LETTRE XL
W ous avez vu par toutes celles que je vous ai écrites depuis que nous sommes en Champagne , comme je suis très-favorablement traité de notre Prince : je ne sais si c'est la gaieté avec laquelle je l'ai suivi quand nous avons poussé les ennemis ' ou le soin que je prends, lorsque
1 armée marche, de porter ses commandements et de me mêler de tout comme si j'avois quelque emploi considérable dans son armée , ou qu'on lui ait rapporté que je n'étois pas des derniers à pousser ce matin le régiment de Forças , où le pauvre cadet du Plessis a été tué; enfin il me tait beaucoup de caresses, et je me vois en état detre en quelque considération auprès de luimême M. de Selles, son trésorier, étant arrivé d hier, il m'a fait mettre sur l'état de sa maison sans que je l'eusse demandé, et m'a envoyé une année de ma pension. Tout cela témoigne son sentiment pourmoi, et d'autant plus que je n'esperois autre chose que la conservation d'une terre dont jouit ma femme. Pour moi, je me persuade que M. de Saint-Ybalt S qui est fon de mes amis, et qui est tout à fait bien avec lui , a aidé
^ r. Cette affaire eut lieu près de Mouzon. Le comte de boissons y tail a en pièces et dispersa un corps de six mille Hongrois et Polonois. f ^ 'uuie
2 Henri d'Escars de Saint-Bonnet, seigneur de Saint- Ibal. On ecnvoit aussi Saint-Ibar. Ilsignoit, lui , Saint-Tibal
à lui donner de bonnes impressions de moi. Quoi qu'il en soit , j'ai la ratification de la baronnie de Gany, une pension , et , de plus , de belles paroles dont il n'est pas d'ordinaire si libéral; je vous rends compte de tout cela, connoissant la joie que vous en aurez par la part que vous prenez à tout ce qui me touche.
De Grandpré, ce j avril 1636.
A LA MEME