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I^ Noire, ou race des Papouas

La première variété, la Caucasienne, se distingue par

RACE ENDAMÈNE. S3I

la couleur de la peaa plus ou moins blanche ou brune, par les joues colorées de rose , par les cheveux longs , soit blonds, soit noirs. Elle a la tête quasi-sphéroïdale, la face ovale et un peu pointue, les traits doucement accusés, le nez légèrement arqué, la bouche petite, le menton plein et rond, la barbe plus ou moins épaisse. Elle occupe la partie centrale de l'ancien monde , c'est-à-dire Toccident de l'Asie, Torient et le septentrion de l'Afrique, l'Indostan et l'Europe. Mais on croit qu'elle a eu son origine sur la chaîne du Caucase, située entre la mer Caspienne et la mer Noire, et c'est pour cela qu'elle est appelée Caucasienne.

La Mongole^ que l'on met au second rang, est une race dans laquelle la couleur jaune domine : on la distingue au teint olivâtre de la peau, aux cheveux noirs, droits, grossiers, et assez rares, à la tête presque carrée, à la face large et plate. Les traits sont peu marqués ; le nez petit et bas, l'os zygomatique (a) proéminent, le menton pointu, les yeux petits, étroits et obliques; le front bas, oblique, et carré, la barbe clairsemée et grêlç. Cette variété est répandue dans toute l'Asie orientale, au delà du Gange ; elle comprend les Kalmucks et autres tribus Mongoles , presque tous les peuples de la Sibérie, savoir les Lapons en Europe, et les Esquimaux en Amérique; mais son groupe le plus remarquable est celui des Chinois.

La Malaise^ troisième variété, a le teint brun, cheveux noirs, mous, épais et crépus ; le front fuyant en arrière ; le nez gros, large et épaté ; la mâchoire supérieure développée en avant, la bouche large. Une partie de cette race, qui est la moins nombreuse de toutes, émigra au xn^ siècle de Sumatra, sur les côtes de Malacca, en déposséda les Indiens, et les força de se réfugier dans les montagnes. On

(a) Os qui Joint l'os de la pommette des Joues au tomporal.

comprend dans cette race les nombreux insulaires de Tocéan Pacifique.

La quatrième variété est V Américaine . Elle a une res-^ semblance notable avec la Mongole, particulièrement par la couleur, la qualité des cheveux, la proéminence des joues, la largeur de la face, et la rareté du poil delà barbe. Mais les populations appartenant à cette variété diffèrent notablement entre elles, les unes ayant la couleur cuivrée, d'autres ayant le nez comme le nôtre , les yeux grands et creux.

La dernière variété, savoir celle des Papouas («), ou race Ethiopienne, se distingue à sa couleur noire, ses cheveux noirs et laineux, la tète déprimée , le front convexe et rétréci, les yeux proéminents, les joues élevées, le nez large et excessivement épaté, les lèvres très-grosses, les jambes mal faites. Cette race habite une grande partie de l'Afrique , et s'étend jusqu'aux grandes îles de l'océan Pacifique.

2. Il semblera superflu à tels de mes lecteurs que je me sois arrêté ici à leur faire une leçon d'histoire naturelle de l'homme. Et pourtant il y aura quelque intérêt à savoir quelle est celle de ces cinq variétés à laquelle appartiennent les Australiens, ou bien s'ils en forment une sixième» Le comte Strzelecki, prussien (6), paraît se ranger à cette dernière opinion. « Nonobstant, dit-il, une infériorité partielle dans les parties relatives, l'indigène de la Nouvelle- Galles du Sud possède une figure proportionnée dans son ensemb e. Ses membres , moins charnus et moins pesants que ceux d'un Africain, présentent toute la symé-

(a) Le mot papoua est une altération de poua^poita, brun-brun; c'est ainsi que les Malais appellent cette race, en altérant la première syllabe.

