‹ Mémoires inédites (volume 2)Chapitre 42 sur 84 · Marie Stuart, veuve de François II (5 décembre · texte numérisé non relu

Marie Stuart, veuve de François II (5 décembre

que de le conseiller. Et trouva bon de m'en communiquer ; au([uel effect il laissa venir Beutterich, sur le soir, à Neydenfeldz, comme pour quelque sien affaire particulier, avec promesse faicte aud, Malroy de retourner le lendemain de bon matin. Et estant arrivé à Neydenfeldz, il me communiqua tout et spécialement ceste difficulté, sur laquelle il me déclara la response de son maistre, me demandant quel remède je trouvois à cet acrochement, pour passer plus oultre. Je vey bien à la contenance dud. s"^ Beutterich, qui estoit homme d'estat, qu'il n'en feroit pas grande difficulté quant à luy, et de ma part je.recongneu véritable tout ce que lesd. s""^ de Guyse disoient du père de mon maistre, auquel je l'avois ouy confesser en discours secretz, et que c'estoit la plus grande playe que lesd. s"^* de Guyse eussent faicte au royaume et laquelle ilz guériroient à grand peine.

Et, passant plus oultre, je luy confèssay que j'avois recongneu en mon maistre, si je ne me trompois, une semblable disposition, et que ce n'estoit poinct tant le zèle que l'intérestquiluy faisoit sui\Te ceste profession', laquelle me sembloit si froide en luy que rien plus, et que je doubtois fort, si les asscurances de toutes aultres choses estoient bonnes et valables, que par quelque honeste moyem il se laisseroit gaigner (c'estoit mon jugement libre en matière d'estat), mays que la peine seroit à trouver personne qui luy osast faire ceste ouverture ; que je n'estois pas assez hardy et craindrois

1. Cette appréciation de La Huguerye mérite d'être relevée et rapprochée du jui^emont de Sully que nous avons rapporté dans la note 2 de la page 125.

que cela feist une grande brèche à la confidence qu'il a en moy , et qu'il me sembloil que pela debvroit premièrement venir dud. s' duc de Guyse, par quelque confident sien qu'il en congneust capable, es environs de S' Jehan, lequel, comme en passant chemyn par là et saluant mon maistre, entrast en quelque discours du temps, et, de propos en aultre, trouvast moyem de le tirer à part et luy remonstrer d'affection ce qui appartient à ce changement pour sa grandeur; que mon maistre, y allant après, ne fauldroit de m'en parler, et lors ce seroit à moy à luy discourir sur ce subject ce qui luy en pourroit réussir d'advancement et de repos au royaume, mays qu'il conviendroit avant porter telle parole que tous les aultres poinctz de la négotiation feussent bien asseurez. Laquelle mienne ouverture Beutterich approuva, et jugea qu'il ne s'en pouvoit trouver de plus convenable à l'affaiire.

Et sur ce s'en retourna de grand matin à Lautern, où ceste résolution fut prise, et donné charge à Malroy, qui le trouva bon, d'amener ung confident pour asseurer le traicté, le plus tost qu'il seroit possible ; à quoy il promist faire tout debvoir; mays que led. s'' duc de Guyse, n'arrestant poinct en place, et allant en divers lieux pour parler à plusieurs et advancer ses affaires, il auroit bien de la peine à le trouver. Et tout cela se traictoit de bouche seulement, sans rien mectre par escript, jusques à ce qu'on jugeast qu'il feust aisé de tomber d'accord.

Malroy estant party à la fin d'aoust, Beutterich retourna à Neydenfeldz pour regarder avec moy à dresser une instruction au duc Jehan des Deux Pontz pour traicter avec led. électeur de Golongne. Et fault

que je confesse que je trouvois tant de sagesse en la résolution dud. s*" électeur et tant d'espérance de venir à bout de son dessein par le chemin qu'il avoit choisy, avec le temps, que je diz aud. s"" Beutterich librement que je faisois conscience de m'employer à l'en divertir pour se mectre du tout à la discrétion d'aultruy et deppendre des évènemens incertains des armes; qu'il cstoit aisé à juger qu'aussy tost que led. s*" électeur se seroit descouvert par une déclaration publique, le pape, l'empereur et le chappistre de Colongne procéderoient à nouvelle eslection et de personne de qualité, capable de soustenir le faix; et, pour l'establir, avoient ung beau, prompt et voisin moyem, en donnant la charge au duc de Parme', qui dépossédera aiséement led. s"" électeur de ses places, l'une après l'aultre, sans que led. s"^ duc Casimir l'en puisse empescher avec les forces qu'il aura ; et d'advantage qu'en ce faisant on mcctra ceste frontière d'Empire en grand danger de tomber èz mains du roy d'Espaigne par divers artifices, mays que, si l'affaire se pouvoit diff'ércr, on voyoit à l'œil que la France s'alloit troubler par les princes de la maison de Guyse, à la poursuite, fraiz et prouffit du roy d'IIespaigne ; que sans doute le duc de Parque aura la charge de ceste guerre-là sur les bras et sera tant empesché des deux costez de France et Holande qu'il ne pourra entendre aux affaires de Colongne, quand il les con-

