‹ Mémoires historiques sur l'AustralieChapitre 55 sur 79 · MANIÈRE DÉ BOIRE · texte numérisé non relu

MANIÈRE DÉ BOIRE

devient fraîche, parce que, selon eux, cette eatt bue ainsi tiède cause des douleurs d'entrailleô. Si c'est de Teatt dé pluie tombée depuis peu et non encore clarifiée, ils oom-* binent enseiûble des faisceàtix d'htobe jpodir la filtrer att travers et la boire ainsi plus ^ure. La positioil d'un Sàu-vage au moment où il boit est digne de remar(jtie. Sur le bord de l'eau il met en terre le genou gauche, il appuie l'extrémité des doigts au fond de l'eau, il étend la jambe droite en l'air comme pour lui servir de balancier , et, dans cette posture, il boit commodément et tout d'une haleine, persuadé que se poser en buvant pourrait avoir quelque fâcheux efi^et. Les femmes n'ont pas coutume de boire de cette manière. Toutes les fois qu'une famille fait halte dans le voisinage d'un réservoir d'eau, elle allume son feu un moins à quarante pas de là, ou parce qu'elle redoute le grand serpent qu'elle croit caché au fond des eaux, ou pour se délivrer des importuns moucherons doht les résëN voirs sont assises. Quelquefois les femmes vont puiser de l'eau dans les plis de leurs mantes, et, se tenant à genoux^ elles présentent à boire à leurs maris qui demeurent assis tout à leur aise. Quand ils rencontretit des arbres btent qui contiennent des eaux de pluie, ils en percent l'écorce et le bois à l'endroit d'un nœud, et, ajprès en avoir pris ôdôti leur besoin, ils referment exactement le trou pour S'en sér-» vir une autre fois. Les eatix de source sotit toujours miné-* raies et presque toutes peil agréables au goût, surtout dans les ifaoiâ d'été ; je puis pourtant assurer qu'elles dont ùà ne peut plus salabres, car m'étant en mille occasions désaltéré à quelqu'une de ces sources , comme par exemple à celles de Bulgart, de Julganij de PipinOj de Catiturbi, de Conànago et de beaucoup d'autres, je lès trouvai ton-* jours boUnes et salutaires. L'eau mé/ne des réservoirs^ quoiqu'elle séjourne d'un printemjps à l'autre, et quelque-

fois pendant pins de deux ans, se œnserve pourtant merveilleusement limpide et belle ; en sorte qu'elle m'a semblé en bien des circonstances plus rafraîchissante que Teau cristalline des fontaines d'Europe. Mais les sources se tarissent au mois d'avril et même avant, et le peu de réservoirs qui dans ce mois conservent encore une goutte d'eau, sont le rendez-vous général des hommes, des bétes et des oiseaux de tous les environs ; aussi n'est-ce pas seulement la chasse, ou la danse, ou la guerre, mais aussi la sécheresse qui rapproche les familles sauvages.

6. C'est un spectacle surprenant que de voir la nuit, au milieu de ces bois sombres , briller çà et là une vingtaine de feux, qui ont l'apparence d'un bivac miUtaire. Tantôt vous apercevez des formes d'hommes , qui avec des torches de xanthorréas en main, passent d'un point à un autre ; tantôt la clarté des ilanunes vous fait distinguer nettement quels sont ceux qui apprêtent leurs armes, les femmes qui cousent les peaux de kanguroo, qui préparent le repas, ou se livrent à quelque autre occupation. Sur toute la ligne on entend un concert discordant de voix , parce que le sauvage chante en toute rencontre ; il chante s'il est tranquille ou content; il chante s'il est de mauvaise humeur; affamé ou altéré il chantéj; rassasié il chante ; enfin quand il est assis autour de son feu il chante sans cesse. Aussi entendez-vous là une chanson de danse, ici un hymne de guerre ; plus loin un récitatif et ainsi de suite. Les travaux terminés, la musique cesse, et le repas commence. Lorsque celui-ci à son tour est terminé, ils se mettent à conter leurs historiettes ; ils rapportent ou leurs propres aventures ou celles de leurs ancêtres , embellies de toutes les fleurs d'une imagination vierge. C'est là un de leurs plus beaux moments. Chacun est suspendu attentif aux lèvres du narrateur, lequel généralement prononce et

