‹ Mémoires inédites (volume 2)Chapitre 18 sur 84 · Birkenfeld et Langstadt dans le grand duché du Rhin · texte numérisé non relu

Birkenfeld et Langstadt dans le grand duché du Rhin

6. Le s. de Sickingen était le fils de Frantz de Sickingen. capi-

MÉMOraES DE LA HUGUERYE. 57

ceux de Metz, qui arrivèrent le soir en la ville (et avoient pris aulcuns des siens venans après luy) ; se louant ce bon gentilhomme, lors extrêmement malade, d'avoir cet honneur de recepvoir avant mourir en sa maison ung si grand prince; lequel, nonobstant sa grande maladie dont il mourut tost après, il feist recepvoir et traicter fort honorablement; et donna si bon ordre à sa conduite par chemins extraordinaires, qu'il arriva à Lautern seurementS où il trouva led. s"" duc qui le receut et feist loger. Et, ayant conféré ensemble de tout ce qui avoit esté traicté avec le comte de Vignory et trouvé tout semblable à ce que je luy en avois dict a son arrivée , survint led. s' de Guitry, venu seul par ung aultre chemin, lequel on ne cherchoit pas aussy, que led. s' duc ne veit pas volontiers, saichant trop le secret dessein de son maistre et le but de son voyage.

Cependant le comte de Vignory ne retournoit poinct et n'envoyoit poinct de ses nouvelles, sinon que Malroy excusa la longueur par ung mot de lectres, asseurant qu'il suivoit le duc, son maistre, qui estoit en voyage, pour le joindre et faire résouldre sur sa dépesche, mays nous congneusmes bien depuis que led. s"^ duc

taine allemand, originaire de Landstull, en Palatinat, célèbre par le dévouement qu'il montra, dès le commencement de la réforme, aux chefs du parti luthérien. Sur la maison de Sickingen, voyez Zu7' GescJuchte Von Sickingen, par Muench, 1827, 2 vol. in-8.

1. Gondé était arrivé le 4 juin 1580 à Freidelzheym, et écrivit de là deux lettres aux magistrats de Strasbourg : la première pour donner des explications sur sa nouvelle prise d'armes, la seconde pour demander un délai à ses créanciers. Ces deux lettres sont imprimées dans les Documents relatifs à l'Hist. de France, par M. de Kentzinger, t. I, p. 87 et 90.

de Guyse voyant les armes reprinses , comme il désiroit, s'estoit refroidy , pensant se servir de ceste guerrelà, sans cstre subject à aulcunes asseurances, et y faire assez ses affaires, sans passer plus oultre avec ces princes qu'il pensoit n'estre pas en bon estât pour entreprendre ce qu'il désiroit; en quoy il se trompa grandement, car c'estoit la plus belle occasion qu'il eust peu soubzhaiter; au lieu de quoy, contre son traicté, il se laissa aller jusques à estre de la partye du siège de La Fère, où il alloit et venoit, et avec luy led. comte de Vignory, lequel, pour le salaire de son insincérité en ceste négotiation, y ayant enfin esté tué, led. s' duc de Guyse, en estant adverty, y alla en poste, pour retirer tous les mémoires qu'il portoit tousjours avec luy de ceste négotiation et d'aultres, de crainte qu'ilz ne feussent veuz.

Le roy de Navarre estoit seul en armes', ne pouvant venir à bout de les faire prendre à ceux de son party, qui congnoissoient bien ses secrètes intentions et ne se fioient pas de luy ^ de sorte que, faisant le roy bonne mine avec luy, dressa toutes ses forces contre la Fère ^ Et, ne voyant ny Vignory ny Malroy ny de

1. Après uno déclaration menaçante (imprimée dans Lettres de Henri IV, t. I, p. 288), le roi de Navarre se mit en campagne. Dans la nuit du 4 au 5 mai, il attaqua la ville de Cahors et la prit après plusieurs jours d'un combat acharné. Ce fut le premier et le seul exploit de la guerre des Amoureux.

2. La Hochello et les villes protestantes du Languedoc réinsèrent de prendre les armes. Voyez Aubigne {Uist. lutiv.. 1(3'2G, col. 991).

