ORIGINE ET PROGRÈS DE LA COLONISATION DE LA NOUYELLE-GALLES DU SUD
{New-South-JVales) .
1 . A rimitation des Portugais, qui, les premiers, fondèrent en Afrique leurs colonies pénitentiaires, les Anglais établirent les leurs dans le nord de F Amérique septentrionale. Mais quand ils eurent perdu ces établissements avec toutes leurs autres possessions, par suite de la guerre de l'indépendance et de la formation des Etats-Unis, sir Joseph Banks, compagnon de voyages du capitaine Cook, proposa au gouvemementle continent austral, et particulièrement Sotanjr-- Scvy^cotnme un lieu convenable par-dessus tout autre pour un semblable objet.
Effectivement le 13 mai 1787, on vit sortir des ports de la Grande-Bretagne, faisant voile vers l'Australie, une petite escadre de neuf vaisseaux, sous le commandement du Commodore Phillip, auquel était aussi destiné le gouvernement de la future colonie. Cette flottille avait à bord 1017 personnes; le nombre des divers fonctionnaires et des soldats chargés de l'organisation et de la surveillance de la colonie, montait à 260 individus ; celui des déportés (ou convicts^ comme disent les Anglais) , n'était que de 757 , sur lesquels* 595 hommes et 162 femmes. La frégate le Sirius^ que montait le commodore, et le navire le SjdnejTy protégeaient la marche du convoi.
Ayant relâché à Ténériffe, à Rio-Janeiro et au cap de
Bonne-Espérance, le 20 janvier 1788, l'expédition, après avoir perdu seulement 32 personnes, entra dans la Baie des Plantes {Botany-Baf)^ s*jr la côte orientale de l'Australie, où tous les navires jetèrent l'aticre.
Le Commodore Phillip s'étant aperçu que cette baie n'était pas propre à la colonisation, parce que les terres n'offraient ni sécurité, ni ressources pour les subsistances , se transporta avec toute son escadre à une distance de 12 milles plus au nord, c'est-à-dire au port Jackson, et fonda sur le rivage la ville de Sydney^ qui dès le commencement donna le nom à la colonie.
Voici les principaux éléments dont elle était composée à sa naissance :
Population 985
Espèce bovine. 95
Cbevaax • • . • • 7
Brebis 29
Cbévres ,%.,..... i9
Porcs 74
A peine les déportés, ou convictSj se virent-ils libres, qu^ils reprirent leurs vieilles habitudes, non-seulement ft 'emparant de tout ce qui se trouvait sous leurs mains, mais encore se portant à des actes de sauvage barbarie et à des homicides. Quelques exemples sévères n'ayant pas été suffisants pour arrêter un si grand mal , une loi martiale ftit proclamée , d'après laquelle un tribunal , composé de i 2 juges, prononçait la peine capitale, à la majorité de Sept voix contre cinq. Il fallait cependant ensuite que le gouverneur donnât Tordre formel d'exécuter la sentence.
2. Au mois de février 1788, quelques-uns des cormcts furent transportés à Ptle inhabitée de Norfolk^ découverte par Cook en 1 774, et distante de Sydney, vers le nord-est, de plus de 1 000 milles. Un petit établissement fut formé sur
œtte île, et le blé de Turquie y fut cultivé avec un grand succès. Un des gouverneurs de Sydney en retira les soldats et les convicts ; mais dans la suite des temps elle fiit désignée par le gouvernement britannique pour servir d'établissement pénitentiaire réservé aux plus grands coupables.
Cependant à Sydney, dès le mois d'avril, de nombreuses baraques étaient déjà construites ; quelques pièces de terre furent labourées et ensemencées, et sauf les ravages causés par le scorbut et les suites de la débauche, l'état sanitaire était satisfaisant.
La récolte du grain manqua en 1 789, mais la frégate le Sirius pourvut à ce désastre, en apportant de la farine du cap de Bonne-Espérance. 11 n'en fut pas de même l'année suivante; car la même frégate ayant heurté contre des écueils, autour de l'île Norfolk, et ayant sombré, il fallut se contenter de rations assez médiocres, jusqu'à l'arrivée du navire Ladj-Juliarif lequel, outre les provisions nécessaires, apporta 222 femmes , qui furent bientôt suivies de mille nouveaux convicts dans trois autres navires.
3. Le gouverneur Phillip, pour encourager les nouveaux colons à l'agriculture, accordait des terres à quiconque en demandait, à la seule condition de les cultiver et de résider dans la colonie. Aux célibataires, il assignait trente acres de terre (a); à ceux qui étaient mariés, il en assignait cinquante, et dix à chaque individu encore mineur. Ayant été autorisé à faire grâce de toute la peine, ou à la commuer, il adopta le système de gracier ceux des convicts, qui prenant goût au travail, s'affectionnaient à leur nouvelle patrie. Ce système produisit d'excellents résultats, puisque en moins de deux ans, il y avait eu 700 acres de terre défrichée.
(a) Chaque acre de terre peut recevoir en semence 120 livres de graio, et présente en superficie 160 perches carrées ou 4840 yards.
Les indigènes furent traités par lui avec humanité, et H punit constamment avec une exemplaire sévérité tout mauvais traitement essuyé par eux de la part des colons. Bénilong, chef de la tribu de Sydney, non-seulement demeurait auprès du gouverneur, mais il était par lui admis à sa table. Grâce à de tels sentiments d'humanité, le gouverneur obtint en très-peu de temps une paix parfaite avec les indigènes.
Les colons et leur culture s'étendant toujours vers l'intérieur, une nouvelle ville, à laquelle fut imposé le nom de Paramatta^ fut fondée à 1 8 milles à l'ouest de Sydney. En même temps, comme renfort agricole , arrivèrent à la nouvelle colonie 1700 autres convicts ; et en avril 1791 , James Ruse renonça le premier à la ration que les magasins publics distribuaient, assurant que le produit de son travail était suffisant pour sa subsistance. Jusqu'alors tous les convicts recevaient du gouverneur leur subsistance journalière ; et à dater de cette époque plusieurs suivirent l'exemple de Ruse.
4. La nouvelle colonie, qui de jour en jour croissait en population et en importance, prit la dénomination de New-- South'Wales ^ Nouvelle-Galles du Sud; et ses limites s'étendirent depuis le cap York jusqu'au promontoire de PFilsorij c'est-à- dire du 1 1 "* jusqu'au 39"* de latitude méridionale, et depuis la côte orientale jusque vers Tintérieur, où les confins ne sont pas encore bien déterminés. Le gouverneur ne vend des terres que dans une seule partie de ce territoire, qui est du reste aussi vaste que toute l'Italie ; dans les autres parties du territoire il la donne à bail annuel pour les pâturages. En 1 792 l'étendue des terres concédées aux cultivateurs montait à 3470 acres.
