‹ Mémoires inédites (volume 2)Chapitre 12 sur 84 · Le s. d'ErvillcM-s, gi'iililliomme d'Artois · texte numérisé non relu

Le s. d'ErvillcM-s, gi'iililliomme d'Artois

2. Phrase obscure que nous expliquons ainsi ; .... « je commençai à douter de lui (de Valières). qui perdait espérance d'obtenir le gouvonitMiient ilo la citadelle de Cambrai, comme il désirait»....

cherchoit (|u'à le tirer de La Fère et le renvoyer à S -Jehaii-d'Angcly ; que la royne vouloit à cet cffect conférer avec luy prez La Fère, mays qu'il estoit résolu de la garder, tant qu'il pourroit; qu'il sçavoit bien qu'on l'en vouloit oster, ou par négotiation ou par force, et que le roy de Navarre n'ayant consenty à sa venue en Picardye, il estoit bien adverty qu'il s'accommodoit avec le roy, pour faire naistre une guerre exprès, affin de l'assiéger là-dedans, si on ne l'en pouvoit tirer par l'entremise et négotiation de la royne mère; que led. s' duc d'Alençon y tenoit la main, craignant que son voisinage de Cambray n'interrompist ses affaires en ceste ville-là, en Flandres ; le priant, à ceste occasion, de prendre de bonne heure la résolution nécessaire en ce cas à son secours, et que, pendant mon voyage, il acheveroit son traicté avec led. s"^ d'Inchy pour Cambray; désirant que led. s"^ duc Casimir, comme tuteur du jeune duc de Bouillon', le disposast et ses terres souveraines à estre de la partye ; dont je jectay les fondemens, passant à Sedan, et trouvay led. s"^ duc Casimir à Lautern, où je congneu bien en conférence avec luy et Beutterich, qu'il estoit bien adverty des intelligences qui estoient entre le roy et led. s"" roy de Navarre; et sceu lors, au vray, que c'estoit par le moyem dud. s"^ duc de Guyse, lec|uel

1. Guillaume -Robert de La Mark, duc de Bouillon, fils de Robert de La Mark et de Françoise de Bourbon-Montpensier, né à Sedan, le l" janvier 1562, devint duc de Bouillon en 1574. Son inclination pour la réforme et la rivalité traditionnelle de sa maison avec les ducs de Lorraine le poussèrent à prendre les armes en 1586. Il reçut du roi de Navarre le commandement en chef de l'e.xpédition allemande de 1.587. Nous retrouverons ce prince dans le cours de ces Mémoires.

traictoit avec led. s' duc Casimir par l'entremise du s*^ de Malroy ' et faisoit de belles offres pour empesclier les efFectz de lad. intelligence, aultant dommageable aud. s"" duc de Guyse et à toute sa maison qu'à ceux du party dud. s*^ duc Casimir.

Et passa led. s"" Beutterich si avant vers moy que de me dire que, si mon maistre se vouloit bien résouidre, il y auroit belle place pour luy par le moyem de son maistre; qu'aussy bien led. s"^ roy de Navarre le trompoit, et, s'il le laissoit faire, [qu'jil le ruineroit du tout; que c'estoit là le vray moyem d'asseurer mon maistre à La Fère et autres places es environs, et de parvenir à Cambray, voire de l'eslargir encores davantage en la frontière de Champaigne et Picardie, et de faciliter une belle entreprise en Flandres; en quoy son maistre, en le faisant, mectroit le verd et le sec ; me déclarant ces choses par commendement dud. s"" duc, son maistre, lequel il me disoit davantage ne vouloir plus rien traicter avec led. s"" roy de Navarre; que je retournasse vers mon maistre avec ce secret -là en bouche et à mon retour j'apportasse sa résolution sur ce que dessus et que j'y trouverois le s"^ comte de Vignory',

1. Robert de Heu, seigneur de Maleroy, avait été quelque temps au service du prince de Gondé qui l'avait envoyé, en 1575, de Bâle en France (Vc de Colbert, vol. 399, f. •?2). Plus tard il passa au service du duc de Guise, puis du roi de Navarre. Il était beaufrère de Glervant.

