FACULTÉS INTELLECTUELLES
nos mœurs et les leurs {à). » Enfin, sir Thomas Mitchell, dans beaucoup d'endroits de son précieux ouvrage (6), s'exprime dans les termes suivants : « L'expérience, ditil, me met à même de pouvoir parler des Australiens dans les termes les plus favorables. Leur état de dégradation, au milieu des populations blanches, ne donne pas une juste idée de leurs bonnes qualités... Ceux que nous rencontrâmes au milieu des forêts étaient des hommes de belle apparence , qui vivaient contents et heureux dans l'enceinte de leurs bois... Le premier d'entre eux, qui se trouva sur nos pas, était un beau modèle d'homme, de très-haute taille, d'un caractère indépendant ; ses manières étaient graves; il avait le regard subtil et pénétrant ;.. . il y avait deux vieillards à barbe grise, qui restaient assis en silence; l'un d'eux avait une physionomie tout à fait diplomatique, et semblait attentif à maintenir le décorum y- il fit taire un petit garçon qui avait élevé la voix pendant que je m'efforçais de leur rappeler le souvenir d'une compagnie d'exploration passée par là avant nous,.. Mon guide était de petite taille et d'une complexion peu robuste; mais c'était un homme plein de résolution et de bravoure, et sa perspicacité, ainsi que son bon sens, me le rendaient si nécessaire, que je le gardais toujours à côté de moi, soit à pied, soit à cheval. Il connaissait le caractère de tous les Européens de ma suite ; rien n'échappait à son regard pénétrant. Ses pensées, exprimées sous forme de sentence, étaient toujours pleines de sagesse, et je me suis toujours bien trouvé de l'avoir consulté. . . Les Australiens, bien loin d'être stupides, se distinguent au contraire par beaucoup d'intelligence et d'urbanité, bien au delà de tous les paysans que j'ai jamais vus parmi la race blanche. Qu'ils soient
(a) Moore, Eœtraci from the letters, etc. page 31 et 49.
(6) Mitchell, threo expéditions into the interior of easstern Autralia.
tu LES AUSTRALIENS.
fiusoe{)libleB de civilisation et d^iiH^tructioQ) c'est ce qui a été récemment expérimenté à Sydney, en la personne de quelques prisonniers^ qui, dans le court espace de cinq mois, avaient appris assez bien à lire et récitaient en an-^ giais le Pater nostèr et les dix commandements. L'expérience que j'ai feiteavec la petite BaUandella sera profit table ; je m^occuperai dorénavant du développ^nent inteUectuel des Australiens , puisque d'après les dernières nouvelles que j'ai reçues de Sydney^ j'apprends que Ballandella lit tout aussi bien que toute autre européenne de aon âge» >>
T. Je saisirai ici l'occasion, et je crois que mes lecteurs ne m'en sauront pas mauvais gré, de reproduire deux lettres qui me furent écrites par les deux jeunes Australiens d'à peuprès onze ans, que j'amenai avec moi de laNouveUe- Nursie en Europe, et qui se trouvent depuis le 5 août 1 849 au couvent bénédictin délia Ca\>a. Ces lettres ayant été non^^seulement écrites, mais composées par les deux petits garçons eux-mêmes, comme j'en ai eu l'assurance de leur maître D. Bernard Gaëtani, seront une preuve de plus en faveur de la thèse que je soutiens. Les voici fidèlem^it transcrites (a) :
« Très-cher Rudesindo ,
» Beaucoup nous plait ta lettre, et beaucoup nous plait que tu te portes bien. Nous, /^rier beaucoup Dieu pour les Australiens et pour toi. Pourquoi toi , nêtre pas venu au couvent à la lune nouvelle? Toi venir bientôt; bientôt faire à nous grand plaisir. Nous être très-bien et très-contents. Moi François étudier bien ; Jean comme ça ; mais
(a) On a lâcbé dans It titidaetion flrançaiie de rendre autant q«# possible le style eofanUn de l'original*
FACULTÉS INimLKCTUELLES. ««5
toujours se porter mieux. Toi baiser pied du Pape, pour François, Jean, Vère Maestro ^ tous trois. Toi prier pour François et Jean à la messe. Nous nyouloir ime image aussi. Père Maestro ei tous mes camarades, baiser mains à toi.
» Nous baisé ta lettre, baisé mains à toi , et donne bénédiction.
» Frakçom CONÂCI.
» Jean DIRIMÉRA. d Gava, 24 juin 4850.
Le caractère particulier de cette lettre présente comme une sorte de contraste entre Tétat «auvage et l'état civilisé. Par la suivante, le lecteur pourra observer d'un coup d'œil le progrès de Tun de ces jeunes gens, après un peu moins de deux ans d'instruction.
<r Monseigneur ,
» C'est avec un extrême plaisir que nous reçiimes de vos nouvelles, sous la date du 1 juillet, et que par cette lettre nous apprîmes que vous étiez en bonne santé ; nous pouvons vous en dire autant de nous. Nous espérons que vos occupations vous laisseront libre au moins quelques jour$, afin que nous puissions avoir la consolation de vous revoir et de vous baiser les mains.
)) Pour vous donner une preuve de mon application à Tétude, je vous envoie un décret que j'obtins dans les examens publics, ensemble la médaille d'argent avec la note de très-bien y que garde en réserve le P. Maestro. Nous vous remercions des images de saints que vous nous avez envoyées, et nous vous prions de nous apporter un petit livre de prières où il y ait la préparation à la sainte communion. Nous vous baisons affectueusement les mains, et ainsi font tous mes camarades, et particulièrement
JI56 LES ÂliSTUx\LlENS.
D. Silvano. Et on vous deinandant la sainte bénédiction,
je signe
» Votre très-affectueux fils en Jésus-Christ.
Y> Frànçois-Xatur CONâGI (a). »
Cava, 4 8 juillet 4851.
Je crois avoir dit et montré suffisamment quel est le caractère physique et moral des Australiens.