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Le massacre de la S.-Bartliélemv

tousjolirs fidèlement adverty; que ce n'estoit poinct une occasion digne de son honneur, nonobstant les belles et advantageuses offres à luy faictes par les quatre membres du comté de Flandres*; que j'avois trop certaine congnoissance des secretz dud. s"" prince d'Orenge, que j'avois manié l'espace de trois ans, pour croire que son intention soit de rien faire pour aultre que pour luy : et, quelque bonne mine qu'il face aud. s"^ duc d'Alençon, ce n'est que pour s'establir et puis le renvoyer honteusement, sur le prétexte de la moindre faulte qu'il fera.

Tout cela pleut fort aud. s' prince. Et me commenda de faire ung discours sommaire de ceste substance et l'envoyer partout avec les coppies desd. articles et ses lectres sur ce subject, très pertinentes; comme je téi, et en diligence, affin de prévenir ceux que led. vicomte vouloit envoyer de toutes partz, exhortant par le mesme moyem tout le monde à haster le fondz ordonné, comme de faict cela l'advança beaucoup. Et, pour le soulagement du peuple, fut traicté par tous ceux que led. s"" prince avoit dépesché par les diocèzes à cet effect que led. fondz seroit faict double, l'ung des bourses particulières, en leur délivrant pour leur desdommagement aultant de quintaux sel qu'ilz fourniroient d'escuz, et l'aultre en vendant en gros le sel qui resteroit encores, cela faict, es salins de Peccaix. Et, sur ceste dépesché, nous eusmes de tous costez responce telle que désirions, avec mille plaintes, que

1 . Les quatre membres de Flandre étaient les quatre districts du comté, Ypres, Bruges, Gand et le pays libre ou le Franc (Motley, Hist. de la fond, des Provinces \mies, t. IV, p. 175 et Î80).

de toutes partz on faisoit aud. s' prince, de ce que Icd. roy de Navarre avoit si libéralement, sans leur consentement, taillé et rongné de leur honneur, vie, biens et seureté; que jamais il ne leur estoit advenu d'avoir donne telle puissance à personne quelconque, suppliant très humblement led. s' prince, aussy maltraicté (ju'eux, de les vouloir assister de son authorité, pour les conserver, et l'asseurans de vivre et mourir tous à ses piedz.

Sur ceste résolution-là led. cappitaine Merle vint trouver led. s*" prince, auquel il feist ung présent de six beaux muletz qui vindrent à propos, estant led. s"^ prince fort incommodé, le suppliant très humblement de se vouloir maintenir avec asseurance, que luy seul, ses places garnies, le suivroit et serviroit partout avec trois mil hommes de pied et de trois à quatre cens chevaux. Et, pour le faire court, on crioit de toutes partz à l'ayde et au meurtre contre ce traicté de paix, appelle communément, par ceux qui en congnoissoient le but, le Monopole de Coutraz, où il avoit esté Ikict*.

Le vicomte, ayant eu le vent de ces dispositions-là contre luy et sa charge, vint retrouver led. s"" prince, lef|uel ne luy en voulut encores rien dire, l'asseurant seulement (ju'il avoit dépesché partout et faict, en prince d'honneur et véritable, tout ce qui estoit de son debvoir sur le faict de son voyage, dont il attendoit les responces, pour sur icelles prendre résolution de

I. i,a conl'éioiici' lU- Coulias (voyez p. 83, note) avait pour objet de résoudre les (juostions laissées en suspens par le traité de l'^leix (26 nov. 1580). La Bibliothèque nationale conserve dans le vol. 15871 ilu fonds français une série de pièces sur cette conférouco.

ce qu'il auroit à faire; ayant led. s"^ prince résolu de ne luy dire que cela pour ceste fois-là. Qui fut cause que led. vicomte, après avoir encores remonstré aud. s"" prince que Gambray se perdoit, s'il n'estoit bientost secouru^, résolut, en attendant lesd. responces, de retourner vers led. s"" duc de Mommorency, son oncle, pour disposer l'affaire de la paix près de sa personne (mays en effect pour se plaindre , comme il feist de bouche aud. s"" duc, son oncle, par une dépesche, qu'il n'avoit osé bazarder près led. s"" prince, vers lesd. s" duc d'Alençon et roy de Navarre, ainsy que nous en feusmes incontinent advertiz), et prendre ad vis de sond. oncle et ordre de ses maistres du moyem propre à remédier à toutes ces difficultez-là. Et, avant partir, il redépescba en Daulphiné led. Locques, qui en estoit fraischement retourné , où il trouva tout le monde plus résolu que devant à tout ce qu'ilz avoient promis aud. s"" prince, depuis ses dernières dépesches, lesquelles led. Locques trouva moyem de voir par Calignon (qui estoit double, et, faignant estre fort serviteur dud. s"" prince , descouvroit ses lectres et affaires aud. s'^ roy de Navarre) ; et les ayant leu toutes escriptes de ma main (ne m'estant jamais fié d'ung clerc en affaires secrètes) , une partye signée dud. s"^ prince et partye de moy seul, par son exprès commendement, n'advança guères néantmoings au préjudice d'icelles par toutes les tentatives et corruptions, dont il peult user par l'advis dud. Galignon ; dont led.

