NOTICE SÛR LE DUC DE BODILLOÎT
rayant^ Tavoit servi dans une circonstance iEnportante> Il ne s'étoit pas encore décidé, lorsqu'il faillît d'être, quoique catholique, compris avec toute sa Êimille dans les massacres de la Saint-Barlhélemy.
Quelque temps après cette funeste journée, la Cour résolut le siège de La Rochelle, afin d'ôter aux protestans leur dernière retraité et leur dernier espoir. Turenne eut enfin Ja permission d'aller à l'amaée : il tomba malade en route chez le maréchal de Montmo> rency son oncle, qui désapprouvoit l'entreprise, et qui essaya de le retenir. Turenne avoue qu'il partageoit l'opinion de son oncle; mais il avoit dix-sept ans, c'étoit sa première campagne , et peu lui importoit de combattre des catholiques ou des protestans, pourvu qu'il eût l'occasion de se distinguer.
L'armée étoit sous les ordres du duc d'Anjou; le duc d'Alençon, le roi de Jîavarre et le prince de Condé y avoient des commandemens. Le siège étoit commencé lor^ue Turenne arriva. Les Bochellois opposoient une vigoureuse résistance ; comme on avoit eu l'espoir de les amener à la soumission , au moyen d'intelligences pratiquées dans la place, on ne s'étoit pas pressé de les attaquer ; ils avoient habilement profité du temps qu'on leur laissoit, pour réparer leurs fortifications et pour faire des approvisîonnemens. Jamais siège d'ailleurs ne fut plus mal dirigé; il n'y avoit aucun ensemble, aucune suite dans les opérations. Le duc d'Alençon, jaloux de la gloire que le duc d'Anjou avoit acquise à Jarnac et à Montcontour, cherchoit à faire des actions d'éclat; mais, loin de désirer la reddition de la ville, il craignoit de voir consommer la ruine des protestans, dont il avoit le projet de se faire un
appui aussitôt que les circonstances le permettroient. Turenne, qui s*étoit entièrement attache à lui, entroit dans ses vues. Le roi de Navarre et le prince de Gondé^ que Ton avoit forcés k embrasser la religion catholique après la Saint -Barthélémy, ne servoient qu'à regret contre les Bochellois. Les princes et les jeunes seigneurs ne pensoient qu'à montrer leur audace et leur intrépidité; on donnoit des assauts sans que la brèche fût praticable, on prodiguoit inutilement le sang du soldat y on afibiblissoit l'armée, on ne £iisoit aucun progrès. Le jeune Turenne, non content de se signaler dans les combats , cherchoit à s'illustrer par quelque entreprise extraordinaire.
La Noue étoit au camp;, il négocioit secrètement avec le duc d'Alençon, et tous deux concertoient les moyens de sauver La Rochelle. Turenne Ait leur intermédiaire. Suivant quelques mémoires du temps , il proposa de prendre les troupes sur lesquelles le duc d'Alençon,le roi de Navarre et le prince de Condé pouvoient compter, et d'attaquer à l'improviste le quartier du duc d'Anjou; les Bochellois auroient fait en même temps une sortie ; on se seroit réuni à eux contre les débris de l'armée royale, et les protestans auroient reparu tout à coup plus redoutables que jamais. Un tel projet, conçu par un jeune homme de dix-sept ans, fait connottre ce dont il étoit capable; La Noue refusa de se prêter à l'exécution du plan de Turenne; et, pendant qu'on en discutoit d'autres , on apprit que le duc d'Anjou étoit nommé roi de Pologne. Cette nouvelle changea la face des choses; on traita avec les Rochellois.
Le duc d'Alençon continua ses relations secrètes
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avec La Noue; fintentioD du prince étoit de se mettre à la tête des protestans, et Tarenne soivoît avec ardem* les négociations. Il fut convenu que Guitry se prësentermt avec des troupes^le lo mars i574y devant Saint- Germain, où réâdoit la Cour, et qu'il &¥oriseroit la fuite du duc d'Alençon. Guitry parut dix jours trop tôt, rien n*étoit préparé pour le départ du prince, qui fut obligé de suivre le Roi à Pans. Turenne étoit soupçonné d'avoir eu part à cette entreprise, connue sous le noïsxS entreprise des jours gras; mais il se conduisit avec tant d'adresse qu'on l'envoya auprès de Guitry pour n^ocier : il eut une autre mission lorsque Montgommery fit une descente en Normandie. A son retour on avoit disposé des commandemens dans l'armée qui devoit agir contre Montgommery . Turenne n'étoit pas employé ; il séchoit sur pied , comme il le dit lui-même, de voir d'autres gentilshommes de son âge qui alloient acquérir de la gloire tandis qu'il resteroit oisif. Son intention n'étoit cependant pas de rester dans l'inaction; la Cour ne se servant pas de lui, il s'arrangeoit pour servir contre elle. Il pressoit en vain le duc d'Alençon de partir, et achetoit à tout événement des chevaux, des armes, et tout ce qui étoit nécessaire pour entrer en campagne. Ces préparatifs donnèrent de l'ombrage , et il reçut ordre d'aller rejoindre en Languedoc le maréchal d'Amville son oncle, qui levoit des troupes destinées à agir contre les protestans. Avant de se mettre en route, il fit avertir le duc d'Alençon qu'il Tattendroit pendant deux jours à Juvisy, et l'escorteroit s'il pouvoit s'échapper. Mais il apprit que le prince, le roi de Navarre, les maréchaux de Montmorency et de Cossé venoient d'être arrêtés, et qu'il y
avoit ordre aux commandans des places de l'arrêter lui-même à son passage. Après avoir couru de grands dangers il arriva à Turenne, et y réunit une soixantaine de gentilshommes.
