Payera toute nostre armée ung mois entier
6. Et donnera davantage libre passage à nostre armée par son pais, en fournissant vivres et toutes choses nécessaires'^.
Si tost que j'eu receu lesd. lectres et articles, je montay au chasteau pour les présenter aud. s'^ duc, qui en fut fort joyeux, s'asseurant de les faire modérer à ce que je luy en avois cy-dessus proposé, se moc-
1. Odet de La Noue, seigneur de Téligny, fils aîné de François de La Noue, dont nous avons parlé (t. I, p. 23, note 2), époux de la dame de Téligny (t. II, p. 78 note), fit ses premières armes dans les Pays-Bas sous les ordres de son père. En 1584, il tomba, gravement blessé, entre les mains des Espagnols qui le transportèrent au château de Tournay et le retinrent prisonnier jusqu'en 1591. Il mourut à Paris en août 1618. Il a laissé des poésies sur lesquelles on peut consulter la Bibliothèque française de Goujet.
2. En recouvrant sa liberté, La Noue avait été obligé de laisser entre les mains du gouverneur des Pays-Bas, Alexandre Farnèse, le 28 jum 1585, un engagement^ non seulement de ne plus porter les armes contre le roi d'Espagne, les ducs de Lorraine et de Guise, mais encore d'obtenir, par des accords particuliers, de ces deux princes, qu'ils se porteraient caution de ses conventions avec le roi Catholique. Cette curieuse pièce est imprimée dans la Correspondance de François de La Noue, par M. Kervyn de Yolkaersbeke, 1854, Gand, in-8", p. 233.
3. Cette pièce courut en copie. On en trouve une expédition dans les 500 de Colbert, vol. 402, fol. 142.
quant des quatre premiers articles et s'arrestant seulement aux deux derniers, pour les modérer au soulagement des pais dud. s' duc de Lorraine.
Et me commenda d'escripre, de sa part, en diligence, aud. s"" de Buhy, à Spire, tout à l'heure mesmes. Et fei la lectre, en son cabinet, qu'il signa, luy mandant que, depuis la response qu'il luy feist hier, par son homme, sur laquelle il espéroit le voir, il avoit receu, ce lendemain matin, des lectres du s"" de Ségur, et, avec icelles, quelques articles pour traicter de l'affaire pour lequel il estoit allé vers luy, dont il l'advertissoit en diligence, affin que, pour continuer, si tost qu'il auroit receu la lectre, il vint trouver led. s"" duc, le faisant entendre aud. s"" de Tantonville, qui l'attendra à Speire jusques à son retour. Et feist aussytost partir ung homme de cheval pour la porter à Speire, d'où il les trouva partiz dès le grand matin, comme luy deist leur hoste; et retourna avec le pacquet.
Dont led. s"" duc fut extrêmement marry, voyant par leur retour précipité l'occasion fort incommodée de donner ordre à cet affaire, comme il désiroit faire luy-mesmes et eust faict accortement, s'ilz ne feussent partiz de Speire, luy portant les François quelque respect. Et eust l'affaire esté résolu, dans quinze jours, par les postes, car led. s'" duc se résolvoit de faire rayer du tout les quatre articles et, sur les deux derniers seulement, donner advis aud. s"" duc de Lorraine, par la bouche de Buhy, de ce qu'il luy sembloit qu'il deust faire, pour conclurre promptement avant que l'armée s'aclieminast aud. rendez-vous. Mais il convint, au lieu de cela, renvoyer le pacquet, où
estoient lectres, aveclesd. articles, à Strasbourg, pour le faire tenir en Lorraine ; ce qui fut faict plus tardifvement, de sorte que le progrès de la négotiation tomba en la poursuite des serviteurs dud. s'' duc, estans en l'armée, ausquelz il avoit recommendé l'affaire, y dépeschant exprès le baron de Podlitz avec eux, pour l'advancer; mays les Françoys ne se soucioient pas des poursuites des serviteurs dud. s"" duc, comme ilz eussent faict de ce que luy-mesmes eust traicté, qui fut cause que je diz lors aud. s'^ duc que la précipitation du retour desd. s"^^ de Buhy et de Tanton ville seroit cause que ceste négociation seroit traversée de beaucoup de difficultez par les artifices des Françoys, quand ilz verroient n'avoir à faire qu'à des serviteurs. Et fut adressé le pacquet à Nancy aud. s"" de Buhy, luy eiivoyant les lectres qu'on luy avoit escript à Speire et escripvant encores avec une copie desd. articles. Led. s' duc le prioit de comniquer tout où il apertenoit et user de telle diligence qu'il a veu luy-mesmes l'affaire le requérir. Et fut ceste dépesclie faicte le xvj® dud. moys de juillet ^
Et cependant fut faicte une dépesche ausd. embassadeurs, pour les disposer et gaigner temps, les exhortant à laisser là les quatre premiers articles, aux deux derniers desquelz il s'asseuroit que led. s'^ de La Noue, pour luy et son fils, ne vouldroit consentir, ny interrompre à ceste occasion ung si bon œuvre, et que la demande des deux premiers estoit du tout hors du temps et de raison, la guerre ne se faisant pas aud.
