‹ Mémoires historiques sur l'AustralieChapitre 44 sur 79 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

1 . On peut compter neuf sortes d'ornements et de parures en usage chez les Australiens de la partie occidentale ; en voici le détail : façonner leur chevelure, et aussi leur barbe\ se peindre le corps, se perforer le cartilage du nez , porter une ceinture et des bracelets , se frotter avec de la graisse, se tatouer, et enfin se couvrir d'un manteau de fourrure •

J'ai dit ailleurs que leur chevelure serait très-belle, si elle était soignée convenablement. Mais cet ornement que la nature leur a donné si beau, est par eux déformé d'une étrange manière. Au moyen d'un os efiilé de kanguroo ils divisent et sous-divisenl les cheveux avec un soin particulier : cette opération terminée, il les oignent avec de la graisse d'émou, de kanguroo, de serpent, ou d'opossum , et ils les saupoudrent d^une terre rouge, comme Tocre. Cela fait, les hommes les replient vers le haut de la tête , et se ceignent la tête au-dessus des oreilles avec un petit cordon fait de laine d'opossum , qu'ils ramènent autour de la tête assez de fois pour former une bandelette large de trois pouces. Ensuite, en guise de pommade odorante, il les graissent de nouveau, et à l'occasion d'une danse, ou d'une visite, pour avoir meilleur air, ils se plantent verticalement sur le front des plumes de perroquet ou d'émou, en y joignant une queue de dingo desséchée qu'ils enroulent parallèlement au front. Se parer, ou pour mieux dire se salir la tête n^est pas une opération que les hommes répètent

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nez et d'y porter , inséré en travers , un os ou un petit morceau de bois. J'ai remarqué que beaucoup de sauvages n'en portaient pas : ainsi il est à croire que cet ornement est tout à fait arbitraire. J'ai observé aussi que quelquesuns commençaient à pratiquer cette coutame à Tâge de dix-huit à vingt ans, et voici de quelle manière : le cartilage en question est perforé avec un morceau de bois aiguisé et durci au feu, dont on fixe la pointe sur le cartilage du patient. Celui-ci affronte intrépidement la douleur pendant que l'opérateur fait tourner rapidement le bois en le roulant entre ses mains. En quelques secondes, sans qu'il en sorte du sang, est pratiqué un trou qui n'a pas moins d'un ponce de circonférence. Ensuite, afin que le cartilage ne se soude pas de nouveau, après avoir retiré le morceau de bois qui a servi à faire le trou , on met à la place un os, qu'on retire lorsque, au bout de peu de Jours, la blessure est parfaitement cicatrisée. L'os qu'ils ont coutume de porter est un os retiré de l'aile d'une oie ou d'un aigle, parce qu'étant très-léger [il n'est pas incommode ; il a un empan de longueur; quelquefois ils emploient une baguette de bois de la longueur de plus de deux empans, lis s'en ornent exclusivement dans les danses; mais si par hasard l'un d'entre eux vient à trouver un os propre pour cet usage, il se met aussitôt à danser, quoique seul. Les femmes n'en font pas usage {a).

5. Les bracelets ou brassards sont faits avec les cordons de laine d'opossum dont j'ai parlé. Cet ornement, enroulé autour du bras entre le coude et l'épaule, est accompagné quelquefois d'une ou deux touffes de belles

(a) M. Uniake assure que tous les sauvages, dans le voisinage du fleuve Pumice-Stone, se soumettent à cette pratique après rage de six ans, et que ropérateur a cette charge par droit d*hérédité. Je n'ai pas observé ce fait parmi les indigènes de la Nouvel le -Nursie.

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plumes d*émou. Quelques-uns en portent un seulement, d'autres deux; un grand nombre point du tout.

