‹ Mémoires inédites (volume 2)Chapitre 11 sur 84 · La Fère, Beaurevoir et Boliain (département de l'Aisne · texte numérisé non relu

La Fère, Beaurevoir et Boliain (département de l'Aisne

inoiistroit en toutes ses paroles et actions désirer , voulant mal à tous ceux qui ne le trou voient pas bon, comme elle le feist sentir à ung honeste et docte gentilhomme anglois, qu'elle feist traicter sévèrement en justice à la poursuite dud. s' de Simier, pour avoir escript et publié ung discours plain de raisons très pertinentes contre ledit mariage. Le s' de Stafford nous vint quérir à Londres, d'où il nous mena à Greenwich vers la royne (qui l'employoit en ce mariage et se fioit de lui, à cause de la dame de Stafford, sa mère, qu'elle aymoit et qui avoit congnoissance de ses plus secrètes actions) , où nous eusmes une audience fort bénigne et favorable, me donnant ceste princesse tout loisir de luy faire l'espace d'une heure ung discours de congratulation sur la bonne volonté qu'elle monstroit avoir à ce mariage ; et avec une énumération des grands biens qu'elle en pourroit tirer pour l'asseurance de son party par toute la chrétienté et spécialement en France et en Flandres, qui estoient les deux pointz de ma charge ; l'exhortant de s'y affectionner et y disposer et obliger estroictement le cueur dud. s' duc d'Alençon, par le moycm ducjuel elle feroit cesser toutes les traverses et entreprises contre ceulx de son party, et, en ce faisant, se descharger de leurs impunitez et poursuites ordinaires en son endroict, en leurs nécessitez, et avoir ainsy plus de moyem d'assister led. s' duc d'Alençon en ses affaires des IVis-Bas.

Mon discours long et assez beau fut tant agréable à ceste princesse qu'elle s'eschauffa en la response qu'elle me feist, entrant si avant aux louanges dud. s' duc. qu'elle m'advoua d'aymer comme ung jirince vertueux et ne faisant mal à personne, qu'elle disoil eslre la

vraye marque de la vraye religion, et qu'elle avoit bonne espérance de parvenir par son moyem à ce que par moy led. s-^ duc Casimir luy avoit faict entendre, lequel elle en remercioit de tout son cueur, ne nous voulant celer touteffois qu'elle sçavoit bien qu'en Flandres nous n'estions pas serviteurs dud. s' duc d'Alençon. Je répliquay que nous estions serviteurs de Sa Majesté, nous employant près led. s' duc Casimir, son général, en ce qu'il nous commandoit, et d'ailleurs, que nous estions obligez au service dud. s' prince de Condé, nostre maistre, sans le congé duquel ne pouvions rien entreprendre , comme nous l'avions remonstré aux agens dud. s' duc d'Alençon en nous en excusant, et ne congnoissant que trop lors led. s"^ duc Casimir, estant armé des deniers pour le service de Sa Majesté, et fraischement garny de très grande occasion de ne se pouvoir pas bien lors entendre avec led. s' duc, comme elle sçavoit mieux que moy; mays qu'à présent que led. s' duc Casimir, son serviteur, sçavoit que l'intention de Sa Majesté est de s'allier par mariage avec led. s' duc d'Alençon, pour le service qu'il avoit voué à Sa Majesté, il ne pouvoit moings faire que se conformer à sa volonté, priant Dieu de bénir ses intentions et d'en faire sortir les fruictz qu'elle en pouvoit tirer.

Laquelle mienne response luy pleut tant que, nous donnant congé et asseurance de bien adviser et pourvoir à ce que je luy avois proposé, elle ne faillit d'en advertir aussy tost lesd. s""^ de Mauvissière et Simier, se louant merveilleusement de mon discours et disant qu'elle ne voyoit poinct venir de sotz françoys vers elle ; qui fut cause que lesd. s""^ embassadeurs, n 3