En dépit des châtiments quotidiens et rigoureux, les crimes se multipliaient d'une manière étrange. La force matérielle n'était pas suffisante pour arrêter le torrent ; et la
morale bien autrement puissante n'était pas invoquéecomme auxiliaire.
5. Le gouverneur Phillip, à la fin de cette même année, après avoir lutté avec une énergie et une fermeté non ordinaire contre les obstacles de tout genre, et après avoir amené la colonie à un haut degré de prospérité matérielle , s'en retourna en Europe , emmenant avec lui l'australien Bénilong.
Plus tard arrivèrent dans la Nouvelle-Galles du Sud des colons libres, auxquels le gouverneur donna des terres avec des convicts pour les cultiver, comme aussi des subsistances pour deux ans . La colonie était déjà en état de faire face à ses dépenses avec les grains récoltés dans le pays même. Par suite de la démission de Phillip , le chevalier Hunter fut élevé à la charge de gouverneur ; et il se rendit à sa destination, accompagné de Bénilong, en Tannée 1795. La première année de son gouvernement fut mémorable, à cause d'une pluie extraordinaire de glaçons qui coucha et détruisit les moissons, dépouilla les arbres, désola les plantations de blé de Turquie ; et quoique la saison fût alors assez douce, la glace demeura deux jours entiers sur le sol ; en sorte qu'on trouva encore le second jour des glaçons coagulés qui avaient jusqu'à 8 pouces de long , sur deux de large.
La population de la colonie, selon le recensement du 1*' septembre 1796, s'élevait à 4848 âmes ; 889 appartenaient à Norfolk ; et à l'exception de 321 individus , 4527 personnes recevaient leur subsistance du gouvernement.
6. Les villes de Sydney et de Paramatta commençaient alors à s'organiser régulièrement. Les habitations furent divisées par rues et numérotées. Il y eut des magistrats nommés, des commissaires et des gardes de police. Dans chacune des deux villes fut construite une prison en bois ;
on fonda des hôpitaux, des écoles et des temples protestants. Les missionnaires catholiques n'avaient pas encore mis le pied dans TAustrahe. Le nombre des colons libres , jusque-là assez restreint, augmentait considérablement. Petit à petit ils pénétrèrent dans l'intérieur du pays , et avec l'aide des convicts que le gouvernement mettait à leur disposition, ils parvinrent à former des étabUsseménts considérables. Beaucoup d'oflGiciers choisirent pour leur demeure les rives du canal de Sydney à Paramatta ; et dans ces sites dont le terroir était des plus fertiles , on vit s'élever en peu de temps des villas délicieuses , pourvues de tout ce qui peut contribuer au confortable de la vie* Vers la fin de l'année mil sept cent quatre-vingtdix-huit, 7865 acres de terre avaient été mises en état de plein rapport.
7. Dès lors beaucoup de convicts, échappant à la surveillance de leurs patrons, s'enfuirent dans les bois, où ils vivaient avec les sauvages ; or , afin de pouvoir exister au miUeu d'eux avec sécurité, ils leur. firent accroire qu'ils étaient leurs ancêtres trépassés et revenus à la vie en changeant de couleur et prenant la couleur blanche.
Les indigènes, qui n'étaient pas encore corrompus par la malice européenne, les crurent et les admirent parmi eux, comme de véritables frères ; mais ces transfuges ayant acquis une certaine influence sur les indigènes, en usaient et en abusaient selon leur fantaisie. Non contents d'avoir la meilleure part de la chasse, de la pêche et de toute autre chose, il n'y avait pas de femme qui put résister à leur lubricité. Mais les sauvages, qui supportaient tout, excepté cet affront, en tuaient autant qu'ils en trouvaient en flagrant délit. Plusieurs flirent tués à coups de lances en semblable occasion, et entre autres un certain Wilson, vers la fin de l'année 1800. Au mois de septembre de la même année,
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lorsque Hunter quitta le gouvernementde la colonie, Sydney comptait de nombreux édifices publics. Deux petits navires étaient en construction ; une machine pour battre de la monnaie de cuivre avait été apportée d'Angleterre , et il fut fait défense d'importer ou exporter de cette monnaie pour plus de cinq livres sterling (environ 1 25 francs). La population au mois de juin 4801 était de 6608 âmes.
Au gouverneur Hunter succéda le capitaine Gidley-King, et sous son gouvernement la population prit des accroissements extraordinaires , non-seulement par l'arrivée des déportés, mais aussi par la libre émigration d'ouvriers de tout métier, qui de la Grande-Bretagne allèrent chercher fortune dans les terres de l'Australie. Vers ce temps-là un bélier avec deux brebis de pure laine mérinos, furent, par les soins d'un certain M. Arthur, transportés du cap de Bonne-Espérance à la colonie de la Nouvelle-Galles du Sud ; et plus tard trois béliers et deux brebis mérinos donnés par le roi Georges III y furent apportés d'Angleterre. Telle fut la modeste origine de ces laines qui dans le principe se vendirent à Londres trois francs la livre, et dont la colonie fait aujourd'hui un si grand commerce.
8.. En juin 1803, une petite colonie composée d'un détachement de soldats, de quelques officiers retraités et d'un petit nombre de convicts, mit à la voile pour l'île de Van- Diémen. On sait que ce pays fut découvert par Tasman le 24 novembre 1 642, et le détroit qui le sépare du continent par le chirurgien Bass, en 1797. Les nouveaux colons ayant jeté Vancre au sud de l'île sur la plage d'une excellente baie, fondèrent une ville, qui, en l'honneur du secrétaire des colonies, reçut le nom de Hohart^Town {ViUe-d'Hohari). Le progrès extraordinaire de ce nouvel établissement commença l'année suivante, 1 804 , lorsque le lieutenant-colonel Gollins en prit le commandement. Les
gouverneurs de Van-Diémen demeurèrent soumis à celui de Sidney, jusqu'à ce qu'en 1 825 ils se devinrent indépendants ; et alors furent établis deux conseils, Ihin législatif, l'autre exécutif. Les déportés y furent envoyés en grand nombre d'Angleterre , et avec leur aide on construisit de beaux édifices ; on ouvrit des routes dans toute l'île et on défricha de grandes étendues de terre. Les troupeaux de diverses espèces s'y multiplièrent à tel point qu'au bout de peu d'années d'existence de la colonie, l'île entière en était couverte ; et sa superficie, quoique de 24,000 milles carrés, ne pouvait pas en nourrir davantage. Mais ce qui était un bien pour les nouveaux habitants devint un désastre pour les pauvres sauvages. Ceux-ci au commencement vécurent en bonne harmonie avec les colons ; mais comme leurs moyens d'existence devenaient de plus en plus restreints, à cause de l'extension de la culture et de la multiplication des animaux importés, ils volaient des brebis aux propriétaires pour ne pas mourir de faim. Les colons, irrités de toute atteinte portée à leurs intérêts matériels , tuaient autant de sauvages qu'ils en surprenaient en flagrant délit de vol, et de plus leur donnaient la chasse dans les bois comme à des renards et à des bêtes féroces. Un fait certain, c'est que le journal de cette colonie, portant le titre de Times- Colonial^ dit, à la date du 6 juillet \ 827 : « La semaine dernière les colons établis de l'autre côté de la seconde ligne à l'ouest, ont tué un grand nombre de sauvages. Us les avaient épiés pendant qu'ils étaient assis autour de leurs feux allumés, et, postés en lieux sûrs, ils les tuaient par derrière à coups de fusils. :» De tant de milliers de sauvages qui habitaient cette île, aujourd'hui il n'en reste pas un seul, attendu que le petit nombre de ceux qui ne furent pas massacrés furent pris et chassés de l'île.
