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LA COLONISATION DE L'AUSTRALIE

Les colonies fondées jusqu'à ce jour dans l'Australie et indépendantes entre elles sont au nombre de trois (a).

A l'est se trouve la première, appelée par les Anglais New - South -Wales (c'est-à-dire : Nouvelle-Galles du Sud) y capitale Sydney. De cette colonie dépendent les établissements tant de Port-Phillip, ou Australia - Félix (Australie heureuse) (b) au sud, que celui d'EssmcTON, ou Port'P^ictoria(c)y au nord.

Au sud se trouve la colonie de South-Australïa (Australie méridionale), nommée aussi colonie d' Adélaïde.

(a) Aujourd'hui ces colonies sont au nomdre de quatre ; et cela depuis la séparation de la colonie ûePort-Phillip d*avcc celle de Neto-South- Wales.

(b) Dans le langage officiel la colonie de Port-Phillip porte aujourd'hui le nom de Victoria,

(c) L'établissement de Port-Victoria a^&ni été abandonné par le gouver nement anglais, il n'en restera plus que le souvenir.

{Notes du traducteur.)

A l'ouest est située la colonie de Swan-River {Rwière des Cygnes)^ dont la capitale est Perth (a).

Toutes ces colonies appartiennent à l'Angleterre ; et tout y est venu de la mère-patrie, langage, coutumes, lois, religion.

Je parlerai successivement de chacune de ces colonies, ainri que des établissements qui en dépendent. Mais je crois utile de donner auparavant d'une manière succincte l'historique de la découverte du continent australien.

Avant que les Européens eussent connaissance de l'Océanie, les côtes septentrionales du continent australien étaient fréquentées par quelques-uns des peuples de l'Archipel indien , à savoir, par les Malais, par les habitants de Macassar et autres peuples. Or, ils y étaient attirés par la pêche, qui était et est encore très-abondante dans ces parages. C'est donc une question parmi les érudits qui étudient les antiquités géographiques de savoir à qui revient le mérite d'une découverte aussi intéressante. L'abbé Prévost et le président de Brosse l'attribuent à leur compatriote Paulmier de Gonneville ; mais il n'est nullement hors de doute que ce capitaine ait droit à l'honneur de cette découverte ; puisque sur son propre journal on peut constater qu'en l'année 1 504, il aborda, non en Australie, mais à Madagascar.

n semble plus probable que les Portugais à l'occasion de leurs colonies dans les Indes et dans les îles aux Epices (les Moluques), aient, dès le commencement du xvi*" siècle, possédé quelques notions des terres australiennes, puisque dans un plan hydrographique de Jean Rotz, au service du Portugal, plan dédié, en l'année 1 542, au roi d'Angleterre,

(a) Dans le langage officiel et sur les caries géographiques celte colonie est désignée sous le titre ù' Australie occidentale {Western" Australia).

se trouve indiquée, sous le nom de Grand-Java, au sud des îles Moluques, une étendue considérable de terre qui n'était autre que le continent dont j'entreprends l'histoire.

C'est donc avec fondement qu'on peut attribuer aux Portugais le mérite de nous avoir fait connaître l'existence de cette immense contrée. Néanmoins l'Australie demeura inconnue, et comme une terre mystérieuse, jusque vers l'an 1606, que Louis Torrès, commandant en second une expédition espagnole, s'étant séparé dans l'océan Pacifique, d'avec son amiral, Ferdinand de Quirôs, et s'étant dirigé vers l'Ouest , alla donner contre l'extrémité orientale de ce continent; il longea les cotes du sud au nord, l'espace de plus de 900 milles ; et ensuite découvrit et traversa le détroit, qui prit son nom, et qui, dans une longueur de plus de 1 00 milles , sépare la Nouvelle-Guinée d'avec l'Australie.

La même année, le navire hollandais Duyfhen, expédié de Bantam pour aller explorer les côtes de la Nouvelle- Guinée, reconnut la partie septentrionale de Grand- Java, à l'ouest du détroit de Torrès, et ces marins donnèrent au point de territoire où ils abordèrent, le nom de cap Keer- Weer^ ouïe cap du Retour.

L'amiral de Quirôs atteignit aussi en 1 608 les rivages de ce continent, et lui donna le nom d'Australie, parce qu'il se trouve dans l'hémisphère austral. Le récit que fit de ses voyages ce courageux navigateur, récit publié à Séville en 1 61 0, et bientôt après traduit de l'espagnol en diverses langues, inspira, tant aux gouvernements qu'aux particuliers dans toute l'Europe, la plus louable émulation.