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accompagne ses paroles avec des gestes si expressifs qu'il fixe Tatteûtion même de celui qui ne le comprend pas. Combien de fois, me trouvant faire partie de ces innocentes sociétés, je fus prié de parler des coutumes de ma patrie, du nom de mes ancêtres, et surtout de celui de ma mère , de mes frères, et des causes qui m'avaient amené parmi eux. Ils riaient du meilleur cœur qu*il soit possible , quand je leur parlais de nos usages ; mais lorsque je venais à leur dire 1 objet de ma mission parmi eux, ce que je m'efforçais avec le plus de simplicité possible de leur faire comprendre, ils prêtaient une attention surprenante à mes paroles, n'osant pour ainsi dire remuer les lèvres, ni souffler, crainte d'interrompre le récit de choses aussi nouvelles pour eux que sublimes. Certes je fis toujours mon possible afin de ne pas perdre des moments si précieux pour les gagner au Seigneur, et je remarquai toujours en eux la bonne impression produite par mes récits , qui valaient autant que les plus éloquents sermons. Au bout de plusieurs heures passées de la sorte, quiconque se trouve auprès du feu d'autrui se retire vers le sien, et après quelques autres causeries chacun s'abandonne au sommeil . Ces réunions tant en été qu'en hiver, pourvu que le temps soit beau, se prolongent d'ordinaire jusqu'au milieu de la nuit.

7. Bien rarement les sauvages abandonnent avant le lever du soleil l'endroit où ils ont passé la nuit. Le froid en hiver et la fraîcheur en été les retiennent dans leur gîte deux bonnes heures après que cet astre a paru sur l'horizon. Alors supposé que plusieurs familles se trouvent ensemble, chacun prend une direction différente, parce que réunies elles ne trouveraient pas suffisamment de vivres pour tous. Partout où va le sauvage il porte du feu, non par aucun motif superstitieux , comme quelques-uns l'ont prétendu, mais pour sa commodité, vu qu'il est très-sensi-

ble au froid dans les heures de la matinée. Aussi a-t-il soin que le tison qu'il prend à son foyer ait toujours le bout allumé du côté de son ventre, et quand le feu commence à manquer d'aliment, il Tentretient avec des écorces sèches d'acacia et le conserve ainsi longtemps. Le feu lui sert encore pour brûler les arbres où s'est cachée quelque pièce de gibier; pour convoquer d'autres familles, allumant pour cela des feux d'avis ; pour réduire en cendres les herbages desséchés, ce qu'il pratique avant la saison pluvieuse , afin que les herbes nouvelles poussent de bonne heure, et pour avoir ainsi dans ces territoires une plus grande abondance de gibier; enfin pour une multitude d'usages. C'est toujours de la hampe ou tige sèche de la fleur du xanthorrhéa qu'ils tirent la première étincelle, et voici par quelle méthode. Us fendentendeux cette tige. Au centre de l'une desdeux moitiés ils pratiquent un petit trou dans lequel ils mettent quelques grains de sable ou de poussière, et ils aiguisent le bout de l'autre moitié. Alors le sauvage, assis par terre, racle le secondmorceau de tige de manière à réunir une pincée de la raclure même qu'il place au bord du trou de l'autre morceau qui est sous ses pieds. 11 pose le bout aiguisé de l'un dans le trou de l'autre, et roulant le premier rapidement entre ses deux mains, en quelques secondes il a développé comme une petite quantité de lave fumante et embrasée, qui, débordant du trou, se déverse sur la raclure, et y met immédiatement le feu ; il y joint ensuite quelques autres matières très-combustibles, et ainsi en peu d'instants il s'est procuré le feu nécessaire : une chose remarquable c'est qu'aucune des deux moitiés de tige ne prend feu.

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