La population de toute l'île se montait , en 1 844 , à 46,000 Européens:
9. Maintenant reprenons le fil de notre récit touchant la colonie de la Nouvelle-Galles du Sud. En 1 806 , le gouverneur King fit place au capitaine Bligh, connu par la célèbre révolte de l'équipage du navire Bounty.
L'administration de Bligh devint bientôt odieuse à tous les colons , et il finit par se rendre si insupportable, vu l'extrême dureté de son caractère, qu'ils le mirent en état d'arrestation et le traduisirent devant une cour martiale. Le gouvernement métropolitain n'ayant pas le courage de maintenir au pouvoir sa créature, fut obligé de se contenter d'une punition infligée aux principaux agents de la destitution de Bligh.
Par suite de ce petit coup d'Etat, la colonie demeura sans gouverneur, jusqu'à ce qu'en décembre 1809 y arriva l'homme qui devait la conduire au plus haut point de splendeur et de richesse. Ce fut le colonel Lachlan-Macquarie. Le nouveau gouverneur prit terre à Sydney , conduisant avec lui le 73® régiment de ligne pour renfort de la garnison. A cette époque la colonie comptait déjà 1 5,000 habitants, sur lesquels 4,277 seulement étaient encore pour leur subsistance à la charge du gouvernement ; 21 ,000 acres de terre étaient en culture, et 74,000 acres servaient de pâturages aux troupeaux dont le nombre total se composait des chiffres suivants :
Chevaux 1,117
Espèce bovine 11,326
Brebis 33,818
Chèvres 1,732
Porcs 8,992
La récolte était à peu près suffisante à la consommation
générale.
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48 qpWWSATION.
Sydpey, confuse et mal prclonnée jusquer|?i, devint qne cité régulière et belle. Cinq autres villes furent fo^^ées, savoir : Windsor^ Richmondy fFilb^rforcej Piti et Castlereagh. Les i^ombreuij^ trovipeau:^^ et les magasins remplis de grains assuraient la subsistance ordinaire de la colonie. Des communications commodes et plus directes furent ouvertes eutre les divers territoires habités, comme aussi on découvrit de nouvelles contrées à Touest des montagnes Bleues.
Ce dernier événement est dû à la grande sécheresse qui affligea la coloqie en 1 81 3. L'extrême chaleur avait brûlé les herbages des prairies, desséché les torrents et (es sources. Les hommes et les troupeaux languissaient sous un ciel de feu ; alors trois colons pleins de courage , et dont la reconnaissance des contemporains uous a conservé les noms , savoir : Blaxland , Wentworth et Lawsond , après des efforts réitérés, parvinrent à franchir les montagnes Bleues, regardées jusque-là comme inaccessibles, et à descendre par le versant opposé. L'ingénieur Evans, suivant les traces indiquées par ces explorateurs, descendit lui aussi à l'ouest de ces montagnes et découvrit bientôt les campagnes fertiles, auxquelles il donna le nom de Baihurst^ entrecoupées de deux grandes rivières, qui depuis ont reçu les noms de Macquarie et de Lachlan en l'honneur du gouverneur de la colonie.
L'année suivante , un chemin fut pratiqué au travers des montagnes; et dès lors cette population, qui avait été resserrée entre les montagnes et la mer, put s'étendre dans un espace immense de campagnes fertiles et inconnues. Cette découverte a totalement changé la condition de la Nouvelle- Galles du Sud. En 1 827 Oxley et Cunningham croyant que le Li^chlan était un tributaire de l'autre fleuve, en suivirent le cours, l'espace de 400 milles, et furent contraints par
NUUVELLE-aAUJES DU SUD. 4^
les terrains marécageux et impraticables (ju'ils rencontrèrent de mettre fin à leurs explor^^tions. J^'^nnée suivante Oxley ayant descendule Macquarie, dans une étendue déplus de 1 50 milles, par-delà la montagne Harris^ et ayant vu que ce fleuve se terminait en formant une espèce de Méditerranée, rebroussa chemin vers l'orient, et découvrit les plaines riches et pittoresques de Lwerpoolj vers le nord de la capitale.
Par suite de toutes ces précieuses découvertes, les colons étendirent leurs bergeries vers le sud, où ils*trouvèrent un troisième fleuve que les sauvages appelaient Morrumbidgee. Son cours était dirigé vers le centre du continent • et les excursions effectuées le long de ces rives n'ont pa§ peu ajouté à la connaissance de la partie méridionale.
\ 0. Ces améliorations et ces progrès matériels, secondés par le gouverneur, ne lui firent ni oublier, ni négliger l'état social de la colonie. Il s'attacha d'abord à mettre en harmonie les divers éléments qui la constituaient.
Dans le principe, la population de Sydney se composait de fonctionnaires et de déportés, qui en devenant libres formèrent une classe d'individus appelés émancipés* Ceux-ci, bien qu'après T expiation de leurs fautes ils dussent reprendre tous leurs droits antérieurs, demeurèrent pourtant, par rapport aux fonctionnaires , dans un état d'infériorité relative, comme l'étaient les affranchis en regard des hommes libres dans l'ancienne civilisation romaine. Les colons libres, qui étaient le plus grand nombre, formaient une autre catégorie. C'est précisément à cette distinction de classes qu'il faut attribuer la cause des discordes qui agitaient la colonie et que Macquarie s'étudiait à combattre et à faire disparaître. La dernière classe, celle des émancipés^ prospérait de jour en jour, tant en richesses (^u'en importance. Ceux qui la composaient, devenus
les propriétaires les plus considérables de la colonie, avaient tout à la fois de bonnes manières et une conduite irrépréhensible ; mais nonobstant cela , étant l'objet du mépris des fonctionnaires et des colons libres, ils se voyaient constamment exclus de toutes les réunions publiques , et sinon de droit, au moins de fait , exclus également de tout emploi civil.
Peu nombreux, inférieurs en force, ils supportèrent les affronts que leur prodiguaient leurs antagonistes, jusqu'au temps où quelques membres de la classe libre prirent en main la cause des émancipés et la défendirent avec chaleur et éloquence. Les ressentiments et les doléances eurent dès lors un libre cours.
