SA CONVERSION AU CHRISTIANISME
ET SOS INTRODUCTION DANS Là SOCIÉTÉ CIVILISÉE DE L’EUROPE OCCIDENTALE *
Je me propose de montrer, dans ce Mémoire, a quelle époque, comment et par qui l’ancienne Germanie a été incorporée dans la société civilisée de l'Occident. L’introduction de la race allemande dans les sociétés régulières et la réunion de son territoire à la partie du continent européen déjà soumise a une organisation semblable et a la même loi morale, est un événement de la plus haute importance. Cet événement du premier ordre, sans changer encore la proportion des masses géographiques entre le monde civilisé et le monde barbare, a changé la proportion de leurs forces. Il a fermé la principale route par laquelle les tribus nomades de l’Europe septentrionale et des plateaux de l’Asie s’avançaient,
' Mémoire lu à l’Académie des sciences morales et politiques.
de temps immémorial, jusque sur les bords de l’Océan et de la Méditerranée, en culbutant tout ce qu elles rencontraient sur leur passage. Il a préparé et bâté l’heureuse transformation des peuples et des pays placés plus au nord, et qui, a leur tour, ont étendu le cercle de l'univers policé. Ainsi l'avénement de toute une race nombreuse, forte, intelligente, à la civilisation qu elle était capable d’accepter, mais non de produire; la formation d’une digue centrale propre a arrêter ce torrent de peuples qui, d'intervalle en intervalle, inondait les contrées de l'ouest et du sud; enfin l’unité européenne qui en a été assez promptement la suite : tels sont les graves résultats qui m’ont décidé a traiter ce sujet et a appeler sur lui l’attention de l’Académie.
Civiliser le centre et le nord de l’Europe était une entreprise fort difficile. Il suffit, pour s’en convaincre, d’observer quelle est la configuration géographique de cette partie de l’ancien continent. L’œil y découvre tout d’abord ce que l'histoire y confirme ensuite, et l’esprit y voit tracées pour ainsi dire d’avance les longues destinées que déroulent les événements. Le territoire européen, si favorablement disposé pour conserver, entretenir, étendre la civilisation, était peu propre a en faciliter les commencements. Je n’examinerai pas derrière quels abris, dans quelles conditions alimentaires les peuples se fixent sur le sol, peuvent s’y défendre, savent s’y nourrir, et deviennent aptes a cultiver leur intelligence, a étudier la nature, à inventer les arts, à dé-
velopper la société humaine. Je dirai seulement que la réunion de toutes les circonstances extérieures nécessaires au grand et difficile passage de la vie errante a la vie stable, de la barbarie à la civilisation, est assez rare pour que des peuples appartenant a la race indo-européenne, la mieux douée de toutes les races, soient demeurés, faute d’avoir rencontré ces circonstances, sans culture sociale depuis les temps les plus reculés jusqu’à peu de distance de notre époque. Ces peuples ont montré plus tard qu’ils possédaient des facultés natives supérieures a celles des nations orientales qui les ont devancés dans la carrière des progrès sociaux. Leur race a fait par l'intelligence et pour la civilisation tout ce qui s’est opéré de plus grand et de plus heureux dans le monde, et aujourd’hui, souveraine des autres races, elle domine sur presque toute l’étendue du globe dont elle a changé la face. Mais son génie, pendant une longue série de siècles, est resté enveloppé en lui-même, jusqu'à ce qu’il ait trouvé les conditions extérieures qui devaient en provoquer la brillante apparition et le magnifique déploiement. En ceci, les races humaines dépendent moins de leur organisation naturelle que de leur position géographique.
La vieille et primitive Europe possédait-elle quelques-unes de ces positions physiques qui, servant d’abris aux hommes, leur permettent de se développer à leur aise et de sortir de leur stérilité en cessant leurs courses? Non. Elle n’offrait, sur pres-
que toute sa surface, que des forêts ou des marécages, des steppes stériles, des montagnes froides, des plaines couvertes par des bois immenses ou par des eaux mal dirigées, et elle manquait en général d’arbres a fruits et de plantes alimentaires. Elle ne présentait en outre aucun abri sûr contre le choc incessant des nombreuses tribus nomades qui parcouraient librement sa vaste étendue. C’était la l’obstacle fondamental que devait rencontrer toute population disposée à s’asseoir sur le sol et à se civiliser dans le repos.
En effet, annexe de l’Asie, h laquelle la chaîne de l’Oural la lie dans une longueur d’environ quatre cents lieues, et qui plus bas a de grandes ouvertures sur elle du côté de la mer Caspienne et par les portes du Caucase, l’Europe était exposée a l’invasion de ses intarissables tribus errantes. Comme la masse de l’Asie est a peu près quatre fois et demie plus forte que la masse de l'Europe, celle-ci devait opposer dans le principe, et même pendant longtemps, une faible résistance a l’action envahissante de l'autre. Ce n’est pas tout : l’Europe recevait la population nomade de l’Asie sur sa partie la plus découverte et la plus compacte, laquelle forme une vaste plaine, qui, depuisles versants de l’Oural, les bords de la mer Caspienne et de la mer Noire, s’étend au nord jusqu’k la mer Glaciale, a l’ouest jusqu’aux côtes de l’océan Germanique, et ne s’arrête au sud qu’a la chaîne des montagnes Hercinio-Carpathiennes. Celte dernière chaîne, qui se termine aux deux
grandes extrémités de la plaine de l’Europe, ne ferme même pas le chemin qui conduit par le nord dans la vallée du Rhin, ni celui qui conduit par l'est dans la vallée du Danube.
11 y a dès lors un terrain de la plus spacieuse étendue qui ne présente que de faibles élévations, qui n’est coupé que par des cours d’eau hors d'état de servir de barrières, puisqu'ils sont gelés pendant l’hiver, et où les populations, n’étant ni retenues ni défendues par rien, devaient rester longtemps incapables de se plaire et de se fixer. Ce terrain, qu’on peut prolonger jusqu’à la ligne du Rhin et du Danube, insuffisamment protégée par la chaîne Hercinio-Carpatbienne, forme une masse solide à peu près trois fois et demie plus considérable que le reste du continent européen. Ainsi l’Asie pesait d’une partie de sa masse nomade sur l’Europe, qui à son tour pesait de la partie la plus considérable de la sienne sur ses propres extrémités.
Comment celles-ci pouvaient-elles supporter un si grand poids et ne pas succomber sous lui? Plus petites, mieux découpées que le reste de l’Europe, elles s’avançaient presque partout en presqu’îles dans la mer. Elles étaient placées sous un climat plus favorable, et elles devaient jouir facilement des productions des autres pays, lorsqu’elles y seraient apportées et qu’il serait permis de les y cultiver. De plus, elles se trouvaient un peu mieux abritées par d’énormes masses de montagnes qui s’élevaient sur leurs derrières, comme des fortifications naturelles.
fi INTRODUCTION DE L’ANCIENNE GERMANIE
La presqu’île de la Grèce était protégée par la chaîne des Balkans, la presqu'île d’Italie par la ceinture des Alpes, la presqu’île d’Espagne par la muraille des Pyrénées. La Gaule, quoique très-faiblement couverte par le Rhin, participait a l’avantage de leur forme détachée qui les rendait plus aptes 'a enfermer un peuple, a composer un État, et plus faciles à défendre et a garder.
Cependant, malgré la force de la position et la faveur du climat, cette partie de l’Europe ne pouvait pas entrer toute seule dans les voies de la civilisation. Ce qui l’en empêchait, c’était la population barbare qui, placée par couches presque concentriques depuis la muraille de la Chine jusqu’aux Alpes, la pressait irrésistiblement. Elle avait a supporter le choc de la masse européenne, qui subissait elle-même celui de la masse asiatique.
Comme il n’y avait pas de proportion entre la force d’impulsion et les moyens de résistance, les peuples qui étaient poussés vers ces contins maritimes de l’Europe y étaient sans cesse culbutés. Quelque supérieure que fût leur nature, elle devait être longtemps paralysée par leur position .
Il ne faut donc pas s’étonner si la stabilité des peuples a été récente sur le sol européen, si les invasions s’v sont renouvelées fréquemment et prolongées tard, si la péninsule grecque n’a été appelée a la civilisation qu’un petit nombre de siècles avant notre ère, si la péninsule italique y est parvenue postérieurement, si celle d’Espagne l’y n
suivie d’assez loin, si la Gaule n’y a participé que vers noire ère. si l’Allemagne élait encore dans letat de barbarie il y a a peine mille ans, et si le reste du continent n’en est sorti qu’après elle. Ces divers pays et l’admirable race qui les occupait seraient restés longtemps dans cet étal s'ils n’avaient pas trouvé de l’aide pour s’en dégager.
Cette heureuse assistance leur vint des nations plus cultivées de l’Orient, qui communiquèrent leur civilisation aux peuplades européennes placées sur les bords de la Méditerranée, lesquelles apprirent h résister peu à peu a la barbarie environnante en opposant au choc de celle-ci une organisation plus forte, en triomphant du nombre par l’intelligence, en suppléant a l’imperfection des lieux par les défenses de l’art. La Grèce, qui était dans le voisinage des pays orientaux et qui se trouvait dès lors la mieux située pour recevoir leur civilisation, en eut la première communication. Depuis, celle-ci fut transmise de proche en proche sur le continent européen, en s’y étendant sans cesse, quoique d une manière intermittente. Cette intermittence fut due à l’action réciproque et au triomphe alternatif des deux masses, civilisée et barbare, dont la première fit toujours des progrès, même après ses défaites, et dont la seconde continua ses pertes, même après ses victoires.
