Chasse au dingo {a). — Je n'ai pas eu l'occa
(a) Voyes Appendice, Chafitis n» MAiminBcs.
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sion d'en être témoin ; mais les sauvages m^ont assuré qu'ils surprennent les petits dans le gîte , et que s'ils ne sont pas bien nourris ils les confient à leurs femmes, afin qu'elles les allaitent jusqu'à ce qu'ils soient plus forts, affirmant que rôtis ils sont un mets délicat. Une seule fois j'ai vu tuer un chien déjà gran4 , qui pourj^ant ne fut pas mangé , parce que lui ayant tâté le bas-ventre de la même manière que les Européens tàtent la queue des brebis, ils ne le trouvèrent pas assez gras.
6. Chasse à Vémou. — Cet oiseau peut s'appeler l'autruche du continent australien (a)« Sa marche est si précipitée, qu'il parcourt plus de cinq milles à l'heure. Le sauvage chassant l'émou , a coutume de se couvrir la figure avec une espèce de bouclier fait de branches vertes , qu'il tient de la main gauche, en le secouant légèrement, comme une branche agitée par le vent, pendant que du bras droit il tient le ^hici fixé dans le miro et prêt à le lancer ; il s'approche tout doucement et à demi accroupi vers l'émou, et lorsqu'il croit être à portée, il lance le ghici de toute sa force. 11 est rare que l'oiseau tombe du premier coup ; en général il fuit traînant avec lui l'arme dont il est percé ; mais le sauvage criant toujours à plein gosier au^ au y au^ ne cesse de le suivre à la trace, jusqu'à ce qu'il le voit tomber épuisé de sang et de forces. Quand un sauvage trouve un nid d'émou, dont les petits sont déjà couvés, il construit tout auprès une petite cabane de branches vertes, sous laquelle il se tient en embuscade tout le jour, attendant avec une indicible patience le retour des oiseaux à leur nid, et il recommence ainsi jusqu'à ce qu'il ait tué les père et mère et toute la petite famille.
Les plumes de l'émou sont très-estimées parmi les sauvages, et surtout celles qui forment la queue, et qui sont
(a) Voyez Appendice, Chapitri niy ORNiTaoLOGn.
plus longues que les autres. Aussi à peine Témou est-il tué, qu'ils les lui enlèvent avec soin, pour en faire des panaches qu^ils se mettent sur le front ou au bras dans leurs fêtes les plus solennelles.
L'émou fournit aussi une quantité considérable de graisse, qui se trouve tant dans les intestins que le long du dos. La graisse des intestins , qui est aussi un excellent remède, est réservée pour s'en oindre le corps, ou bien ils l'avalent aussitôt après l'avoir extraite. L'émou est du poids de 70 à 80 livres, ou même plus ; ses œufs en conséquence sont tels qu'un seul équivaut à vingt œufs de poule. Lorsque le sauvage les fait cuire sur la cendre chaude , il en perce d'abord la partie supérieure, et de temps en temps avec un petit bâton il remue le contenu, afin que la chaleur se propage uniformément. Les œufs des autres oiseaux sont avalés crus. La manière de rôtir Témou est la même que pour le kanguroo.
7. Chasse au canard et autres volatiles. — Lorsque le sauvage a remarqué que des canards fréquentent un réservoir d'eau, il se munit de branchages verts connue pour l'émou. Arrivé à portée il se découvre, et au moment où les canards prennent leur vol, il lance au milieu d'eux son dauac et même son caléj et rarement il manque d'en tuer ou d'en blesser beaucoup. S'il trouve de jeunes canards, il les tue à coups de bâton en les poursuivant dans l'eau, ou au travers des bois, et de cette sorte un jour Bigliagoro et moi nous en tuâmes treize. Les manières de les préparer sont de les faire cuire sous les cendres chaudes, de les présenter à une certaine distance devant un brasier, etenfiiide leur remplir de cailloux rougis le thorax : ainsi en peu de temps les sauvages obtiennent un rôti d'un goût très-délicat.