2. François de QuiiKiuempoix, s. du Mais, comte de Vignori, fut Idesso mortellement d'un coup d'arquebuse, au siège de La Fère (juillrt-aoùt 1580). Il était le confident du duc dt> Guise. A la nouvelle de sa blessure, Guise prit la poste et se rendit auprès de lui, pour prévenir, dit-on, les confidences qu'il pouirail être tenté de faire à ses derniers moments (De Thou, liv. 72, 17/iO. 1. VI, p. 19),

de la part dud. s"^ duc de Guy se, et que lors toutes choses se pourroient fort bien accommoder contre les insincéritez dud. s' roy de Navarre et de ses serviteurs (ce sont les propres mots) , et qu'on asseureroit ceux du party de toutes choses raisonnables es mains de noz deux maistres, pour les provinces de deçà Loyre ; qu'ilz espéroient faire trouver cela bon pour le repos du party à ceux qui gouvernoient le navire à Sedan et à Genefve. Et fut ma dépesche récapitulée par led. s' duc Casimir en prenant congé, dont je promis faire fidèle raport et en diligence, leur protestant de la roupture de ceste négotiation, s'ilz en communiquoient avec ceux ausquelz ilz en vouloient parler , qui ne la gousteroient jamays. Hz estoient à la vérité bien advertiz des négotiations du roy de Navarre en court par ce moyen-là et mieux que led. s'" prince, auquel on les celoit pour ce qu'il estoit ennemy de telles pratiques et corruptions, estant si homme de bien que jamays il n'a voulu avoir intelligence contraire à son party.

Je dei aud. s"^ duc Casimir que cet affaire-là méritoit d'y bien penser, que j'en trouvois le fondement très bon de redresser une amitié entre les deux maisons de Bourbon et Lorraine, oster toutes défiances des deux partiz, et, par ce moyem, estouffer les humeurs des guerres civiles et se tourner contre ceux qui nourrissoient les dissimulacions et n'avoient aultre but que leur plaisir particulier, comme ces deux rois, abusant chacun ceux qu'ilz vouloient se reposer sur leur fidélité, et plus led. s'^ prince qu'aultre, auquel je l'avois bien faict congnoistre par mon rapport de toutes choses, depuis que je ne l'avois veu en partant de

S' Phal, près Troyes; mays qu'il y avoit subject de doubler en ceste négotiation qu'il y eust quel(|ue anguille soubz roche, et regarder à si bien asseurer le faict qu'on ne fèusl poinct trompé. Led. s*^ duc Casimir me deist que j'y serois présent, que son cousin et luy tiendroient les asseurances de ce traicté et que il esloit prest de conclurre du tout avec les colonelz du roy pour armer et se joindre tous ensemble soubz luy, pour servir à ung bon effect et à leurs payemens, que ce moyem-là estoit suffisant pour asseurer led. s' prince à La Fère et en son gouvernement et pour parvenir à Gambray, où, si ce traicté se faicl, led. s' duc d'Alençon ne pourroit plus passer et led. s"^ d'Incliy seroit forcé de se mectre entre ses mains, pour puis après faire plus en Flandres, selon que les occasions s'en présenteroient ; et sur ces dernières paroles il me dépescha.

Estant arrivé à La Fère, je ne trouvay pas le traicté de Gambray si advancé que j'espérois qu'il debvoit estre pendant mon voyage ; et ayant faict mon rapport aud. s"" prince, seul en son cabinet, je le trouvay assez bien disposé à sentir que c'estoit de ceste négotialion et y entrer en sa qualité* s'il y voyoit du fondement, déclarant quant à luy qu'il n'avoit jamais eu aultre désir que de voiries deux maisons en bonne amitié, et, de sa vie, n'avoit porté mauvaise volonté à la maison de Lorraine; que ce que disoit led. s' duc Casimir des deux rois estoit vray et ([u'eux, voulans ruiner tout le monde, méritoient (ju'on les en empeschast bien, et

1. G'est-a-dire : à sentir combien était importante ceste ncpociation et à v outrer...

qu'à cela il serviroit volontiers, selon le reng qui luy appartenoit; (|u'il désiroil sur cela me renvoyer en Alemaignc pour estre présent au Iraicté dud. s' comte deVignory, mays vouloitque auparavant j'allasse avec luy à Gambray, pour résouldre avec led. s"^ d'inchy, sur ce qui avoit esté continué en ma négotiation par le s"" Sarrazin, en mon absence. Et y alla led. s'^ prince au commencement de caresme et le s'^ de La Noue avec luy, où il fut receu honorablement et avec applaudissement de la bourgeoisie, et logé en l'hostel de l'évesque, n'ayant voulu prendre l'hostel S"^ Paul, apartenant au roy de Navarre, où il n'y avoit poinct de meubles.