1. La Huguerye envoya ces pièces à Buhy par l'entremise de Ségur. La lettre d'envoi à Ségur, datée du 17 juillet 1587, est conservée dans les 500 de Colbert, vol. 402, fol. 136.
S*" duc de Lorraine, pour luy extorquer, comme par une paix, deux articles contraires à la rcigle et administration de son estât, et que ce seroit l'aigrir plustost que le disposer à quelque bon effect; que cespoinctzlà estoient bons pour la France, qui y est desjà disposée et pour quoy l'armée est levée ; et, quant aux deux derniers articles, qu'il jugeoit celuy de la somme excessif, la grandeur de l'armée portant au raoings la solde de troys cens mille escuz pour ung moys, au recouvrement de laquelle somme les plus grands princes sont bien empeschez; et néantmoings estre l'article auquel on se debvoit résouldre le plus , deschargeant plustost les subjectz dud. s' duc de Lorraine de la plus grande partye du passage de l'armée, pour faire donner subject de contribuer une somme qui peust ayder à achever la solde du moys entier de toute l'armée, moyennant quoy il en espéroit bien , aultrement fort peu de service. Lesquelles remonstrances il leur feist faire de bouche par led. s"^ de Podlitz, envoyé exprès à Strasbourg, et non par escript.
Pendant que lesd. embassadeurs, pour complaire aud. s' duc Casimir, ayant changé d'advis, luy avoient envoyé lesd. articles, ilz donnoient ordre de l'en divertir par les remonstrances de personnes qu'ilz sçavoient avoir quelque créance envers luy, à cause de leurs charges, par deux desquelz il luy en feirent escripre, à bon escient. L'ung fut le s"" Théodore de Bèze, qui luy en escripvit amplement de Genefve par lectres qu'il récent, le xx^ juillet, le remectans aux lectres qu'il en escripvoit exprès aud. s"" de Beaumont, son compaignon, à Heydelberg, atfin de divertir led.
S*" duc de ceste négotiation par la comnication de sa lectre de mesme datte, qui contenoit en substance ces motz :
« J'ay receu de Paris, et de très asseuré lieu, une lectre dont je vous envoyé copie, qui vous fera congnoistre une chose que je n eusse jamais creuny attendu, si elle est vraye (car encores suis-je en double si on a prins tel conseil par delà), combien que d'ailleurs j'en aye entendu quelque vent et mesmes qu'ung bruit a couru par deçà, venant de Lyon, que M' de Lorraine offroit quelques deniers pour espargner son pais; ce qu'ayant quelque apparence d'utilité pour l'armée sera tousjours toutesfois trouvé , comme je croy, si on y regarde de près, le plus désadvantageux conseil et le plus à craindre qu'il est possible, tant pour le général que Son Altesse en particulier, pour les raisons qui s'ensuivent ; lesquelles je prendray hardiesse de vous desduire, pour les examiner et comnicquer où vous verrez estre resquis, avec protestations toutesfois que cela soit prins comme procédant de syncère affection et non que je sois si oultrecuidé de penser que je voye assez clair en telz affaires. Nous avons affaire au roy et aux Liguez. Ce que nous avons le plus à éviter, selon les hommes, c'est ce que les Liguez demandent, à scavoir que le roy et eux soient bien uniz. Le roy jusques icy, ayant soy-mesmes en recommandation, baissant et les Liguez et nous, s'est tellement comporté que, voyant nostre foiblesse et appréhendant les forces de la Ligue, il a panché de ce costé-là, tellement toutesfois qu'on voit assez qu'il s'est gardé des ungs et des aultres, actendant ce que le