(6) Strzelecki, on the physical character of New- South Wales, page

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Irie, le développement musculaire limité , avec les articulations exactes et la rondeur qui distinguent le nègre bien conformé ; aussi, comparé avec celui-ci, il est plus prompt dans ses mouvements, plus agréable dans son port. Sa dextérité, son agilité, sa flexibilité, soit qu'il coure, ou qu'il grimpe, ou qu'il chasse, sont pleinement développées. Quand il a pris position pour se battre ou lancer son ghici^ il ne laisse rien à désirer en fait de beauté mâle. Néanmoins dans l'apparence physique il ne présente aucun trait par lequel sa race puisse être classée ou confondue avec quelqu'une des races généralement connues dans l'espèce humaine. » Le comte Strzelecki est si loin de vouloir classer les Australiens dans aucune des cinq races décrites ci-dessus , qu'il en fait positivement une sixième et nouvelle race. Mais s'il prétend par là dire que leurs traits ne présentent pas des caractères suffisants d'origine commune avec le reste du genre humain, en cela il contredira ouvertement la divine Ecriture , puisque nous apprenons d'elle que « Dieu fit sortir d'un seul homme tous ceux qui habitent la surface entière de la terre {A et apost., XVII, V. 26). »

Le savant Rienzi (à) trouve dans les habitants de la côte septentrionale de l'Australie le type de la race Endamène. Il faut noter que ces Endamènes furent les premiers habitants de la Mélanésie ; mais qui se trouvant mêlés aux Papouas dans leurs plus grandes îles, ont donné occasion aux voyageurs de les confondre indistinctement. « Selon le même auteur les Endamènes, ainsi appelés parlesJPapouasy sont de couleur moins foncée que ceux-ci, et décrire les Endamènes^ c'est avoir décrit les AustraUens. » Cette «âge distinction que Rienzi a faite entre les Endamènes , on AustraUens j et les P^powa^, est appuyée sur l'évidence

• (a) Dans Tunivers pittoresque» Océanle, tome I, page 20.

f3ir LES AUSTRALIENS.

Tnéme, puisque l'indigène d'Australie a non-seulement le teint moins foncé que le Papoua ; mais il ^ les cheveux longs, lisses, noirs ou blonds , les yeux assez creux, les lèvres peu charnues, la barbe épaisse, les jambes assez droites ; et, ce qui est plus considérable, son crâne , examiné par des hommes instruits, a été reconnu comme ayant une grande analogie avec celui des blancs j plus d'une fois même il s'est trouvé que l'angle facial des blancs était plus aigu que celui des Australiens (a) : ce qui démontre que la race australienne n'a rien d'identique avec la race des Papouas. Néanmoins beaucoup d'auteurs ont fait cette confusion, et entre autres le docteur Prichard (bfqui de plus n'hésite pas à dire que la race des Papouas, répandue dans les différentes parties du vaste continent austral, conserve partout sa couleur noir foncé et les cheveux CRÉPUS comme ceux des Maures. Je ferai observer que les indigènes australiens n'ont nulle part le teint noir foncé, et beaucoup moins encore les çk^N^Mia crépus onlaineux . Dans la partie occidentale je n'ai pas trouvé un seul sauvage de la couleur qu'on leur attribue si gratuitement , et le docteur Lang {c) affirme que les sauvages de Portland- Bay , de Melbourne, des bords du Murray , de la côte méridionale, et de King-George's-Sound, près du cap Leeuwin, sont plutôt de couleur cuivrée que d'un noir vif : « Je suis contraint , dit-il , par le témoignage évident de mes propres yeux, de conclure que la couleur noirâtre, avec laquelle naissent les Australiens, peut-être depuis des milliers d'années, n'est pas la couleur originaire de la race des Papouas. » Sir Mitchel {d) écrit en outre : « Il y avait deux

(a) Lang ; Cookland, page 349.

(6) D. Prichard'i inaugural disputation on the varieties of ihe human species.

(c) Cooksland in North-Eoêtem Australia, page 380. {d) Three eœpeditiom in ta the ifUeriorofeaHem Amtralia, t. II, p. 93.