1. Le duc de Parme avait offert au chapitre et au magistrat de Cologne, qui ne reconnaissaient plus rarchevôquc pour leur souverain depuis l'anuonce de son mariage, le secours de toutes les forces que l'Espagne avait dans les Pays-Bas (De Thou, 1740. t. VI, p. 230).

viendroit mener avec les armes ; et que toutes diffîcultez seroient dehors si on laissoit faire led. s' électeur avec ses subjectz pour changer généralement tout son estât, avant qu'il feist paroistre son changement particulier; que de faire perdre ung tel personnage par conseilz précipitez c'estoit fermer la porte à toute semblable disposition es aultres estatz de pareille qualité, en quoy feu mons' l'électeur Fédéric avoit tant travaillé.

Beutterich confessa que je disois vérité, mays me feist assez congnoistre en ses discours que le temps les pressoit d'armer et qu'ilz n'avoient à présent aultre subject. Je continuay à luy remonstrer, sur les advis du prochain trouble de France, que sans doubte son maistre seroit incontinent recherché. Il répliqua qu'en ces poursuites de France, tant au recouvrement des deniers qu'aux traictez sans les artifices du chef, il alloit tant de temps qu'ilz n'en pouvoient faire estât pour l'affaire qui les pressoit, mays qu'il espéroit que si l'électeur de Golongne servoit à ung affaire, qui est prest à esclorre, cet affaire-là, conduit par l'occasion du sien à sa perfection, le conserveroit du tout.

Ainsy je laissay mon discours, voyant que c'estoient lectres clauses à moy, qui me doubtois bien touteffois que c'estoit pour s'asseurer de la tutèle et administration de l'électorat ; mays je ne faisois pas semblant de le sçavoir, et ne me contentois pas de cela en l'esprit, m'asseurant au contraire que le dernier feroit abandonner le premier affaire. Et pour luy complaire je minutay lad. instruction, non avec tel plaisir et abondance de persuasion que j'eusse faict si l'affaire m'eust esté agréable. Et ayant approuvé ma minute, il la mist en langue alemande, me demandant ce qui m'en sem- II 13

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bloit. Et je luv diz librement qu'il n'y avoit pas ung article qui contentast mon esprit d'asseurance requise en tel affaire et que je ne pouvois croire que led. s"" électeur, très habile prince et bien versé aux affaires de l'Empire, changeast sur cela de résolution, saichant bien (juel estât il pouvoit faire de toutes leurs offres, promesses et asseurances. L'instruction, défectueuse en vérité, estoit plaine d'artifices incongneuz aux Alemandz. Et, y ayant prins beaucoup de peine, j'en désirois garder la minute; mays led. s"" Beutterich me pria de la brusler, affin qu'on ne veist rien par escript de cet affaire-là en aultre main que d'eux. Elle contenoit tous les poinctz touchez cy-dessus et de grandes asseurances de le maintenir et les enfans que Dieu luy ' donneroit de la comtesse de Mansféld-, qu'il vouloit espouser, en la possession de l'électorat de Colongne.

Nous allasmes, Beutterich et moy, à Lautern et feismes lecture aud. s"" duc de lad. instruction, laquelle il trouva bonne. Et résolut de voir encores une fois le duc Jean de Deux-Pontz et luy communiquer lad. instruction, pour y adjouster ou diminuer, s'il estoit besoing, et puis la luy délivrer pour partir au j)lus tost et avec luy led. baron de Dhona. Et je prins congé pour aller à Francford, avec commendement de retourner par Lautern, afïîn que, si ^lalroy estoit de retour ou il feust survenu quelque autre chose, j'en feusse instruict pour en advertir mon maistre.

J'arrivay à i^rancford le vu® septembre, jiour voir si

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