temps en déclareroit, pour se résouldre. Oyant parler de nostre secours, c'est chose asseurée que son intention estoit, au moings ses procédures l'ont monstre, de se garder à part, laissant là les Ligueurs se défendre comme ilz pourroient, ou bien, si les forces entroient avant en France, de faire une paix à leur ruine, saichant bien qu'il n'a rien à craindre du roy de Navarre, quant à son estât. Au contraire les Liguez et la royne mère, qui conduist toute la barque, estoient comme au désespoir, ainsy que nous sçavons de très bon lieu, quand ces nouvelles sont arrivées qu'on n'en vouloit poinct aux Lorrains, mays qu'on vouloit entrer droict en France. Ce qui a ouvert la bouche à ceux qui estoient bien empeschez pour faire croire au roy que les Huguenotz, quoy qu'il/ dient de leur religion, se veulent emparer de la couronne, et, d'aultre part, ouvert les oreilles au roy, soit pour les croire, soit pour penser que les nostres se laissans tromper aux Lorrains, il se trouverroit surprins entre deux ; ce qui l'a contrainct de prendre une résolution toute contraire, comme vous verrez par ce qui m'en est escript et que debvez croire, venant du lieu d'où il vient. Et, quant tout cela n'auroit poinct de lieu, que pourroient mieux soubzhaiter les Liguez que de voir la province, qui est leur boulevard, hors de peine et de danger, et l'armée estrangère enclavée devant et derrière, après qu'on aura passé la Lorraine, ayant devant soy deux places imprenables, Chaalons et Vitry-le-François, avec force garnisons pour destourner les vivres, et, en teste, ung camp du roy, se renforceant tous les jours, et, d'aultre part, deux aultres armées entre nous et le roy de Navarre, pour l'empescher de nous joindre; au
lieu que , faisant la guerre en Lorraine et le roy nous laissant taire, les Liguez surprins estoient contrainctz d'employer toutes leurs forces pour faire teste, ou se voir entièrement perduz et pour le moings hors de crédit de leurs partisans, et le tout en bon estât d'obtenir une bonne paix, à la ruine de la Ligue; laquelle estant debout il ne fault espérer qu'une perpétuité de misères, quand mesmes on auroit obtenu quelque forme de paix comme cy-devant. »
C'est l'extrait de la lectre que j'ay voulu insérer, comme plaine de considérations d'estat, et qui eut esmeu led. s' duc, avec la vive voix du s"" de Beaumont, sinon que recepvant du camp des Françoys une lectre de semblable subject, mays d'ung esprit moings délicat, du s' de MontignyS à ce sollicité par led. s"" de Guitry, près duquel il estoit logé, entre Haguenau et Saverne, led. s*" duc creut, ce que je luy a vois dict, que cela procédoit des Françoys, qui usoient artificieusement de ces deux batteries pour le divertir de son desseing. Et m'en demandant advis, je luy diz en ung mot que ces deux personnes-là , choisies pour le divertir par remonstrances, ne parloient que de leur intérest, laissant celuy de sa maison derrière. Et, sur le discours que je luy fei derechef, conforme à celuy que j'avois faict, lors de l'ouverture dud. s"* Palavicin, il me conmenda de laisser là les lectres dud. s' de Bèze, mays de respondre à celles dud. s' de Montigny,
\. Louis de Rochechouart, seigneur de Brosse et de Montigny, capitaine et négociateur dévoué au roi de Navarre, souvent cité dans le recueil des lettres de ce prince. Il mourut en 1627.
qui luy avoient esté envoyées ouvertes, ayant esté veues par tous et de faire aussi la response ouverte aux articles des lettres dud. s"^ de Montigny* comme je fei en la forme qui s'ensuit.