6. La ceinture compose pour ainsi dire à elle seule le nécessaire de toilette d'un sauvage. Dans cette ceinture comme dans une gibecière, ils mettent quelques petites pierres pour leurs ghiciSj de la graisse pour oindre la peau , quelque peu de terre pour se peindre le corps ; ils y suspendent le calèj le dauac, et le long de l'épine dorsale le cot?cioj qui est un outil tenant à la fois du marteau et de la hache. Cette ceinture est formée de cordonnets de laine d'opossum, et elle peut atteindre la grosseur de sept pouces Avec cette ceinture, qu'on peut comparer à un écheveau, ils se serrent les reins à proportion de l'appétit qu'ils sentent ; de sorte que lorsqu'ils ont grand faim ils la serrent excessivement, assurant que par là ils rendent le Ijesoin moins sensible. Les sauvages se plaisent à faire parade de cet ornement; aussi donnent-ils volontiers, pour quelque peu de cordon de laine d'opossum, le meilleur de leurs ghicis ; et c'est à peu près en quoi consiste tout leur commerce. Un assez grand nombre d'entre eux n'en portent pas, et ce n'est pas la coutume des femmes d'en avoir.

7 . Au lieu de se laver le visage et le corps avec de l'eau, les sauvages se frottent avec de la graisse. Aussi toutes les fois qu'ils tuent quelque animal, ils en mangent les intestins tout crus et encore palpitants, puis avec la graisse ils se frottent soigneusement tous les membres, gardant ce qui en reste avec grand soin pour s'en servir à l'occasion . Tandis qu'à nos yeux la politesse voudrait que l'Australien ne fût pas ainsi tout graisseux, lui d'autre part se croirait sans cela dans l'état de la plus grande saleté ; en sorte que pour se nettoyer il graisse toute la superficie de son corps, et plus il a la peau luisante, plus il se figure être beau à

M6 LËB AraTRALIfiNS.

voir* Je ne doute pas que de oette coutume ne vienne la grande légèreté et la grande souplesse de leurs membres (a); et en vérité il ne serait guère possible à un Européen de monter comme eux à la cime d'un arbre^ dont trois hommes ensemble auraient bien de la peine à embrasser le tronc, et de se mettre à Taise comme ils font habituelle^ ment) accroupis, avec les jambes croisées, les talons sous eux et les genoux en avant, touchant la terre, position plus gênante encore, ce sraible, que celle de nos ouvriers tailleurs.

8. Une autre manière de se parer est le tatouage. L'ins^ trument dont ils se servent pour se tatouer est une pierre cristalline , blanche et tranchante, connue d'eux sous le nom de coglio^ et que nous nommons quartz. Ils ouvrent des incluons verticales sur les bras, les jambes, et principalement sur la poitrine et les épaules, où ijs pratiquent des lignes horizontales et parallèles. Quelquefois la profondeur des incisions et leur nombre oblige le patient k demeurer quelque temps dans un état de langueur au milieu des douleurs les plus aiguës, et c'est pour cela qu'ils pratiquent ces incisions à diverses reprises et non la même année. Les protubérances qui en résultent, et qui souvent forment sur la poitrine des bourrelets d^un pouce de hauteur et de cinq ou six de long, sont pour eux un ornement d'exquise galanterie; et plus ils sont épais et difformes, plus ils se croient charmants et tout à fait beaux.

Les femmes pratiquait le tatouage aussi bien que les honunes , et il en est parmi elles qui se font des incisions bien plus profondes. Les enfants mêmes de l'un et de l'autre sexe ont déjà de ces incisions , quoique parfois ils n'aient pas plus de quatre ans ; il n'est pas rare de les

(a) On doit roir âuiii, te noui settMs^ dtiM «ttte coutoflie, une précaoïion rtUonaelle contre rexcén du froid el du chaud. {Note du troducieur.)

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voir souffrir avec sérénité les plus cruelles douleurs (a).