1. Cambrai était assiégée par le duc de Parme et réduite aux dernières extrémités. Elle ne fut secourue par le duc d'Anjou qu'au mois d'août de l'année suivante (De Thou, liv. 74, 1740, t. VI, p. 106). Voyez la note 1 de la p. 13(i.

\m MÉMOIRES DE LA HUGUERYE.

s"^ prince fut aussy tost adverty et de ne fier plus rien de ce qu'il traictoit aud. Caiignon. Et prouffitèrent aussy peu les mignons et bouffons dud. vicomte, rju'il avoit laissé à Nismes, des amourettes et pratiques desquelz nous estions advertiz, à toute heure, de sorte qu'à son retour à Nismes il n'y trouva pas le progrèz qu'il espéroit en sa négotiation.

La dépesche que, par l'advis dud. s' duc, son oncle, il avoit faicte aud. s"" duc d'Alençon et au roy de Navarre, de laquelle n'eusmes advertissement qu'en gros que c'estoit sur ung moyem qu'on avoit jugé propre pour faire dud. s"" prince ce qu'on vouldroit, jus({ues à la responce qu'il en receut, fut envoyée en poste; et, sur sa responce, il pressa encores plus fort qu'auparavant led. s"^ prince pour l'exécution dud. traicté de Coutraz, par lectres desd. s""^ duc d'Alençon et roy de Navarre, qu'il délivra aud. s'^ prince. Lequel, ayant eu de touz costez responce contraire à cela, plaines de plaintes et mescontentemens de se voir si mal gouvernez et leurs affaires si indignement traictez, qu'il sembloit qu'on n'eust aultro but que de les des- |)ouiller de toute seureté pour les exposer en proye, les communiqua aud. vicomte, qui en fut fort esbaliy et très marry, se plaignant aud. s' prince de ce qu'il disoit sçavoir bien qu'on traversoit par lectres toutes sa négotiation, divertissant tout le monde do la paix; qu'il ne parloit poinct par cueur et avoit, disoit-il, si bonnes confidences c|u'il avoit eu communication des lectres originales.

J'estois présent, quant il tint ce propos; et, ayant veu, à son regard et contenance, qu'il jectoit ceste pierre en mou jardin, je prins la parole comme ayant

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la charge de tous les affaires près de mon maistre, et, m'adrcssant aiid. s"" prince, je luy diz que je voyois bien à la mine dud. s*" vicomte, conforme aux advis que j'en avois, que c'estoit de moy qu'il entendoit parler et m'imputer l'empeschement de ses affaires; suppliant led. s"" prince me rendre tesmoignage, comme à son fidèle serviteur, si tout ce que j'avois escript estoit pas procédé de son commendement exprès, duquel je n'estois que ministre , ne montant pas mon humble obéissance et fidélité en son service d'estre recongneue de propos indignes, en sa présence, ou, s'il ne luy plaisoit en prendre la peine, me permettre, comme à son très humble serviteur et non d'aultrc, que je représentasse mon registre, lequel j'avois en main, auquel on trouveroit toutes les minutes de ce qui estoit sorty de ma main, pour vérifier le contenu du propos dud. vicomte (adjoustant que celuy qui luy avoit monstre les lectres dud. s"^ prince et de moy, que je congnoissois de plus longtemps que luy et dès ses estudes à Paris, avoit faict ung tour à son maistre et aud. s"" prince, digne de la barbe qu'il porte), en ne faisant touteffois paroistre chose que nous voulions estre cachée, led. s*" prince ayant de l'authorité assez pour faire congnoistre à tout le monde qu'il n'a en tout cela faict que son debvoir.

Et sur ce, led. s' prince me couppa la parole, et, s'adressant aud. vicomte, luy deist en cholère que je ne faisois rien en cela et tous ses affaires que par son exprès commendement, qu'à luy seul j'avois à obéyr et rendre compte de mon debvoir, et que , si en cela il y avoit quelque chose qui ne luy pleust, il s'en adressast à luy-mesme avec l'honneur et le respect

