COMTE PALATIN DU RHIN, DUC DE BAVIÈRE, ÉLECTEUR DU SAINT-EMPIRE
Sur lesquelz affaires de grande importance ayant communiqué plusieurs jours avec led. s' duc et Beutterich, estans bien instruictz, nous descendismes en Anvers par le mesme chemin qu'estions venuz, et,
1. L'en-tête du livro quatrième n'occupe pas une place en vue dans le manuscrit autographe des Mémoires, mais La Huguerye a écrit, sur la marge, en regard des premiers mots qui commencent le livre (fol. 134, v») : « Là se peut commencer le quatriesme livre : A Monseigneur et très illustre prince Federic, comte Palatin du Rhin, duc de Bavière, électeur du Saint Empire. »
2. Frédéric IV, duc de Bavière, comte Palatin du Rhin, fils de Louis V dont nous avons parlé (t. I, p. 14, note 3), né le 5 mars 1574, mort le 9 septembre 1610.
y ayant séjourné quelques moys pour recongnoistre le cours et succez de leurs affaires, nous apprinsmes qu'ilz jeetoient l'œil sur la royne d'Angleterre, pour en tirer secours d'hommes et d'argent, plus tost que sur la France, suljjecte à tant de troubles et plaine de mille perfidies; considérans aussy que l'Angleterre paisible, par jalousie d'estat, pouvoit bien empescher la France d'y entendre, en Testât misérable où elle est, et que la France au contraire ne pouvoit empescher les desseins d'Angleterre, qui avoit la mer à discrétion ; pour quoy ilz avoient sagement jugé ce secourslà leur estre plus asseuré, encores que led. s"" prince d'Orenge, selon ses premières erres, et quelques aultres, comme le comte de Lalaing*, ses adhérens, qui, pour le voisinage de la France, pied à pied de leurs gouvernemens de Haynault et Arthois et aultres, estimoient avoir meilleure commodité de faire leurs affaires de ce costé-là, et, estansjà pratiquez, jeetoient l'œil sur led. s'" duc d'Alençon^ excusant la faulte qu'il avoit naguères faicte de prendre les armes contre ceux qui luy avoient acquis ung appennage de quatre cens mil livres de rente en tiltres de duchez et comtez, laquelle perfidie le rendoit très odieux aux Estatz
1. Philippe do Lalaing, baron d'Escornaix, fils de Charles do Lalaiuf;-, capitaine flamand du parti catholique indépendant. En 1570, il reçut la compagnie d'ordonnance qui avait appartenu au comte de Horn, et, 'en 1574, il devint capitaine général et grand bailli de Hainaut. Bernardino de Mendoça, dans ses Commentaires, parle souvent de ce seigneur.
2. Le duc d'Anjou, que La Huguerye continue à appeler duc d'Alençon, malgré le traité de Monsieur, était passe au parti du roi et lie la Ligue , et avait accepté le commandement d'une armée catholique, il prit La Charité (hr mai 1577) et Issoire (lî juin).
des Pais-Bas, craignans qu'il ne se gouvernast de mesmes contr'eux, en faveur du roy d'Espaigne.
Sur ces deux poinctz, led. s"" d'IIargenlieu et moy, assistez dud. s' Sarrazin, jectames noz piombz, et, pour le faict d'Angleterre, négotiasmes souvent et fort secrètement avec led. s"^ DavidzonS embassadeur de la royne, logé en l'hostel des Anglois, et par lectres avec led. s' de Wolsingliant, en sorte que, pai' bons mémoyres et vifves raisons d' estât, nous feismes congnoistre à la royne et à son conseil qu'en inclinant aux requestes desd. Estatz, portées par le s"" marquis de Havrecht', pour se préparer contre les négotiations de France es Pais-Bas, il luy estoit nécessaire que partye de ses deniers feust employée à la levée de partye des forces, soubz l'auttorité d'ung prince à sa dévotion, pour faire ce que son service requerra contre les doubtes que les forces françoyses luy pourroient engendrer; eu esgard aux desseins du prince d'Orenge, qui ne sont propres à sa grandeur, ne voulant faire part du gasteau à personne, résolu de tromper tous ceux qu'il convie à ce festin, et, par ce mcyem, tenir au moings une resne des affaires desd. pais en sa main, en fournissant ausd. Estatz une si grande somme qu'ilz lui demandoient.
