‹ MémoiresChapitre 13 sur 23 · GUILLAUME DE TAVANNES · texte numérisé non relu

GUILLAUME DE TAVANNES

INous ayons donné dans la notice sur le marédbal Gaspard de Ta vannes tous les détails qu'on peut désirer relativement à la maison de Saulz, l'une des plus illustres de la Bourgogne. Guillaume de Tavannes, fils aine de Gaspard, naquit à Dijon vers i554. Il eut une éducation sévère : à peine entré dans l'adolescence, il fut témoin des excès auxquels les guerres de religion entraînèrent ses compatriotes ; mais son caractère, enclin à la douceur et à la modération, l'empêcha de suivre l'impulsion qu'il auroit pu recevoir de saiamille; et, s'il ne partagea pas l'inflexibilité de son père à regard des protestans, il porta encore plus loin que lui une fidélité à toute épreuve à' sa religion et à son roi. 11 avoit à peu près dix-huit ans à l'époque de la mort de son père [ 1 57 3]; et, tandis que son frère puîné, Jean de Saulx, qui prit le titre de vicomte, témoignoit le plus vif ressentiment de ce que Charles ix ne tenoitpas les promesses qu'il avoit faites à leur père mourant, il Técut tranquille en Bourgogne, et se mit en quelque sorte sous la tutelle de Chabot Charny , qui, chargé du commandement de la province, avoit, l'année précé-

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dente y préservé les protestans de Dijon du massacre de la Saint-Barthélémy.

Au commencement de i574, Charles ix, effrayé de la situation de son royaume y voulut connoître le vœu des peuples. Les lieutenans généraux dans les provinces furent chargés de le recueillir, et Tavannes^ qui exerçoit cette fonction en l'absence de Chabot Charpy, porta aux pieds du monarque les doléances de la Bourgogne. Dans un mémoire rédigé avec soin, il demanda la convocation des états-généraux, se figurant que c'étoit Tunique moyen de rapprocher les partis, et d'extirper tes abuiS. Sod extrême jeunesse l'empechoit d'apercevoir les conséquences qiiie pouvoit avoir unie telle réumoii, dans une anse aussi violente que ceUè où se trou voit alors la France* Mais^ comme ses intentions étoient pures, il ne fut point blessé d» refus de la Cour; et ii repartit poujr là Bourgogne , déterminé à ne jamais s'écarter de la. ligne qu'il s'étoit tracée.

Il apprit bientôt la mort de Charles ix ; et , de coneert avec Chabot Charny , dont il épousa la fille deux ans après [i8 octobre 1576] , il maintint la tranquillité dans la province pendant l'abseiure de Henri m, qui, devenu roi de Pologne quelque temps auparavant , quitta ce trône pour venir occuper celui de France, oii les plus horribles catastrophes Fattendoient,

Au milieu de l'anarchie , des désordres et des guerres civiles qui désolèrent la France dès le commencement de ce règne , la Bourgogne, grâce aux soins de ces deux hommes dévoués, demeura caltne jusqu'en 1 584» é^jfocpt à laquelle la Ligue acquit la plus grande influeece pur la mort du duc d' Alençon, qui, vu la stérilité de l'épouse de Henri m , semhloit devoir assurer le trône au roi

de Navarre y chef des fMTOtestans. L'année suivante, Mayenne surprit la ville de Dijon, et s'eSbrça de Êiire déclarer tonte la province pour la Ligue; mais il trouva dans Tavannes un adversaire redotttaMe : œlui-ci m»ixttint pre6<{ue toutes les autres villes dans le devoir ; et ilseroit probablement parvenu à dissiper la faction, si le traite de Nettiours, arraché au Bialkenreux mo* narque [7 juillet i585], n'eût soumis le royaume au pouvoir des Guise.

€e traité, qui anéantissoit Tautorité royale, ne pou« voit long^temps subsister : le duc de Guise abusa de son ascendant sur un peuple ^aré; il ne craignit pas de dkasser le Roi de sa capitale; et, peu si^fait de l'avoh* abreuvé d'humiliations, il osa le braver aux états de Blois , audace qui lui coûta la vie [â3 dé* cembre i588]. Ce coup d'Etat n'eut pas les suites que Henri m avoit espérées : après quelques instans de stupeur^ la Ligue , exaspérée par la mort de son chef, se releva plus redoutable que jamais, et presque toutes les provinces partagèrent ses fureurs.

Quoique la Bourgogne fut au pouvpir de Mayenne , &ère du duc de Guise , qui en avoit le gouvernement, Tavan&es, qui u'avoit d'autre place fortifiée que son ckâteaii de Gorcelles, situé près de Semur ea Auxois^ se dédara hautement pour le Boi. Il lia des relations avec les membres du parlement de Dijon qui étoient restés étrangers à la Ligue, et il partit bientôt pour Klois avec le président Fremiot , magistrat digne , par ses kmières et son courage , de jouer le plus grand rôle dans la lutte terrible qui se préparoit. Ils furent ac^ cueillis avec transport par Hemi m, qui, n'ayant pas d'argent à leur donner^ confia le gouvernement de la

a3o notice Sun GUILliAUMB DE TÂViJrNES

Bourgogne à Tavaimeâ^ auquel il accorda les pouvoirs . les plus étendus [24 février. iSSg].

De retour à Gorcelles^Tavannes, désormais unique dépositaire de Tautorité légitime, fit de ^ands préparatifs de guerre.. Il y employa les foiids d'une terre qu'il yenoit de vendre , et il se procura par la suite de nouvelles ressources, en empruntant à des particuliers des. sommes considérables dont ses propriétés répon* doient. Après avoir rassemblé quelques troupes, il s*empara de Flavigny , petite ville peu éloignée de son château , où^il réunit la partie du parlement de Dijon qui étoit demeurée fidèle au Roi. Peu de temps après il prit Semur , ville plus importante, et il y établit son quartier général. Ce fut de cette place, fortifiée avec soin, qu'on le vit, pendant plusieurs années , faire des incursions imprévues dans toutes les parties de la province, livrer des combats continuels, surprendre des villes, et ne pas laisser. aux liguem*s un moment de repos.

