‹ Mémoires historiques sur l'AustralieChapitre 36 sur 79 · LOIS ET GOUVERNEMENT · texte numérisé non relu

LOIS ET GOUVERNEMENT

et amis. Ainsi les Australiens, au lieu de se gouverner par tribus, paraissent se gouverner à la manière patriarcale : chaque famille, qui généralement ne compte pas plus de six à neuf individus, forme comme une petite société, sous la seule dépendance de son propre chef.

2. Ils ont pourtant des lois générales, conservées par tradition de père en fils, dont chaque père de famille a le droit de punir sévèrement les infractions, quoique le coupable puisse être étranger. Par exemple, si un jeune homme de moins de trente ans, conduit avec lui une femme et avoue qu'elle est son épouse , le premier vieillard qui l'entend peut le tuer sans pitié, d'après la loi commune à tous les sauvages, que nul sous peine de mort , ne doit contracter mariage avant le sixième lustre accompli. Ici sans doute le lecteur pensera qu'il est facile de cacher le nombre des années, ou même d'ignorer soi-même l'époque de sa naissance ; mais qu'il sache qu'à défaut de registres et de témoignages, et quoique absolument étrangers à Part de fixer les pensées par des signes conventionnels sur le bois, ou autres matières, ou de quelque manière que ce soit, les Australiens savent à merveille, d'après la force du corps, discerner l'âge où le mariage est permis d'après leurs traditions. Je parlerai des autres lois, à mesure que l'occasion s'en présentera.

3. Tout individu a des territoires en propre, sur lesquels il peut chasser, cueillir les gommes et les racines : et le droit que la naissance lui donne sur ces territoires est respecté comme sacré. Bien des fois j'ai entendu même des amis se dire entre eux dans leurs querelles : Nichia n-agna cala, nunda cala Cànturbi : ièi nunda uoto; c'est-àdire : « Ici est mon pays, le tien est Cànturbi (a), partez tous d'ici à Tinstant. » En conséquence, chaque famille

(a) Nom d*un territoire voisin de la Nouvelle-Nursie.

s'approprie unç espèce de district , dont cependant les familles voisines jouissent en commun si Ton vit en bonne harmonie. Qu'ensuite un ennemi ou un étranger vienne à y être surpris , il est puni de mort par le propriétaire.

A. Les notions que possèdent les sauvages, touchant les astres, sont en très-petit nombre. Ils distinguent pourtant l'approche des saisons par l'apparition de certaines étoiles ou constellations ; comme, par exemple, lorsque les Pleïades apparaissent sur l'horizon , c'est pour eux le signe qu'approche la saison de la cielha^ ou de Vherbe.

5 . Il semble que quelques sauvages divisent l'année en six différentes saisons ; beaucoup d'autres pourtant la divisent en quatre parties appelées par eux : cielba, mocor^ ponar^ piroc; c'est-à-dire : automne^ hwer, printemps ^ été(a). Les mois sont distingués par les lunes, sans pourtant leur donner de dénominations particulières, ni les diviser par semaines ; et les jours ne sont pas autrement distingués entre eux que par la plus ou moins grande élévation de la lune.

6. Leur arithmétique ne dépasse pas le trois. Ils appellent le urij chegn ; le deux y guggial ; le trois y mau ; et tout nombre au-dessus 6 wZZa, c'est-à-dire beaucoup. En quelques localités le besoin a suggéré l'art d'accoupler les trois nombresradicaux ou simples, et d'en former des composés, comme par exemple, pour signifier trois y ils disent : guggial car chegriy (deux et un) ; pour le quatre : gug^ gial pacanan guggial (deux joint à deux) ; pour le cinq :

(a) Les Arabes» comme Patteste Tomlins (a univerml history of the nations of antiquity, 4843) divisaient Tannée en sii saisons, la première desquelles était appelée la saison des fleurs ou de Vherbe. C'est une chose digne d'être remarquée que les Ânstraliens appellent auiii Mison de Tbcrbe eeUt où naliient les nouvelles herbes et s'ouvrent les fleurs, laquelle tombe dans nos mots d*avrll et de mal, c'est-à-dire dans leur automne.

Page 1