saHs attendre que nous feissions le debvoir à nous commendé de les saluer, nous envoyèrent visiter et prier de les voir, comme nous feismes, donnant lectres dud. s' duc Casimir aud. s' de Simier, qui nous avoit commendé de le voir, m'excusant d'estre prévenu de sa courtoisie ; lequel nous feist fort bonne chère en sa maison, à Grecnwich, et led. s' de Mauvissière aussy, en son logis, à Londres, avec lesquelz séparément je discouru amplement : sçavoir, avec led. s' de Mauvissière de tout ce que je congnoissois appartenir à la grandeur du roy et de la couronne de France, sur Testât des affaires que j'avois veu et manié, tant en Alemaigne qu'en Flandres, où j'avoys servy des premiers à jecter les fondemens sur lesquelz ledits' prince d'Orenge avoit basty la prospérité des affaires qu'il gouverne aujourd'huy, à ceste seule intention, en laquelle sont survenues plusieurs traverses et malentendus,qu'ilestexpédient d'oublier aujourd'huy, etfaire de tous costez, à qui mieux mieux ; que j'avois en particulier disposé led. s' duc Casimir à ce bien-là d'aymer mieux voir les Estais des Pais-Bas soubz l'authorité de lacouronne de France que de celle d'Espaigne, puisqu'il avoit congneu que le dessin moyem estoitplus à désirer qu'à espérer, adjoustant plusieurs aultres particularitez que la briefvelé de ces mémoyres ne me perniect de représenter ; qu'en cela je ne voyois que deux empeschemens, l'ung du costé de la royne d'Angleterre, (jui estoit levé par l'affection que j'avois recongneu en (>lle, es responces qu'il luy a pieu me taire, louchant le mariage dud. s' duc d'Alençon ; mays que l'aultre empeschement, procédant dud. s' prince d'Orenge, n'estoit pas aisé à oster, d'aultant que par les secrets de ses

aftkires, que j'avois manié soubz lo feu s' comte Ludovic, son frère, j'avoys apprins que jamais ce prince ne seroit conduit à ce point-là, n'ayant aullre luit (|ue pour luy-mesmes, et, quand bien il fera aullre contenance, ce ne sera que dissimulation, pour se servir des forces de France à s'establir peu à peu, puis donner ung croc en jambe aux Françoys, si la nécessité de ses affaires le requiert, ou bien actendre jusques à ce qu'il ait mys les deux roys en guerre ouverte, qui est son but ; s'asseurant que lors les François auront tant d'affaires chez eux qu'ils se retireront de Flandres par force, etl'Espaignol sera si empesché à se deffendre qu'il demeurera quant à luy cependant en toute liberté d'accommoder ses affaires à son intention, selon les occurrences; que je ne voyois poinct de moyemd'y pourvoir, à ceste difïîculté-là, si Dieu ne dispose de la personne dudit s' prince d'Orenge, la mort duquel explaneroit du tout le chemin aud. s' duc d'Allençon, se retrouvant lors en armes èsd. Pais-Bas.

J'en diz encores plus aud. s' de Simier, qui me l'advouaet me monstra des coppies de lectres dud. s'^ prince d'Orange, qui avoient esté surprises, me confessant qu'ils avoient trouvé véritable tout ce que j'avois dict à Anvers aud. s' de Bussy ^ et aultres agens dud. s' duc d'Alençon. Sur quoy je receu de tous deux touttes sortes de courtoisies. Mais quand on eut descouvert que je visitois led. s' de Wolsinghant et aultres conseillers, là se feit voir leur soupçon si avant que la royne défendit parStafford aud. s' de Wolsinghant de parler plus à moy; ce qu'ayant recogneu je fei con-

1. Louis dp Clermont do Bussv-d'Amboise ft. I, p. 136, note i].

3G MKMOIRES DE LA HL'GUEKYE.

tenance de ne m'en soucier pas, car j'avois fait ce que je désirois, et suppliay la royne de nous donner passeport pour aller à La Rochelle trouver led. s' prince, mon maistre, ne lui descouvrant rien du dessein de la Fère, laquelle je ne scavois encores estre surprise. Et l'appris par le soupçon qui creut en l'esprit de ceste princesse, quand elle eut ad vis de son embassadeur en France que led. s"^ prince de Condé estoit entré à La Fère, dont led. s'^de Wolsinghant nous feist advertir par maistre Geoffroy , chirurgien h^ançoys qui le gouvernoit; car lors elle et lesd. s""^ de Mauvissière et Cimier se doubtèrent qu'il y avoit de la menée et que nous demandions artitîcieusement passeport pour La Rochelle ; néantmoings la royne m'accorda son passeport. Et, pour ce que mon dessein estoit de passer secrètement à Calaiz pour prendre la poste jusques au chasteau d'Hargenlieu et là prendre des chevaux ])our aller à La Fère, il nous fut besoing d'avoir passeport dud. s' de Mauvissière, lequel ne le nous eust baillé (jue pour nous perdre ; mays led. maistre Geoffroy, qui le gouvernoit, en obtint ung par le moyem du s*" Pasquier , qui estoit secrétaire du roy en la cliai'ge dud. s' de Mauvissière, soubz le nom de deux marchandz allans à Paris; avec lequel passeport nous feismes le voyage, non sans besoing d'user de prudence, nommément à Calaiz et Montreuil, où nous feusmes conduitz vers les gouverneurs, lesquelz par leurs demandes nous feirent congnoistre qu'ilz avoient charge d'y prendre garde.

