville que sa parente étoit arrivée, et qu'elle l'attendoit. Il m'en parla aussitôt, et me pria d'y aller. J'eus assez de peine à le faire; néanmoins j'y consentis par complaisance et par curiosité. Nous vîmes cette parente prétendue, que nous trouvâmes fort belle; mais je connus bien vite , tant à ses yeux qu'à ses actions , qu'elle ni sa compagne ne venoient point
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de religion , comme elles le vouloient persuader. Je ne pris cependant aucun soupçon, ne croyant pas que la Le Bret osât choquer une maison comme celle de Vendôme, dont son bien et son existence dépendoient absolument. Je crus seulement qu'elle vouîoit faire valoir sa marchandise ; et après m'être diverti une heure , je sortis. La Le Bret nous pria de revenir souper; mais je lui dis que je ne croyois pas le pouvoir, et sur ce qu'elle me pressa fort , je promis de retourner avant ou après le repas. Ganseville Tassura de revenir. Je lui dis , en nous en allant , qu'on le trompoit , et que la femme que nous avions vue avoit plus d'expérience qu'une fille de couvent : il ne fut pas de mon sentiment , étant devenu amoureux.
Nous trouvâmes le duc de V^endôme prêt à souper, et je me mis à table avec lui sans me soucier de la Le Bret. Ganseville pria alors le sieur de Beauregard ', mon intime ami, qui éîoit dans ce temps tout-à-fait bien avec le Duc, et le sieur de Saint-Filbert . jeune gentilhomme que le Prince aimoit fort , d'aller souper avec lui à ma place. Je leur fis signe que j'irois en sortant de table; ce que j'exécutai, après avoir longtemps entretenu le Duc sur ses affaires, ainsi que je faisois tous les jours. Je trouvai ces
1. Honorât Benjamin de Beauregard, écuyer, seigneur de Fresne, cornette de la compagnie de chevau-légers du duc de Vendôme et maître-d'hôtel du Roi. Il est désigné sous le nom d'Hèdomènc, dans les Entretiens sur divers sujets d'histoire, de morale et de politique.
Est-ce le même Beauregard oui avoit été capitaine des gardes du comte de Soissons ?
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messieurs et les filles prêts à danser. Je leur parlai un moment, et me préparois à faire comme les autres, lorsque le fils du sieur de Beauregard, qui étoit page du Duc, vint demander une lettre que son maître lui avoit donnée à lire. Beauregard, à cause qu'elle étoit importante, n'osa la bailler à son fils, quoique je le lui conseillasse : il se détermina à sortir fort fâché, et moi, par un mouvement qui ne partoit pas de ma volonté, je dis que je m'en allois. La Le Bret vint quasi jusqu'à la violence pour me retenir; mais cela fut inutile, et comme les archers attendoient qu'elle les allât avertir, et qu'elle n'en eut pas le temps, je sortis avec Beauregard et m'en retournai au château. Elle, voyant que nous étions partis, fut dire aux archers qu'ils se hâtassent pour prendre ceux qui étoient restés : ils la suivirent ; et cette femme , appelant Ganseville à la porte de la salle, et lui faisant tourner le dos aux archers , leur donna moyen de le saisir. Trois ou quatre allèrent à Saint-Filbert lui commander, de la part du Roi, de les suivre; mais, quoiqu'il n'eût point d'épée, il se défendit si bien qu'après avoir été blessé en vingt-cinq endroits , on eut encore peine à le prendre, pour le lier sur un cheval en croupe derrière un archer. Le prévôt vint en même temps; de sorte qu'on emmena Ganseville, Saint-Filbert, la Le Bret et les deux filles. Le bruit des coups que l'on tira sur le second fit que l'on nous vint avertir au château, où nous ne faisions qu'entrer, Beauregard et m.oi. Nous courûmes sur le lieu à pié , avec la plupart des gens de la maison; mais nous ne trouvâmes
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plus personne. Nous revînmes monter à cheval; le duc de Vendôme lui-même en voulut être; nous suivîmes les archers trois lieues; mais Tobscurité de la nuit nous empêcha de les rencontrer, et il se retirèrent à Montfort-l'Amauri, oij le lendemain les Gendarmes et les Chevaux- Légers de la Garde du Roi allèrent prendre les prisonniers pour les conduire à la Bastille. On y porta Saint-Fîlbert sur un brancard, et il sortit incontinent après sa guérison, n'ayant eu nulle part aux affaires du duc de Beaufort'. Ganseville demeura à la Bastille jusqu'après la sortie du Prince, sans qu'il eût rien dit, sinon que je Pavois fait trouver avec d'autres , de la part de son maître , pour les intérêts de madame de Montbason.
Ensuite de cet accident, dont Dieu me sauva, et d'un encore plus dangereux, à cause de la répugnance que j'avois eue à l'injuste dessein du duc de Beaufort et des obstacles que j'y avois apportés, qui assurément en empêchèrent l'exécution, le duc de Vendôme eut avis qu'il partoit des troupes de Paris pour me venir prendre avec tous ceux qui avoient été à nos assemblées. Cela nous obligea à nous retirer d'Anet, et le duc de Vendôme promit de nous faire tenir tous les ans deux mille livres à chacun, en quelque lieu que nous allassions. Je menai tous ces messieurs chez un de mes parens, dans la forêt de Breteuil en Normandie 2,
1 . On voit par un mémoire du sieur de Cangé , le 2 juillet 1645, qu'à cette date Saint-Filhert et Heudeville étoier.t encore dans la Bastille.