(|u'il luy doibt, luy exhibast les lectres dont il disoit avoir coppie, et (ju'il luy feroit telle responce qu'il auroit subject d(; n'en plus parler. Je reprins la parole, remerciant très humblement led. s' prince du tesmoignage de vérité qu'il luy avoit pieu rendre de sa propre bouche à ma descharge et justification, et le suj^pliant me permettre de respondre moy-mesmes aud. vicomte et luy monstrer, comme je ici, qu'il se plaignoit de saine teste; que led. s"^ prince sçavoit trop mieux que luy ce qui estoit de son debvoir au général et de son intérest particulier, en son reng et affaire, pour les conduire et mesnager par sa prudence et non par aulcunc passion ou ambition pai'ticulière; comme toutes ses actions en avoient rendu et rendoient tous les jours preuve suffisante en tant de hazardz et pertes qu'il avoit couru et supporté, pendant que les aultres estoient à leur aise, prenoient leurs plaisirs et faisoient leurs affaires particuliers, à leur contentement, aux despens d'aultruy ; que je pouvois dire encores plus que, si led. s"" prince n'eust eu le cueur plus désireux du bien et repozde ccste couronne que d'aultres, il n'eust mesprisé tout fraischement les grandz moyems qui luy ont esté présentez pour la conservation de ce party et de son reng et affaires particuliers en ce royaulme; en ayant que trop de subject pour se voir tellement négligé que de n'avoir pas seulement daigné luy faire part d'ung traicté auquel il a, selon son reng, aultant d'intérest qu'ung aullre, voire de l'avoir fiiict exprès, sans luy, j)()ur le rendre l'idicule aux princes estrangers, avec lesqncl/ il traictoit pour le secours du jiarty, du consentement de tous ceux qui y ont intérest.

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Led. vicomte sur ce m'interrompit le propos et se voulut eschauffer en paroles; mays led. s"^ prince, me faisant signe de le laisser parler, deist aud. vicomte que tout ce que je venois de luy dire estoit véritable, qu'il ne falloit poinct desguiser les matières et que luy vicomte le sçavoit très bien, estant l'ung des premiers autheurs et conseillers d'icelles procédures, et qu'il luy feroit paroistre et à tous ses compaignons qui il estoit et ce qu'ilz luy debvoient, s'asseurant qu'en cela led. vicomte et ses compaignons ne seroient portez de personne contre luy.

Ce fut au vicomte à filer doux, voyant led s"" prince entrer en cholère contre luy pour le contrerolle qu'il avoit voulu faire de ses lectres et dépesches. Et luy commenda dès lors led, s"" prince de ne se mesler plus de contreroller ses actions ny celles de ses serviteurs; aultrement il luy feroit congnoistre qu'il luy en desplaisoit; qu'il feist sa charge et ne se meslast d'aultre chose ; qu'on sçavoit bien qu'il ne s'estoit retiré en ce party que de peur de perdre la teste en l'aultre'; qu'il se gouvernast sagement, se gardant de plus mesprendre, après tant d'advertissemens. A quoy le vicomte ne respondit aultre chose, sinon qu'il estoit homme d'honneur; filant au reste doux au possible, et suppliant led. s"^ prince de vouloir donc regarder à ce qui se pourroit faire sur sa dépesche, et le renvoyer. Led. s*" prince répliqua que ce n'estoit poinct son

1. Allusion au rôle joué par Turenne dans la conspiration des Politiques. Le roi avait voulu le faire arrêter (De Thou, liv. 57, 1740, t. V, p. 37).

UrO ^MÉMOIRES ])E LA HUGL'ERYE.

aiîaire particulier, mays ung affaire général, apartenant à tous, de la seurcté desquelz il ne pouvoit et ne vouloit avec raison disposer, à son plaisir; et puisque, par toutes les responses qu'il avoit, il voyoit tant de plaintes si justes de ce traicté de Coutraz, duquel il pressoit la publication avec tant d'insolences et importunitez, il ne pouvoit moings faire que de convoquer les Estatz du pais pour délibérer de leurs affaires et résouldre ce qui se trouveroit raisonnable; qu'il en téroit la dépesche au plus brief jour que faire se pourroit; s'il vouloit attendre, il en verroit l'issue, sinon il s'en pourroit retourner; et led. s"^ prince escriproit à ceux qui l'ont envoyé, par luy, à son retour. Geste responce fut faicte par led. s"^ prince aud. vicomte de l'advis des plus sages et authorisez en lad. province, et qui avoient telle part èsd. assemblées qu'ilz les adressoient et dirigeoient où le bien des affaires généraux requéroit; joinct que ceste procédure estoit très honorable aud . s' prince et à sa descharge envers tout le monde.

Led. vicomte préveit bien de ceste résolution une grande longueur et difficulté à parvenir à ses fins, en telle assemblée, si l'esprit dud. s"^ prince n'estoit préalablement modéré et disposé au désir desd. s'^ duc d'Alençon et roy de Navarre; et, n'y voyant aultre meilleur expédient que de renouer la poursuite du mariage dud. s"" prince avec madame la princesse de Navarre, qu'il sçavoit estre sur toutes choses désiré par led. s"" prince, et qu'il avoit empesclié tant ([u'il avoit peu, il feist artificieusement intervenir ung gentilhomme, comme venu exprès en poste avec lectres de

la royne de Navarre* et de lad. princesse aud. s' prince, que led, vicomte avoit receu avec sa dernière dépesche de Nérac, et les feist présenter par led. gentilhomme aud. s"^ prince. Les lectres de la royne de Navarre estoient en somme plaines d'asseurance de son amitié et des bons offices qu'elle désiroit luy faire et faisoit à toutes occasions, en ce qu'elle sçavoit luy estre très agréable. Et y avoit si heureusement advancé qu'il verroit par les lectres joinctes aux siennes, qui estoient escriptes de la main de lad. princesse, qu'il ne tiendroit plus qu'à luy qu'il ne feust content, y ayant disposé le roy son mary ; exhortant led. s'^ prince, par l'amitié qu'elle luy portoit, d'apporter de sa part à ung si bon œuvre tout ce qui pouvoit deppendre de luy; ne voulant pas, quant au reste, entreprendre de luy faire des remonstrances, mays bien luy dire et asseurer que le roy son mary et luy, en cédant ung peu au temps, advanceroient en peu d'années plus les affaires de leur party, par leur seule authorité, qu'ilz n'avoient jamais faict avec toutes leurs armes.