3. Le 18 juillet, la ville de La Fère l'ut assiégée par l'armée royale sous le commandement de Matignon (Aulngné, Uiat. imiv.. 1626, col. 10201.

leurs nouvelles, led. s' prince se résolut de gaigner le temps et traitta et conclud avec led. s' duc Casimir, suivant la capitulation précédente. Et pendant que, selon lad. capitulation, led, s' duc Casimir préparoit sa levée, led. s' prince, avec son advis, résolut d'aller secrètement et en diligence en Angleterre après avoir dépesché le s' de Clervant, lequel s'estoit aproché de luy sans mandement, non sans soupçon, luy donnant de grandes espérances de trouver moyems d'avoir argent du duc de Savoye*, soubz certaines conditions, et de traicter avec ceux de Languedoc , Daupliiné et Provence, à mesme effect, laissant led. s' prince le s' comte de Laval, qui l'estoit venu trouver, près dud. s' duc Casimir, pour, en son absence, avoir soing de toutes choses, sans s'en attendre aud. Guitry, qui demeuroit seul, et duquel led. s' duc Casimir se mocquoit en effect ; mays il ne failloit pas d'advertir le roy, son maistre, de ce qu'il pouvoiL apprendre des secretz dud. s' duc et dud. s' prince, affin de haster la paix. Nous descouvrismes bientost après que l'espérance dud. S' de Clervant en Savoye estoit des deniers d'Espaigne^ soubz le nom de Savoye, ce qui procédoit de

\. Emmanuel-Philibert de Savoie, né le 8 juillet 1528, vainqueur, le 10 août 1557, du connétable de Montmorency à la bataille de Saint-Quentin, épousa, le 9 juillet 1559, Marguerite de France, s(Dur de Henri IL II mourut le 30 août 1580, au milieu de la campagne que raconte ici La Huguerye.

2. Bien que le roi eût plusieurs fois désavoué les entreprises de son frère en Flandre (voy. notamment sa lettre à Schomberg, 20 juin 1580, Vc de Colbert, vol. 400 non paginé), le roi d'Espagne ne croyait pas à ces désaveux et ne négligeait rien pour créer des embarras au roi de France. Les affirmations de La Huguerye, racontant que Philippe II subventionnait les huguenots, sous le couvert du duc de Savoie, demandiM'aient à être confirmées.

l'intelligence estroicte du s' de Lcsdiguières * avec le duc de Savoye, près la personne duquel il avoit ung gentilhomme ordinaire, y ayant tousjours continué depuis les affaires du mareschal de Bellegarde^; et m'asseuray bien lors que cela ne se pourroit pas résouldre avec led. vS"" prince, sinon soubz le masque du nom du duc de Savoye, duquel Glervant disoit avoir bonne asseurance.

Le voyage dud. s' prince en Angleterre fut résolu sur ce qu'on congneut que quiconques il y envoyroit seroit traversé par les pratiques du roy de Navarre et du duc d'Alençon, soubz le prétexte des affaires des Pais-Bas, et (|uc la présence dud. s*^ prince, assisté d'ung embassadeur dud. s"^ duc Casimir, pourroit remédier à cela; pour quoy led. s' prince, propre à entreprendre toutes choses les plus hazardeuses du monde, quand il y voyoit de la raison, se mist en ce voyage avant la S' Jehan, luy neufiesme, dont j'estois l'ung, passa par la Rolande et Zélande, sans estre congneu, et arriva au port de Margat ' à l'emboucheure

1. François de Bonno, soigneur de Losdigiiières, né en Daupliiné lo l^"" avril 1543, devint le chef des protestants du Dauphiné en 1577, maréchal de France en 1608, duc et pair en 1611, connétable en 1621. Il mourut le 16 septembre i6'26.

2. Roger de Saint-Ijary de Bollegarde, geiifillutmnie provençal, lieutenant de la compagnie du maréchal do Tliernies, son oncle, maréchal de France en 1574, s'empara moitié par ruse, moitié par force, avec la complicité du duc de Savoie, du marquisat de Salaces et s'y rendit presque indépendant. Il mourut eu 1579 l)endaut ses négociations avec la reine-mère, de la gravelh», suivant Dupleix (///,s7. de Henri III, p. 77), empoisonné, au dire de la j)luparl des historiens. Voyez Secousse, Mémoires lu'st. sur Ihuicr de Bcllcgarde, 1764, in-12.

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