Le 14 novembre
2. Antoine d'Aumont, connu d'abord sous le nom de marquis de Villequier, maréchal de France le j janvier 165 1, duc et pair en novembre 1665 ; mort en 1669.
}. Henri de la Ferté-Senneterre , maréchal de France le 5 janvier 1651, obtint la pairie en même temps que le maréchal d'Aumont; mort en 1681.
Année 1655. 255
où nous nous rendîmes aussi pour servir sous le duc d'Elbeuf. Après la jonction de ces troupes, l'on marcha droit au prince de Condé, qui, n'ayant pas une armée capable de nous résister, se retira du côté de Luxembourg. Nous allâmes par Toul et Saint-Mihel le pousser hors de la Lorraine, et ensuite nos généraux vinrent assiéger Ligni. J ugeant que l'on pouvoit prendre cette ville d'emblée, le duc d'Elbeuf fit apprêter des échelles, pendant que les autres s'opposoient aux secours. L'on détacha cent cinquante hommes de tous les corps des troupes du duc d'Elbeuf, et deux cent cinquante du nôtre, comme le plus fort. Cinq capitaines du régiment furent mis à la tête de nos commandés avec autant de lieutenans et d'enseignes. Un certain nombre de soldats sans armes portoient les échelles à la tête de chaque détachement. L'attaque commença à deux heures après midi. Le sieur de Rambure ' , avec les commandés de son régiment, qui étoit le premier de nos troupes, prit la droite pour donner par une assez petite brèche que notre canon avoit faite. Les autres corps prirent la gauche pour escalader de ce côté. Les ennemis, croyant que, pourvu qu'ils gardassent la brèche, on ne les forceroit pas, ne s'opposèrent point ailleurs. Là, le capitaine et le lieutenant de Rambure, qui menoient les enfans perdus, furent tués avec plusieurs bons soldats, sans qu'on pût faire reculer les assiégés. Pendant cela on planta les échelles le long des
1 . Charles ou René , marquis de Rambure et de Courtenay, mestre de camp d'un régiment de cavalerie de son nom, mort en 1671.
2^6 MÉMOIRES DE CaMPION.
murailles, où les hommes détachés du régiment de Longueville se signalèrent à la vue de toute l'armée. Les capitaines Bellefosse, Vieuxfuméetle chevalier de Bellegarde ' montèrent les premiers sur le rempart avec plusieurs de nos soldats , tandis que beaucoup d'autres demeurèrent embourbés dans le fossé. Sitôt que nos gens furent maîtres des murailles, ils allèrent occuper la place, ce qui étonna ceux qui gardoient la brèche au point qu'ils l'abandonnèrent pour se retirer dans le château. Alors la plupart de l'armée entra, et la ville fut pillée. Nous nous logeâmes le jour même près du château; mais comme ses murailles étoient assez bonnes , et que nous n'avions que de petites pièces , l'on n'y put faire brèche.
Les généraux laissèrent quelques régimens pour continuer le siège du château de Ligni , et allèrent attaquer Bar-le-Duc, capitale du pays. Nous marchâmes à cette expédition. Le maréchal de Turenne prit d'abord le faubourg , et ensuite ,. ayant fait brèche à la basse -ville, il l'emporta d'assaut. Le sieur du Tôt ^, son lieutenant général, y fut tué. On logea ensuite toute l'infanterie des armées dans la basse-ville et les faubourgs pour attaquer la haute, pendant que le duc d'Elbeuf et le maréchal de Turenne allèrent avec toute la cavalerie se loger à Révigni-aux-
1. Il fut, au siège de Candie, major de quatre cents volontaires françois que commandoit le chevalier de La Tour. Le régiment arriva devant l'île le 2 5 novembre 1 668. Gazette, extraordinaire du 8 mars 1669.