Macquarie cependant cherchait à établir la paix et la concorde dans cette colonie ou nouvel Etat, en donnant luimême l'exemple de la conciliation . Il invita à sa table les émancipés les plus honorables ; il admit dans les rangs de la magistrature quelques individus de cette classe, qui, par leur mérite, s'en étaient montrés dignes; et en même temps il interdit aux militaires de se mêler de commerce. Mais ces exemples ne produisirent d'autre fruit que d'indisposer contre le gouverneur les autres classes de privilégiés, dont quelques-uns allèrent jusqu'à dénoncer Macquarie à l'autorité de la métropole; en l'accusant de spéculations criminelles et d'intentions répréhensibles. Le gouvernement de Londres prêta l'oreille à la calomnie et envoya une commission d'enquête. Cette commission arriva en 1 81 9 à la Nouvelle-Galles du Sud, et après les plus actives recherches , après les investigations les plus exactes, et môme les plus minutieuses, Macquarie sortit avec honneur de cette affaire. Néanmoins, douloureusement affecté de la partialité de quelques-uns des commissaires, il donna sa démission , et le 4 décembre 1 821 il abandonna ces plages, accompagné
des vœux, des regrets et des éloges de tout ce qu'il y avait de mieux dans la colonie. Voici quel en était le développement à cette époque :
Ames. 29,785
Chevanx 4,014
Espèce bovine 68,149
Brebis 200,000
/'Acres de terre cultivée 32,271
l Sur quoi il faut attribuer à la culture en
^ grains 9,000
1 1 . Au général Macquarie succéda le général Brisbane, homme affable et pacifique, froid de caractère et timide. Ses connaissances astronomiques lui méritèrent Testime des savants ; mais diverses mesures administratives éclipsèrent ses autres belles qualités.
Ce fut pendant la durée de son gouvernement que le parlement, par l'acte du 1 9 juillet 1 823, mit des bornes à l'autorité absolue que les gouverneurs avaient exercée jusque-là. Cet acte, qui devait avoir force de loi dans la colonie jusqu'au ^^ juillet 1827, instituait un conseil législatif composé de cinq à sept membres nommés par le gouverneur. Ce dernier devait proposer les lois à l'examen du conseil, et elles devaient être ensuite soumises à l'approbation du grand juge. Si le conseil rejetait la loi proposée, le gouverneur avait la faculté d'en présenter une autre, et puis encore une autre, en attendant que l'intention du roi fût connue ; en sorte que l'influence réelle du conseil se réduisait à bien peu de chose. L'institution la plus utile fut la création d'une cour suprême, composée d'un grandjuge, assisté de deux autres juges subalternes, et réunissant les mêmes attributions que les divers tribunaux du royaume; et une cour inférieure, ou justice de paix, connue sous le nom de generaUquarter-sessions-of-peace y comme qui dirait : justice de paix du quartier général.
Cette dertlièrë cbtkt^ était chargée de procéder contre lotis les critûes et délits qhi n'eiiit)ot*tâient pas la peitië de itiôrt. De cette manière , Tautorité civile prit la place de l'autorité militaire;
La question entre la classe privilégiée et là classe des émancipés prit sous le gouvernement de Brisbane un caractère plus âpre et plus embarrassant ; mais le gouverneur maintint à peu près la neutralité entre les deux partis, quoiqu'il inclinât plutôt en faveur des premiers.
12. Cependàtlt, dé tiôuveaiix ëxploratetlrs , partis de la capitale, s'avançaient dans TintéHeur du pays. Eh 1 823, tin officier dé rfiât^iné retiiotltsl le fleuve Morrumbidgee jusqu'à sa sburce, au tt^avets d'immenses et délicieuses prairies naturelles, qu'il appela Brisbahe Downs {herbacés de Brisbane). L'année suivante, Howel et Hume s'étant àvantés au travers dé terres incontities, depllis le lâéGeot-ge jusqu'au port Phillip, dahs lé détroit de Bass, explot^èrerit à leur rétbiit- de nombreuses et fertiles compagnes entrecoupées de diverses rivières qu'ils apj)elèrent Hume^ Oi^en et Goulburh, Ces découvertes furent de grands encbilrdgétaéiits à la colôhisatioii tant dans lés villes coloniales qtie datis la mère-pËlrie.
En 1825, ËrisbâTie se l'etira, et lé général Darling llli succéda dans la charge de gouvernent.
Le coiiseil se cbthposàit alors des alttorités stipérieures , auxquelles s'adjoigtiaierit deux grahds propriétaires et uh négociant. Mais les oJ)étations dé ce conseil île répondatlt pas à rattetite des colons, cetix-ci demandaient, par l'organe d'une feuille fjériodique, le Monitor, qui était lejourtial de ropJ)ositiôn, la créàtioti d'une assemblée représentative, la magistrature du jury et la liberté de la presse. Le ihinistèt^ anglais temporisait avec des promesses.
1 3. A dater de cette àilhée le progrès de la populatioti
NOUVELLÈ-ftALLÈlS DU SUD. «3
ftit excessivement rapide, grâce au grand nombre d'émîgrants volontaires, qui par suite des intéressantes découvertes faites dans la colonie , y transportèrent leur résidence avec d'immenses capitaux. Les explorations cependant se portaient toujours vers l'intérietir. En 1827, Cunniûghaiïi^ chargé officiellement d'explorer le pays situé entre le fleuve Hùnter et la baie de Moretbn, aperçut une campagne de 1 800 milles d'étendue ; il découvrit la rivière Péèlj le totrent Dumerang, dont il constatia l'élévation de 900 pieds âU-deséUs dé la iner, et ensuite lés belles et fertiles vallées (Ju'il appela Ùarling - Downs et Peét" Pldiri^^ cobime aussi le fleUve considérable qu'il nottitna Gxvjdiï*j et (Jueîqltes autres qu'il est superflu d'énuméref. L'année suivante, il reprit ses ë:fecursiOUs entte Moréiôh^ Bày et Ddrling'DowHs^ dans le bui^d'ouvrir, comtne il y téUssit, une communication facile entre Ces deux points. Ce fut alors tjue remontant la rivière BHsbane, il là suivît jusqu'au point où il eh tWuvà les eâujc contenues dans quelques petits étangs ittterrouijJUs et détachés lés Uns des dUtres.
A cette même époqUe aussi le cslpitaitie Sturt opérait des explorations vers Moreton-Baj. Il Supposa que la gtânde masse d'eaU ttt)ttvée pât Oxlëy, en \ 81 8, aurait été absorbée àptès les tVois horribles sécheresses que la icolonie avait soufl'ertes. Et effectivement, du haut des sômtUets du mont Hârris, il observa (20 déceUibre 1 827) que ces grands dépôts d'eau stagnante n'existaient plus ; en leUr place il vit un terrain égal, Uniforme et couvert de verdure. C'est dans cette excursioU qu'il découvrit, par 30 degrés de latitude et 1 50 de longitude, le flettve auquel il donna le nom de Darling. Mais sa surprise et celle de ses compagnons fut extrême, quand il s'aperçurent que les eaUx du barling étaient salées. Après en àvoit suivi le (ioufê, im
long espace de temps, Sturt fut obligé de rétrograder à défaut de provisions et surtout d'eau potable.