Lorsqu'il apprit que Henri m avoit été assassinée Saint-Cloud [premier août i58g], il fit prêter serment de fidélité à Henri iv par la noblesse dont il étoit suivi; et bientôt après il convoqua dans Semur les. états de la province. La réunion fut nombreuse ; elle ne fut composée que de royalistes zélés ; et des secours. assez considérables furent votés. La position de Tavannes, d'abord si difficile, étoit devenue très-brillante; et il anroit dès lors rendu au Roi les plus éminens services, si le .maréchal d'Aumont, envoyé par le monarque, n'eût porté la division dans un parti jusqu'alors étroitement uni [iSgoJ.Ce général voulut suivre un autre plan que celui qui avoit été adopté par Tavannes; il le contraria

dans toutes les occasions^ et ne négligea rien pour diminuer, son autorité. Cette-conduite nuisit beaucoup à la cause royale : de nombreuses scissions, eurent lieu ; et l'enthousiasme dont Tavannes avoit été Vobfet fut refroidi. .... . . . ,

Mais ce désagrément ne le découragea pas : après avoir obtenu de Henri ly le rappel du maréchal^ il eut à remporter sur lui-même la victoire la plus pénible que le devoir pût imposer : son frère, le vicomte de Tavannes y venok d*être nommé lieutenant général de Bourgogne pour la Ligue, et il £tUut qu^il combadât contre lui. « Si mon frère, écrîvoit-il à Henri iv,, vient « à la guerre, comme il en est le bruit ^ je la luy feray « si ferme, que mes malveillans n'auront point sujet de <c me blasmer.» C^endai^t il eut pour le vicomte tous les égards que réclamoient les liens du sang; et, sans manquer à ses devoirs, il saisit toutes les occasions de lai rendre des services personnels. « Un gentilhomme, « ditil dans ses Mémoires, qui tire son frère de peine, « quelque mauvaise intdligence qui soit entre eux,, en ce a toujours de la gloire. »

Pendant les années iSqS et i594, les deux frères luttèrent l'un contre l'autre sans obtenir d'avantages décisifs. En iSgS, Biron vint commander en Bourgogne, où ^ aidé par Guillaume de Tavannes, il obtint des succès. Peu de temps après Henri iv s'y rendit, et battit, près de Fontaine-Française, le doc de Mayenne, qui s'étoit réuni au connétable de Gastille [5. juin iSgS]. Alors la Ligue fut étouffée en Bourgogne; mais Tavannes, qui depuis tant d'années y soutenoit la cause royale presque à ses dépens, n'obtint aucune, récompense : Biron fat nommé gouverneur de la province ;

s3i NOTICE sua ^pi^AVIft]^ p£ TAVAIVKSS

et Clttui^ dé BeawÇcsiïiOdty b^s^OQ 4$) S^p^y ^ Jieueur qu'il avoit &Ku giipi4r> )eu$ ii^ U^u^e^a^ç^^g^Qâ^ie. 7^vanne8.^jdc»aLt U mM^ Gfmif^ s^l^yoïji ^« p^ur mobile 4^ii€l^M yim d'iwbiitilûD ^ P9 moatira ppînt 4e méGontentement; il parut au contraire suffiçaoïpeat puyé 4^ 9eft uQinbremx ^a^igcos p^r un t^mQÎgoage de satis&câQn q\ié lui d^noa Jienrâ iv , d^m d^s liat- Ures p^QQtes tr<^*|iiQm)r(|14c!$> qui &l^e^t ei^riegistr^es au parl^m^Qt de OijQii le 216 £^Fn^r iSq^. Jl w et qu'un mot) daps s^ M^l^ç^^ives, ^)r i^ s§ryice$ ^taur deux de |a noUe/^e qui avoit partagé ^9^ dévouement * « Partie ^ QbftBrve^t-U, ^ ^t4 m^l rcîCQgwie> vaais a !^ Ma)^t<| çstpit €if ç^ajt4e à çau^e d^ «^ç ^aD^^ «affairent?»

T^TaQ^9, ^pi:^ t^mt ^ travaux, 6e rc^tiris^ d«B$ s^ terres > où ij yoçut d^Ds lai plus profoxidç tranquillité, et $a»$ prendre auPime part au^s; affaîires publiques; j ouis^saut de pe cajiue que dpnn? juue bouue cousdence, U parvijlt à< uOe vieillesse trèsravanoëe. A saixante^dixl^uit ^i^ il §^ reux^ia avec Jea^iiae de PontaiUieTi^i^^ il eut deux fils. Il mourut eu x633>%^ d^ plus de quatr^viugtç aufi.

Ce fut dap« sa retraite qu'il composa l'ouvjrage que nous pulsions, et qui a pour titre : Mémoircsde^ choses ad^enue^ en Frimçç çs guerres civU^\ depuis l'année iSQoJus^^ en Van iSgô. Jl expose luirméme lepoi^t de vue sous lequel la partie qui traite dçs affaim de la Bourgogne peut inspirer de l'intérêt. «J'ay escrit «« « long ce discours, dit-il, parce qu'en l'histouTB gene- « raie des guerres de k Ligue on n'a point faict »eiicc tion de ce qui s'est passe euBourgongnependant ioeUes, ce nonobstant qu'il s'y soit exécuté plusieurs bops effects

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