A. Au^ premier poinct desd. lectres dud. s"" de Montigny , qui dict que mons'^ de Lorraine est cause de tous les maux de la France et que partant il fault dresser toutes les forces contre luy :
1 . J'ay respondu que ceste guerre doibt estre faicte non, selon les passions générales et jugement des particuliers, mays selon la loy establye par la capitulation, qui dict formelement que ceste armée est levée pour aller en France au service du roy de Navarre et non en Lorraine.
21. Qu'en toutes capitulations faictes en Allemaigne on excepte tousjours, entre aultres choses, l'Empire, les princes et estatz d'icelluy, tel qu'est mons"" de Lorraine, et chacun colonel son prince souverain, tel qu'est du colonel Dompmartin led. s' duc de Lorraine, lequel a son recours paré, quand il se voit oppressé,
1 . L'analyse donnée par La Huguerye de la lettre de Montigny est exacte. Montigny demande qu'au lieu d'exempter le duc de Lorraine du passage des troupes, on choisisse ses états pour le théâtre de la guerre. Entre autres raisons, il allègue que le duc de Lorraine fait partie de la Ligue et la soutient de tout son pouvoir. Cette lettre est datée du 23 juillet 1587. L'original, que nous avons retrouvé à la Bibliothèque nationale, a malheureusement perdu son adresse; il est conservé dans les 500 de Golbert, vol. 402, fol. 140.
2. Cette importante pièce, qui est le point de départ des négociations qui vont suivre, courut en copie dans l'armée allemande. On en trouve une expédition dans les papiers de Ségur (500 de Colbert, vol. 402, fol. 108).
aux princes et estatz de l'Empire, qui ont ung intérêt notable en sa conservation, pour y pourvoir par la voye de la force, si la jurisdiction de la chambre impériale, où il peult faire appeller les gens de guerre alemandz qui le molesteroient, ne suffisoit pour, avec ung ban d'Empire, luy faire telle réparation que le cas requiert, en laquelle peine jamais prince, gentilhomme ou aultre homme de guerre alemand ne vouldroit tomber en faisant les affaires des princes estrangers ; qui est cause qu'ilz font telles exceptions.
3. Que qui vouldroit faire la guerre aux autheurs de la Ligue, quel il disent estre led. s"" duc de Lorraine, avec ceste armée il fauldroit aller chercher le pape et le roy d'Hespaigne , sans lesquelz il n'y auroit poinct de Ligue et messieurs de Guyse n'eussent jamays osé penser à ce qui s'est passé depuis deux ans; que, pour attaquer ceux de la Ligue, hors le royaume de France, ceste armée n'est levée ny suffisante, mays seulement pour faire teste aux Ligueurs de France, avec les forces dud. s"" roy de Navarre, où il les fault aller chercher.
4. Que cela est dict non pour excuser led. s*" duc de Lorraine ny ce qu'on y peult adjouster, qu'il ne s'est poinct ouvertement déclaré de lad. Ligue, qu'il ne s'est rendu partye, ains moyenneur en la poursuitte de la paix entre le roy et ceux de sa maison, ausquelz sans passion on jugera qu'il doibt cet office-là ; et, s'il leur a aydé comme prince souverain, il est aultant ou plus excusable, par la conformité de religion et consanguinité, que nions"" le duc Casimir et aultres princes alemandz d'avoir secouru messieurs les princes de Gondé, père etfîlz, et à présent le roy de Navarre, pour
la seule conjonction de religion et sans aultre intérest quelconque ; et, quant aux édictz contre ses subjectz, que chacun voit conme en usent tous les aultres princes catholiques et les Alemandz mesmes.
5. Qu'en ne luy faisant pas la guerre ouvertement on ne le laisse pas pourtant en paix, en luy demandant impertinemment le contenu es articles envoyez par le s'' de Ségur, mays c'est le vouloir amener par traicté amiable à consentir à des choses qu'à grande peine pourroit-on obtenir de luy par les armes ; et, passant oultre t;n France contre les princes de sa maison et les rengeant à leur debvoir envers les princes du sang, c'est luy coupper les braz et le réduire en estât de faire cy-après tout ce qu'on désirera raisonnablement de luy.