Sur ces entrefaites Charles ix mourut; son frère , le duc d'Anjou, revint de Pologne. Le maréchal d' Amville alla Jusqu'à Turin au devant du nouveau Roi, afin de sonder ses dispositions; Turenne envoya de son côté saluer Henri m à Lyon, et lui offrir ses services. Le maréchal et l'envoyé de Turenne furent reçus trèsfroidement par le Roi, qui étoit décidé à faire la guerre à outrance, non-seulement aux protestans, mais encore à ceux des seigneurs catholiques qui avoient paru disposés à les soutenir. Turenne, ne croyant plus avoir de ménagemens à garder avec la Cour, leva tout-à-fait le masque, et alla au secours de Montauban avec les troupes qu'il a voit réunies. Après avoir délivré la ville, il y entra et fut reçu par le peuple avec de grandes acclamations. Cependant on né lui témoignoit pas une entière confiance , parce qu'il faisoit dire la messe dans sa maison. Les catholiques qui Tavoient suivi se plaignoient de ne pas avoir l'exercice public de leur culte; les habitans murmuroient de voir exercer, même e» secret, dans leur ville une religion qu'ils en avoient bannie. Ces plaintes et ces murmures firent faire à l'ambitieux Turenne de sérieuses réflexions. Les catholiques n'étoient qu'auxiliaires dans le parti pour lequel il venoit de prendre les armes; c'étoit la cause des protestans qu'on défendoit, ou qui du moins ser-> voit de prétexte à la guerre. Ils n'avoient point de chef reconnu ; le roi de Navarre étoit prisonnier à la Cour; le prince de Condé avoit trouvé le moyen de se réfu-
lO irOTICE SUR LE DUC DE BOUILLON
gier en AUeDiagne après Fenti^eprise des jours gras; lemaréchal de Montmorency étoit à la bastille ; le duc d' Alençon , devenu duc d'Anjou à la mort de Charles ix ^ attendoit le moment favorable pour venir se mettre à la tête des mécontens ; mais il sembloit avoir oublié ses liaisons avec Turenne : Bussy d' Amboise étoit son favcH'i. Le vicomte de Turenne entrevoyoit donc la possibilité de devenir un des principaux personnages du parti; mais pour y parvenir il ÊiUoit^ avant tout, qu'il embrassât la religion protestante. Cependant il craignoit qu'un changement trop précipité ne fit soupçonner ses motifs secrets; il différa son abjuration. Il alla de temps en temps au prêche^ conféra avec des ministres protestans; il se conduisit de manière à rester maître d'agir comme son intérêt l'exigeroit^ et à ne paroitre céder qu'à l'impulsion de sa conscience s'il se prononçoit pour la religion nouvelle.
Aussitôt qu'il eut été informé que le duc d'Anjou s'étoit échappé de la Cour^ il alla le trouver^ afin de sonder ses dispositions. Il reconnut bientôt qu'il lui seroit impossible de reprendre son ancien ascendant sur le prince y qui étoit dominé par Bussy d'Amboise^ ^ et il se décida à abjurer au commencement de 1576. Les troupes protestantes, réunies aux mécontens catholiquesy et aux secours que le prince de Condé avoit amenés d'Allemagne , étoient en état de soutenir une longue lutte contre les armées royales ; cependant il n'y eut presque aucune affaire importante! Le duc d'Anjou écouta les propositions de la Cour, et ne résista pas long-temps aux offres brillantes qu'on lui faisoit : en signant le traité il obtint des conditions assez avantageuses pour les protestans, et son apanage fut aug-
mente des duchés d'An] ou , de Touraine , du Maine et de Berri. Le prince de Gondé et les autres chefs eurei^t des gouvernemens ou des gratifications.
Le vicomte de Turenne^dont les intérêts particuliers n*avoient pas été stipulés dans le traité, demanda au duc le gouvernement d'une des provinces qui venoient d'être ajoutées à son apanage. Après quelques réponses évasives, on lui fit dire que, s'il retournoit à la religion catholique, on verroit ce qu'on pourroit faire pour lui. Turenne se seroit mis entièrement à la disposition de la Cour s'il eût souscrit à une pareille condition. D'ailleurs, la cause des protestans lui ofiroit pour l'avenir des chances de fortune qu'il ne pouvoit espérer avec les catholiques, 11 n'hésita donc point à profiter du refus qu'il essuyoit pour rompre ouvertement avec le duc d'Anjou et pour se présenter aux protestans comme victime de son attachement à leur religion. Il se retira à Turpnne , y vécut avec une grande magnificence , attira chez lui, par des fêtes et des tournois , toute la noblesse de la province, et ne négligea rien pour aug-* pienter le nombre de âe$ partisans.
Cependant le roi de Navarre avoit quitté la Cour et abjuré la religion catholique qu'il avoit été obligé d'embrasser à l'époque de la Saint-Barthélémy. Les protesr tan^ zélés lui témoignant quelque n^éfiance, il appela près de lui le vicomte de Turenne, La Noue et Duplessis-Mornay, qui étoient tous trois très-çonsidérés dans le parti. Si le roi de Navarre croyoit avoir besoin de Turenne, celui-ci ne s'écartoit pas de son plan en se rendant aux désirs du prince ; il ne pouvoit lui disputer le premier rang parmi les protestans, mais il espéroit s'assurer le second. Il arriva à Périgueux,