Les lectres de lad. princesse estoient plaines d'amitié et de désir de le voir pour une bonne occasion, louant Dieu de ce qu'il l'avoit conservé parmy tant de périlz, pour une bonne fin, etc., en termes obscurs et généraux, mais assez intelligibles et propres au but auquel elle tendoit, de tirer led. s'" prince hors de la province de Languedoc et l'attirer à eux. Ces lectres receues par led. s"^ prince, ung peu, pour ne mentir, trop subject à vanité, il ne se peult tenir de joye d'en

1. La reine de Navarre était alors à Nérac avec son mari. Voy. les Mémoires de Marguerite de Valois, édit. Lalanne, p. 171 et suiv.

communiquer la substance à plusieurs des siens , lesquels ne voyans pas plus loing (jue leur nez (pour estre scrvy et suivy de peu de gens d'entendement), comme j'ay dict, usans de leurs tlatteries ordinaires, luy applaudissoient comme de chose desjà faicte, l'exhortant à faire diligence de son costé et prendre aux cheveux l'occasion qu'il avoit si longtemps désirée.

Je me trouvay d'advanture, sur la fin de ces discours, en la chambre dud. s"" prince, pour les affaires de ma charge ; lequel ne faillit à me donner incontinent lesd. deux lectres, et, me menant en sa garderobe, me commenda de les lire; quoy faict, il m'interpréta luy-mesmes l'obscurité des motz et phrases que j'entendois assez, car souvent il m'en avoit parlé, se plaignant des traverses qu'il recepvoit en cela par led. vicomte et le secrétaire La ^larsilière, et, sur tous, par lesd. s"" et dame roy et royne de Navarre.

Et, comme j'apperceu led. s' prince ung peu esmeu d'espérance, et, après que luy-mesmes m'en eut aussy descouvert sa pensée, voyant qu'il commençoit à bransler sur ung fondement si fresle et mal asseuré, je le suppliay me permettre de luy dire là-dessus ce que je congnoissois appartenir à son service ; comme il me deist lors que, à ceste intention, il m'avoit délivré lesd. lectres et m'en avoit communiqué à j)art. Et lors, je luy remonstray l'advis qu'il avoit eu en général de la dépesche receue par led. vicomte, pai' le moyem de madame de Théligny, qui en avoit eu lectre de madame de IVcquigny', dame d'honneur de la

\. La (lame de Pecquitrny, femme d'un gentilhomme de la maison d'Ailly, de Picardie, avait accompai,'ue Marguerite eu Cias-

royne de Navarre ; quel jugement luy-mesmes avoit faict de la substance de lad. dépesclie, et de la peine en laquelle lesd. s" due d'Alençon et roy de Navarre estoient, pour trouver moyem de le retirer de ces provinces et le faire consentir à leurs traictez et intentions; qu'il estoit sans aulcun doubte que cest expédient-là estoit le plus puissant pour y parvenir ; que la seconde partye des lectres de la royne de Navarre luy descouvroit assez où tendoit la première; et, quant aux lectres de lad. princesse, qu'elles manifestoient fort le mistère et levoient le masque , quelque artifice et obscurité qu'il y eust ; que mon debvoir ne me permettoit pas de luy celer ce que je prévoyois de ceste comédie : sçavoir que, s'il faisoit ce qu'on vouloit, on ne feroit pas ce dont on luy donnoit espérance ; et que, s'acheminant sur ceste foible occasion, comme il avoit recongneu la fin de l'offre de la lieutenance du duc d'Alençon , il se trouverroit entre deux selles le cul à terre, perdroit l'amitié, secours et faveur de ces trois provinces et s'en iroit réduire à S' Jehan d'Angely, comme en une prison, soubz l'authorité dud. s' roy de Navarre, duquel il recepvroit mille traverses, pour le moings, s'il ne mectoit sa personne en hazard ; et que tost ou tard je ne prévoyois aultre chose que le danger de sa vie, par mille artifices dont il ne se pourroit garder; mays que, s'il vouloit bien mesnager ceste ouverture et la prendre du bon biez, avant que s'embarquer légèrement et sur des paroles de deux

cogne et était devenue sa confidente. Voy. les lettres de cette princesse à la suite de ses Mémoires, édit. de la Soo. de L'Hist. de France, p. 198 et suiv.

