Démonte, place forte du Piémont
led. Demont. Et, en ce fiaisant, nous conduisit led.Morette, de propos dôliliéré, entre deux embuscades des soldats de lad. garnison, desquelles la première nous ayant laissé passer, nous trouvasmes investiz. Et ne peusmes faire mieux que de nous faire mener aud. Demont dévalisez et logez en une hostellerie, avec ung corps de garde ordinaire en icelle; où, ayant pris congnoissance du cappitaine Jehan Baptiste, qui commendoit en lad. garnison, sur les remonstrances que je luy fei que nous estions gentilzliommes francoys, retournans d'Italie et désirans en nostre retour voir Avignon, me permist d'envoyer vers le s"" de S' Michel , leur chef, estant lors en la ville de Coniz, où il se faisoit penser d'une arquebusade au genoil, me donnant espérance de toute courtoisie de sa part. Et de laict, y fut envoyé led. s"^ Sarrazin, lequel sceut si bien pratiquer led. s'" de S' Michel qu'il ordonna que nous feussions renvoyez libres et que tout nous feust rendu. Pendant le voyage dud. s' Sarrazin, ce qui me pesoit le plus en cet inconvénient estoit la personne dud. s"^ prince, que je craignois estre descouvert, pour ce que le s' de La Valette* estoit là auprès, à Rhenel, aud. marquisat ; lequel avec le temps en eust peu estre adverty, pourquoyje ne nie contentaypas delanégotiation dud. s"^ Sarrazin. Et trouvay nioyemde prati([uer plus estroictement led. cappitaine Jehan Baptiste pour nous mectre hors de là en une nuict ; et le gaignoy si
1. Boruard doNogaret, seigneur do la Valette, né en 1553, amiral de France, gouverneur du Dauphiné, frère aine du célèbre duc d'Epernon. Il fut tué d'une arquebusade au siège do Roquobrune. en Pro^once, le H février 159-2. Il no laissa pas d'enfants de sa femme, Amie do Datarnay du lîoucliago.
bien que, si led. s"" de S' Michel eut faict le long ou le rétif, il nous eust mis dehors, en une nuict, par le nioyem que j'avois traicté avec luy de faire donner une faulse alaiMiie de nuict et envoyer les plus mutins à la guerre, affin de n'avoir aulcun empeschement à nostre partement. Led. s"^ prince se venoit ordinairement reposer près de moy sur ma paillasse et y coucher, pour apprendre secrètement de moy comme ma négotiation se portoit ; et jouoit fort bien son personnage, se mectant le dernier à la table et contrefaisant le valet. Je l'asseuray que d'une sorte ou d'aultre il seroit bientost hors de ceste peine.
Et de faict arriva led. s' Sarrazin, avec commendement aud. cappitaine Baptiste de nous mectre en liberté et nous faire restituer tout ce qui nous avoit esté osté; et avoit donné ordre pour la seureté du passage dud. s"" Beutterich, qui venoit après nous. Les mutins qui nous avoient arresté et dévalizé et en espéroient encores plus de prouffit envoyèrent en diligence vers led. s' de S' Michel, leur caporal, avec tous les papiers qu'ils avoient trouvé dedans les besongnes de nuict dud. s^ de Glervant et de Vignoles*, cappitaine des gardes dud. s"" prince, pour empescher nostre liberté, comme il eust faict, ayans lesd. s''*' de Glervant et de Vignoles faict une très grande faulte, le premier de porter des mémoires de sa levée et l'aultre le rolle de sa compaignye de gardes ; mays Dieu nous favorisa tant que led. cappitaine Anselme, adverty de
\ . Benjamin de Vignoles est signalé dans une note de M. Berger de Xivrey comme chevalier de l'ordre du roi et maître-d'hôtel du comte de Soissons [Lettres de Henri /F, t. I, p. 586).
nostre accident, feist une entreprise pour nostre délivrance , laquelle nous ne cherchions pas avec les armes, à cause de la personne dud. s"" prince; et estant à la guerre rencontra led. caporal, qu'il print prisonnier avec tous led. pappiers. Et cependant je pressay led. cappitaine Baptiste de faire donner l'alarme la nuict et mectre hors les mutins à la guerre, et, en obéissant au commendement dud. s^'de S' Michel, nous faire sortir, comme il feist avec tout ce qu'il nous peust faire rendre.
Et, estans à demye lieue de là, rentrez es terres dud. s"" duc de Savoye, avant le retour desd. mutins, nous nous trouvasmes si despourveuz d'argent que n'avions pas de quoy faire ferrer noz chevaux, dont advint que, passant le mont de L'Argentière', duquel la cime est unie comme ung pré et ayant fort gelé, mon cheval vieux ferré glissa des quatre piedz et faillit à me rompre une jambe ; et le premier qui me secourut fut led. s"" prince qui mist pied à terre. Nous arrivasmes à Barcelonnette et de là à La Tour de Seyne % où le cappitaine La Briole^ gouverneur dud. lieu, receut led. S"" prince et l'accommoda de ce qui l'ut en sa puissance, et nous prépara le passage de la Durance, sur le bord de laquelle rivière led. s"^ de Lesdiguières nous envoya bonne escorte pour passer au devant de Talard ^
i. L'Argentière, dans le département des Hautes-Alpes.