Les perroquets de toute espèce vont toujours à la pâture en compagnies plus ou moins nombreuses. Le sauvage s'ap-
dos LES AUSTRALIENS.
proche de l*endroit où ils sont avec précaution, et d'arbre en arbre. Comme les perroquets posent toujours sur les plus hautes cimes des arbres voisins plusieurs sentinelles , celles-ci, à mesure qu'elles voient approcher le sauvage , se mettent à criailler d'une manière épouvantable , et à se concentrer vers le champ où la troupe cherche sa pâture, et aussitôt la troupe avertie du danger se lève en masse. Au moment même où elle prend le vol, le sauvage, pour donner plus d'élan à son bras, fait à la course six ou huit pas en avant, et lance le cale au milieu de la multitude. Difficilement les perroquets peuvent se garer d'un ennemi aussi terrible pour eux, et qui par ses perpétuels tournoiements sur lui-même, déjoue leur fuite rapide et tortueuse. Il suffit d'ailleurs au sauvage d'en frapper un seul , pour que ses cris arrêtent tout court la fuite des autres, qui se mettent à voler autour de lui comme pour le secourir. Alors le sauvage peut en frapper à peu près autant qu'il en veut prendre.
Egalement encore, lorsqu'en été le peu de sources qu'on rencontre dans les bois sont desséchées, et qu'il reste bien peu d'eau dans quelque réservoir, le sauvage creuse un petit fossé où il fait couler une partie de l'eau du réservoir, et se cache tout auprès sous quelques branchages. Les oiseaux viennent boire dans le fossé dont l'eau est un peu plus claire et un peu plus fraîche que celle du réservoir, se posant sur des rameaux verts que le sauvage a préparés tout exprès; puis lorsqu'il est parvenu à en blesser un, il le suspend à une branche voisine , et l'excite à criailler pour lui servir d'appeau Les perroquets et autres oiseaux accourent en grand nombre attirés par le vacarme ; et le chasseur qui se tient immobile et caché, frappe à l'improviste et à coup sûr ; en sorte qu'en peu d'heures il peut tuer jusqu'à plus de cent oiseaux. L'émou même et le kanguroo
peuvent quelquefois être tués de la sorte, quand la soif les force à s'approcher du réservoir.
8. Les aigles et autres oiseaux de proie font leurs nids sur les cimes bifurquées des arbres les plus hauts tout à la fois et les plus gros. Le sauvage , d'un coup de ghici^ traverse par le milieu le nid et souvent aussi Toiseau qui était en train de couver. Si l'oiseau n'est pas blessé et prend son vol, il lance après lui le cale et le dauacj et bien souvent il le tue.
9. La manière de prendre les serpents et les lézards n'a rien de particulier ; je dirai donc seulement que lorsqu'un de ces animaux aperçoit le sauvage il s'enfuit sous terre ou dans le creux d'un arbre ; mais presque toujours il est atteint et tué ; puis on le fait griller à petit feu ; enfin pour le manger on lui ôte la peau, et on obtient ainsi une chair blanche qui diffère bien peu de celle du poulet , et a aussi bon goût que le poisson le plus délicat, particulièrement la chair du lézard appelée par les colons guana,
1 0. Dans le voisinage de la Nouvelle-Nursie on ne trouve ni fleuves, ni lacs, ni mer ; aussi toute ta pèche que font les sauvages de ces quartiers se réduit-elle à prendre avec la main, quand la chalem* a fait baisser les eaux de quelque réservoir, de petits poissons qu'ils appellent uèbe^ ou encore des grenouilles et des crapauds, qu'ils mangent ensuite rôtis. Mais les sauvages voisins de la mer se servent pour la pêche de filets fabriqués avec des herbes filamenteuses, et si bien tressés que la première fois que j'en vis un 9 apporté à la mission par un sauvage qui était allé visiter des amis, j'eus de la peine à me persuader que ce pût être l'ouvrage d'un Australien ; mais il m'assura qu'il en avait vu faire de bien plus grands. Me trouvant une fois à Perth, je remarquai des sauvages qui péchaient dans le fleuve Swan avec beaucoup de sagacité et beaucoup
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d'adresse. Ils étaient au nombre de nëtif et teilaietit en main le ghici^ porté haut en avant, mais l^ans lé ndrà. De temps en temps Pun d'eux faisait halié, tandis c^e lès autres formaient un cercle parfait, concentrant ainsi au ihîlieu d'etix une grande quantité de poissons. Ensuite ils rom-^ paient le cercle, qu'ils avaient de plus en plus resserré, et ils se mettaient à courir dans l'eau chacun vers différentes directions , et chacun poursuivant ilne |)roie particulière. Je vis enfin qu'à coups de ghici ils avaient percé de part en part des poissons dont quelques-uns pouvaient bîen l^eser (Juatre hvres. Telle est leur dextérité qu'ils tiient le poisson même à trois pieds sous l'eàu (tenant ainsi pârfai-^ tement compte de l'effet de la réfraction de la luniière), et l'on m'assura que le long des côtes de la mer ils péchaient de nuit en certains endroits et en certains temps de Tannée, avec le ghici dans la main droite et une espèce de torche dans la main giaiuche.