1. Davidson (voy. 1. 1, p. 461, noto), ambassadeur de la reined'Angleterre, avait été envoyé aux Gantois en novembre 1578. Sur l'objet et les suites de sa mission, v. DeThou (liv. 66, 1740, t. V, p. 514).
2. Gliarles Phiilippe de Groy, seigneur d'Havre, châtelain héréditaire de Mons, comte de Fontenay, né en 1549, appartenait au parti espagnol. Il devint successivement ambassadeur à la diète de Ratisbonne, conseiller d'État, chef du Conseil des finances, et commandant général des compagnies d'ordonnance dans larmée que le duc de Parme conduisit en Lorraine en 1587.
Ces advis, couchez par articles et fortifiez de raisons d'estat et d'advertissemens très importans, à toutes occasions trouvez véritables, furent cause que la royne, inclinant aux demandes desd. Estatz, pour les fortifier contre dom Jean d'AustriaS se résolut d'employer une partye de ses deniers à la levée d'une gaillarde armée, qui seroit conduite par led. s"" duc Casimir, lequel lesd. Estatz recherchoient desjà pour la levée de 3000 chevaux seulement; à laquelle, dont il ne se vouloit contenter, la royne feist adjouster par le moyem de ses deniers (car aultrement n'eust esté faict puissance de lever le double de cavalerie, ung régiment de landsquenetz et quatre mil harquebuziers et cinq cens chevaux françois), avec délibération de le fortifier d'advantage de ses deniers et forces particulières, s'il en estoit besoing.
Ayant conduit l'affaire à telle disposition, estans asseurez des régimens anglois et pratiquans l'amitié des régimens escossois, nous en advertismes en diligence tant led. s'^ duc Casimir que led. s"" prince, mon maistre, affin qu'il advisast sur cela ce qu'il luy seml)leroit propre à son service, estimant, quant à nostre advis, conforme à celuy dud. s"" duc Casimir, iju'il pourroit, s'il luy plaisoit, amener lesd. 4000 harquebuziers et 500 chevaux françoys, gens d'eslile, des-
■1. Don Juan d" Autriche, lils naturel de Gharles-Quiut et do Barbe Blomberg, né à Ratisbonne le 24 février 1545, vainqueur de la flotte turque à la bataille de Lépante (7 octobre 1571), gouverneur des Pays-Bas après Louis de Requesens (nov. 1576). Motley {Ilist. des Prov. unies, trad. Guizot, t. IV, p. '2) et Gachard (Correspond, de Guillaume le Taciturne, t. IV, préface) ont trace de lui de beaux portraits.
quelz la solde seroit asseurée pour commencer à prendre authorité en ceste armée; ou, s'il trouvoit n'y debvoir venir que lorsqu'elle seroit preste d'entrer en France, pour ne donner poinct d'alarme, au moings il feist faire ceste trouppe par quelque seigneur à sa dévotion, sinon que led. s"" d'Hargenlieu la l'eroitpour son service; et, quant aud. s'^ duc Casimir, nous l'advertismes qu'il dépeschast en diligence led. s' Beutterich, comme il feist, pour conclurre l'affaire avec la royne d'Angleterre, laquelle il alla trouver à cet effect; conseillant d'advantage aud. s"^ duc de faire la hauffane et reutefaneS les plus fortes qu'il pourroit, comme aussy led. régiment de lansquenetz; et, quant aux Françoys, qu'il nous en laissast faire ; que led. s"" d'Hargenlieu y donneroit bon ordre.
Le prince d'Orenge empescha tant qu'il peult ceste levée, qui luy estoit suspecte es mains dud. s' duc Casimir, qu'il sçavoit n'estre pas son amy, et se doubtoit de la conjonction dud. s*" prince et de quelques intelligences avec les Anglois, Escossois et François ; et, voyant qu'il n'y pouvoit remédier, il y apporta tous les retardemens et difficultez dont il se peult adviser. Et, ne se contentant pas de cela, pouf ne se pouvoir asseurer de ceste force-là, il se fortifia d'aultres levées qu'il feist avec grande despense, sans nécessité, du comte de Scliwartzbourg^ son beau-frère, pour ung régiment de 3000 chevaux, et dud. marquis de Havrect pour ung de 1500 chevaux. Et lors commença, led.