C’est l’un des plus décisifs de ces progrès qui doit être l’objet du travail que je soumets a l’Académie,
On sait que les Romains avaient porté les frontières de leur empire, et dès lors les avant-postes de la civilisation antique, jusqu’aux bords du Rhin et du Danube. Ils s’étaient arrêtés l'a, quoiqu’ils y fussent parvenus a peu près cinq cents ans avant la chute de leur puissance. Ils avaient bien essayé de pénétrer dans la masse compacte de l’Europe qui s’étendait au nord de ces deux grands fleuves, mais ils n’avaient su comment l’entamer. Elle ne leur avait pas offert des pays aussi bien coupés que l’étaient l’Italie, l’Espagne, la Gaule, l’Jllyrie, la Pannonie, dont ils avaient pu rendre les abords plus difficiles en ajoutant h leurs défenses naturelles les fortifications de l’art, et en les flanquant de leurs oppida, de leurs castra et de leurs castella. Quels points d’appui pouvaient-ils y trouver? Où pouvaient-ils adosser leurs légions sur ce territoire mal limité et qui ne finissait nulle part? Où devaientils arrêter leurs frontières? Comment parviendraientils à y subjuguer des populations belliqueuses dont la plupart, encore errantes, s’enfonçaient dans les profondeurs de leurs forêts et disparaissaient dans le vaste espace toujours ouvert devant elles, a moins qu’elles n'en sortissent pour surprendre les légions, comme elles le firent en égorgeant celles de Yarus? Les Romains avaient a craindre d’y être vaincus s’ils y entreprenaient des expéditions, et d’y être débordés s’ils y fondaient des établissements. Ils comprirentque s’étendre de cette façon, c’étaits’affaiblir.
Aussi, pendant la durée de l’empire, se bornèrent-ils à y faire des pointes, beaucoup plus pour contenir les populations indomptables qui les harcelaient sans cesse que pour en occuper le territoire. Le seul essai d’établissement qu’ils lirent au delà du Rhin et du Danube fut la transformation de la Dacie en province romaine par Trajan. Adrien, en abandonnant les conquêtes de ce dernier empereur, garda toutefois la Dacie, qui, appuyée au Dniester, aux monts Carpathes, à la Theiss, semblait plus susceptible d’être défendue. A part cette province, les Romains n’essayèrent pasd’en soumettred’autres à leurs armes et a leur civilisation dans la partie septentrionale du continent, qui était diflîcile à pénétrer a cause de sa masse, impossible a garder à cause de sa forme, dangereuse a envahir a cause de l’esprit belliqueux et de l’état a peu près nomade de sa population.
Mais le moment où l’on s’arrête n’est pas éloigné de celui où l’on recule. Ce moment arriva pour les Romains, quoiqu’un peu plus tard que pour tout le monde. Leur grand empire s’affaiblit. En Occident, où il était le plus menacé, il succomba sous l’invasion des barbares qu’il n’avait pas pu soumettre, et sous le poids de l’énorme masse nomade qu’il n’avait pas pu réduire. En finissant, que laissa-t-il au monde? 11 laissa : le christianisme comme croyance religieuse ; la charité et le dévouement comme règle morale; la monogamie comme constitution domestique ; le système municipal et l’organisation de la
société ecclésiastique comme constitution publique; et enfin, comme ressources intellectuelles, les idées découvertes et les arts pratiqués pendant dix siècles de progrès continus. Ce riche héritage était enfermé dans les villes qui avaient été l’élément générateur de la société antique, et qui devaient être l’élément civilisateur de la société moderne.
Les tribus barbares qui se répandirent sur le territoire de l’empire romain , qui se le distribuèrent et y fondèrent de nouveaux États, s’approprièrent sa civilisation. En cela, elles obéirent instinctivement a la loi qui veut que, lorsque deux peuples sont en contact et se mêlent ensemble, chacun d’eux emprunte a l’autre ce qui lui manque. Elles communiquèrent dès lors au monde ancien épuisé la force qu’il n’avait plus, et reçurent de lui la civilisation qu’elles n’avaient pas encore.
Mais les nations germaniques ne vinrent pas seulement puiser la civilisation a sa source. Ce furent des hommes de cette race qui, reprenant l’œuvre où l’avaient laissée les Romains, étendirent au delà du Rhin et du Danube les limites de l’univers policé. Quels furent ces hommes ? Sous quelle forme portèrent-ils la civilisation dans le cœur même de la Germanie? A l’aide de quels moyens réussirent-ils? C’est ce que je vais exposer.
Le christianisme était la forme nouvelle sous laquelle la civilisation devait se communiquer alors.
11 était le seul lien qui unît encore le monde occidental, le seul principe qui l’animât, la seule force
qui le mît en action. C’est par lui que, après avoir transformé les barbares ses vainqueurs, le vieux monde pouvait transformer les pays qui étaient le siège même de la barbarie. Le centre de cette nouvelle propagande civilisatrice était toujours Rome; son chef n'était plus le sénat ou l’empereur, mais le pape, et, au lieu de soldats, elle employa des moines.
Lorsque l’Église se fut fortement constituée, lorsqu’elle eut fondé tous les dogmes principaux du christianisme, lorsqu’elle fut sortie des longues querelles qui l’avaient agitée pendant la difficile organisation de sa croyance et de son sacerdoce, lorsqu’elle se fut répandue sur toute la surface de l’univers romain, elle songea sérieusement aux conquêtes extérieures et elle mit toute son ardeur dans l’exécution de cette nouvelle entreprise. S’étendre était dans sa nature. Elle avait un principe intérieur d’ambition, celui de la conquête des âmes et de la possession des intelligences, qui devait la conduire plus loin que n’était allée Rome militaire poussée par le désir de subjuguer des peuples et d’envahir des territoires. Elle avait a son service des soldats pacifiques toujours prêts a se hasarder dans les pays lointains, â porter au milieu des barbares leur généreuse croyance et les usages du monde civilisé, à y affronter et a y recevoir la mort.
Ce mouvement de conquête commença par les îles Britanniques. 11 est même nécessaire à mon sujet que je fasse connaître sommairement la conversion de l’Irlande et de l’Angleterre, L’époque où
s’opéra cette double conversion, et l’ardeur entreprenante qu’elle communiqua aux populations gaélique et saxonne des deux îles, serviront a expliquer les missions des moines irlandais qui colonisèrent chrétiennement le nord de la Gaule, et reprirent la ligne du Rhin perdue pour la civilisation occidentale, 'a la suite des invasions des barbares, et celles des moines anglo-saxons qui introduisirent et consolidèrent le christianisme dans l’ancienne Germanie.
La plus petite des deux îles Britanniques, et la plus éloignée du continent vers l’ouest, était restée inaccessible aux armes romaines et au christianisme. Habitée par une race gauloise, elle se trouvait encore divisée en une infinité de peuplades vivant sous le régime des clans et commandées par de petits chefs. Les naturels de l'ile avaient des communications avec les Pietés et les Scots, qui , selon toutes les apparences, étaient de même sang qu’eux, parlaient la même langue, et qui s’étaient maintenus indépendants dans le nord de l’ile voisine, au delà du mur d’Antonin. Ils visitaient aussi la côte de l’Armorique, demeurée plus celtique que le reste du continent. Vers la fin du quatrième siècle, quelques-uns d’entre eux, poussés par la curiosité et le goût des voyages, allèrent jusqu’à Rome. Les papes, qui ne laissaient échapper aucune occasion de propager le christianisme, convertirent ces voyageurs étrangers, qui se nommaient Kiaran, Ailba, Declan, lbar, et se servirent d eux
pour annoncer la religion chrétienne à l’Irlande 1 Ceux-ci portèrent dans leur pays les semences de la foi évangélique. En 431 , le pape Célestin, afin de continuer l’œuvre des premiers missionnaires, envoya le diacre Palladius avec douze compagnons en Irlande*. Palladius y fonda trois églises, qu’il confia à trois de ses disciples * ; mais il fut bientôt expulsé par un roi du pays, nommé Nathi, fils de Garchon, et, reprenant le chemin de Rome, il aborda sur la terre des Pietés, où il mourut. La conversion de l’Irlande était réservée a saint Patrick, qui fut le véritable apôtre de l’île.
Patrick, né sur les côtes de l’Armorique vers 372, de parents chrétiens, avait été pris fort jeune par des pirates bretons, et vendu dans le nord de l’Irlande a un petit chef du pays Dalaradia (faisant aujourd’hui partie des comtés d’Antrim et de Down) nommé Milcon, qui l’avait chargé de la garde de ses troupeaux de porcs*. L'âme religieuse du jeune esclave s’exalta dans la solitude des forêts et des montagnes, où il menait paître les troupeaux de Milcon. Patrick passait ses jours et ses nuits en
1 J, Usserii Brihnmicarum Ecclesiarum Aatiquitates , l.ondini, 1687, in- fol., p. 412-415.
* Ibid., t. III, p. 417, 418.