En 1829, Sturt continua ses voyages, et suivant la rive droite du fleuve Morumbidgee, il arriva à un endroit où il était navigable. Là, ayant déposé une partie de son équipage, il lança dans le fleuve la petite barque qu'il avait portée de Sydney, et il poursuivit son voyage par eau. Peu après, à la distance de 1 2 milles du lieu où il avait déposé ses bagages, il trouva le lit du Lachlan, qui vient se jeter dans le Morrumbidgee, et au bout de 90 milles de navigation, il vit, le 7 janvier 1830, que le Morrumbidgee luimême versait ses eaux dans un autre fleuve plus considérable qu'il appela Murray, large de plus de quatre cents pieds, et d'une rapidité de deux milles et demi à l'heure. Ayant suivi le cours du Murray l'espace de neuf jours et demi, il rencontra a la distance de 1 00 milles, vers l'ouest du Lachlan, l'embouchure d'un autre fleuve, qu'il crut être le Darling, et dont cependant les eaux étaient douces et les rives plus fertiles que celles du Murray.
Après cette rencontre, et environ 600 milles plus loin vers l'ouest, il arriva vers un troisième affluent, qu'il nomma le Lindsaj, quoiqu'on pense que c'est le Goulburn de Hume et de Howel. Enfin, Je 3 février, il entra dans le grand lac salé, qu'il appela Alexandrina. Ce lac a 50 milles de longueur et 35 de largeur, et est peuplé d'une prodigieuse quantité de phoques. Ses eaux communiquent par un canal étroit avec celles de la baie ^Encounter^ ei sa profondeur au milieu ne dépasse pas 40 pieds. Sturt ayant vu la mer à peu de distance au midi, se rembarqua pour remonter les cours d'eau jusqu'à l'endroit où il avait aissé ses bagages, et de là retourner à Sydney. Ce capitaine et ses compagnons, parmi lesquels se trouvait le capitaine Niçois, ont la gloire d'avoir les premiers traversé l'intérieur
de TAustralie, quoique dans une de ses moindres largeurs. Les détails circonstanciés donnés par un certain Georges Clarke, déporté fugitif et arrêté de nouveau par les agents de la force publique, touchant Texistence d'un grand fleuve qu'il appelait Kindur^ déterminèrent le gouverneur sir Patritz lindsay , successeur de Darling , à ordonner une exploration vers cette partie de la contrée indiquée par Clarke. Le major Mitchell, qui occupait le poste d'OxJey, fut choisi pour conduire l'expédition composée de quinze hommes , et se mit en route le 24 novembre 1 831 . Après une marche de 30 milles , il arriva dans des régions non encore explorées, où il trouva le fleuve Muluerindie^ qui se jetait dans le Peel , les plaines de Mulluba^ la chaîne des montagnes de Nundawar , et une autre dont les principales cimes furent appelées monts Riddel vers le nord ; le mont Fortes vers le sud , et le sommet central, le plus élevé de tous , le mont Lindsay , le fleuve Karaula , le Nammojr^ le Maule, le Gw/dir, lequel se jetait dans un autre fleuve qui pour sa largeur avait quelque ressemblance avec la Tamise : et ce fut là le dernier fleuve qu'ils découvrirent pour lors. Du reste le Kindur de Clarke ne put se trouver, et il fut prouvé que l'historiette de ses voyages n'avait été qu'un pur tissu de mensonges imaginés pour avoir la vie sauve, en quoi il réussit. Cette exploration fîit néanmoins très-avantageuse à la colonie , à cause de la contrée qu'elle fit découvrir et qui se trouva très-propice pour rétablissement de bergeries. Effectivement de nombreux troupeaux de brebis couvrirent bientôt les plaines de Mulluba et beaucoup d'autres.
ib COLONISATION.
cttAPiTBi: kl.
StJitE bÈS PROGkËS tÉ Li IfOUVELtË-GÂLLlS DU SUA.
1. Le généwd Bourke, qui isuccéda au gotivertietir Lihdsay, voulant faciliter lis commeirce entre les cx)10ns établis au delà défe montagnes Bleues et ceux de la capitale, ou autt^es Villei3 situées sûr la côte^ fit tracer de nouvelles routes plus cOinrnddeS. En 1 832 on pe^çà un passage Sur la ttlôhtagiie Flctoriu ^ fet UUe nouvelle route mit à ïtiême d'éviter (telle qtii de la plaine de VEmou^ conduisait à la cblliilë de Lapstûrië. JUsqUe-là il ne fallait pas moins d'un jour entiet* à Une pair e de bœUfs poUr gravir cette t^éûte.
2. Eu mats 4835, le majot- Mitchell partit de Sydney J)oUf aller eiplol-er le fleUve Darling, et il constata qtio ce fleuve rôbueillait lés eaux dU MacqUarie , du Bogatl ^ du Nammoy ^ et généralement de tout le vet^ant Ofccidètltël des motitagnes Bleues , entré le 33« et le 29® degré de latitude australe ; et îjù'aptèà avoir reçu tous ces afflUéUts , sou tîours déclinait vers le sud-buest, et enfin vers le fléUVe Mttlrayj datis lequel il se perdait. L'objet de son expédition, ëômposée dé Vitigtcinq persoimes, y compris Mitchell lui-même et le botauiste Alàti Gunningham, était justement de destendre lé Darling jusqu'à Tendroit où il se jetait datt& le Murfay, et d'explorer les contrées adjacetites; Après une marche de 300 milles, au milieu des bois , des souches d'arbres et des précipices j ilë arrivèrent à un site où ils déchargèrent de dessus leur voiture les deux bateaux de toile qu'ils avaient apportés et les lancèrent à l'eau ; mais ils leurftirent de peu d'usage à cause des roches, des arbres et des bancs de sable qui interceptaient
NOUVELLÈ-GALLEë OU SUD, 27
le passage. Le principal résultat dé bette expédition , sans tnetitioniier les différentes chaînes dé tnontâgne^, les nôinbreuses vallées, les torrents, etc. , etc. , fut là décôtiVëtte vers le sud d'Uiie belle coiltréiB tjui, ^oùit fea piiisfeâitite végétatioti, là fertilité de soti sol, et Tàbondance de ses eaui, fut appelée par Mitchèll AudrdUu^Pélùic. C'est là Ique peu âpres fiit fohdé lin établisséttlëtit dont la éâtiitale est Melbourne, sut- le poHPhllllp.
De tous les désastres t^iie Texpéditioti feùt à subir, le pliis grâild fut la perte du sâvkttt Ciinninghàm, c^td, quoique vigoureux et hâbilé dàîis lés ëti^lbràtions, ètit le iliiilheur de s'égàrét dans ses éotlrsés pour la tischërchë dés plantes, et on û'eh à jamais éii depuis àuctitië rloùvtellë.