Huit années après de Quirôs, le hollandais Théodore Dirck-Hartog, faisant voile vers les Indes orientales, aborda à Tune des îles situées vers la partie occidentale de rembouchtfre de la baie, dite des Chiens de mer, ainsi

appelée à cause du grand nombre de cette espèce de poissons. Y ayant séjourné deux jours, il laissa un souvenir de sa présence par une inscription gravée sur une plaque d'étain, et il appela cette portion de la côte, du nom de son navire : Terre (VEeindracht.

Le navire Mauritius ^ appartenant à la même nation, fit à son tour quelques découvertes dans le voisinage de la rivière de William ; et cette même année 1618, le nom de Van-Diémen fut donné à une partie des terres septentrionales.

En 1 61 9, J. Edel donna son nom à la portion de la côte occidentale, qui s'étend au midi de la terre d'Eeindracht, depuis le 27** jusqu'au Zh^ de latitude méridionale. A cette époque furent découverts les écueils corallifères de Houtman's Abrolhos, sinon par Edel, du moins par un autre navigateur, son contemporain.

Le navire le Le^uwin doubla en 1 622 Je cap qui divise la partie occidentale d'avec la méridionale. Ce cap fut appelé, du nom de ce navire, Leeuwin; de même que le nom du vaisseau Arnheim sert à désigner la côte septentrionale, vers le 1 33® degré de longitude, où Jean Cartens, capitainede ce vaisseau, fut massacré par les sauvages, en 1 623.

Pierre Nuyts, en 1 627, continua, dans une longueur de plus de mille milles, la découverte de la partie méridionale à laquelle il donna son nom ; de même que l'année suivante Witt donna le sien à la terre qui se trouve entre le 14** et le 21'' de latitude méridionale.

Le long des roches appelées Houtman's-Abrolhos, François Pelsart fit naufrage en 1 629. Ce navigateur, pour appaiser quelques mutineries, fut obligé de laisser quelques-uns des plus insubordonnés de son équipage sur le continent austral situé vers l'orient à l'opposite desAbrollios, etl'on n'a jamais eu de renseignements sur ces malheureux.

Le capitaine Gerrit -Thomas Pool eut mission en 1 636 de parcourir la côte septentrionale. Par malheur il fut massacré par les sauvages à l'endroit même où l'avait été Cartens, treize années avant. Néanmoins Piéterz Pietersen, de la même expédition, examina attentivement le golfe de Van-Diémen, situé sur cette même côte.

En 1 642, Tasman découvrit la partie méridionale de l'île qu'il appela terre de Van-Diémen ; supposant que c'était la pointe la plus méridionale du continent austral, il lui imposa ce nom en l'honneur du gouverneur général de Batavia, quoique une portion considérable des côtes d'Australie vers le nord fût déjà connue sous ce nom. Dans un second voyage qu'il exécuta Tannée suivante, il parcourut le golfe de Carpenterie, la terre de Arnheim et celle de Van-Diémen au nord ; il transmit ensuite un détail exact de ses opérations aux états généraux de Hollande, qui décrétèrent en 1665 que le nom de Nouvelle-Hollande serait imposé à ce continent connu jusque-là sous celui de Grand-Java y de Grande- Terre du Sud et Ôl Australie. Les Anglais ont conservé ^ce dernier, qui lui fut donné par deQuirôs, comme le plus convenable et le plus expressif.

Le capitaine anglais Dampier découvrit, en 1688 et 1689, une partie de la côté nord-ouest, et donna son nom à l'archipel qui se trouve sous le 21° de latitude méridionale.

William Ulaming , chargé de faire des découvertes le long de la côte occidentale de l'Australie, était déjà, vers la fin de décembre 1696, arrivé à l'île de Rottenest. 11 prit terre sur le continent austral, donna le nom de Black- Swan au fleuve qui a son embouchure dans cette partie de la côte. Ce qui donna lieu au choix de cette dénomination , c'est qu'on avait vu là pour la première fois des cignes noirs, qui auparavant étaient inconnus aux Euro-

péens. Ulaming continua de parcourir les côtes vers le sud, et le 3 janvier 1 697, il toucha Tîle où, quatre-vingt-un ans avant lui, Hartog avait abordé. Il retrouva la plaque laissée par son compatriote , et avant de la fixer de nouveau sur un tronc d'arbre, il y ajouta une courte inscription en mémoire de sa descente sur ces rivages.

Ulaming parcourut sur une longueur de plus do 600 milles les côtes occidentales de l'Australie, et dans toutes les rades où il jeta Tancre il laissa un souvenir, comme il résulte du nombre progressif qu'il traça au-dessous de l'inscription d'Hartog. Mais non moins heureux que ceux qui réussirent à laisser ou leur nom, ou celui de leur navire à quelque point du continent ou de la mer, il n'a pu empêcher la main des sauvages, ou l'inexorable rigueur du temps, d'effacer toute trace de ses périlleuses tentatives.

