LETTRE X
Les affaires ont bien changé de face depuis que nous nous sommes quittés : pour rien au monde M. le Comte ne vouloit l'armée de Champagne, et à présent il la désire, et M. de Longueville, qui en avoit le commandement, la lui quitte ', de sorte que nous partons pour aller nous opposer aux Polonois et aux Croates qui brûlent tout dans la Champagne. Je crois que nous y trouverons peu de forces prêtes pour leur résister, mais il sera dans son gouvernement, et on auroit honte de l'y laisser sans le mettre en état de chasser les ennemis, et quand cela ne seroit pas , il est mieux là qu'à la Cour en la posture que nous savons. Il n'y a que moi qui perds à ce marché-là , puisque je suis contraint de vous quitter, et même sans vous dire adieu. Vous pouvez croire que ce n'est pas de mon bon gré, et que j'en enrage d'aussi bon cœur que jefaisois dernièrement quand *** rompit notre conversation; mais ma consolation à tous mes maux est l'assurance de votre amitié, de laquelle je ne douterai jamais, non plus que vous faites de la mienne.
De Saint-Germain, ce 12 décembre 1635.
1 . 11 alloit en échange commander l'armée qui opéroit en Franche-Comté.
^9^ Lettres
A LA MÊME