3. En même temps qlié è'eâTectuâient ddhs IHiitériëur db pays de si importantes découvertes, là ëbloilie s'èiiHchissait outre meslit^e pât* les produits des illéi-s qiii retitbtirfent. En 1 834, qtiisiraate Vaissëatlx pêcheurs sol^tirëtit du pdrt de Sydney avec 1 \ 79 hotiiiiiës d'é^iiipage. Eh 1 93B, le produit de l'huile et des peaux de veaux-mafiné flit dfe 126,085 livteséterlitig.
L'acct-oissemeht dé riëhesse agricole et cotnhieitiàle , que les colons avaient obtëtiu eti pétt d^annééë, était Uti appas qui stittiulâit la cUpidité defe fiuropééhs ; et tels derniers, à datet de cette époque, hé cessèrëïit d'^àccdUrir Vët-s ces contrées lointaines pbùï y chérchél^ fdf tUhé, eh y transportfiihtleUrs capitaUx et leut'fe bonhaissahcéà. En 1 836, là pbpumtibh était coMpôséé dé Tt,096 âthës, répiartiës, selon lés proportions sUiVantës, eUtré les diVétà cultes :
Catholiques 24,898
t^rotestants 54,6^1
Jùfte. ..:...; fc i . . Wt
Idolâtres (Chinois et autres) 100
•total; ....•.'. T7,0de
Les sauvages n'y sont pas compris ; leur nombre était déjà œnsidérablement diminué et ils disparaissaient de jour en jour.
La manie de posséder des terres dans la colonie, et particulièrement dans la capitale, fut la cause de beaucoup de faillites et de ruines. Dans les premiers temps delà fondation de la colonie on donnait des terres à qui en demandait, sous la seule condition de les cultiver; et à cette époque c'était là une nécessité avantageuse. En 1839, Tétat des choses était tout autre : un quart d'acre de terre qui, vingt ans auparavant, s'achetait pour trente hvres de rhum, fut vendu, en 1839, au prix énorme de 2,000 livres sterling.
4. Le nombre des convicts ou déportés, qui, en 1836, était de 27,831 , en 1839 dépassait de beaucoup 30,000. Quelques-uns parmi eux avaient mérité qu'on leur délivrât un congé {ticket of leaçe) qui leur donnait droit à une liberté temporaire, et cette mise en liberté pouvait ensuite être prorogée ou devenir définitive, selon leur conduite postérieure.
Dans le principe, les gouverneurs de la colonie avaient la faculté d'accorder ces congés à qui bon leur semblait, en ne consultant que leur prudence ; mais dans la suite de sévères restrictions furent apportées à ce droit de grâce. Ainsi, d'après ces règlements, aucun déporté ne put être gracié sans avoir subi une partie notable de sa peine, c'està-dire quatre ans de travaux s'il avait été condamné à sept, six quand la condamnation avait été de quatorze ans, et huit années s'il avait été déporté à vie. De plus, ceux qui étaient nantis de ces congés ne pouvaient ni posséder des propriétés, ni citer qui que ce fût devant les tribunaux^ ils demeuraient pour toujours sous une sorte de tutelle publique.
Le plus grand nombre des convicts étaient confiés par le
gouvernement local aux particuliers qui les demandaient pour leur service , et qui avaient soin de les pourvoir de vêtements et de nourriture selon les règlements. Les vêlements consistaient en deux jacquettes (jackets)^ trois pai'res de souliers de bon cuir, trois chemises, deux paires de pantalons, un chapeau et une casquette. Pour la nourriture de la semaine on leur fournissait douze livres et demie de blé de Turquie et neuf de blé commun, sept livres de bœuf ou de mouton, ou bien quatre livres et demie de porc salé, deux livres de sel et autant de savon. D'après ce compte il est clair qu'un domestique coûtait à son maître environ 50 écus par an, mais la plupart des colons leur accordaient en outre du thé , du sucre , du tabac, et quelquefois même du rhum, selon qu'ils étaient satisfaits de leur conduite.
Le reste des convicts était occupé aux frais du gouvernement à des travaux publics. Dans les villes, des casernes étaient destinées à les recevoir ; dans les campagnes on se contentait de les abriter dans des cabanes construites en bois, ou même avec des écorces d'arbres.
Les insubordonnés encouraient la peine du fouet, suivie quelquefois de grands travaux sur les routes avec les fers aux pieds; mais pour les délits plus graves, qui pourtant ne méritaient pas la peine de mort, on les reléguait dans les établissements pénitentiaires qui existaient dans l'île de Norfolk ou à Moreton-Bay^ établissement situé à environ cinq cents milles au nord de Sydney. Ils y étaient traités avec tant de rigueur que beaucoup d'entre eux préféraient la mort à cette déportation. Ils se dérobaient, s'ils pouvaient, à la vigilance de la police et se réfugiaient dans les bois ; et là, forts de leur nombre, ils se rendirent tristement fameux par les horreurs qu'ils commirent. Non contents de s'être soustraits à la dure condition de la servitude, et de posséder cette liberté solitaire qui s'allie à la
yie B^qvfige, ils sei fai&ai^pt à la triste existence des inciigène^ f ^^aie^t n\\s pqimne eux , se coloraient ]a pe^u en noir, sa tfdll£^(}4PQt ^t sa tatouaieqts servis et accQmpagi:^és hat)iti)@llan^eni) çle deux ou plusieurs fen^nes! sauvages. Iiendii§ ainsi méconnaissables ils pouvaient apprQchep dlap» habitations ^e^ cqlons, leur dérobaient (lu bétail et tout o^ qni ]B^r tOTubait soqs la main, avec n^oin^ de risque d^ôtra faits prisonniers. A la fin, quelques-uns d'entre eu^;: ayaiit été ^n^ôfés p?ir la force publique, on put parvenir à^ déponvrir la frjiude. ]^ais le grand uombre de ceux qui deipei;^ rèrepit libres 46yinrent la terreur de tous les colons, pfirti-i çulièreroent des voyageurs et de tous ceux qui s'étaient établis d^ns l'intérieur des terres. Ceux-ci n'avaient plus aucuQO sécurité , ni pour leurs bieqs , ni piêuie pour leur vie ; ils étaient, pour ainsi dire, à la qiarci de ces Bush- Rçmgers (rôdeurs des bois ou brigands) qui ont donné c|6 nombreux pt bien tristes exemples de leur cruauté. Quelques-uns mêmes des nouveaux transfuges qui allaient grossir le nombre de leurs anciens camarades furent pris par eux pour des espions envoyés par le gouvernement, et au lieu de la vie libre et vagabonde qu'ils cherchaient, ils trouvèrent en échange une mort inattendue et barbare. Le gouvernement fit des promesses à quiconque les découvrirait et augmenta considérablement la force armée à cheval pour leur donner la chasse. Grâce à ces divers moyens, peu à pau on mit la main sur les principales bandes de transfuges. On fut d'ailleurs redevable du succès à Téuergie et au courage du capitaine Forces, que les indigènçis secoudèrent volontiers dans l'arrestation de ces scélérats. En réalité ceux-ci n'étaient pour eux que des oppresseurs et des instigateurs à toute espèce de méfaits. Enfin, les colons, las de souffrir la présence des déportés dans la Nouvelle-Galles du Sud, demandèrent au gouvernement de la
NOUVEI^I^R-QALLES PU SUD. 3<
métropole que catte colonie cessât d'être m établissppjeiut pénitentiaire , ce qui , dans la 3uito du temps, leur fut ^pr
cordé.