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filles dont la mère avait été tuée;.... la plus jeune était la plus bellefemmequej'aie jamais vue parmi les Australiens. Elle était si peu noire que la couleur vermeille était assez visible sur ces joues, a II est indubitable néanmoins que le climat de l'Australie avec ses diverses températures n'a pas peu d'influence quant à la couleur de la peau ; mais il ne détermine que des différences semblables à celles qui s'observent en pareil cas dans la couleur des Européens eux-mêmes, et en général de la race caucasienne. Quant aux cheveux des Australiens, j'ai remarqué dans la partie occidentale qu'ils ne sont pas laineux , mais lisses , et bien souvent blonds à faire envie même à un Européen du nord; j'en vis un, originaire de la partie orientale, qui les avait également lisses et blonds ; si quelques individus les ont bouclés, c'est de la même manière que beaucoup d'Européens. Comme d'ailleurs les indigènes ont toujours la chevelure hérissée et enduite de graisse ou de terre colorante , il ne faut pas être surpris que quelques voyageurs, ne la voyant peut-être que de loin, se la soient figurée crépue et laineuse. Pourtant s'ils la leur avaient lavée et peignée, je ne dis pas autant de fois que je le fis de mes propres mains , pour la gloire de Dieu, mais une fois seulement, ils auraient tenu un tout autre langage. Mais pour arriver plus rationnellement à décider quelle est la race à laquelle appartiennent les Australiens, il ne nous sera pas inutile de rechercher d'où étaient sortis ceux qui peuplèrent ce continent. 3. Il est hors de doute qu'après la confusion des langues, au pied de la tour de Babel, les descendants de Gbam émigrèrent en partie vers l'Orient, et qu'ils se répandirent jusqu'à la Chine et au Tangut (a), où de temps immémorial les arts et les sciences ont été cultivés. Les guerres acharnées qu'ils se faisaient entre eux, oc-

(a) Tartarie chinoiseé

casionnèrent pendant de longs siècles des migrations continuelles ; et les émigrants s'étant établis dans les îles voisines du continent , se répandirent de là dans les innombrables îles de TOcéanie , l'Australie comprise. Cette hypothèse est d'autant plus probable, que de l'Asie, ou de la péninsule de Malacca, jusqu'à l'île de Sumatra, il n'y a qu'une distance de 40 milles à peu près ; de Sumatra à Java , il y a encore moins de distance, et ainsi jusqu'à la Nouvelle -Guinée, d'où Ton passe dans l'Australie en traversant un détroit qui est semé de nombreux écueils. Mais combien de siècles se sont-ils écoulés depuis que les descendants de Cham (a) se trouvent en Australie, c'est une question excessivement difficile à résoudre. Sir Thomas Mitchell (h) opine que l'Australie est habitée depuis trois ou quatre mille ans, et en vérité il n'y aurait rien d'étonnant que les mœurs aussi bien que le langage des Australiens se fussent détériorés dans une période de temps aussi longue. Or l'opinion la plus commune entre les érudits, touchant l'origine des peuples, est que les Australiens proviennent de la Nouvelle-Guinée, ou terre des Papous ^ ainsi appelée de la race qui l'habite. Le célèbre Dumont-d'Urville exprime ainsi son opinion dans son Voyage autour du monde (c) : « S'il est possible, dît-il, de hasarder à ce sujet une hypothèse plausible, on ne peut guère douter que ce vaste continent (l'Australie) n'ait reçu ses populations de la terre de la Nouvelle-Guinée par le détroit de Torrès. Ces sauvages, d'écueil en écueil, d'île en île, sont probablement parvenus jusqu'aux plages ingrates de l'Australie, et là, privés des végétaux nourris-

(a) Est-U démontré queles Australiens descendent de Cbam?

{Note du traducteur.) (6) Ouvrage déjà cité, V, 2.

{c) Vol. 11, pape 316.

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sants de leur patrie primitive, réduits à une vie nomade, ils ont dégradé leur race, jusqu'au dernier degré deTéchelie des êtres. Si ce système de migration est admis, on pourra demander encore comment ces hommes ont perdu Pusage de l'arc et des flèches, de la fabrication des étoffes, de certaines notions industrielles et agricoles qu'ils eurent autrefois. Cette objection néanmoins ne demeurera pas sans réponse : et en effet, la nouvelle terre n'offrant plus aux émigrés certaines ressources qu'ils avaient dans les contrées d'où ils étaient partis, ne trouvant plus ni le même bois pour fabriquer leurs armes, ni les mêmes matières pour tisser leurs étoffes, toutes ces causes durent amener infailliblement une décadence et un abrutissement général. Il ne faut pas d'ailleurs supposer que ces émigrations aient été spontanées ou volontaires. Les tribus qui abordèrent sur les plages de l'Australie avaient été probablement par les suites de la guerre chassées des terres fertiles de l'équat^ur. »