GHAPlràie kx.
1 . Un Européen mourrait d'inanition là où uti sauvage trouve largement à manger. IPour ce dernier, les matières alimentaires sont nombreuses, et presque partout il est sûr de trouver ou animaux, ou racîties, ou bulbes de plantes dont il sait tirer sa nourriture. Mais ces dernières ne croissent (Jue dans des endroits déterminés ; en sorte que les sauvages mêmes, s'ils sont éloignés de quelque centaine de milles de leur pays natal, ne sauraient pas les trouver. Je crois à prôpoâ de doniièr uii aperçu des végétaux et des
ÀLiiMËll^tS. 344
animaux dont les sauvages dans les envîrDtis dfe la NoUvelle- Nursiefent leur nourriture usuelle, et ce sont :
Le kanguroo, -^ le chien, « — Topossûm, — le bandîcoot, -^ les rats et autres quadrupèdes, — l'émou, -^ les oies, — les canards et diverses antres espèces d'oiseaui,
— différentes sortes de serpents et de lézards, — les fourmis blanches, — les vers qui se trouvent dans les arbres,
— les œufs des oiseauit, des serpents et des lézards, — les grenouilles, — les crapauds, — et quelques petits poissons, — la gomme des acacias, — les champignons et les racities de différentes espèces , — le nid d'un insecte, — =les amandes ou semeûces de zamia, — une espèce de faîne,
— et dans l'extrême nécessité la chair humaine.
2. J'ai fait connaître la manière dont les sauvages font cuire presque tous les animaux dont ils se nourrissent; mais je n'ai pas parlé de la préparation des fourmis blati"^ ches. Celles-ci se trouvent dans leurs constructions souterraines , ou même dans les arbres et presque toujours en nombre indescriptible. Le sauvage les fait rôtir sur une pierre fortement chauffée, et laisse à ses femmes le soin de les séparer des matières terreuses cjuî s'y trouvent mêlées, à peu près comme nous séparons le grain d'avec les cri-^ blures. Il ne m^a pas paru qu'elles fussent bonnes au goût.
3. Entre les principales substances végétales dont ils se nourris^nt , il faut ranger la gomme des acacias , qu'ils appellent menna^ dont ils sont très-avides , et qui leur tient lieu de pain ; car, outre qu'ils la mangent isolément, ils la mêlent avec les racines et les écorces d'arbres, et ils en font même provision avec grand soin, ce qui est une exception à leurs habitudes^
On trouve des champignons qui sont vraiment bons tous crus. Je donnais du pain aux sauvages pour qu'ils m'en procurassent. Toutes les fois que j'avais vu un saùvagie
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manger d^une chose qui m*était inœnnue, j'en mangeais moi aussi sans crainte lorsqu'il m'en tombait sous la main, bien que je me trouvasse seul. Mais en fait de champignons, je ne mangeais uniquement que de ceux qu'ils m'indiquaient, craignant qu'une méprise ne m^exposàt à un empoisonnement. Dans la suite je remarquai que nonseulement les champignons, mais d'autres végétaux aussi devaient être cueillis avec défiance. Une petite plante qui ne s'élève pas de plus d'un empan au-dessus de terre, dont les branches s'étalent au large, produit une espèce de faine bonne à manger crue avec sa gousse. Chaque gousse contient de quatre à six de ces semences. La saveur est absolument celle du limon, et bien des fois j'ai pris plaisir à en manger dans les jours d'été. Il y en a une autre espèce assez semblable à celle-là, mais dont les sauvages ne mangent point. Or, un jour que par erreur j'avais pris de ces dernières , un sauvage me les arracha des mains , et les jeta au loin en s' écriant qu'elles étaient mauvaises. Je n'en sus pas d'autre raison ; mais ce fut pour moi une leçon qui me rendit à l'avenir plus circonspect.
Un oignon de couleur rouge, ressemblant pour la forme et la couleur à la ciboule, est mangé par les sauvages, soit cru, soit grillé au feu. Préparé de cette dernière façon, il est assez estimé, et il a le goût de la châtaigne cuite. On le pile d'ordinaire après Tavoir fait griller , et on le mange mêlé avec de la gomme.
4. Ils ont une plante semblable à la patate et qu'ils appellent uàragn. Mais quoique la racine de celle-ci soit aussi volumineuse que celle de la patate, elle n'est pas aussi nourrissante. Elle est irès-aqueuse quand elle est crue , et si on la fait griller elle ne devient pas farineuse, mais plutôtcomme carbonisée •Les terrains qui la produisent sont ordinairement pierreux j et les sauvages pour