5. Eu 1 84^3, gous le gouyeruement de Qeorges Gipps, ou accorda m% polous une asseuiblée rppréseuta);ive, ou conseil composé de trento-six mepibres; doupe desquels fureBÎ choisis parmi les fonctioupaires du gouyen^ement , et viugt-quatre parmi le peuple* Après pette concession, les premières mesures qu'on prit furent des réductious dans les dépeuses admiuistratives et un abaissement cousidérable dans la solde des nombreux fonctiounaires, Le conseil fait les lois pour le gouvernement intérieur de la colouie, lesquelles sout pourtant gouniises à la sanction du gouverneur d'abord, et ensuite à celle du ministre de la mèrcTpatrie» Le gouverneur n'assiste pas aux délibératiouB du couseil, mais cependant il a la faculté d'en suspendre et d'eu ouvrir les sessions ; et en cela ou suit le système du parlement anglais, dont le conseil est une imitation.
6. Sir Georges Gipps, attendu le grand cou^merpe que faisait la colouie avec Tlnde, et les excessives difl5cultés de la uavigatiou, particulièrement le long des côtes de l'Australie et du détroit de Torrès , encouragea , par de séduisantes promesses, ceux qui feraient des exploratious dans l'intérieur et dans la direction du Nord, afin d'arriver à découvrir un fleuve qui faciliterait les communications de la partie orientale avec la partie septentrionale , et dispenserait ainsi du cabotage, toujours si difficile et si périlleux dans le pourtour de l'Australie et daus le détroit susnon^mé. Le premier qui s'enhardit à former cette audacieuse entreprise, fiit le prussien Leichardt, qui partant de Sydney le 1 3 août 1 844 , pénétra au travers de régions inconnues , jusqu'à la colonie de Victoria, ou /?ort J^ssingtorij sur la côte septentrionale. Il y arrivft te 47
3î COLONISATION.
décembre de l'année suivante, avec un seul taureau qui lui était resté de toutes ses provisions. Décrire seulement comme au vol toutes les vallées, les montagnes, les animaux, les plantes nouvelles et les torrents que cet audacieux explorateur découvrit dans le cours de son expédition , ce serait chose trop diflScile et trop longue. Je n'admettrai pourtant pas que dans le voisinage des plages septentrionales il ait observé des traces fréquentes de buffles , animaux tout à fait ignorés dans les autres parties connues de l'Australie , quoiqu'il raconte comme quoi il est parvenu à en tuer un lui-même. Il échoua d'ailleurs dans le principal but de son exploration , puisqu'il ne découvrit aucun fleuve tant soit peu remarquable, qui coulant de la partie orientale ou du sud , portât ses eaux dans le golfe de Carpenterie, ou ailleurs, dans la mer septentrionale. De retour à Sydney , il apprit qu'on l'avait cru mort depuis longtemps , et qu'on avait même célébré son service funèbre. Peu de semaines avant son arrivée dans cette ville, le major Mitchell en était sorti (1 5 décembre 1 845) pour explorer la partie septentrionale dans le même but, et son expédition n'eut pas un meilleur résultat que celle de Leichardt. Un fleuve dont les eaux étaient abondantes, et auquel Mitchell donna le nom de Victoria, fit naître de grandes espérances dans la colonie ; mais le rapport fait depuis par Kennedy, qui en suivit le cours , jusqu'à l'endroit où il se perd dans des terrains qui l'absorbent, a jusqu'à présent ôté tout espoir de communications intérieures entre les villes de Sydney et de Victoria .
Leichardt, après son retour par mer à Sydney, encouragé par le présent que lui firent tant le gouverneur que les colons , savoir 2000 livres sterling , entreprit une seconde expédition , mais bien plus difficile que la première. 11 partit de Sydney au mois d'octobre 1846, avec l'intention
» de traverser d'orient en occident le continent Australien en entier. Il emmena avec lui huit personnes, parmi lesquelles deux indigènes et un équipage de 1 4 chevaux , 1 6 mulets , 270 chèvres, 90 brebis, et 40 bœufs ou vaches. D'après son plan , il aurait dû aboutir à la partie occidentale de l'Australie, précisément à la colonie de Swan-River, où du reste jusqu'au 8 janvier 1849, c'est-à-dire plus de 26 mois après son départ de Sydney , on n'avait eu encore de lui aucune nouvelle. A mon retour en Europe (1 849), arrivant de la colonie de Swan-rRiver , j'entendis parler en France de sa mort. Je veux croire que c'est là un bruit dénué de fondement.
8. En conséquence d'une dépêche de lord Stanley, secrétaire des colonies, dans laquelle il recommandait chaudement au gouverneur de Sydney, sir Georges Gipps , l'amélioration de la condition des indigènes, une commission fut formée (1 845) dans le but de soumettre au gouvernement un plan relatif à ces philanthropiques intentions. On interrogea quelques personnes ; on entreprit quelques courses d'exploration , mais le tout sans résultat apparent. Pauvres Australiens ! Traqués par la population blanche, privés de la liberté, dont ils jouissaient jadis, d'errer à plaisir à travers les forêts vierges, ils sont maintenant forcés de chercher un abri parmi les plus épais fourrés et sur les plus inaccessibles précipices, qui leur offrent un asile momentané , mais rarement la subsistance , parce que leur principale ressource, le kanguroo et les autres animaux ont été délogés ou détruits. Or, où est la juste compensation pour la possession de leurs terres usurpées? On les représente généralement comme des bêtes brutes , incapables d éducation religieuse et civile ; et à mesure que les Européens pénètrent dans leur pays, cette race infortunée décroît eu nombre et disparait. Effectivement, d'après le
rapport de la commission d^enquête, daté de Sydney, octobre 1845, de toute cette population d'indigènes > qui dans le principe se trouvaient dans le territoire de Sydney, il ne restait plus en 1845» que quatre individus seulement! Mais j'aurai à revenir là-dessus dans, un autre endroit.
9. Comme les progrès de la colonie se développent rapidement d'année en année , j 'ai jugé à propos de mettre sous les yeux du lecteur letaWeau comparatif des résultats obtenus en cinquante-huit années d'existence , c'est-à-dire depuis la fondation en 1788 jusqu'à 1846.