Et s'y passa le traicté fort doucement et bien à propos', excepté que led. s"" de La Noue désira que par le dernier article d'icelluy le tout feust déclaré estre faict soubz le nom dud. s"^ duc d'Alençon, et, à faulte d'y vouloir par luy entendre, selon la nécessité de la place, que le tout demeureroit soubz le nom dud. s"^ prince seul. Je combati fort cet article du s" de La Noue, homme trop respectueux en affaire de telle importance, veu la congnoissance parfaicte qu'il avoit du mauvais tour que nous avoit joué led. s"^ duc, et remonstray que ce n'estoit que traisner son lien et qu'il estoit nécessaire que tout feust faict soubz le nom

1. Le baron d'inchy (p. 31, note 1) appartenait au parti du duc d'Anjou depuis le voyage de Marguerite de YaloivS à Canil»rai. Vers le commencement de l'année 1580, il traita avec le duc d'Anjou et reçut dans la place un corps de troupes françaises commandé par Jean de Monluc, seigneur de Balagny {Mcm. de Marg. de Valois, édit. Lalanne, p. 9 et 17. — De Thou, liv. 74, 1740, t. V, p. 785).

de l'ung ou de l'aultre seulement; si au nom dud. duc d'Alençon, que cela debvoit estre traicté par ses propres serviteurs, et que c'estoit rcmcctre led. s"" prince es liens et dangers desquelz il estoit sorty à bonne heure ; mays on me feist taire en me disant que ce n'estoit qu'une excuse au bout dud. traicté seulement, m'asseurant en particulier led. s'd'Inchy que ce n'estoit de sa part que pour contenter les Estatz et led. s' prince d'Orenge et qu'en efîect ayant eu cet honneur de voir led. s*" prince et congnoistre sa preud'hommie, il estoit du tout à luy, et à aultre qu'à luy ne pourroit avoir affaire, estant si voisin et de telle authorité qu'il ne pouvoit avoir faulte de ce qui seroit en sa puissance. Et je luy répliquay qu'à luy appartenoit de se bien résouldre à cela, et que, s'il prenoit l'aultre party, il ne seroit pas long temps sans avoir tout loisir de s'en repentir, comme led. s' prince et tout son party. Tout le monde demeura muet, excepté moy, qui ne me pouvois contenter de voir encor mon maistre servir à celuy qui l'avoit si mal recongneu que de le vouloir enfermer en la tour de Bourges'. Et nonobstant toutes mes remonstrances, cela se passa ainsy, par la mollesse dud. s"" de La Noue, lequel seul ne voulut aultrement signer le traicté; et fut son exemple cause de reh^oidir tous les aultres qui y estoient allez en aultre résolution. Et ne fuz pas aussy d'advis que led. s"" prince menast led. s' de La Noue, ayant depuis plusieurs années recongneu que les respectz dud. s' de La Noue avoient retardé et rompu beaucoup de bons elleclz. En retournant de Canibray, led. s' prince

l. Voyez i()ni(> 1. p. UO.

passa par Bohain , comme en allant il avoit pris son chemvn par Beaurevoir, asseurant ces deux places par l'aui^mentation de la garnison.

A nostre retour à La Fère, led. s"" prince voulut seul résouldre avec moy de l'affaire d'Alemaignc, dont je luy avois faict rapport. Il estoit fort mal content du roy et plus encor de la royne mère, qui estoit venue conférer avec luy en ung village, à my chemin de Ghauny* à La Fère, pour le renvoyer à S' Jehan d'Angely^ à quoy il n avoit voulu entendre, et se fîoit fort peu dud. s"^ roy de Navarre, qu'il congnoissoit luy porter envie et mauvaise volonté. Et pour ce se résolut de voir ce qui se passeroit en cet affaire d'Alemaigne avec le comte de Vignory; et, si il pouvoit voir clairement asseurez les poinctz que je luy avois rapporté, et le reng et honneur, qui luy appartenoient, bien gardez, pour estre le chef d'une réformation publique contre ceux qui souilloient Testât et le nom françois de toutes sortes de perfidies, vices et ordures, il seroit bien disposé d'y entendre et de s'unir et allier davantage très estroictement avec led. s'^duc de Guy se, pour coupper broche à tous différendz de religion et adviser ensemble à se garder chacun des mauvaises volontez qu'on leur portoit, mays surtout affin qu'il demeurast et feust conservé en la ville de La Fère et en son gouvernement.

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