9. Enfin c'est en hiver seul^oient que les sauvdg^ se couvrent avec une espèce de manteau fait de peau de kanguroo ; les femmes le portent presque toujours quand elles marchent) mais en le jetant sur les épaules*

C'est là leur unique habillement, et il est préparé par les femmes en la manière que voici ^ Elles étendent par terre^ en la fixant avec des coins de bois^ une peau de kanguroo femelle^ parce qu'elles trouvent excessivement gran<fe celle du mâle ; puis la grattent avec d(^ cailloux tranchants^ en la frottant de graisse afin de la rendre flexible. Mais avant de Toindre, elles lui donuent telle forme qui leur fait plaisir^ et, selon Tampledr du manteau, elles cousent en*semble trois ou quatre peaux, avec des nerfs de la queue du kanguroo divisés de manière à ressembler à des fils de soie de trois Ou quatre empans de longueur, et, en guise d'aiguilles, elles font les trous avec la pointe d'un os^ Or^ pour que le manteau puisse tenir sur les épaules, elles at* tachent d'un côté un lacet de nerf, de l'autre uûe petite chevillette de bois comme on en voit aux manteaux des Frères mineurs de l'Observance, ou bien elles l'arrêtent avec une longue épingle d^os comme ferait une dame euro^ péenne. Les hommes le portent avec assez de désinvolture pendant sur l'épaule gauche, afin de laisser libre le bras droit ; et les femmes, comme j'ai dit, lè portent sur le dos, de manière à ce qu'il leur couvre les épaules et à peine le devant du corps. Quand il fait beaU| lo côté laineux de la

(a) Les saavages de Sydney pratiqaent aussi le tatouage ; mais ils se ser* Veut pour cela de coquillages tranchants. En outre les femmes coupent les dMUt pMangeé du pMlt doigl de la main ^frdil», «t Um JiMMMê gens <|uaiid ils a|^|HroGheAt 6% là fùbérié se font extraire une dent incisive de la mâchoire supérieure ; ils ont recours pour cela à des hommes chargés de cette opération, ili Tun ni Tautre ttsage n*extste parmi les sauvages de la Nouvelle^ Nursie»

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tenus, autant que le permet leur position. Elles les allaitent pendant plus de quatre ans; aussi n'esl-il pas rare de voir de petits garçons jouer et faire des armes avec leurs petits ghicis^ et puis courir se restaurer au sein de leur mère, qni souvent allaite ainsi deux enfants a la fois. J'ai vu des enfants de six ans prendre encore le sein, et les mères non-seulement s'y prêter, mais les caresser et se priver des meilleurs morceaux pour les leur donner. De là vient que les enfants, tant de l'un que de l'autre sexe, sont bien nourris , forts , robustes et bien conformés de tous leurs membres.

5. On ne peut s'empêcher de déclarer blâmable la déférence des pères pour les enfants. Quelque faute que les enfants commettent , ils ne les châtient jamais, déclarant qu'ils ne comprennent pas pour quelle raison il conviendrait de les châtier à cet âge. Si un petit garçon veut obtenir quelque chose du père ou de la mère , il se met à pleurer, à les mordre, à les battre, jusqu'à ce qu'il obtienne ce qu'il veut. Toute la punition que les pères infligent à leurs enfants désobéissants , c'est une fâcherie plus ou moins remarquée par eux, et cela encore après leur avoir accordé tout ce qu'ils demandent. Ne semble-t-il pas que ce soit absolument la même éducation que donnent les pères à leurs enfants dans certaines sociétés qui se glorifient de leur haute civilisation? J'en fais juge le lecteur.

D'ailleurs c'est le père qui prépare pour son fils des armes proportionnées à son âge ; il se platt à lui en apprendre le maniement; il le baise avec tendresse, mais au rebours des Européens , c'est-à-dire en exsufflant au lieu d'aspirer l'air. Pour tout l'or du monde un sauvage ne donnerait pas son fils n'importe à qui que ce soit.

Quelques-uns font un reproche aux Australiens de ce qu'ils ne confient pas leurs enfants aux colons, pour être

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