Les rapports de ces navigateurs sur l'Australie n'excitèrent ni la cupidité, ni la curiosité des Européens. Ceux-ci cessèrent de s'en occuper pendant bien des années. Et si Bougainville découvrit en 1760 quelques bans qui bordent les côtes orientales, il no se hasarda point à visiter ces côtes qui étaient d'ailleurs presque totalement inconnues.

Au célèbre Cook était réservée cette gloire. En 1770 il aborda à la Baie des Plantes {Botanj-Bay)^ ainsi appelée à cause de la grande variété et de l'immense quantité de plantes qu'il trouva sur ces rivages. Il en prit possession au nom du gouvernement anglais, en y arborant le drapeau national sur une pyramide de pierres dressée par lui à cet effet. En poursuivant son voyage vers le nord, peu s'en fallut que son navire ne coulât à fond, pour avoir heurté violemment contre les roches qui se trouvent vis-à-vis un cap, surnommé à cause de cet accident le cap de Tribulation. L'ayant allégé du poids des canons et des provisions les moins nécessaires, qu'il jeta à la mer, il par-

vint à le conduire jusqu'au port appelé par lui Endeacour (a), où iJ put le radouber complètement.

Nonobstant ce désastre et les difficultés qu'il eut encore à vaincre, l'intrépide et audacieux capitaine poursuivit son voyage et explora avec soin les côtes orientales depuis le cap Howe jusqu'au cap d'York, dans une étendue de plus de 2000 milles.

Si les navigateurs qui succédèrent à Cook n'ont pas à nous présenter des découvertes d'un grand intérêt, néanmoins en fixant exactement beaucoup de positions, en indiquant les rades les plus sûres pour le débarquement , en signalant soit les bancs de sable si funestes à ceux qui les ignorent, soit les écueils de corail et la direction des courants, ils ont rendu de véritables services à l'humanité et à la science. De ce nombre sont Bligh , Edwards, Pertlock (1789 — 98), lesquels nous ont transmis beaucoup de détails intéressants pour la navigation dans la partie septentrionale du détroit de Torrès ; Vancouver, qui, dans la partie méridionale, découvrit en 1 791 le Port du roi George {King-George-Sound)^^Qvi il est vrai peu spacieux, mais des plus sûrs. En 1797, le chirurgien Bass trouva le détroit qui sépare l'Australie de l'île Van-Diémen, appelée par les Français Tasmanie, de Tasman qui en avait fait la découverte. Baudin toucha, en 1 801 , àla terre d'Eeindracht, et retrouva, presque perdue dans le sable, la plaque d'étain portant les inscriptions de Hartog et Ulaming , dont nous avons parlé un peu plus haut. La première de ces inscriptions disait : Ze 25 octobre 1616 arriva ici le navire Eeindracht^ d'Amsterdam, capitaine Dirck Hartog, d'Amsterdam, etc. Et la seconde : Ici s'arrêta le navire Geevineky d* Amsterdam ^ capitaine Willem Via-

(a) Endeavour signifie e/fort. Celait le nom du vaisseau du capilaine Cook.

ming d'Ulictandtj le h février 1697, etc. Le capitaine Baudin, voulant assurer la conservation de ce monument ^ ne crut pas pouvoir mieux faire que de le prendre et de le porter en Europe. Aujourd'hui il se conserve à Paris.

De 181 2 à 1822, le capitaine King visita les côtes septentrionales avec tant de soin que son travail est un modèle de patience et de précision. Les observations du naturaliste Cunningham, qui faisait partie de l'expédition, nous enrichirent de la plus minutieuse connaissance de la Flore de ces contrées. Dans le même temps Freycinet parcourut à l'occident la baie des Chiens de Mer, et Dumont-d'Urville, en 1827, explorait au midi le Port du roi Georges, le port Western et la baie de Jervis.

Enfin en 1 838 le capitaine Grey découvrit à l'occident , vers le 28'' de latitude méridionale , le port qni prit son nom. Tyers, Tannée suivante, explora au nord celui d'Essington, qui est un des meilleurs de l'Australie. Et G. Moore, en 1 840, parcourut à l'ouest les écueils Houtman's Abrolhos et le port de Grey, qui depuis s'appela Champion^ Bay (Baie du Champion), du nom du navire que montait WToore.

De toutes ces découvertes il résulte que les côtes de l'Australie sont aujourd'hui suffisamment connues. L'intérieur cependant, malgré les nombreuses explorations qu'on y a tentées, et dont je dirai un mot ailleurs, est encore pour la meilleure partie inconnue.

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