B. Au second poinct qui dict que de la guerre en Lorraine deppend le restablissement de ceux de la religion en France :
1 . On respond, oultre ce que dessus, qu'en effect et non en paroles il en arriveroit tout aultrement, et qu'estant ceste armée levée pour les restablir en France, quand elle s'amuseroit en Lorraine elle s'y diminueroit de sorte par coups de main, nécessitez, maladies et retraictes de plusieurs, par le voisinage de leurs pais avec leurs butins, qu'elle seroit après incapable de faire aulcun effect en France ; qu'on ne doubte pas que le roy le désire et seroit bien aise de la voir consumée en Lorraine, par ung tel retardement, afiin que, pendant qu'il feroit contre le roy de Navarre ce qu'il pourroit, la Ligue s'affoiblist, d'un costé, et ceste armée, de l'aultre, périst en partye en Lorraine et, faulte de moyens, le reste se retirast ou luy feust aisé
à deffaire, pour faire, après le plus fort, ce qui appartiendroit à son estât et réputation; et, parce moyem, le secours du roy de Navarre et de son party s'en iroit en fumée, sans paix ne soulagement quelconque, et sans espérance d'en pouvoir remectre sus ung aultre, avec la ruine entière des Alemandz et Suisses estans en lad. armée.
2. Q'au lieu de cela et pour y obvier, lorsque la capitulation fut faicte, on manda expressément au roy de Navarre, par le s*" de La Borde, qu'il tirast service de ceste armée, pendant qu'elle seroit fraische, n'ayant le moyem de l'entretenir; que, pour la mener fraische en France, il fault passer la Lorraine sans combattre, s'il est possible, et en tirer des moyems, par accord, pour suppléer aux défaulx et incommoditez du roy de Navarre, en ce qu'il est tenu fournir; ce qu'il pourra sans cet expédient très malaiséement faire.
3. Que la royne mère s'affectionnera à la paix, aultant pour ceux de la maison de Guyse comme pour mons"" de Lorraine, duquel ilz sont les appuyz en France, oultre l'intérest de lad. dame pour la conservation de son auctorité entre les deux partiz, et que d'ailleurs led. s"^ duc de Lorraine la procurera, moyennant cet accord, tant qu'il pourra, de son costé, pour ne perdre ce support.
4. Que faire la guerre en France, c'est faire ce qui a esté accordé et capitulé sans avoir esgard si le roy ayderoit à la Ligue ou non, et en tout événement; que le roy fomentera moings et aussy peu les affaires de la Ligue en France qu'en Lorraine ; qu'on ne veult assiéger les grandes places, pour ne perdre le temps, les hommes et munitions, mays les incommoder et domp-
ter par aultre meilleur moyem; et, quant aux bons Françoys, qu'ils verront en France, de plus près qu'en Lorraine , qu'on n'en veult qu'à la Ligue , ayant esté par lad. capitulation pourveu au soulagement des aultres, aultant que la conservation de l'armée l'a peu permettre.
C. Au troysiesme poinct qui dit que le roy de Navarre a ung notable intérest que la guerre soit faicte en Lorraine :
1. On respond que, s'il eust esté ainsy, on l'eust expressément traicté en lad. capitulation, en laquelle il n'a esté faict mention que de la France, ce qui a tacitement excepté la Lorraine, joinct que l'intérest du prince secouru ne doibt esteufïer celuy du prince qui porte le secours, et qu'il est au contraire plus expédient au roy de Navarre de diviser la Ligue que de l'opiniastrer entièrement, et de parvenir au but de ses affaires par les plus doux moyems qu'il pourra plustost que de mectre toute son espérance au hazard d'une entreprise non nécessaire.
2. Que le roy de Navarre, faisant entrer ceste armée en France, n'en prétend pas endommager ses amys, ains ceulx de la Ligiie seulement; que par l'espace de deux ans il a assez faict congnoistre aux bons François y avoir reculé, tant qu'il a peu, et cherché les moyems d'en soulager le peuple qui n'a esté jusques à présent foulé que par la Ligue , par les forces de laquelle il est à présent contrainct, pour sa conscience et la conservation de son reng, honneur et personne, d'appeller ceste armée à son secours, dont le peuple congnoist assez qu'il n'est cause non plus que de la guerre.
