Westerbourg, comté situé dans le duché de Nassau
3. Le duc d'Anjou, après avoir compromis sa situation en Brabant par les exactions les plus maladroites, avait mis le comble à son impopularité en essayant d'occuper militairement, par force et par surprise, Anvers, Bruges, Dunkerque, Ostende et plusieurs autres places importantes (16 et 17 janvier 1583). Le coup de main échoua presque partout, et le duc d'Anjou, exécré par ses nouveaux sujets, dut s'embarquer à Dunkerque le 28 juin. Partie de sa correspondance pendant cette moitié d'année est conservée à la Bibliothèque nationale (f. fr., vol. 3280, 3282, 3284, 3287, 3288, 9009 à 9019).
Avant la fin de la foire, ayant au moings empesché la vente et distraction des bagues de mon maistre, comme il m'avoit commendé, je m'en retournay à Lautern, où je trouvay led. s"^ duc, auquel je communiquay ce que j'avois apprins des colonelz dud. s' duc de Guyse, qu'il me deist estre vray, et que l'ung d'eux, qui luy estoit obligé, luy avoit demandé licence de prendre party, s'il n'avoit affaire de luy. Et n'ayant led. s' duc poinct de nouvelles de Malroy, je le suppliay de me laisser aller à Sedan, où je séjournerois, et verrois ce qui se passeroit en ceste frontière-là, pour l'en advertir; ce qu'il eut agréable. Et me deist qu'il m'advertiroit, de son costé, aussy tost que Malroy et le confident seroient arrivez, afîin de retourner, si besoing estoit, vers mon maistre ; dont je m'excusay sur l'hiver et le danger des chemins, sur le poinct d'une ouverture de guerre qui m'empescheroit, si j'estois lors près de mon maistre, de retourner vers luy quand il seroit prest à traicter avec ses colonelz pour l'entreprise de Golongne, ainsy qu'il avoit tiré promesse de moy; ce qu'il trouva bon, se contentant que je donnasse advis à mon maistre par escript, aultant que les affaires le permettroient, et que j'envoyasse mon homme exprès, avec charge de retirer Tescript et le brusler devant mon maistre ; désirant au surplus de moy que je ne m'esloigne de Sedan, affin que là il m'advertisse de toutes choses, sans en rien communiquer, me deist-il, au duc de Bouillon, qui est jeune, et se pourroit descouvrir à ceux qui sont autour de luy ; désirant seulement que je luy disse de sa part les préparatifz desd. colonelz, afïin (ju'il prenne garde à ses affaires en la frontière dv Champaigne. Et sur ce
me donna lectres de créance, dont l'aultre poinct estoit que, si trouble survenoit, il suivist le train de feu son père, sans se partialiser ', de peur de mectre son petit estât en danger; et, s'il apprenoit quelque chose d'advantage, il l'en advertiroit par moy qui séjournerois près de luy ; l'asseurant d'avoir soing de luy comme de son filz en tout ce qu'il congnoistroit apartenir à sa conservation ; me chargeant de rechef que je répétasse souvent aud. s"" duc de Bouillon de ne prendre poinct de party et se gouverner comme son père, sans irriter ny bander personne contre luy, affin qu'il ne mist ses amys et luy, qui avoit esté choisy par son père pour son tuteur, en peine de le conserver ; m'ayant donné charge de luy en dire plus amplement, dont il me croiroit comme luy-mesmes, et de demeurer près de luy où je luy pourrois servir; le priant de me gratifier et favoriser en tout ce qui luy seroit possible.
Après m'avoir faict tous ses commendemens-là et délivré ses lectres à mon maistre et aud. s'" duc de Bouillon, comme je prenois congé de luy, il me parla le premier des fraiz de mon voyage et ne me voulut laisser partir sans m'en rembourser, bien que je luy disse que c' estoit pour le service de mon maistre qui me le rendroit. « C'est bien, dict-il, pour le service de vostre maistre, mays puisque je vous ay envoyé, je ne vous veux pas laisser les fraiz sur les braz. » Et me feist délivrer par son trésorier plus que je n'avois despensé de six moys, dont je m'estonnay, congnoissant ce prince assez mesnager de ses deniers particuliers ;