Le docteur Lang, lui aussi, établit à sa manière la même hypothèse qu^5 Dumont-d'Urville , et il assure que trèsprobablement les Australiens proviennent de la Nouvelle- Guinée. « Quelques infortunés, dit-il, surpris par la tempête dans leurs courts voyages d'une île habitée aune autre de cet archipel, joussés par les flots d'une mer connue à une mer inexploré^;, auront été obligés, après des souffrances et des privatioiiS de toute sorte, d'aborder aux rivages d'une terre iuw^nnue. Telle fut, et j'ai toute raison de le croire, telle fut la manière dont les côtes de la Nouvelle- Hollande fure II découvertes et pour la première fois foulées par le pied de l'homme. » Et ailleurs le môme auteur ajoute : « Si fe côté, par lequel le Christophe-Colomb au teint noir et ?wi suite trouvèrent le chemin du continent inconnu, fut U partie orientale de la Nouvelle-Guinée, le

lieu du débarquement, selon toute probabilité , dut être entre le cap York et Touest du golfe de Carpentarie. »

Or, admettant que les Australiens proviennent de la Nouvelle-Guinée, et que, conformément à l'opinion de Rienzi {a)^ les premiers habitants de cette île aient été les Endamènes, « lesquels, dit-il, vaincus par lesPapouaset dépossédés de leur pays natif, auront traversé le détroit de Torrès et se seront établis en Australie ; » il est raisonnable de conclure que les Australiens font partie de la race Endamène.

D'autre part, au jugement des voyageurs les plus instruits, il est infiniment probable que les quatre races (Aservées parmi les habitants de TOcéanie, doivent se réduire à deux seulement (ft), à la Malaise et à celle des Papouas.

Mais , comme j'ai fait observer que les formes extérieures et la couleur des Australiens ne concordent nullement avec les formes extérieures et la couleur des Papouas, la conclusion devra être que la race australienne, ou endamène, doit être comprise dans la malaise.

4. Pour ce qui est maintenant du nombre des sauvages qui peuplent P Australie, l'incertitude n'est pas moindre que sur leur origine. Beaucoup d'écrivains se sont appliqués à faire des calculs approximatifs pour chaque mille carré. Mais ils diflfèrent de telle sorte entre eux, que l'on ne peut retirer que très-peu d'utilité de pareilles études. Gomment d'ailleurs parvenir à déterminer le chifiFre de la population d'un pays inconnu pour la plus grande partie, lorsque ses habitants sont dispersés d'une manière fort inégale, et errants dans d'immenses territoires? Le capitaine Grey (c),

(a) Océanie, tome I, page 21.

(6) Forster, Observations mode dufing a voyage roufid the World, page 228 - 243.

(c) Travels in Nord-West and Western Auslralia^ tome U, page 246.

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après avoir apporté tous ses soins pour arriver par le moyen des données statistiques à un résultat approximatif, a trouvé que le nombre des habitants, par mille carrés, varie tellement d'un point à un autre du territoire , d'une saison à l'autre, et qu'il dépend tellement de circonstances locales, qu'on doit regarder comme impossible d'arriver à aucune évaluation qui approche delà vérité. Si un honune d'aussi grand mérite que le capitaine Grey ne se crut pas à même de donner le tableau approximatif de la population australienne, quel autre que lui pourra y réussir? Il est vrai que les auteurs de la Géographie moderne (a) assignent à chaque espace de trois milles carrés un Australien; ainsi comme on évalue la surface de l'Australie à3,000,000 de milles carrés, il en résulterait une population de 1 ,000,000 d'âmes. D'autres auteurs, peut-être plus exacts, pensent que le nombre des habitants est inférieur à ce chiffre ; ce qu'il y a de certain, c'est que pour un continent de 3,000,000 de milles carrés, et 8,000 de milles de circuit, tel qu'est l'Australie , le chiffre même de population assigné par les auteurs de la Géographie moderne, n'est pas en rapport avec une pareille étendue. Néanmoins, il faut dire pour l'honneur de la vérité , que si des données obtenues en plusieurs endroits de l'Australie, on voulait déduire la population en général, il faudrait en conclure que le nombre des AustraUens ne va pas au delà de 300,000, tandis que l'île de Java, qui n'a que 50,000 milles carrés, en compte six millions! Pour comble de malheur les Australiens diminuent en nombre de jour en jour, à mesure que les Européens pénètrent dans ces contrées; En sorte que la tribu de Sydney, qui précédemment comptait quatre cents âmes, était réduite à quatre personnes

(a) A ifêatis9 on modem geograph]/, p. 288.

seulement, un homme et trois femmes (a); et dans VAus^ traUa-FeliXj des tribus entières de trois ou quatre œnts membres disparurent dans une seule période de dix ans(^).

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