5 Ibid., p. 423,424. Bedæ venerabilis Opéra, Basile*, 1563, in-fol.; Sancti Patricii vila, auclorc Probo, p. 515.
* Voir, pour tout ce qui tient à saint Patrick, à la conversion de l'Irlande, Usserii Brit. Ecci. Antiq., p. 425 à 503. — Vila S. Pair., dans Bède, et Bollandi Acta Sanctorum, Antwerpiæ, 1668, in-fol.; Vila Patricii, auct. Jocelino , monacho de Furneeio, xvu martii, tom. II, p. 540.
prières et dans de pieuses extases ; il se tournait sans cesse vers le Dieu des chrétiens, de qui seul il attendait des consolations et des secours au milieu de ces idolâtres1 *. Après plusieurs années de captivité, il parvint a s’évader et passa en Gaule. Il se rendit d’abord au Majus monasterium (Marmoutier), fondé près de Tours par le Dalmate saint Martin, où il demeura quelque temps et fut ordonné clerc. 11 alla ensuite à Lérins, qui était la Thébaïde du midi de la Gaule, où il habita un nombre considérable d’années, et à Auxerre, où il vécut non moins longtemps sous la forte discipline de saint Germain*. Après s’être préparé, dans la société de ce grand évêque de la Gaule et dans l’asile des plus austères cénobites de l’Occident, â l’apostolat auquel il se sentait appelé, Patrick, ayant appris la mort de Palladius, s’achemina vers Rome pour y être investi du pouvoir de prêcher le christianisme aux peuples de l’Irlande3. Arrivé dans cette capitale des églises, comme dit son biographe, ayant demandé et reçu la bénédiction apostolique1" , il fut accepté comme le suc-
1 « Quotidie pecora pascebam et frequens in die orabarn, magis et magis acccdcbat amor Dei.. . et spiritus agebatur et in die una usque ad centum orationcs et in nocte prope aimiliter ; ut eliam in sylvis et monte manebam et ante luccm cxcitabar ad orationcm per nivem, per gclu, per pluviam. a [Confessio Palricii, dans Usserins, Brit. Eccl. Anliq., p. 452. — Fila S. Palricii, dans Bèdc, p. 314.)
1 Vita S. Palricii, p. 514. — Brit. Eccl. Anliq., p. 434,455.
3 Brit. Eccl. Anliq., p. 437.
* « Perdue me, obsecro, ad sedem sanctæ Ecclesiæ romanæ, ut accepta inde aucloritatc prædicandi cum fiducia verbum luum, fiant ebristiani per me poptili Hiberniæ. Nec multo post... vir Domini Pa-
DANS l.A SOCIÉTÉ CIVILISÉE
cesseur de Palladius. Il quitta Rome, d’où partait l'impulsion pour les nouvelles conquêtes, et où devaient être fixées les règles propres à les opérer et à les affermir, avec vingt compagnons de ses travaux*.
Consacré évêque*, il arriva, déjà assez avancé en âge, dans cette Irlande où il avait passé une partie de sa jeunesse comme esclave, et il la convertit presque en entier, malgré la résistance que lui opposèrent les druides*. Il ordonna beaucoup de prêtres, et même des évêques. Après avoir fondé plusieurs maisons monastiques, dont la principale fut celle d’Armagh, il mourut à Saballum dans une extrême vieillesse, laissant à ses disciples le soin de faire prospérer son héritage religieux.
Les disciples de saint Patrick changèrent bientôt la face de l’Irlande, qui entra en relation avec les Occidentaux et se couvrit d’établissements cénobitiques. Le plus important fut celui de Bancor ou Bangor, dans l’Ultonie, qui contenait deux ou trois mille moines*, et que fonda saint Comgall, vers
tricius Tcnit ad captil, ut poslularat, omnium ccclcsiarum romanaruin ; ibique henedirtione apostolica pelita et accepta, reversus est itincre quo venerat illuc. » (Cita S. Patricii, p. 315. — Prit. Eccl. Antiq., P- «7.)
1 Prit. Eccl. Antiq., p. 438.
* Ibid., p."437, 438.
5 Ibid., p. 443 à 451 .
* <t Erant autem plurimi eoruiu de monastorio Bancor, in quo tanins l'ertur fuisse numerus monachorum, ut cum in seplem portiones esset cumproposilis gibi rcctoribus monasterium divisum, nulla liarum portio minus quam trecentos liomines haberet qui omnes de laborc
559. Celui de Colm-Kill, placé par saint Columba dans l’île d’Iona, l’une des Hébrides, n’eut pas moins d’importance en liant l’Irlande a l’Écosse, où le christianisme avait été porté par saint Ninian1. Dès ce moment l’Irlande fut appelée Vile des Saints, et ses missionnaires se mirent les premiers à la tête des conversions sur le continent.
Mais l’impulsion décisive donnée 'a la conquête chrétienne le fut par le pape Grégoire Ier, qui en devint le principal régulateur. Il était fils du sénateur Gordien ; on le faisait descendre de la riche et puissante famille Atiicia s, et il comptait dès lors parmi ses ancêtres des empereurs et des consuls. Il avait l’esprit haut, le caractère fort et l’âme tendre. 11 est curieux d’étudier en lui les effets du christianisme sur cette vigoureuse race romaine qui adoucissait
manuum suaruin vivere solebant. » (Bedæ Opéra ; Ecciesiasticœ hist. gentis Anglorum, lib. II, c. n, l. IN, p. 46. — a Ex hoc monaslerio milita inillia monachorum prodierunt ; mulla quoque alia monasteria in Ilibernia et in aliis Europæ provinces orta stint. t> (Bingham, Origines sive Antiquilates ecclesiasticw ex lingua anglicaria in latinam rersœ a Benrico Grischovio; Halæ, 1127, in-4, t. III, p. 33.)
• Brit.Eccl. Antiq., p. 347-351.
8 « Sanctus Gregorius magnus, Eeclcsiæ doctor, Gordiani senatoris et Silviæ sanctissimæ lilius, Romanus ex nobilissima et antiquissima Aniciorum fumilia; monaclius, sanclæ romanæ Ecclesiæ, arcbidiaconus et apocrisinrius Constantinopoli ad impcratorcm et Anglorum apostolus, etc. » (S. Gregorii Opéra, Parisiis, 1704, in— fol.; YitaS. Greg.magni, auct. Joanne Diacono, t. IV, — et Ciaconnii Vitœ et-Gesta sum~ morum Pontificum, Romæ, 1601, in-fol ; Vila S. Greg. magni.)
Qucmcunque rcquiris
liai: de stirpe virum : certum est de console nasci.
Per fasces numeranlur avi.
Claodien.
ses sentiments sans perdre sa grandeur, qui conservait les maximes de la ville éternelle et en appliquait les vieux desseins à l’invasion spirituelle du monde. La mort de son père avait mis Grégoire en possession d’une immense fortune. Épris de la vie monastique, qui passait alors pour la vie parfaite et qui venait d’être appropriée aux besoins et au climat de l’Europe par la règle de Saint-Benoît, il avait fondé et doté six monastères en Sicile. 11 en avait établi un septième dans son palais de Rome, sur le mont Aventin. Déposant la toge et quittant la préture, il s’était revêtu de l’habit des moines et en avait embrassé la vie. La première pensée de la grande entreprise qu'il exécuta plus tard lui vint un jour que, passant sur le Forum, il y vit mis en vente des enfants étrangers qui le frappèrent par la blancheur de leurs corps, la beauté de leur visage et la couleur claire de leurs cheveux. 11 demanda au marchand d’esclaves d’où ils étaient. Celui-ci lui répondit: « De l’ile de Bretagne. — Ces insulaires sont-ils chrétiens? ajouta Grégoire. — Ils sont encore païens, répliqua le marchand. — O douleur! s’écria Grégoire, de si beaux fronts contiennent une intelligence encore privée de la grâce intérieure de Dieu! » Et il demanda a quelle nation ils appartenaient. Le marchand lui ayant répondu que c’étaient des Angli, Grégoire, dans son admiration, s’arrêtant et jouant sur le mot, dont la prononciation latine se confondait presque avec celle à’angeli, dit : « Ils sont bien nommés, car ils ont des visages angéli-
ques, et tels doivent être dans les deux les frères des anges*. »
Dès ce moment il eut le projet de se consacrer lui-même a la conversion de ces insulaires et au développement de ces intelligences dont il regrettait l’état inculte. Il en obtint l’autorisation du pape Benoît. Mais son départ souleva le peuple de Rome, qui, dans ces temps d’invasions, de détresse et de péril, ne trouvait de défense que dans la vertu de ses évêques, et avait déjà fixé sur lui ses yeux et ses espérances comme sur un soutien futur. Le pape Benoît fut obligé de le rappeler, le fit diacre, et peu après l’envoya a Constantinople pour y représenter l’Église romaine, en qualité d’apocrisiaire. A son retour de Constantinople, Grégoire se retira dans son monastère, dont il devint abbé, et il y goûta toutes les douceurs de la contemplation. Mais, à la mort de Pélage, il fut élu pape par le choix unanime du clergé, du sénat et du peuple romain, malgré sa résistance et sa fuite. Porté sur le siège pontifical, il en éprouva une tristesse touchante. « J’ai perdu, disait-il, les joies profondes de ma solitude, et dans cette chute intérieure que l’on prend pour une élévation extérieure, je ne vois plus qu’un long exil loin de mon Créateur; car je m’efforçais chaque jour de sortir de ce monde et de cette chair, et de
contempler incorporellement les joies d’en haut
J’ai aimé la beauté de la vie contemplative, dont le
' YUa S ■ Gregorii ma (/ni, ]ih. ], g 2t,
repos n’enfante point, mais donne l’intuition. J'ai voulu m’asseoir avec Marie aux pieds du Seigneur et recueillir les paroles de ses lèvres, et voici que je suis entraîné avec Marthe dans les soins extérieurs1. »
Malgré ses penchants et ses regrets, Grégoire se livra a ces soins extérieurs avec l’assiduité et la constance qu’exigeaient de lui les besoins de l’Église occidentale, qui, en retour, le nomma a la fois saint et grand. Quoique la papauté fût encore dans la dépendance des empereurs grecs, dont les exarques occupaient toujours Ravenne et gouvernaient l’Italie inférieure, il augmenta sa prépondérance en Occident et prépara l’émancipation qu elle acquit un siècle et demi plus tard. Mais ce qui caractérisa surtout son pontificat fut l’esprit de conquête chrétienne qu’il communiqua a la papauté, au service de laquelle il mit l’armée des moines occidentaux pour cette importante destination.
