‹ MémoiresChapitre 2 sur 23 · NOTICE SUR LE DUC DE BOUIIXON · texte numérisé non relu

NOTICE SUR LE DUC DE BOUIIXON

connoitre son caractère et les circonstances qui Font aidé ou contrarié dans l'exécution de ses projets.

Lorsque le connétable eut recouvré sa liberté par le traité de Cateau-Cambresis^ en i559, il voulut faire élever son petit-fils sous ses yeux. Mais il étoît trop occupé par les affaires de l'Etat pour pouvoir surveiller son éducation, et d'ailleurs il fut encore pendant plus d'un an prisonnier après la bataille de Dreux. En i565 il conduisit à la Cour le jeune Turenne, qui jusqu'alors étoit resté à Chantilly, et lui fit monter une maison conforme à sa naissance. Catherine de Médicis, dont la mère .étoit de la maison d'Auvergne, accueillit avec bonté le jeune Turenne, et l'admit auprès de ses enfans.

Cette princesse, qui avoit pris les rênes du gouvernement pendant la minorité de Charles ix , conseryoit le pouvoir après avoir fait déclarer le Roi. majeur à l'âge de treize ans. Mais les princes et les grands. lui disputoient. l'autorité, et les prétention]^ opposées des catholiques et des protestans augmentoient l'embarras de sa position. Elle négocioit avec les divers partis suivant les intérêts du moment ; elle les trompoit et étoit trompée par eux. Les chefs déçus dans leurs espérances avoient recours aux armes \ on négocioit de nouveau , afin de pouvoir attaquer avec plus d'avantage. On employoit sans scrupule, de part et d'autre, tous les moyens que l'on croyoit propres à assurer le succès. Turenne fut élevé au milieu de ces intrigues et de ces cabales ; pendant sa première jeunesse il n'entendit parler que de factions, il vit les personnages les plus distingués de la Cour s'y livrer avec fureur ; son grand- père le Connétable, les Montmorency ses

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pncies, y jouoient des rôles iniportans; il étoit même souvent initié aux afiaires les plus secrètes^ n'y ayant, ainsi qu'il le dit dans ses Mémoires, aucune porte Jermée, ni conseil où il n'entrât comme un enfant qui avoit la bienveillance du Roi, de la Reine et des princes. Malgré sa grande jeunesse il observoit tout, et attendoit avec impatience le moment où il pourroit donner l'essor à son ambition.

En 1 567 il perdit son grand -père , qui mourut à la suite des blessures qu'il avoit reçues à la bataille de Saint-Denis. Le crédit de ses oncles lui fit obtenir le tiers de la compagnie d'ordonnance du Connétable, et le commandement de quarante-cinq archers. Il avoit alors douze ans : deux ans plus tard, ayant sollicité en vain la permission de marcher à la tête de sa compagnie, il forma, avec quelques jeunes gens de son âge, le projet de partir secrètement, et d'aller servir en Italie sous les ordres du maréchal de Brissac. Leur complot fut découvert, et il raconte fort plaisamment dans ses Mémoires la crainte qu'il eut d'être fouetté par son gouverneur. Obligé de rester à la Cour, il se jeta dans les intrigues autant que son âge pouvoit le lui permettre.

Un de ses oncles fut npmmé, en iSya, ambassadeur en Angleterre, et l'emmena avec lui. La reine Elisabeth vit dans Turenne un jeune homme qui donnoit de grandes espérances; elle lui fit l'accueil le plus flatteur. A son retour, le duc d'Anjou et le duc d'Alençon , firères du Roi , lui firent chacun de leur côté beaucoup d'avances. Il penchoit pour le duc d'Alençon, dont l'âge se rapprochoit du sien; mais il n'osoit rompre avec le duc d'Anjou, qui , peu de temps aupa-

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