Doubler, redouter
2. Tandis que La Huguerye accuse le roi de Navarre de jalousie contre Gondé, Sully, avec beaucoup plus de raison, selon nous, accuse l'ambition de Gondé. Gette lutte inégale avait commencé à la paix de Bergerac. Les vraies causes du différend étaient que Gondé était décidé à tout sacrifier à sa fortune, tandis que le roi de Navarre, même au plus fort de la guerre civile, ne séparait jamais sa cause de celle de la monarchie. Voy. les OEconomies royales de Sully, liv. 1 et 2 (édit. de 1778, t. I, p. 151 et suiv.).
crédit aud. s'^ prince et de rompre l'intelligence et
desseins qu'il avoit avec le duc Casimir et aultres princes
estrangers, il me feist cet honneur de me déclarer par le
menu l'ambition dud. s"- roy de Navarre et l'envie qu'il
luy portoit; et qu'en cela il estoit héritier du feu roy,
son père, qui n'estoit entré au party que par ambition,
laquelle estant contentée par ung masque de lieute-
nance générale du royaume, il tourna aussy tost sa
jacquette et en receut le salaire devant Rouen*; que
cet accident en la personne du père et la jeunesse dud.
s"" roy, que la roy ne, sa mère, doubtoit de bazarder et
perdre, eurent tant de puissance sur elle, (\ue jamais
depuis elle ne se voulut mesler des affaires du party (bien
que la hayne qu'elle portoit aux papes plus qu'à la
religion romaine, à cause qu'elle se voyoit despouillée
du royaume de Navarre par la fulmination du pape
contre le roy, son ayeuP, la piquast extrêmement),
jusques à ce que la mesme ambition la précipita en
ce party, aux troisiesmes troubles^ « appréhendant,
disoit-elle, la grandeur de feu monsieur le prince , mon
père 4, par les armées qu'elle luy voyoit ordinairement
en la main, la créance qu'il acquéroit tous les jours
entre ceux du party, la grande suite et faveur de la
noblesse de France, avec telle expérience aux armes
qu'il estoit le premier cappitaine de France de sa c|ua-
lité, de sorte qu'il se pourroit ung jour prévaloir de
tant d'advantages, l'occasion s'offrant , au préjudice
1. Antoine de Bourbon avait reçu au siège de Rouen, le lA octobre 1562, une blessure dont il mourut le 17 novembre suivant.