La conversion de l’Ile de Bretagne, qu’il n’avait pas pu opérer lui-même, il la fit exécuter alors par Augustin, prieur de son monastère du Mont-Aventin. 11 l’envoya avec quarante compagnons, h travers la Gaule, dans ce pays lointain et barbare. 11 n’entre pas dans mon dessein de raconter les hésitations et l’effroi qu’éprouvèrent les moines romains dès qu’ils eurent mis le pied sur la terre des Gaules, en songeant aux périls qui les attendaient chez un peuple
* S. Gfcg. Opéra ; Epùt., lib I, Ej>ist. y. — Ann- 590.
éloigné, inconnu, dont ils ne parlaient pas la langue ; la permission qu’ils demandèrent k Grégoire de retourner a Rome; l’ordre qu’il leur donna de poursuivre leur route et leur entreprise; l’accueil qu’ils reçurent des rois francs auxquels Grégoire les avait recommandés par ses lettres, et qui facilitèrent leur passage dans l’île de Bretagne et leur adjoignirent des interprètes pour communiquer avec les Anglo-Saxons; l’appui qu’ils trouvèrent auprès du roi de Kent, sur le territoire duquel ils débarquèrent, et dont la femme, lille du roi mérovingien Charibert et chrétienne, les aida puissamment auprès de son mari ; l’effet que produisirent sur les sauvages Anglo- Saxons le zèle qui animait ces étrangers pour eux et qui les avait fait venir de si loin, la supériorité de leur intelligence, l’austérité de leurs mœurs, la beauté de leurs chants, la pompe de leurs cérémonies ; en un mot, les moyens qu’ils employèrent, le succès qu’ils obtinrent dans leur mission et les auxiliaires qui leur furent envoyés de Rome*. Mais ce que je ne saurais passer sous silence, parce que les détails que je vais exposer a cet égard rentrent dans mon sujet et font connaître les mesures qu’adopta la nouvelle Rome pour régler et affermir ses conquêtes chrétiennes, c’est le plan que Grégoire traça a Augustin et qui fut suivi plus tard, sauf quelques modilicalions locales, par les successeurs de Gré-
* Bcdæ Opéra; t. III, Eccl. hist. gent. Anglorum , lib. I et II. — S. Greg. Optra; S. Grtg. mag. vila, lib. Il, § 32 ad 40, — et Epist., lib. VI, Epist. lviit, lix; lib. XI, Epist. xxtx, un», lxv, lxvi, lxxvi.
goire au pontificat, et par ceux d’Augustin dans les missions sur le continent.
Grégoire, après avoir envoyé à Augustin le pal- ♦ /mm, qui déléguait l’autorité apostolique, élevait au rang d’archevêque métropolitain et donnait le droit d’instituer des évêques, lui ordonna d’en créer autant que l’exigeraient les besoins des peuples convertis *. Il prescrivit que le territoire anglo-saxon, a mesure qu’il serait gagné au christianisme , fût distribué en diocèses, selon la méthode romaine , afin d’y introduire les circonscriptions occidentales.
11 ne pourvut pas seulement a l’organisation générale et future du territoire, mais a la constitution de la famille et au perfectionnement moral des individus. 11 s’étudia a substituer peu a peu la famille chrétienne a la famille germanique encore barbare, qui n’était pas fondée sur des règles aussi sages et aussi strictes. La pluralité des femmes n’y était pas absolument interdite, et les mariages ne s’arrêtaient pas devant certains degrés de parenté, ce qui, d’un côté, mêlait de trop près le même sang, et, de l’autre, exposait les mœurs domestiques. Il s’attacha peu a peu aussi à changer l’homme barbare en lui donnant les idées plus avancées, en le pénétrant des sentiments plus épurés, en lui communiquant les usages plus polis de la société au progrès de laquelle avaient 'a la fois concouru l’esprit de la
* S. Grcg. Opéra; £)»>?., lib. XI, Epist. Augustino, episeopo Anglorum
Grèce, la législation de Rome et la religion de la Palestine. Ainsi, diviser le territoire, former la famille, adoucir l’individu, tels furent les trois buts indiqués par Grégoire a la conversion.
Il les poursuivit avec la même prudence et la même mesure qu’il avait mises dans la conversion. Afin d’agir plus facilement sur les populations païennes et de les attirer dans les lieux où elles avaient l’habitude de venir, il avait recommandé de ne pas détruire leurs temples et de les transformer en églises après les avoir purifiés. Les Anglo-Saxons ayant coutume d’immoler des bœufs dans les sacrilices, il ordonna que les jours de dédicace des églises, ou lorsqu’on y célébrerait les fêtes anniversaires des martyrs auxquels ces églises étaient consacrées, on élevât autour d’elles des tentes avec des branches d'arbre, pour s’y livrer à des festins religieux. Retrancher tout à la fois dans des âmes sauvages, disait-il, est impossible, et celui qui veut atteindre le faîte doit s'élever par degrés, pas à pas, ét non par bonds *.
11 en agit de même à l’égard des mariages. L’Eglise les interdisait jusqu’au septième degré de parenté. Il les permit momentanément à partir du quatrième. Félix, évêque de Messine, lui ayant à ce sujet exprimé sa surprise, Grégoire lui répondit :
* S. Greg. Opéra; Epie!., lib. XI, Epist. Lxxvi.«Nam duris mentilms siniul omnia abscidere, impossibile esse non dtibium est : quia is qui lorum summum ascenilcrc nititur, necesse est ut gradibus vel passilms, non autem saltilms elevetiir. »
« Ce que j’ai écrit à Augustin sur les degrés de parenté, sache que je ne l’ai écrit que relativement, et non généralement, pour la seule nation des Angles, qui vient a peine d’entrer dans la foi, et que trop d’austérité pourrait en éloigner. Tonte la ville de Rome m’en est témoin, mon intention n'est pas qu’ils restent hors de la règle sans être inquiétés et puissent s’unir avant le septième degré lorsqu’ils seront enracinés dans la foi. Mais, tant qu’ils sont néophytes, il faut leur apprendre d’ahord ce qui est illicite et les enseigner par la parole et l’exemple. J’ai cédé sur ce point pour eux et non pour leur postérité, de crainte d’arracher le bien qui n'a encore qu’une faible racine1. »
Augustin, ayant adressé h Grégoire, qui suivaitune politique si habile, plusieurs questions sur les règles de conduite qu’il devait observer, dans certains cas, a l’égard des Anglo-Saxons, reçut de lui des réponses remplies d’une sagesse bienveillante et ingénieuse. 11 lui demanda s’il était permis de baptiser uue femme enceinte ; combien de temps après sa délivrance elle devait entrer dans l’Église; après combien de jours l’enfant devait recevoir le baptême; a quelle époque le mari pouvait de nouveau s’unir a sa femme. 11 ajoutait plusieurs autres questions sur l’admission des femmes dans l’église a uue certaine époque du mois, et sur la puritication des hommes après qu’ils s’étaient approchés de leurs
' S. Grep:. Opéra; Episl., lib. XIV, Episl. ultim.
femmes : toutes choses, disait-il, qu’il importe d’expliquer a la nation barbare des Angles.