114 MÉMOIRES df: la huguerye.

princesses qu'il con^noissoit bien, il en pourroit sonder la vérité par la fidélité et dextérité d'ung bon serviteur qu'il y pouvoit envoyer, tel que je lu\ nommerois, qui ne luy feroit poinct de faulte (c'estoit Sarrazin, son secrétaire, homme sage et bien advisé), pour en parler à toutes deux, à bon escient, sur le subject de leurs lectres, et, selon ce qu'il descouvriroit en leurs propos et contenance, prendre l'occasion d'en parler au roy de Navarre, duquel, s'il voyoit la volonté conforme à celle de sa seur, il le pourroit asseurer de sa part que, comme par le droict de nature il n'en pouvoit mieux disposer, qu'aussy il luy en auroit à jamais une si estroicte obligation qu'il s'efforceroit de luy faire humble service toute sa vie et de luy rendre ung singulier contentement, en toutes ses actions, èsquelles il n'auroit jamais aultre but que de luy complaire. Et, si là-dessus led. s"" roy, passant plus oultre, désiroit la présence dud. s"^ prince pour cet efifect, il luy pourroit faire remonster par led. s"" Sarrazin que telle seroit sa volonté, s'il n'avoit donné sa parole à ces trois provinces de ne s'esloigner d'eux. Et, se voyant hors de son gouvernement, dont il avoit encores fraischement esté contrainct se retirer, il luy sembloit qu'il ne se pourroit plus seurement, honorablement et commodément loger qu'èsd. provinces, et en icelles luy faire pour le moings aultant de service qu'aultre quelconque, qu'il y pourroit commettre; que luy estant si proche et le désirant encores de plus près lier à son amitié, il espéroit aussy tant de faveur de luy qu'il auroit cela pour agréable, dont luy tireroit plus de service et Madame sa seur plus d'honneur et de contentement. Que sur ces discours, ou il doscou-

vriroit aisécment ce que je luy diz, (ju'on le vouloit seulement retirer desd. provinces par ceste vaine espérance, ou que, si c'estoit à bon escient, il en tireroit reftect plus asseurément, demeurant èsd. provinces qu'en s'en retirant, lorsqu'on n'auroit plus à faire de luy; et, qu'estans luy et lad. dame princesse ensemble, led. s' roy prendroit toute confidence de luy, pour le gouvernement de ce qui deppend de leur aucthorité èsd. provinces.

Led. s'" prince me feist cet honneur de louer en ce discours mon affection à son service et d'en recongnoistre la vérité, m'asseurant que, quand bien pour les affaires généraux il luy conviendroit d'aller plus oultre, que ce ne seroit plus loing que Montauban, ville de lad. province de Languedoc, où le roy de Navarre, pour rabiller la faulte qu'il a faicte, seroit enfin contrainct de convoquer tous les depputez du party, pour délibérer et résouldre de nouveau du faict de la paix* ; que, s'il ne s'y trouvoit, les affaires publiques et les siens ne s'en porteroient pas mieux , pour ce que led. s"" roy trouveroit mille moyems de se faire advouer, mays qu'allant jusques là et y menant lesd. depputez desd. trois provinces, avec asseurance qu'il leur donnera avant partir de n'aller plus avant et de retourner vers eux, il maintiendra la liberté des opinions desd. depputez, empeschera qu'aulcun n'entre en l'assemblée sans pouvoir et procuration (comme

1 . Les états protestants furent en effet convoqués à Montauban pour le mois de mai 1581. Plusieurs lettres de Henri III à du Ferrier révèlent l'inquiétude que lui causait cette assemblée {Ncgociations du Levant, t. IV, p. 32 et 45).

led. s"^ roy de Navarre avoit acoustumé y faire entrer plusieurs gentilzhommes pour contrepoiser et surmonter en nombre les voix desd. depputez) ; et y apportera par son autliorité vers led. s"" roy et toute l'assemblée telle modération que le cas requerra; et avec cela traictera luy-mesmes en ce lieu-là dud. mariage; le conclurra, si c'est à bon escient, sinon et en tout cas retournera icy en la mesme résolution qu'il a prins avec lesd. provinces pour sa demeure, dont il leur donnera sa promesse par escript, de sa main, avant partir; que toutefFois il n'estoit besoing de leur parler de cela ny de son partement, duquel il seroit assez temps d' ad viser après lad. assemblée des Estatz naguères convoquée, selon le mérite de la résolution qui y pourra estre prise en peu de jours ^

Je recongneu bien qu'il n'y avoit moyem de retenir led. s"" prince et que ce seroit le moings qu'il feroit d'aller jusques à Montauban, et luy diz seulement que, bien que sa résolution bien suivie et sans changement n'eust pas beaucoup de danger, si est-ce que je tenois pour tout asseuré que, quand il seroit a Montauban, il ne seroit pas en sa puissance de s'excuser de passer oultre; que d'ung costé on le presseroit de voir lad. princesse et puis après d'aultre part de voir led. s' duc d'Alençon, à Coutraz, d'où tout doucement on le renfermeroit dans S' Jehan d'Angely, pour y souffrir toutes les indignitez du monde et courir entiii risque de sa vie; qu'aux affaires de princes de sa qualité il faloit préférer la seureté évidente aux apparences incertaines; le suppliant d'y bien penser, d'aultanl qu il y alloit de sa ruine; ce qu'il me promist faire.

