LETTRE XIII
Je vous avois mandé par ma précédente le chagrin où notre Prince étoit, de ce qu'après le combat des Polonois, au lieu d'augmenter sa
d'Alex, de Campion. 299
petite armée, Ton avoit choisi la meilleure cavalerie , et une partie de l'infanterie pour envoyer encore fortifier celle de M. le cardinal de la Valette, qui n'est pas à présent de ses amis, dont il se plaignoit fort à la Cour; sur quoi on lui manda que MM. les maréchaux de Brezay et de Chosnes ' avoient cinq ou six mille hommes en Picardie, et que si les ennemis entreprenoient quelque chose en cette Province, ou en celle de Champagne , ils avoient ordre de le joindre et de lui obéir. Je vous redis ceci en peu de mots, que vous savez aussi bien que moi , afm que vous jugiez si nous avons eu raison, M. de Saint- Ybalt et moi, de conseiller à M. le Comte, sur les nouvelles que les ennemis avoient investi la Capelle avec une formidable armée, d'avancer avec ce qu'il avoit de troupes du côté de Picardie et de mander à la Cour qu'il avoit cru important pour le service du Roi de faire jonction de sa petite armée avec celle de ces deux maréchaux de France, pour pouvoir secourir les places les plus importantes , d'autant qu'en l'état que sont les choses, on n'osera pas donner le commandement à un autre , Paffaire étant faite ; au lieu que s'il attendoit les ordres de la Cour, on lui commanderoit peut-être de se tenir dans son Gouvernement, pour y ordonner de toutes choses en cas que les ennemis y vinssent. Il nous a crus, et a dépêché M. de Beauregard ^, qui vous
1 . Honoré d'Albert, sieur de Cadenet, frère du connétable de Luynes. Il avoit pris le nom et les armes de Chaunes en épousant Claire-Charlotted'Ailly,f!lle unique de Philibert-Emmanuel d'Ailly sieur de Piquegny , et de Louise comtesse de Chaunes.