Grégoire lui répondit : « Pourquoi la femme enceinte ne serait-elle pas baptisée, puisque la fécondité de la chair n’est point une faute devant Dieu? Quant a la femme qui relève de couches, si elle entre dans l’église pour rendre grâces a Dieu, à l’heure même où elle a accouché, elle ne commet aucun péché : car c’est la volupté et non la douleur de la chair qui est une faute. Or c’est dans le mélange de la chair qu’est la volupté; mais dans l’enfantement il n’y a que la douleur et le gémissement. Si nous défendions a la femme d’entrer dans l’église, nous lui ferions un crime de sa douleur même. On peut donc baptiser sans retard la femme qui vient d’accoucher et son fruit. Quant au mari, il ne doit rechercher sa femme que pour la génération et non pour le plaisir, et ne pas s’approcher d'elle jusqu’à ce que l’enfant soit sevré. 11 s’est élevé une coutume dépravée dans les mœurs des époux, qui fait que les femmes dédaignent d’allaiter leurs enfants et les donnent à nourrir à d’autres femmes. Cette coutume a été inventée par incontinence. C’est pourquoi celles qui auront donné leurs enfants à nourrir ne pourront voir leurs maris qu’après le temps de purgation. »
11 lui indiquait sur les autres points incertains des règles conformes à l’esprit du christianisme. 11 autorisait le mariage de deux frères avec deux sœurs. Il permettait que les clercs de l’Église anglo-saxonne
qui n’étaient pas revêtus des ordres sacrés et qui ne pouvaient se contenir contractassent mariage. Il recommandait aux évêques de ne point vivre a part de leur clergé, de se conformer aux règles monastiques, et de suivre le genre de vie établi a la naissance de l’Église, époque a laquelle nul n’appelait sien ce qu’il possédait, mais où tout était à tous. Comme les barbares étaient très-généreux, parce que donner pour être agréable à Christ ou a l'apôtre Pierre était plus facile que de s’améliorer, et qu’ils comprenaient encore mieux le rachat pécuniaire que le rachat moral, les églises anglo-saxonnes devinrent riches. Grégoire, interrogé par Augustin sur la distribution des offrandes faites aux autels, lui proposa l’exemple de l’Église romaine. « Le siège apostolique, lui dit-il, est dans la coutume de diviser en quatre portions tous les tributs payés aux églises. La première est donnée à l’évêque et a sa maison pour l’hospitalité et l’accueil ; la seconde au clergé ; la troisième aux pauvres ; et la quatrième est destinée à la réparation des églises1. »
En voyant prospérer cette colonie lointaine de la nouvelle Rome, Grégoire s’écriait dans sa joie et dans son enthousiasme : « Voici que la langue de la Bretagne, qui ne connaissait que des sons barbares, a commencé à célébrer les louanges de Dieu dans des chants hébreux. Voici que l’Océan, jadis
* S. Greg. Opéra; Epist., lib. XI, Epist. i.xir. « Augustino Anglorum episcopo, ad varia dubia de quibus ab Augustino consultas fuerat, respondet. »
soulevé, abaisse aujourd’hui ses Ilots soumis sous les pieds des saints. Ces passions barbares que les princes de la terre n’avaient pu dompter par le fer, la bouche des prêtres les enchaîne par des paroles simples ; et celui qui, infidèle, ne craignait point les cohortes des combattants, devenu lidèle, craint la langue des petits et des faibles1. »
Mais Grégoire le Grand ne fut pas et ne put pas être témoin de la conversion totale de nie de Bretagne. Cette conversion fut lente. Elle dura près d’un siècle. Bornée d’abord au royaume de Kent et a celui des Saxons orientaux, elle s’étendit au puissant royaume septentrional de Northumbrie, et le christianisme posséda la ville d’York, sa seconde métropole. Elle gagna successivement les royaumes de Mercie, des Angles méditerranéens, des Saxons du sud et des Saxons de l’ouest. Ceux-ci devinrent chrétiens les derniers, quatre-vingt-douze ans après l’arrivée des missionnaires romains. Dans chacun de ces pays, mais dans les premiers surtout, il y eut des retours inévitables vers le paganisme par une réaction naturelle des anciennes idées et du vieux culte. Ces retours furent proportionnés a la force toujours décroissante du paganisme affaibli*. Dans la lutte qui s’établit entre une croyance grossière et une croyance supérieure, celle qui n’avait pas su
1 S. Grej;. Optra ; t I, Moral., lib. XXVII, num. 21.
1 Pur exemple, le paganisme ne fut entièrement détruit dans le royaume de Kent, où le christianisme avait d’abord été introduit, que quarante uns après l’arrivée des missionnaires romains.
I)\NS l.\ SOCIÉTÉ CIVI USÉE
empêcher l’admission et les progrès de l'autre ne pouvait pas empêcher son triomphe définitif *.
Les missionnaires romains n'avaient pas seulement a convertir les populations anglo-saxonnes au christianisme, ils avaient encore a convertir a l’unité apostolique les chrétiens celtiques du pays de Galles, des montagnes d’Ecosse et d’Irlande qui ne la reconnaissaient pas. Les Bretons du pays de Galles étaient chrétiens du temps de l’empire. Les Gaëls de l'Irlande avaient reçu la foi nouvelle de saint Patrick deux siècles auparavant, et leurs missionnaires l’avaient portée chez les Pietés et chez les Scots, qui occupaient le nord de l’Ile de Bretagne et ses inaccessibles montagnes. A cette époque, certaines règles secondaires qui établissaient dans le monde chrétien une utile uniformité, et qui devaient prévenir l’altération de la croyance par l’observation des mêmes usages et d’une commune discipline, n’avaient pas été universellement admises ou exigées. Ainsi ces populations celtiques ne célébraient pas la fête de Pâques a la même époque que l’Église romaine*. Elles n’administraient pas le baptême par trois immersions. Elles ne portaient pas la tonsure en couronne, mais en croissant. Les
1 Ttcdæ Eccl. hist., lib. 11, III, IV, V. Voir aussi, pour ce qui concerne la conversion tic l’Angleterre, la belle histoire tle la conquête de V Angleterre, par Aug. Thierry.
8 Betltc Eccl. hist. gentis Angl. (edid (1. Smith, Cantahrigiæ, •1722, in-fol.), appeud. n° 9, p. 097,698. — I.ingard’s Antiquities of the Anglo-Saxon church. Newcastle. 1810. ch. », p. 3T>, 36.
moines des vastes établissements cénobitiques de Bangor dans le pays de Galles, de Bangor en Irlande, d’Iona dans les Hébrides, qui étaient les centres religieux et les grandes écoles des Bretons, des Gaëls, des Pietés, des Scots, avaient tous la tête rasée sur le devant et les cheveux pendants sur les côtés et sur le derrière, tandis que les moines occidentaux n’avaientqu’une légère bordure de cheveux autour de la tête. Mais ce qui, pour Rome, était plus grave que la forme différente de leur tonsure, c’était leur habitude d’indépendance. Elle s’attacha donc a leur imposer son autorité et à leur faire adopter des usages dont quelques-uns étaient sans importance apparente, mais qui, par leur ensemble, devaient lui donner plus de force pour accomplir ses grands desseins, en mettant à sa disposition des peuples divers tous pénétrés de son esprit et agissant sous sa discipline.
Son clergé, dans l’île de Bretagne, poursuivit constamment ce but jusqu’à ce qu’il l’eût atteint. Après plus d’un siècle d’efforts, il commença à réussir. Le roi des Pietés, Naitan, adopta le rite romain et demanda aux Angles des prêtres pour 1 instruire et des architectes pour construire une église en pierre dédiée a saint Pierre et à saint Paul, les deux patrons de Rome*. Ce rite s’introduisit vers le même temps dans l’île d’Iona pour les Scots du nord, et un peu plus tard chez les Bretons du pays
1 Vers l’an 710. — Bedæ Eccl. hist., lib. V, c. xxn.
de Galles1. Les nouveaux conquérants italiens triomphèrent donc de la barbarie des Anglo-Saxons et de la dissidence des Celtes.
Sous eux, l’ile de Bretagne ne devint pas seulement chrétienne, elle devint lettrée. Ce complément de l’œuvre romaine, cette civilisation de l’esprit fut due principalement au moine Théodore, que le pape Vitalien y envoya avec le moine Adrien, en 668, pour être archevêque de Cantorbery*. Théodore était né à Tarse, dans l’Asie Mineure, et il avait longtemps demeuré en Italie. Ce Grec de la Cilicie, qui avait étudié et s’était formé a Rome, transplanté sous le ciel brumeux de la colonie pontilicale, lit couler sur sa terre inculte, comme parlent les livres du temps, le fleuve de la science. Il enseigna les lettres grecques et latines, les doctrines de l’Église et les arts séculiers, dans lesquels il était très-versé. « Jamais, depuis leur invasion en Bretagne, dit Bède, les Anglo-Saxons ne virent des temps plus heureux ; car ils avaient des rois chrétiens, terreur des barbares, et quiconque voulait étudier les sciences sacrées trouvait de suite des maîtres*. » Théodore organisa plus fortement l'Église saxonne,
< Bedse Eccl. Ai*». lib. V, c. xxm.
• Ibid., lib. IV, C. i.
3 « Ncque unqunm prorsus ex quo Brilanniam pcticrunt Angli, feliciora lucre tempora, dum et fortissimos christianosque habentes reges, barbaris essent omnibus terrori... et quicumque lectionibus sacris cupcrent erudiri, haberent in promptu magistros qui docercnt.» (Bedæ Eccl. Ai*»., lib. IV, c. n. — Mabiilon, Acta sanclorum ordinù S. Bentdicti, Parisiis, 1668-1702, in-fol., sæcul. tert.,pars I, p. 554.
dont les diocèses furent exactement limités et qui eut deux fois par an des synodes nationaux, présidés par le primat, chargés de choisir les évêques et de pourvoir a tous les besoins religieux*. Grâce a lui, les études fleurirent dans les monastères anglosaxons, au point que Elle de Bretagne devint, au huitième siècle, un centre littéraire aussi important que l’Italie même. Elle eut un grand nombre de ces asiles spirituels ouverts aux. femmes comme aux hommes, et dans lesquels s’enfermèrent volontairement des filles de rois et huit rois saxons euxmêmes. Elle entretint des relations assidues avec la métropole du christianisme, et, quoiqu’il fallût passer la mer et traverser le continent dans sa largeur pour se rendre à Rome, les deux routes de Boulogne et de la basse Loire furent couvertes de pèlerins anglo-saxons et de religieux qui y allaient et qui n’en revenaient pas toujours. De cette grande école sortirent â la fois les hommes les plus célèbres du siècle par leurs ouvrages, tels que Bède et Alcuin, les apôtres de la Germanie et les régénérateurs littéraires de la Gaule.
C’est le rôle important que jouèrent â cet égard les deux îles d’Irlande et de Bretagne qui m'a fait insister sur leur acquisition au christianisme. Elles se partagèrent en effet les temps et les pays pour l’accomplissement de cette œuvre importante.
