‹ Mémoires historiques sur l'AustralieChapitre 56 sur 79 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

1 . Le sauvage ne garde jamais de provisions de vivres pour le lendemain , et s'il lui arrive de posséder une surabondance de gibier telle que sa famille ne suffirait pas à le consommer en un jour, il invite les familles voisines, ou par un nombre déterminé de cris, si la distance n'est pas de plus de deux ou trois milles, ou par ^es feux allumés sur les montagnes d'alentour. Les invités font honneur à leur hôte , non-seulement en dévorant tout ce qu'il leur sert, mais par des danses et des chansons , et ensuite par douze heures de sommeil auprès du feu. Et s'il arrive qu'il reste quelque peu de provision, ils alternent le manger et le dormir, en sorte qu'avant le jour tout ait été avidement consommé. Une pareille gloutonnerie leur cause parfois des indigestions ; mais c'est un inconvénient auquel les sau' vages sont bien rarement exposés.

2. Lorsque deux ou plusieurs sauvages vont visiter quelque famille au loin, ils ne se présentent pas à elle tout d'abord, bien qu'ils soient amis; mais arrivés à une distance convenable, ils s'asseyent, après avoir été aperçus, et déposent leurs armes, ou par terre, ou appuyées contre des arbres à côté d'eux, ce qui est un signe de paix. Le chef de la famille avec un autre homme en état de se battre, armés de toute pièce, s'approchent des nouveaux venus, et la reconnaissance faite, ils reviennent avec eux près de l'endroit du feu. Les familles amies, quand elles se rencontrent, ou par suite d'invitation, ou par

MO LES AGSTRALIENS.

hasard, ne se saluent, ni ne se font de politesses d^aucune sorte. Au bout de quelques instants qu'elles sont assises ensemble elles échangent quelques paroles, et mettent en commun le gibier ou les racines qu'elles ont pu recueillir.

Quand un sauvage arrive auprès dMn autre sauvage son ami, il est reçu affectueusement, et on partage avec lui ce qu'on a d'aliments au risque parfois d*en manquer soimême. Cette hospitalité est généralement pratiquée par les Australiens, de sorte que la portion la plus grande et la plus belle est offerte à l'étranger, et il n'arrive jamais qu'on manque à ce devoir de civilité. Dans les commencements de notre mission, pour animer au travail les sauvages, nous donnions à manger dans Pintérieur de notre cabane à ceux qui travaillaient avec nous, et par là nous voulions les empêcher de donner leur part aux oisifs auxquels nous ne donnions que peu de chose. Mais tout était inutile ; car ils mettaient en œuvre toute espèce de ruses pour nous tromper en faisant semblant de manger, pendant que sous leur manteau de peau ils cachaient la meilleure partie de ce que nous leur donnions , et allaient partager ensuite avec ceux qui étaient demeurés sans travailler. C'est avec la même facilité qu'ils donnent leurs armes, leurs ustensiles et même leur manteau ; et plus d'une fois nous vîmes qu'une chemise dont nous avions fait cadeau à l'un d'entre eux, en trois ou quatre jours seulement était passée au service de six ou sept maîtres différents. Mais quand ils eurent commencé à goûter le travail et les bienfaits qui en résultent, ce fut tout autre chose. Je me souviens que si je prenais par inadvertance la chemise de quelqu'un des sauvages qui vivaient avec nous , pour la donner à un autre arrivé depuis peu, celui-ci me faisait aussitôt observer que c'était sa chemise et non la mienne , et que s'il la laissait

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