Et arrivasmes à La Fère peu après led. s' prince, lequel fut très aise de nostre venue, pour apprendre de nous Testât au vray de toutes choses et prendre

résolution de ce qu'il auroit à faire tant pour Flandres qu'Alemaigne, affin de se conserver en lad. ville de La Fère, où il nous disoit estre entré, sans le sceu du roy de Navarre, lequel il s'asseuroit estre homme pour convenir avec le roy des moyems de l'en retirer ou par négotiation ou par levée d'armée, exprès pour luy oster la force. Led. s"" prince print aussy grand plaisir au discours que je luy fei de nostrc négotiation d'Angleterre. Il cstoit la my janvier, en l'an 1580, quand nous arrivasmes près dud. s" prince, auquel ayant faict ung rapport bien particulier de tout ce qui s'estoit passé en Flandres et en l'armée dud. s' duc Casimir et de nostre passage exprès par l'Angleterre pour le venir trouver, afifin de l'exhorter à chercher les moyems de s'accommoder de la ville et citadelle de Cambray et de Bohain, Beaurevoir etaultres places du comté de Marie, pour y avoir des forces prestes et se maintenir au besoing avec l'ayde dud. s" duc Casimir, il print aiséement ceste résolution. Et délibéra de nous employer à Cambray, vers led. s' d'Inchy, lequel estoit en grande peine pour le doubte du siège, duquel il estoit menacé, mal pourveu de forces, si loing du secours du prince d'Orenge qu'il n'en pouvoit rien espérer et ne pouvant faire estât asseuré dud. s' duc d'Alençon ; qui fut cause qu'estans arrivez vers luy, nous le rasseurasmes fort par le moyem des offres que nous luy feismcs de la part dud. s" prince; en la main et protection duquel, à sa perte, il résolut de se mectre en cflfect et secrètement touteffois entre luy et nous, pour la confiance qu'il avoit en la vertu et preud'hommie dud. s' prince de Condé; à condition touteffois (ju'il continueroit ouvertement en la négotiation qu'il

avoit commencée avec led. s' duc d'Alençon, pour n'incommoder les affaires des Estatz-Généraux. Et pour y commencer, il pria led. s' prince de le fortifier de deux enseignes de gens de pied, comme il feist incontinent; et luy envoya la compaignye du s' D'Ervillers* et une aultre, remectant à conclurre de tout, quand il plairoit aud. s'^ prince de Condé prendre la peine d'aller jusques à Cambray.

A mon retour à La Fère, laissant led. Sarrazin à Cambray, pour continuer la négotiation, et passant par la maison du s' de Valières, où estoit mon giste, en y allant el retournant, pour ce que led. s' de Valière faisoit contenance d'estre fort serviteur dud. s' prince et aspiroit au gouvernement de lad. ville de Cambray. je commençay à voir des signes de doubter de luy, n'espérant pas tant dud. s"" prince que d'estre logé en la citadelle de Cambray % comme il désiroit contre raison, n'estant convenable d'en déposséder led. s"" d'Inchy; et senty bien de sn femme, plus sage que luy, son ambition, et qu'il faisoit estât d'aller trouver led. s"" duc d'Alençon, dont je fei rapport aud. s' prince; lequel, après avoir envoyé lesd. deux compaignyes à Cambray et donné l'ordre requis pour s'asseurer des cappitaines de Boliain et Beaurevoir, me dépcscha en Aleniaigne pour advertir led. s' duc Casimir du succèz de ses affaires en Picardye et de sa négotiation de Cambray et luy faire rapport de ma négotiation d'Angleterre et luy déclarer les négotiations du roy, (|ui ne

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