D. Au quatriesme poinct qui dict que, faisant la guerre en Lorraine, on donne le loisir et moyem aux princes catholiques associez d'exécuter leurs entreprises :
1 . On respond que c'est au contraire laisser les braz libres au roy pour les en empescher, et qu'entrant l'armée en France elle fera une diversion de forces, pour le soulagement du roy de Navarre, et donnera les coudées franches ausd. s""^ princes catholiques pour exécuter leurs desseins, qui sont principalement es pais d'entre Seyne et Loyre, èsquelz il demeurera peu de forces.
2. Qu'en la capitulation, qui est la reigle de toutes nos actions et conseilz, on n'a eu cet esgard-là, et a esté tout aultrement convenu que le roy de Navarre seroit à cheval avec lesd. s*"^ princes et mons"" le duc de Montmorency', en corps d'armée, juste ung moys avant l'entrée de l'armée en France, selon l'asseurance qui fut lors donnée de leur résolution.
3. Que néantmoings n'en ayant aulcunes nouvelles et ne voyant pas de quoy en faire estât, veu le manquement principal dud. s*" prince de Gondé, pour conmender en lad. armée, c'est argumenter d'une chose qui n'est pas et dont l'effect est très incertain, pour tirer en conséquence une chose non promise, non nécessaire et de dangereuse suite aux prince, seigneurs et gentilshommes alemandz qui exposent tout pour le secours du roy de Navarre, pour le service duquel on peult tirer de Lorraine de plus grandz fruictz que d'y
1. Henri de Montmorency, sire de Dam ville, devenu duc de Montmorency par la mort de son frère aîné.
faire la guerre, en danger de quelque sinistre événement.
E. Au cinquiesme poinct, qui dict que mons*" le duc de Bouillon y a aussy intérest pour le ravitaillement de ses places et affin de les couvrir d'aultres, à la conservation de ceux du party, en Ghampaigne et aultres provinces deçà Loyre :
1 . On respond que tant s'en fault qu'ainsy soit qu'on est bien advcrty que led. s"" duc de Bouillon, ayant esté précipité aux armes pour sa défense, a bien congneu qu'il luy estoit meilleur de n'attirer poinct tant d'ennemys sur son petit estât, faisant faire défenses en sa ville de Jametz de ne courre sus ny faire aulcun tort aux subjectz de mons'' de Lorraine.
2. Qu'il n'y a rien en Lorraine propre à couvrir lesd. places tant que du costé qu'on est délibéré de le faire, en tenant le chemin résolu, les ravitaillant ainsy bien mieux, sans se départir de lad. capitulation, et faisant le service du roy de Navarre, conme il est accordé, en y apportant par led. s"" duc de Bouillon ce qui est en sa puissance, conme on croit qu'il fera volontiers, puisqu'il est embarqué en cet affaire, contre l'advis de ceux ausquelz, en obéissant au conmendement de feu son père, il debvoit plustost complaire.
3. Quant à ceux du party dud. s'^ roy de Navarre es provinces deçà Seyne et Loire, ilz seront couvertz par ce qui est résolu de faire pour Sedan et Jamet, en y menant l'armée à leur front, allant avant en France et de tous costez, et en ce qui est convenu d'avoir des villes de seureté dedans lesd. provinces.
4. Que led. s' duc de Bouillon a assez d'ennemys ouvers en ceux de la Ligue de France, sans contraindre
led. s"" duc de Lorraine, son voisin, d'entrer tout-àcoup en une mauvaise volonté contre luy, et, l'armée venant à se diminuer et affoiblir, selon l'ordinaire des armées d'Alemaigne, mal entretenue, et, faulte de solde, peult-estre se desbander, luy courre sus et le ruiner, conme desjà, par aultres telles résolutions, on l'a précipité en de grandes difficultez et dangers, dont il doibt louer Dieu d'estre délivré, par l'intercession de ses parens et amys estrangers, et prendre bien garde à ne retomber de fiebvre en chaud mal.
F. Au sixiesme et dernier poinct, concernant l'honneur dud. s*" duc Casimir, que led. s'" de Montigny dict estre intéressé en ce traicté de Lorraine :
1 . On respond que son honneur consiste à faire bien ce qu'il a promis, comme il a faict mieux et fera encores, s'il luy est possible, pour parvenir au but pour lequel l'armée est levée.