Les invasions germaniques avaient rempli d’une
' Lingard’s Anliq. of the Anglo-Saxon church, c. 11, p. 54-57.
population nouvelle les extrémités septentrionales de l’ancien empire romain. Les nombreuses tribus qui s’étaient établies en masse dans le nord de la Gaule, la Rhétie, la Norique, la Pannonie (Suisse, Souabe, Bavière, Autriche, Hongrie), après les avoir ravagées a plusieurs reprises et pendant longtemps, y avaient ramené une sorte de barbarie. Le christianisme n’avait jamais qu’imparfaitement pénétré dans ces contrées, et la culture romaine, qui s’y était étendue davantage, y avait été singulièrement troublée. Avant donc de commencer de nouvelles conquêtes pour le compte du christianisme et de la civilisation, il fallait rentrer dans ces anciennes possessions du monde policé. 11 fallait d’abord reprendre la ligne du Rhin et du Danube, et, après avoir atteint de nouveau cette forte position des Romains, s’avancer dans l’intérieur du continent pour le transformer, afin de n’être plus exposé à la perdre. Telle fut aussi l'œuvre successive des missionnaires irlandais et des missionnaires anglo-saxons. Les colonies irlandaises se répandirent pendant le septième siècle sur la partie païenne du continent située en deçà du Rhin, et les colonies anglo-saxonnes passèrent ce lleuve dans le huitième siècle et convertirent la Germanie elle-même.
Le christianisme, qui était destiné à civiliser le reste du continent européen, était remonté du sud au nord, comme l’avait fait précédemment la conquête romaine. 11 ne faut pas perdre de vue que l’invasion des peuples avait lieu du nord au sud, tandis
que celle des idées s’opérait dans un sens contraire. Ces deux grands mouvements, d’un ordre entièrement opposé, dont le premier poussa successivement les Gaulois sur l’Italie et la Grèce, les Germains sur la Gaule et le monde romain, les Slaves sur la Germanie, et les Tartares sur la Russie et la Pologne; dont le second poliça peu a peu tous ces barbares en transportant la civilisation des Grecs aux Romains, des Romains aux Gaulois, des Gaulois aux Germains et des Germains aux Slaves, s’accomplirent avec intermittence. Ils produisirent les révolutions alternatives de barbarie et de développement social dont les unes ont peuplé l’Europe, et dont les autres l’ont civilisée.
Le moment était alors arrivé pour la civilisation de se remettre en marche à l’aide du christianisme. La Gaule avait été la station la plus avancée de celui-ci. Conquise tard et placée près des peuples restés indépendants et barbares, elle avait reçu lentement la religion nouvelle, qui avait même peu pénétré dans sa partie septentrionale. C’est vers le milieu du second siècle que deux Grecs de l’Asie Mineure, saint Photin et saint Irénée, étaient venus prêcher l'Évangile dans la vallée du Rhône1. Ils s’étaient établis a Lyon et à Vienne, les deux villes les plus importantes du pays, et leurs disciples avaient répandu le culte chrétien dans les provinces
1 Gregor. Turron., Mit. Franc., lib. I,c. xxvn, dans Dom Bouquet, Recueil des historiens de France; Paris, 1738, in-fol., t. II.
lyonnaise et viennoise1. Cette colonisation, originairement grecque, ne s’était pas étendue au delà des montagnes qui encadrent le Rhône et les rivières qui se jettent dans son lit.
Un siècle après, des missionnaires latins s’étaient répandus dans la partie méridionale et occidentale de la Gaule. A en croire les traditions et quelques fragments d’histoire, ils étaient au nombre de sept, et ils avaient pris les principaux points du territoire pour chefs-lieux de leurs établissements. Saint Trophime s’était arrêté à Arles, saint Paul à Narbonne, saint Saturnin à Toulouse, saint Autremoine à Clermont, saint Martial à Limoges, saint Catien à Tours, et saint Denis, qui s’était le plus avancé vers le nord, à Paris*. Ils avaient eu des disciples qui
* Saint Yalérien àTournus; saint Marcel à Châlons; saint Félix, saint Forlunat, saint Achillée à Valence. Ceux qui pénétrèrent plus loin lurent saint Andoche, saint Tliyrse et saint Félix, qui prêchèrent le christianisme à Aulun ; saint Benigne, qui l’annonça à Langres et à Dijon ; saint Ferréol et saint Ferrucien, qui l'introduisirent à Besançon. (Tillemonl, Mémoires pour servir à l’hisloire ecclesiastique , Paris, 1693, in-4°, t. III, p. 35 à 42.)
La plupart d’entre eux lurent martyrisés. Sulpice-Sévère. disciple de saint Martin de Tours, et qui vécut dès lors quelque temps après eux, dit, dans son histoire sacrée, lib. II : « Sub Aurelio et Antonini fdio pcrsccutio quinta agitata, actumprimum in Caillas martyria visa, serius trans Alpes religione Dei suscepta. »
* De l’an 259 à 269. « Sub Decio et Grato consulibus, sicut fideli recordalionc retinclur, primum ac summum Tolosana civilas S. Saturninum habere cœperat sacerdotem. Hi ergo missi sunt, Tnronicis Gatianus episcopus, ArelatensibusTrophimus episcopus, Narbonæ Paulus episcopus, Arvernis Strimonius episcopus, Lcmovicinis Martinlis destinalus episcopus. » (Gregorius Turron., Hist. Franc., lib. 1 c. XXVTIl.)
avaient porté plus loin le christianisme1, dont la propagation, a partir du quatrième siècle, avait trouvé dans les moines d’actifs, de persévérants et d’heureux auxiliaires.
L’institut monastique était le dernier degré de concentration du christianisme, et devait être le plus merveilleux instrument de ses conquêtes. Établi d’abord en Orient, répandu ensuite dans l’Asie Mineure et en Italie, il avait été introduit de ce dernier pays en Gaule vers la tin du quatrième siècle par le Dalmate saint Martin, qui avait élevé dans le voisinage de Tours ce fameux Majus monasterium (Marmoutier), resté si longtemps l’un des centres cénobitiques de la Gaule septentrionale*; il y avait fait de rapides progrès dans le siècle suivant sous les auspices du célèbre Cassien et de saint
' Gallia r.hristiana in provincial ecclesiaslicas distributa , par les frères Sainte-Marthe, Parisiis, 1715, in-fol. — Aux titres des divers évêchés ci-dessus indiqués. — 11 n’avait été fondé en Gaule qu’un seul évêché dans le deuxième siècle, celui de Lyon. Il en fut établi vingt-neuf dans le troisième, durant lequel les chrétiens jouirent d’à peu près soixante et dix ans de tolérance ; trente-huit dans le quatrième, qui fut celui où les chrétiens dominèrent; vingt-cinq dans le cinquième et dans le sixième.
* Saint Martin était venu vers 500 auprès de son ami saint Hilaire de Poitiers, et avait fondé sur le Clain le monastère de Ligugé (mouast. l.o codage n se) ; appelé ensuite sur le siège épiscopal de Tours, il avait construit le Majus inonasterium en 372. (Sulp. Sev., Vita S. Martini. — Greg. Turron., de Miracul. S. Mari., lib. IV, c. xxx. — Mabillon, Annales ordinis S. Benedicli, Lutetiæ Parisiorum, 17Ü3. fol. 1 , lib. I, n* 22, p. 10 et sq.) Son disciple saint Maxime alla fonder un monastère dans l'ile Barbe, sur la Saône, près Lyon. (Greg. Tur., de Gloria ronfess., c. xxu.)
Honorât, qui, a leur retour d’Égypte, avaient fondé, sur les bords de la Méditerranée, l’abbaye de Saint- Victor et celle de Lérins1. Les grands cloîtres de Marmoutier3, de Saint-Victor, de Lérins, avaient servi de modèles a une foule d’abbayes, parmi lesquelles les plus importantes avaient été Grigny*, dans le voisinage de Vienne ; Condat (Saint-Claude)*, Leauconne®, Labeaume®, et Roman-Moutier7, sur les deux revers du Jura ; Mont-Major, près d’Arles ;
1 Joannis Cassiani Collatio, Atrcbati, 1628, in-fol. — Mabill., Afin. Ben., t. I, n” 30 à 39, p. 14 à 17. — Cassien dit de Lérins : Ingens fratrum Cænobium. Lérins fut fondé de 400 à 410. Saint Honorât peupla de moines les îles Stœccades ou Stoccades (îles d’Hières), qui devinrent la Tliébaïde de l’Occident. ( Eucher ad Ifilar., p. 56. — Cass. Coll., 11, 18, præf., p. 553, 721.} Quant à Cassien, il fonda Saint- Victor de 401 à 410, et eut bientôt cinq mille moines sous sa direction. — Presque tous les évêques de la vallée du Rhône sortirent de Lérins, de Saint-Victor ou de leurs succursales. (Mabill., Ann., t. T, n“ 32 à 39, p. 14 à 17.)
* Les disciples de saint Martin propagèrent le cénobitisme dans l’ouest et le centre de la Gaule. Ils se répandirent sur les bords de la Loire. Us fondèrent dans la ville même de Tours l’abbaye de Saint- Martin, qui devint si puissante sous les Francs ; celles de Chinon, de Loches, de Sainl-Satur, dans le voisinage de Sancerre; de Saint-Hilaire, à Poitiers ; de Landvenech et de Saint-Jacut, sur les côtes de l’Armorique. (Dom Beaunicr, Recueil historique, chronologique et topographique des archevêchés , évêchés, abbayes de France; Paris, 1726, 2 vol. in-4\ 1. 1, p. 253; t. II, p. 959-967 elpasaim. — Mabill., Ann., lib. I, passim; liv. IV, n" 17, 18.)
