LETTRE XIV
Si quelqu'un voyoit les lettres que nous nous écrivons , on les trouveroit aussi différentes en style qu'en matières, les vôtres étant tout à fait galantes , et composées des jolies histoires qui se passent tant à la Cour qu'à Paris et les miennes de récits mal tissus , de marches d'armées, et de guerre; mais j'ai joie de cette disproportion, qui me fait voir de nouvelles marques de votre bel esprit, et qui vous en donne de mon obéissance, puisque vous m'avez commandé de vous envoyer de simples relations de ce que nous faisons. Il ne s'est rien passé depuis ma lettre du 8 , sinon que suivant l'avis que M. de Saint-Ybalt et moi nous avions donné à M. le Comte, il marcha assez hasardeusement de Rhetelà Liesse; vu que si les ennemis eussent été avertis, il leur étoit facile de détacher quatre ou cinq mille chevaux , qui l'eussent défait et nous eussent tous pris, n'y ayant aucune rivière pour se couvrir ; mais il aima mieux hasarder cela que de prendre les derrières de celle d'Aisne ,
d'Alex, de Campion. ^oi
pendant quoi il fût peut-être venu des ordres de la Cour qui eussent troublé notre marche. Quand nous fûmes à couvert du marais de Liesse, M. le maréchal de Brezay vint avec ses troupes au-devant de notre Prince , et l'escorta jusqu'à La Fère , d'où Pon a jeté force troupes dans Guise, étant la place qu^apparemment ils attaqueront après la prise de la Capelle, dont Pon attend nouvelles à toute heure. M. le Prince Thomas commande l'armée ennemie, et est accompagné de Piccolomini ' et de Jean de Vert ; jugez, après cela, si nous sommes menacés d^une rude campagne.
A La Fère, ce 9 juillet 1636.
A LA MEME