2. Qu'en ce faisant, comme il a esté accordé pour le secours dud. s"^ roy de Navarre, joinct à la conservation dud. s"^ duc Casimir, ce seroit plustost deshonneur à ceux qui le vouldroient presser à faire des choses ausquelles il n'est poinct obligé et ne se peult obliger, sans violer les loix, ordonnances et constitutions de l'Empire et beaucoup d'aultres grandz respectz qui ne peuvent estre oubliez par ung prince vertueux pour se précipiter en des blasmes et dangers non nécessaires, conme il a esté très pertinemment remonstré, avant lad. capitulation, quand on luy feist ouverture de semblable dessein.
3. Qu'en faisant ce qu'il a promis (comme il espère faire bien congnoistre au roy de Navarre et à ceux de son party par ses agens et conseillers qu'il a faict tout
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seul plus que son devoir et sa puissance ne portent, contre le conseil que le temps et ses parens, amys et serviteurs luy ont donné pour le bien de ses affaires), il n'attend pas ceste recongnoissance , que dict led. s'^ de Montigny, d'estre taxé en son honneur par ceux qui luy sont de longtemps, et encores plus que jamais à présent, obligez de l'affection que tout seul il démonstre envers eux, bazardant son bien et repos pour leur conservation; quoy faisant, ilz ne doibvent moings faire qu'avoir aussy soing de la sienne et de son honneur, conme il s'asseure qu'ilz feront, n'ayant pas tant d'esgard aux lectres d'ung particulier qu'au jugement du roy de Navarre (auquel il a affaire et pour le secours duquel il s'est mys en ceste peine) et de tous ceux de son party, qui ont assez esprouvé par le passé sa bonne volonté, sans entreprendre ce qu'on désire si importunement de luy.
4. Et quant aux affaires d'Allemaigne , que led. s' duc, qui en est ung des premiers et principaux membres, en congnoit mieux Testât que celuy qui escript et sçait mieux ce qui est bon pour le procurer selon l'obligation et intérest qu'il y a, comme, pour les affaires des Pais-Bas, il sçait mieux aussy ce qui y est propre, ayant ordinaire correspondance à cet effect avec ceux qui y commendent et dressé, par leur advis, le chemin de l'armée à Sedan, pour y servir.
Pendant et nonobstant ces contestations d'estat le pacquet dépesché par led. s"" duc Casimir à Strasbourg, le xvj*^ juillet, fut envoyé par led. s'' de Ségur mesmes à Nancy et, en l'absence dud . s" de Buhy , tomba es mains dud. s"" de Tantonville, lequel y feist response seulement le vj'' d'aoust, qui estoient troys sepmaines. Le
MÉMOIRES DE LA HUGUERYE. ^i
temps perdu, pour s'estre led. s"" de Tantonville trop hasté de s'en retourner, pendant lequel temps led. s"" duc Casimir eust luy-mesm.es tout négotié, selon son jugement cy-dessus, avec bonne espérance d'en venir à fin mieux que ses serviteurs, ausquelz il fut contrainct d'en donner la charge, conme il feist, en les envoyant en Lorraine, dépeschant avec eux le baron de Podlitz, pour assister aux monstres et surtout advancer la négotiation de Lorraine, s'il en venoit response de Nancy, comme elle arriva led. jour, pendant que la reveue se faisoit du régiment de Basle.
Et tomba la response dud. s' de Tantonville es mains dud. s'^ de Podlitz, lequel l'ouvrit et me la comniqua (faisant lad. reveue pour gaigner temps, veu les monstres qu'on commençoit) ; et trouvasmes expédient, pour advancer lad. négotiation, tant que faire se pourroit, suivant le commendement dud. s"" duc, de retourner à Strasbourg, pour faire response aux lectres dud. s'^ de Tantonville, conme je fei promptement, au nom dud. s*" de Podlitz, envoyé exprès à tel effect en l'armée avec nous, luy mandant qu'estant tout porté pour ce subject, avec charge de toutes choses qu'on peult désirer de l'amitié dud. s'^ duc, son maistre, il luy sembloit estre expédient, pour le temps qui presse, de l'advertir en diligence qu'il vienne en poste à Saverne, bien instruict et authorisé de toutes les particularitez nécessaires à la conclusion amiable d'ung si bon affaire, avant que les choses passent plus oultre, regretant le temps perdu depuis son partement de Speire, qui les eust mys hors de ceste peine, ne pouvant plus longuement retenir le cours ordinaire de ce qui se présente, quelque soing et diligence qu'il
y employé, luy offrant pour la seureté du Rhin tout ce qu'il pourroit désirer, conme il feroit de son costé pour luy et ceux qui seront avec luy. Et fut ceste lectre escripte le xj^ d'aoust 1 587 et couverte d'une adresse à mons'" le baron d'Haussonville* , auquel nous l'envoyasmes, en diligence, à Phaltzbourg, pour faire tenir le pacquet en poste à Nancy.