Et cependant je traictay avec le s' de Serres* qu'il tint la main en lad. assemblée 'd'éviter l'occasion d'envoyer des depputez, s'il estoit possible, ains qu'en icelle on résolut seulement les poinctz qu'il estoit nécessaire d'adjouster aud. traicté de Coutraz, pour le regard de lad. province de Languedoc, et de négotier avec les deux aultres provinces qu'elles se gouvernassent de mesme ; et sur ce, avec les adveuz requis de tout ce qui s'estoit passé èsd. provinces depuis led. traicté de Coutraz, on dépeschast de chacune province ung depputé seulement, pour le requérir dud. s*^ roy et duc d'Alençon, s'il estoit besoing ; faisant congnoistre aud. s*^ de Serres le danger qui proviendroit d'une convocation d'assemblée générale pour cet effect, en quelque lieu que ce feust, pour ce qu'on tascheroit d'y attirer led. s"^ prince, pour le leur oster (sans luy rien déclarer davantage, car c'estoit le plus afïectionné à la demeure dud. s"" prince èsd. provinces, et (jui craignoit le plus le partement d'icelluy, et avoit plus de crédit en l'assemblée) ; que plus tost on ne se rendist pas difficile en quelques aultres poinctz, d'aultant que la présence seule dud. s"" prince èsd. provinces asseureroit toutes choses.

Led. s' de Serres, auquel j'avois tenu ce propos à part, en recongneut bien l'importance et approuva ceste procédure, doubtant fort touteffoys qu'entre tant de depputez de lad. province de diverses humeurs on la peust aiséement faire gouster, sans descouvrir le

1. Serres, nom représenté on Languedoc, vers 1581, par plusieurs personnages appartenant au culte réformé. Nous croyons que La Huguerye désigne ici le ministre protestant que YHist. du Languedoc signale comme un des chefs du parti (t. V, p. 383).

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danger (ju'il y avoit, fors par ce remède du parlement dud. s*^ prince, qu'il n'estoit expédient de divulguer, mays qu'il en communiqueroit avec les plus confidens, affin que chacun de son costé mist peine de le faire trouver bon aux aultres ; comme il feist fort accortement durant lad. assemblée, (jui fut tost après tenue à Nismes , en laquelle furent confirmées toutes les résolutions auparavant prises pour le fondz; et pour ce qui touchoit le traicté de Coutraz, apporté par led. vicomte, lut résolu d'en surseoir la publication jusques à ce qu'en premier lieu leurs depputez eussent esté ouyz et féust pourveu à leurs cahiers de remonstrances, et qu'adveu leur feust délivré de toutes choses faictes et passées, jusques au jour que la publication seroit faicte de ce qui auroit esté résolu. Et fut si bien conduit l'affaire en lad. assemblée, qui dura toute une sepmaine, que, du commun<; advis de tous, led. s"^ prince fut supt)lié par leurs depputez de se vouloir conformer à ceste résolution et s'y affectionner et en embrasser la poursuite avec eux; et, pour comble du bien quilz espéroient de sa bonté, leur vouloir faire cet honneur de faire sa demeure en ces provinces, avec asseurance de luy donner entrelenement convenable a sa grandeur et luy rendre toute obéissance et contentement en la conduite de leurs affaires ; lequel poinct ne peult eslre si secrètement traicté et résolu en lad. assemblée t|ue plusieurs, trop, veu le temps, affectionnez serviteurs dud. s"^ due de Mommorency , n'en eussent eongnoissance et le descouvrissent aud. s"" vicomte, lequel, pour y pourvoir et empescher les remises de la jiublication dud. Iraielé de Coutraz, usa de toutes les corruptions et piatiques a luy j)(>ssibles, se servant de

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l'entremise de lad. dame de Théligny, laquelle, pour avoir longtemps faict sa résidence en ceste ville-là, congnoissoit, par le grand nombre des damoiselles qui la visitoient tous les jours, les moyems de divertir leurs mariz et parens. Touteffois, ce fut en vain encores que cela apportast beaucoup de contradictions, durant lad. assemblée, du costé de ces gens-là, qui ne demandoient que la paix, à quelque prix que ce feust.