Population 985 196,704
Espèce bovine 92 1,147,287
Chevaux 7 76,625
Brebis 29 4,899,819
Porcs 74 59,445
Valeur en livres sterling des
produits manufacturés. . . 1,201,435
Il ne fut jamais donné à la théorie de prévoir qu'un établissement fondé sur des bases aussi insuffisantes pût arriver, en un peu plus d'un demi-siècle, à l'état de prospérité colossale où il se trouve aujourd'hui. Un aussi rapide accroissement est en vérité l'un de ces phénomènes qu'enregistrera l'histoire de notre siècle sans trop pouvoir les expliquer.
1 . La ville de Sydney , située sous le 34® degré de latitude méridionale et le 150**, 45 de longitude, peut être regardée comme l'entrepôt du commerce de V Australie, et, dans peu, de l'Océanie entière : c'est déjà Londres en miniature. Bâtie sur la partie la plus élevée d'une colline, elle offre les points de vue les plus beaux et les plus romantiques. Dans l'intérieur ses rues sont larges, toujours à angle droit, et toutes éclairées au gaz. La principale rue appelée George-Street ^ divise la ville en deux par une ligne droite
d'environ trois milles. Les autres rues portent le nom des gouverneurs précédents , ou de quelque fonctionnaire distingué. Les habitations, le long de la principale rue, coûtent fort cher , parce que dans cette rue sont concentrés les principaux édifices publics , ainsi que tout le mouvement commercial tant extérieur que territorial de la colonie. Il ne paraîtra donc pas surprenant qu'une acre de terre sur cette rue ait coûté jusqu'à 20,000 livres sterling. Des habitations élégantes en pierre ou en brique ont remplacé celles de bois, dont P usage est tombé en désuétude. Les édifices publics sont d'une rare somptuosité. Parmi ceux-ci on doit mentionner particulièrement la cathédrale catholique, dont l'intérieur tout entier, revêtu de cèdre reluisant et odorant , produit un singulier effet ; le palais où réside le gouverneur , la spacieuse place sur laquelle se tient le marché de tous les produits de la colonie , lesquels ne le cèdent ni en variété ni en qualité à tout ce qu'il y a de mjeux en Europe ; la banque , le trésor , la direction de la police , les tribunaux , l'hôpital public , et les prisons qui sont d'une grandeur extraordinaire. Cette ville compte encore parmi les établissements d'ornement public, un jardin botanique, riche en plantes exotiques et indigènes. L'olivier de Syrie , la canne à sucre , le câprier , l'oranger , le pommier d'Angleterre, le poirier de France, le genêt, le mûrier, le marronnier d'Inde, le citronnier, le figuier de Grèce, le pêcher de Perse, le cerisier du Pont, le prunier de Sidoû, l'abricot d'Amérique, et une foule d'autres arbres fruitiers qui font les délices des jardins d'Europe , se retrouvent non-seulement dans le jardin botanique de Sydney , mais dans beaucoup de jardins particuliers , dans lesquels on remarque encore le chou-fleur de Chypre, l'artichaut de Sicile, la laitue de Cos , les vignes de France , envoyées en présent à Georges IV, roi d'Angleterre, par Louis-Philippe,
et dont le roi d'Angleterre à son tour fit cadeau à la colonie de la Nouvelle-Galles du Sud, où Ton en obtient un vin exquis ; enfin de riches plantations de rosiers et autres charmantes fleurs qui, avec toute sorte d'herbes odorantes, embaument Tair dans tous les quartiers de cette capitale et en font un séjour délicieux.
11. En été, la température moyenne à Sydney est de 20'' Réaumur ; en hiver, elle est de 10\ La plus grande chaleur en été est de 30", et en hiver de 2'' au-dessus de zéro. En été à certaines heures du jour soufflent du nord-ouest certains vents très-chauds, qui brûlent partout les herbes et les plantes tendres. La raison de ce phénomène est jusqu'ici inconnue, et il a lieu deux ou trois fois chaque été. Le climat est parfaitement salubre, et ce qui le prouve d'ailleurs c'est la iportalité presque nulle parmi la garnison. En effet, dans certains postes militaires, il s'est passé jusqu'à sept années sans qu'on ait eu à constater la perte d'un seul homme. Ceux qui font excès dans l'usage des spiritueux et de la viande, contractent facilement la malacÛe appelée par les anglais injluenza^ laquelle attaque plus facilement les personnes âgées, mais sans conséquences funestes. L'ophtalmie produite parla réflexion des rayons cuisants du soleil d'été sur le sable, se guérit avec facilité ; comme aussi la dyssenterie causée par les grandes chaleurs, surtout quand on est réduit à boire des eaux croupissantes et réchauffées par le soleil.
12. Toutes les nations du globe sont représentées à Sydney. Les sujets de la Grande-Bretagne, les Américains, les Allemands, les Espagnols , les Italiens , les Français, les Chinois, les Malais, chacun avec leurs costumes, variés et bizarres, y forment un agréable contraste qui donne je ne sais quel caractère de splendeur et de mobilité à l'aspect général de la ville. En conséquence de ce mélange de
toutes les nations et de toutes les races, toutes les croyances y sont aussi représentées : les catholiques , dont le nombre surpasse présentement celui de tous les autres, les juifs, les idolâtres, les protestants, avec leurs nombreuses divisions et sous-divisions, anglicans, luthériens, calvinistes, près- , bytériens, anabaptistes, quakers, indépendants, méthodistes , et cent autres sectes multipliées à tel point, qu'il semble en naître une par jour, indice très-certain de l'erreur où le protestantisme se trouve plongé. Seul le catholique est content et tranquille dans sa religion : la paix mtérieure dont il jouit est chose inconnue de tous ceux qui ont le malheur de ne pas appartenir à cette croyance.
En 1848, la population de cette ville montait à 50,000 âmes ; et dans cette même année eut lieu la malheureuse mort du gouverneur Gipps, auquel succéda sir Charles Fitz- Roy. A cette époque aussi arrivèrent quelques religieuses bénédictines, auxquelles Mgr l'archevêque de Sydney confia le soin de l'éducation des jeunes filles européennes ; comme aussi il chargea les frères des écoles chrétiennes de l'instruction des jeunes garçons appartenant aux classes inférieures du peuple.
13. Cette capitale est aussi la résidence d'un évêque anglican, dont la principale église n'est pas encore terminée. On a établi dans la ville des écoles de philosophie et de commerce ; des entreprises de transport par les vapeurs, qui sont toujours nombreux dans ces parages ; des sociétés d'agriculture, d'horticulture, de chasse et de commerce. On y trouve de nombreux journaux, des cabinets de lecture, des instituts pour le règlement des courses de chevaux et l'amélioration des races, des maîtres de danse, des marchandes de modes et de nouveautés, etc., en nombre excessif.