3 Grigny eut quatre cents moines. ( Bollandus, Acta sanct.. i januarii. — Mabill., Ann., 1. 1, lib. XIII, n’ 21, p. 586.)
* Rolland., xxvni februarii. — Mabill., Ann., t. I, lib. I, n"26, p. 23.
3 Mabill., Ann., t. I, lib. I, n" 26, p. 23.
“ Ibid., n* 28, p. 24.
1 S. Cæs. Vil., lib. I, n*7. — Dom Beaunier, t. I, p. 63, 64.
Tarnat1, sur la rive droite du Rhône; Agaune ou Saint-Maurice, dans la solitude du Valais*; Moissac sur le Tarn3; Saint-Mesmin de Micy, sur le Loiret4; Glanfeuil, ou Fleury-sur-Loire 3 ; Vertou, près de Nantes6; Saint-Vincent, depuis Saint-Germain-des- Prés, à peu de distance de la Seine7; Saint-Pierre de Sens8; Saint-Médard de Soissons* ; Ferrière sur le Loing, dans le Gâtinois10 ; Saint-Benigne de Dijon1*.
La colonisation monastique, dans sa marche continue, s’était toujours de plus en plus avancée vers le nord. Pendant le quatrième et le cinquième siècle, elle s’était étendue dans les vallées du Rhône et de la Saône, et depuis les Pyrénées jusqu’à la Loire. Au delà de cette ligne elle n'avait eu des établissements que dans Auxerre et dans Trêves14 .
I Mabill., Ann., t. I, lib. I, n" 73, p. 50.
4 Ibid., n*69, p. 27. — Grog. Turron., lib. III, c. v.
3 Mabill., Ann., lib. XII, n* 33, p. 358.
* Ibid., lib. I, n*82, p. 33.
5 Fonde par saint Maur, disciple de saint Benoît, qui apporla en Gaule la règle bénédictine en 543 — Mabill., Ann., lib. IV, n* 50, p. 110 ; lib. V, n* 10, p. H6. — Uom Bastide, de la congrégation de Saint-Maur, de ordinis Benedicti gallicana Propagatione.
« a Ex hujus ergo loci sancto conlubernio tanta erupcrunl examina ulmirum in moduni tota ex eoruni condunatis tloribus ilagrarct Neus. tria... b [Vita S. Martini, abbat. Yertavensis, dans Mabill., Act. sanct., kec. primo, p. 685.)
’ Mabill., Ann., lib. V, n" 40 à 45, p. 155 à 135.
* Ibid., lib. II, n* 29, p. 48.
" Ibid., liv. V, n* 28, p. 127.
10 Ibid., lib. II, n* 52, p. 49.
II Ibid., lib. II, n*2i, p. 45.
'* Dans le quatrième siècle, elle n’avait eu que deux etablissements
Elle avait clé renforcée, au sixième siècle, par les disciples île saint Benoît, qui, ayant fondé une nouvelle règle plus conforme aux besoins et plus appropriée au climat de l’Occident, s’était en quelque sorte rendu le législateur futur des moines d’Europe. Elle avait alors vu s’accroître avec le nombre de ses établissements les progrès de la société chrétienne. Quoique la plus grande partie de ces établissements eût été concentrée entre la Loire, la Seine et la Marne, cependant beaucoup d’entre eux avaient déjà été portés au delà de ce dernier cours d’eau1. Enfin, au septième et au huitième siècle, les moines des deux récentes colonies de Rome religieuse, animés par la lerveur delà foi et le zèle du prosélytisme, se rendirent de l’Irlande et de l’Angleterre sur le continent, pour y continuer cette grande œuvre de la conquête et de la civilisation chrétiennes.
Le plus célèbre des colons irlandais fut saint Colomban, disciple de Comgall. 11 quitta le couvent de
sur la Loire el sur le Clain, ceux de Marmoutier et deLigugé, et deux sur la Saône et le Rhône, ceux de l’ilc Barbe et d’Ainay. Dans le cinquième, elle avait compté huit établissements dans la vallée de la Saône el du Rhône et leurs dépendances, douze des Pyrénées à la Loire (voir Mabill., passim, dans les premiers livres de scs Annales bénédictines), et elle n’avait portéau delà de celte ligne que les deux monastères de Saint- Germain à Auxerre et de Saint-Martin près d’Auxerre, et les deux monastères de Saint-Mathias et de Saint-Maximin à Trêves. (Mabill., Ann., lib. II, n'27, p. 47. — Lib. VI, n'27, p. 153.)
1 Voir les Annales bénédictines de Mabillon, d’où j’ai tiré les chiffres suivants : pendant le sixième siècle, quatre-vingts établissements monastiques dans les vallées de la Saône et du Rhône ; quatre-vingt-quatorze des Pyrénées à la Loire; cinquante-quatre de la Loire aux Vosges, et dix des Vosges au Rhin.
Bangor, fondé par son mailre et où il avait été élevé, et il s’embarqua pour la Gaule avec douze compagnons, au nombre desquels étaient saint Gall, saint Magnoald et saint Sigebert. 11 aborda sur les côtes de l’Armorique, et s’avança vers l’est jusque dans les Vosges, dont les solitudes boisées et montagneuses lui plurent. 11 s’arrêta avec ses compagnons près des restes d’un ancien camp romain, nommé Anegray, et il y construisit des cellules. Pénétrant ensuite a huit mille pas plus loin, il trouva dans un lieu appelé Luxovium des débris d’un autre camp romain, et il y construisit le fameux monastère de Luxeuil1, qui devint l’école de toute la Gaule du nord. La vie austère de Colomban et de ses compagnons, et leur réputation de sainteté, attirèrent auprès d’eux beaucoup de Francs, de Gallo-Romains, de Bourguignons du voisinage, et ensuite des contrées lointaines.
Les disciples de Colomban exercèrent leur religieuse influence sur la partie de l'ancienne Gaule et de l’Helvétie qui, étant la plus rapprochée de la Germanie, avait été longtemps exposée aux courses des barbares, et dans laquelle ils s’étaient établis en force. Ainsi, lorsque Colomban, expulsé de Luxeuil par la haine de Brunehaut et de son petitfds Théodoric, roi d'Auslrasie, dont il avait courageusement attaqué les désordres, alla fonder en
1 Yita S. Columbani abbalis, auclore Jona, monaeho bobiensi fcre ætjuali, g IG; dans Mabill. , Acta sanct., sæc. secundo, t. II, p. 5 à 12. — Voir aussi Mabill-, Ann., 1. 1, lib. VUE n“ 9 et 10, p. 210 et 21 1
Lombardie le monastère de Bobbio, deux de ses compagnons, saint Gall et saint Sigebert, devinrent les instituteurs de l’Helvétie allemande. « A cette époque, dit l’historien Jean de Muller, le pays habité par les Suisses, aujourd’hui orné de beaucoup de villes et de milliers de villages, était un désert aride, hérissé de bois; l’on ne trouvait que peu d’habitations dans le voisinage d’une tour, ou près d’une métairie; d’épais buissons avaient couvert les ruines des anciennes villes et des camps romains a la suite des invasions des Alamauni*. » Cependant, l’Helvétie méridionale ou romane avait déjà repris un aspect plus florissant par les établissements monastiques de Lausanne, sur les bords du lac Léman*, de Roman-Moutier1 * 3, sur le même revers du Jura, de Saint-Ursicin4, dans des rochers peu éloignés de la source du Doubs, de Peterlingen (Payerne), dans les environs des ruines d’Aventieum5, et d’Agaune ou de Saint-Maurice, dans les Alpes du Valais6.
Quant h l'Helvétie septentrionale ou germanique, elle était encore idolâtre en grande partie. La loi
1 J. Muller, Histoire de la Suisse. Lausanne, 1795-1803, in-8",
liv. I, t. I, ch. ix, p. 538, 339.
1 Chron. épiscop. de Lausanne, dans le manusc. de Huchat. —
Vuy. Mull. liv. I, ch. vm, p. 245.
5 (ïregor. Turron, Yita Pair., c. i.
* Muller, liv. I, ch. ix, p. 303.
s Ibid., p. 305.
“ Mabill. , Ann., 1. 1, lib. I, n" 09, p.27. — Gregor. Turron., lib. ni, c. v. — Muller, liv. I, ch. vin, p. 255.
du Christ avait été déjà répandue parmi les peuples qui l'habitaient; mais les anciennes croyances païennes s’étaient maintenues a côté de la nouvelle doctrine. Daus le siècle précédent, Fridolin avait fondé le monastère de Seckingen, dans une île du Rhin, et, peu de temps après, deux chefs des hautes Alpes, Urso et Landulph, lui ayant donné une vallée dans la Rhétie, près des sources de la Limmat, il y construisit le monastère de Saint-Hilaire, qui donna naissance a Glaris1 *.
Ce fut dans ces pays sauvages qu’arrivèrent les compagnons de Colomban. Ils remontèrent le cours du Rhin a travers les forêts et les montagnes éter- - nellement couvertes de neige. Gall réunit sous des cabanes quelques disciples qu’il fit dans le comté d’Arbon, et a l’aide desquels il défricha le pays que lui donna le comte ou le graf Talto, et où il posa les fondements de la célèbre abbaye de Saint-Gall*. De son côté, Sigebert se retira dans un désert, près des sources du Rhin. Il annonça le christianisme aux pâtres et aux chasseurs de ces montagnes, au milieu desquelles il éleva le monastère de Disentis3 * 5. A un
1 Muller, liy. I, ch. u, p. 333.
* Vita S. Galli, auctore Walafrido Strabo, abbale Augiensi, dans Ma-
bill., Act. sancl., sæc. secundo, t. II, p. 230 à 248, et Vita S. Galli inedita, dans Pertz, Monumenta Germanise historica ; llanoveranæ, 4828, in— fol., t. II, p. 5 à 21. — Mabill., Ann., t. 1, lib. II, n* 8,
p. 302, 303; lib. XIII, n* 32, p. 392.