Sur quoy il me souvient d'ung gentil artifice du s"" de La Place S ministre de Mompellier, lequel, estant plusieurs fois depputé avec aultres vers led. vicomte sur les diflTicultez qui intervenoient , taschoit, en portant la parole, de descouvrir son secret et sentir si le service dud. s^ duc d'Alençon en ce faict le poussoit pas plus fort que le bien du party. Et, le menant sur ce subject par divers ambages de propoz, le contraignit, pour éviter le mal qui aultrement eust peu arriver, en advouant son affection au service dud. s'^duc, aux despens du party, à protester et faire des sermentz très solennelz en leur présence, que rien ne le poussoit à faire sa poursuite que le bien du party, lequel il préféroit à toute affection qu'il pouvoit avoir au service dud. s"^ duc, lequel il ne suivoit et protestoit ne vouloir suivre ne servir en ses desseings et affaires de Cambray et Flandres, affin que cela feust rapporté à toute l'assemblée, qui recongneut aisée-

1. Jean de La Place, ministre protestant à Montpellier dès 1565, président du synode national de Nîmes en 1572. Il vivait encore en 1583 à Montpellier (Haag, La France proteslante, art. La Place). Ce personnage ne doit pas être confondu avec celui qui donna un soufflet à La Noue à La Rochelle (Arcère, Hist. de La Rochelle, t. 1, p. 477, note).

ment par la peine qu'il avoit donné à tirer de luy ce serment qu'il l'avoit faict contre sa volonté et conscience ; comme il apparut évidemment depuis au voyage qu'il iéist avec led. s' duc d'Alençon à Cambray, où Dieu, vengeur du parjure, ne l'en laissa impuny et permist que led. vicomte tomba prisonnier' es mains du duc de Parme ^ où il demeura long temps. Et n'en féust sorty sans l'intercession de la duchesse d'Angoulesme \ sa tante, vers led. s"" duc de Parme, qui, pour gratifier lad. dame, sonalliée^ feist ung mauvais service au roy , son maistre , y pouvant aultrement procéder par le désadveu du roy de France, comme avoit faict auparavant le duc d'Albe, contre le s' de Genliz et ceux de sa trouppe, ainsy que j'ay déclaré cy- dessus au passage du siège de Montz en Hainault.

Suivant laquelle résolution de lad. assemblée, tenue en lad. ville de Nismes, en janvier, au commencement de l'an 1 58 1 , furent depputez personnes capables et bien instruictes, chargées de pouvoirs et cahiers des remonstrances de lad. province, en laquelle celle

1. La prise de Turenne est racontée dans ses Mémoires (édit. du Panlh. litt., p. 425) et dans de Thou fliv. 74, 1740, t. VI, p. 107).

2. Alexandre Farnèse, né en 15 '16, gouverneur général des Pays-Bas, un des grands capitaines du xvi" siècle, mourut des blessures qu'il avait rerues en combattant Henri lY, le 3 décembre 1592. Sur la vie et le rôle de ce prince, voyez VHist. de la fond. des Pr(w. unies, de Motley, t. IV, p. 262.

3. Diane de France, lille naturelle de Henri H, épouse en secondes noces de François de Montmorency, oncle de Turenui\ reçut en 15(S2 le duché d'Angouléme on place de celui de Cliàtellerault. Elle mourut à Paris le 11 janvier 1619.

4. Diane de France avait épousé en premières noces Horace Farnèse, duc de Castro, oncle de Alexandre Farnèse, duc de Parme.

de Provence joignit ses depputez (et celle de Daupliiné avoit déjà faict advancer les siens), ausquelz tous ensemble led. s' prince joignit ung de ses gentilzliommes, voulant que ses affaires feussent poursuivies conjoinctement et également avec ceux desd. provinces ; et le tout estoit disposé avec telle douceur et modestie qu'il n'estoit rien plus aisé à accommoder. Et on se feust contenté de moings, pour éviter au partcment dud. s' prince, lequel je sollicitay d'envoyer led. s' Sarrazin pour son depputé, affin de faire ce que dessus, concernant le mariage de lad. princesse, avec ses aultres affaires ; mays il estoit si fort poussé du vent des Icctres desd. dames, royne et princesse, qu'il n'en vouloit commettre l'affaire à personne, s'attendant tousjours d'y aller par le moyem de l'assemblée générale qu'il prévoioit nécessaire aud. s' roy de Navarre, pour sortir de ceste difficulté, comme prince bien congnoissant le naturel de son cousin; lequel, plustost que de complaire ausd. provinces et pourvoir de nouveau à leurs remonstrances, tasclieroit, par le moyem d'une assemblée générale, à les contraindre à passer ce qu'il avoit promis par la pluralité des voix corrompues, ainsy que led. s"^ prince me le déclara rondement. Qui fut aussy ung des principaux subjectz que lad. assemblée provinciale de Nismes n' avoit requis une assemblée générale, dont le vicomte, ayant eu advis par ses confîdens en icelle, en advertit led. s' roy de Navarre; lequel, à l'arrivée desd. depputez, sur la présentation de leurs cahiers, respondit aussy incontinent que ce seroit plus tost faict de convoquer une assemblée générale à Montauban, pour en icelle vuider toutes les difficultez par l'advis

et consentement de tous ceux qui y ont intérest. puisque on se plaignoit tant de ce que seul il avoit accordé ; désirant led. s' roy que cependant on cessast les armes; à quoy lesd. depputez ne peurent honestement contredire, remonstrans seulement que ce n'estoit pas le plus court chemin et que cela traineroit jusques après Pasques. Ce qui leur feist assez recongnoistre que ce n'estoit pas pour leur bien que led. s"" roy y vouloit procéder de ceste sorte, mays pour les forcer à recepvoir led. traiicté de Coutraz, par la pluralité desd. voix gaignées et corrompues, et, par espécial, pour retirer led. s"^ prince desd. provinces, et, en son absence, laisser la commodité aud. vicomte de briguer la publication particulière dud. traicté de Coutraz, avant la résolution de lad. assemblée générale, et, par ce moyem, la rendre infi^uctueuse à l'effect des remonstrances desd. provinces et la convertir à l'exécution dud. traiclé, qui se trouverroit lors publié particulièrement en quelques villes.

A quoy il n'y avoit aultre remède que de surseoir lad. publication et retenir led. s' prince, comme lesd. depputez, à leur retour de vers led. s"" roy de Navarre, le feirent entendre à leurs contîdens, lesquelz, voyans led. s' prince se résouldre de partir incontinent après Pasques, pour aller a Montauban, luy en feirent leurs doléances, luy remonstrant à quel but tendoit lad. assemblée, comme dessus. Sur quoy led. s prince les asseura de ne permectre qu'en lad. assemblée il feust faict aultre chose que délibérer sur leurs cahiers et résouldre ce qui seroit sur iceux à Iraicler avec led. s' duc d'Alenvon ; pourquoy sa présence y estoit nécessaire, sans laquelle ilz ne pourroient empescher le

mal ; leur promectant de retourner avec leurs depputez. Et, comme ilz faisoient contenance de doubter de l'effect de sa promesse verbale, il les asseura de la leur donner par escript, faict et signé de sa propre main, cacheté de ses armes et contresigné de moy ; comme il feist, estant à Montpellier, sur son partement, après Pasques, en lad. année 1581 .

Mays ilz ne se peurent contenter de cela, ayans sceu de moy et dud . s' Sarrazin que nous ne voulions suivre led. s"" prince en ce voyage, et que, pour ce il n'y auroit personne près de luy qui tint la main à l'effect de sa promesse, n'ayant led. s"" prince autour de luy que gens qui n'avoient aultre soing que de passer leur temps et faire leurs affaires, et aulcuns mesmes d'entr'eux déjà gaignez etcorrompuz par led. s' roy de Navarre. Pour quoy ilz redoublèrent leur instante requeste vers led. s"^ prince, lequel sur ce m'appella; et me commanda d'aller avec luy à Montauban, pour continuer le train des affaires, dont je fei mes excuses et led. s"" Sarrazin aussy, en présence d'ung des plus confidens de lad. province, luy remonstrant, avec son congé, le danger qu'il alloit chercher ; qu'il ne feroit rien pour la province ny pour luymesmes, soit en l'advancement de ses affaires particuliers, soit au prétendu mariage, comme je luy avois prédict, et, qu'au lieu de retourner en ces provinces avec telles et si advantageuses conditions pour sa grandeur, on le renfermeroit dans S' Jehan, où on luy feroit souffrir mille indignitez et peult estre avec le temps jusques au péril de sa vie ; qu'estans près de luy nous ne pourrions seulz empescher telz effectz et ne ferions que nous créer des dangers et luy donner

de la peine à nous maintenir en la liberté de son service, au lieu de le servir; et, puisque son intention estoit de retourner, nostre demeure, en y actcndant son retour, serviroit à entretenir les affaires en Testât qu'il les laissoit, s'il nous estoit possible; ce que je n'osois me promettre, estant tout asseuré que, tost après son partement , le vicomte feroit publier le traictédeCoutraz, malgré nous, et rendroit son voyage inutile, et, triomphant de son absence, romproit tout ce qu'il avoit advancé en ces provinces; qu'il estoit nécessaire ou qu'il demeurast ou qu'il se résolust d'emmener le vicomte avec luy.

Led. s"^ prince, cstonné de mes remonstrances, me deist qu'il prendroit une promesse dud. vicomte par escript ; et que, s'il y contrevenoit, puisque j'estois résolu de demeurer , l'en advertissant pai' homme exj^rès, il monteroit sans dire mot aussy tost à cheval pour retourner et luy faire congnoistre qu'il sçavoit bien se faire tenir une promesse de telle importance. Je prins, avec son congé, la hardiesse de luy répli- (|uer, en la présence dud. confident^ de la province, qu'il ne seroit pas en sa puissance; que je ferois mon debvoir de sommer led. vicomte de ne contrevenir à sa promesse, quand il en seroit temps, et l'advertirois diligemment de sa contravention, mays, qu'au lieu de le laisser venir pour tirer la raison d'un tel mesjiris et infidélité, on l'adouciroit par ung mandement diid. vicomte, après lad. publication, pour luy en rendre compte; que je prévoyois ceste procédure, comme si je la voyois desjà, et congnoissois assez raiidace dud.

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