5 « Ad Rheui caput, in planitiem quaindam vastæ soiitudinis, quæ ad hoc Diserlina dicta est, ad radicem montis cellulam construxit. Erant ad id usque tempus in proximis locis incolæ plerique paganicis superstitionibus addicli. » (Mabill., Ann., lib. II, n* 20, p. 340.)
assez court intervalle, Ruprecht et son frère \\ ikard, obéissant à la même impulsion, fondèrent, l’un, près du lac Tigurin, sur un coteau boisé, l’autre, 'a l’extrémité du lac le plus central des Alpes, deux abbayes auxquelles remonte l’origine des deux villes de Zurich et de Lucerne1 * * * * * *.
Le mouvement religieux imprimé par Colomban et entretenu par l’abbaye de Luxeuil conduisit a des résultats non moins décisifs en Gaule. De grands propriétaires, des comtes, des officiers du palais chez les Mérovingiens, embrassèrent la vie cénobitique et donnèrent, ainsi que les rois francs, de vastes terrains incultes pour y fonder des monastères. « Des essaims de moines, dit un auteur contemporain, se répandirent alors non-seulement dans les champs, dans les villæ , dans les castella, dans les bourgs, mais dans le fond des déserts*. » Sous les disciples de Colomban, ces essaims pénétrèrent au nord-est dans la forêt des Vosges, qu’ils remplirent de leurs établissements8. La partie intérieure de cette forêt vit s’élever dans ses plus profondes épais-
1 Muller, liv. I, cli. ix, p. 335-537.
1 « Walberti tempore (de 014 à G65, troisième abbé de Luxeuil cl
successeur d’Eustasius qui pater ferme sexcentorum extitit monachorum
(Mabill., Ann., lib. Il, n* 46, p. 326), per Gulliarum provincias ag-
mina monachorum et sacrarum virginum examina non solum per
agros, villas, vicosque atqne castella, verum etiam per eremi vasti-
tatem ex régula duntaxat Bcncdicti et Columhani pullularc ccepcrunt, cum ante illud tempus vix pauca illis reperirentur locis. » (Anonymes in] Vita S. Salabergæ. Dans Mabill., Acl. sanct., sæc. secundo, t II. — Dom Bastide, de Propagations gallican., p. 89. )
1 Voir les Ann. béncdict. de Mabill., t. I.
seurs les quatre monastères de Senone, d’Estival, de Saint-Dié, de Bodon-Monster, placés a quelque distance les uns des autres et formant, une croix1 * 3 *. Outre ces abbayes, celles de Remiremont*, de Maurmunter8, deStavelo\ de Malmedy5 * *, de Weissembourg8, d’Eber-Minster1, furent les principales qu’on fonda dans ce pays boisé sous l’influence de Luxeuil.
Le nord-ouest de la Gaule fut couvert de colonies encore plus puissantes. Depuis la rive droite de la Seine jusqu’au Rhin , en suivant surtout les côtes de l’Océan, le pays était rempli de bois, de landes, de marécages. 11 se trouvait habité, en dehors de quelques villes , par des campagnards en grande partie sauvages et idolâtres. Les moines le convertirent et le cultivèrent. Saint Vandrille fut l’apôtre de la Seine-Inférieure8; saint Valéry, de la vallée de la Somme9; saint Orner, du pays de Té-
1 Mabill., Ann., t. I, lib. XVI, n*14, p. 506.
» Ibid., lib. II, n“ 28 et 29, p. 315, 316.
3 Dom Bastide, de Propagat. gall. S. Bened., p. 67 et suiv. — Ma. bill., Ann., lib. II, n' 19, p. 309.
* Mabill., Ann., lib. XIII, n’ 53, p. 403.
" Ibid.
* Ibid., n’ 16, p. 384.
' Ibid., lib. XV, n* 60, p. 488.
8 II fut le fondateur de l’abbaye de Fontenellc. — « Factum est ut Caletorum populi qui ante Wandregisili adventum istuc, belluis similes ac pæne religionis expertes videbantur, ejus prædicatione mansuelacti atque ad meliora conversi ex prescripto Evangelii viverent. » [Ibid., lib. III, n* 50, p. 402. — Voy. Yita S. Wandregisili, abbat. Fonlanellensis, dans Mabill., Ad. sancl., t. H, p. 524 à 546.)
* Saint Valaricus ou Valéry était un moine de Luxeuil, qui fut en-
rouane1; saint Riquier, du Ponthieu*; saint Éloy. du Carabresis* ; saint Ouen, des côtes de la Neustrie*; saint Amand , des Ardennes et de la Belgique moderne*. Les grands monastères de Saint-Denis a, de Fontenelle7, de Jumiéges8, s’élevèrent. sur les bords
voyé par saint Colomban dans la Neustrie maritime, vers la Somme, pour y étendre le christianisme. — « Erant adhuc ibi profana delubra quæ a deeurionibus colebantur. » (Mabill., Ann., lib. Il, n" 15, p. 509.)
« Stipes ingens cum variis idoloruin figuris cidem impressis : ad quera rusticorum iusana mullitudo impia sacra faciebal. » (Ibid., lib. X, n-53, p. 295. — Voy. YiCa S. Walarici, abb. Leuconaensis, dans Mabill., Act. sanct., t. II, p. 76 à 90.)
1 Mabill., Act. sanct., t. II, p. 560, 562.
* Mabill., Ann., lib. II, n" 60.
5 a Ipse quoque Eligius properabat ad cœnobia, maxiraeque Luxovium (Luxeuil), quod erat eo tempore eminenlius atquc dislricliiis, neque enim tam crcbra erant adliuc in Galliis monasteria. » — Il établit la règle de Luxeuil à Solignac, près de Limoges. — « Et pr.eterSolemniacensc plura monasteria apud Lemoviccnses, Parisienses, Noviomenses et Tornacenses construxit. » (Ki/o S. Eligii, auctore Oudoeno (saint Ouen, qui fut son disciple). — Mabill., Ann., lib. XII, n0,22 à 25, p. 352 et 353, et lib. XIII, n" 4, p. 377.) — « Si quidem postea beato Eligio cpiscopo Noviomagensi Tornacenses, Flandrenses, Gandenses et Corluriacenses ideo attributi dicuntur quod incolæ ejusdem regionis magna adliuc ex parte gentilitalis errore delincrentur. » (Mabill., Ann., t. I, lib. II, n* 63, p. 339.)
* Mabill., Act. sanct., t. II, p. 540.
6 « Episcopus ordinatur non ad certain sedem, sed ad prædicandum gentibus variis in provinciis Evangelium. Accepto cpiscopatus honore, mox paganis maxime qui in Belgio restabant, Cliristi fidem annuntiarecœpit. » (Maliill., Ann., lib. II, n° 63, p. 339. — Fifo S. Amandi, dans Mabill., Act. sanct., t. II, p. 711 à 734.)
0 Le monastère existait déjà, mais il fut établi sur de plus vastes dimensions par Dagobert et reçut la réforme de Luxeuil. (Mabill., Ann., lib. XII, n“ 1, 2 et 3, p. 540 à 342.)
7 Mabill., Ann., 1. 1, lib. XIII, n*50, p. 401, 402.
* Ibid., lib. XIV, n” 55, p. 452. — Voir la vie de saint Philibert, dans Mabill., Act. sanct., t. II, p. 818 à 826.
de la Seine; ceux de Saint-Maur-les-Fossés1, de Jouarre, sur la Marne*; ceux deFécamp*, de Monlvilliers4, de Montreuil*, de Sithieu, vers les côtes de l’Océan6; ceux de Saint-Valéry7, de Sainl-Riquier8, de Corbie, sur les rives de la Somme® ; celui de Saint- Vaast, dans l’Artois10; ceux d’Hautvilliers11, de Montier-Ender1*, de Saint-Basle,aunord de la Marne1*; ceux de Nivelle14, de Gand15, de Saint-Gbislain18, de Saint-Amand, dans les Ardennes17. 11 s'en forma beaucoup d’autres autour desquels surgirent aussi peu à peu de grands bourgs et des villes.
Les forêts de la Gaule septentrionale, attaquées par la cognée et les troupeaux des moines, ou par le feu des défrichements, s’éclaircirent, et leur masse, auparavant compacte, offrit de vastes espaces cultivés18.
' Mabill., Ann., t. I, lib. XIII, n* 4S, p. 558.
* Ibid., lib. XII, n* 44, p. 564.
* Ibid., lib. XIV, n* 61, p. 447.
* Ibid., lib. XVII, n“29, p. 566.
“ Ibid,, lib. XI, n"58, p. 535.
,l Ibid., lib. XIII, n* 49, p. 400, 401.
’ Ibid., lib. X, n' 53, p. 295.
* Ibid., lib. XIII, n*31, p. 392.
" Ibid., lib. XIV, n* 56, p. 446.
** Dom Beaunier, t. I, p. 347.
11 Mabill., Ann., lib. XV, n” 23, p. 466
“ Ibid., lib. XVI, n* 17, p. 508.
11 Ibid., lib. XI, n* 30, p. 316.
** Ibid., lib XIII, ri* 7, p. 578.