Et afïin de disposer tousjours lad. négotiation de Lorraine à une bonne et briefve résolution, led. s"" de Podlitz trouva bon que, prenant le s*^ de Gouvrelles^ avec moy, j'allasse comniquer aud. s"" de Ségur lesd. lectres et responses, afïin qu'il sceust que le pacquet qu'il avoit envoyé estoit arrivé à Nancy, luy remonstrant ce que led. s"" duc Casimir luy en avoit escript et la charge qu'il nous en avoit donné, avec led. s"" de Podlitz, envoyé exprès, et combien à propos viendroit une bonne somme de Lorraine, pour faire payement aux Suisses, qui, à faulte de cela, n'avoient voulu faire monstre ny serment qu'à leurs cappitaines, contre ce qui avoit este promis, nous voulans faire croire que c'estoit leur coutume; et je sçavois le contraire, que les deux régiments de leur nation en l'armée dud.
1. Jean de Haussonville, baron de Haussonville, Orne et Turquestain, second fils d'Africain de Haussonville, maréchal de Barrois et de Nicole de Savigny, capitaine et négociateur lorrain, souvent cité dans les Lettres de Henri IV. Il fut gouverneur de Verdun et mourut en 1607.
2. Le S"" de Gouvrelles, dont nous avons parlé (t. I, p. 325, note), était grand-maître de l'artillerie dans l'armée allemande (État de l'armée des reîtres; f. fr., vol. 704, fol. 69). Blessé pendant la campagne, il tomba aux mains des coureurs du duc de Guise et mourut comme on l'amenait au camp (Lettre du duc de Guise à Bruslard, sans date; f. fr., vol. 4734, fol. 367).
s"" prince de Condé de l'année 1 576 n'avoient faict ce refus; que ce défault-là nous faisoit prévoir ung grand inconvénient, s'il n'y estoit pourveu par le moyem de ceste négotiation de Lorraine.
A quoy il me feist response qu'encores aymeroit-il mieux se servir desd. Suisses, en ceste sorte, qu'accorder avec le duc de Lorraine, auquel, si on faisoit la guerre ouvertement, on trouverroit assez de quoy les payer et toute l'armée; mays, puisqu'il avoit délivré les articles et envoyé le pacquet, il ne s'en vouloit desdire, et qu'il faloit avoir tout ce qu'il avoit demandé ou luy faire la guerre à toute oultrance. Je luy répliquay qu'il avoit veu ce que led. s' duc Casimir luy avoit escript sur ce poinct-là, à quoy nous ne pouvions adjouster ny diminuer, ayant charge expresse de le suivre, considéré que les capitulations faictcs avec led. s"" duc et les colonelz ne les y obligeoient poinct et, tant s'en fault, contenoient des exceptions du tout contraires, et qu'il debvoit avoir esgard non seulement à la nécessité desd. Suisses, mays chercher encores de l'argent, pour achever le payement des reistres et landzquenetz, et qu'il n'y avoit aultre moyem d'en trouver plus promptement que de ceste négotiation de Lorraine, laquelle il ne convenoit rendre infructueuse et illusoire, en demandant chose qu'il est impossible d'obtenir; et, quant à nous, que nous avions charge de réduire ses articles à troys : du passage par estappes gratuites, par pais moings incommode et propre au chemin résolu; d'une somme raisonnable et d'une déclaration d'estre et demeurer neutre; que M' de La Noue avoit déclaré n'y vouloir estre parlé de luy ny de son fîlz ; et l'aultre poinct est de la reigle de Testât dud.
s"" duc de Lorraine , qui est en sa puissance sans que personne y puisse prétendre intérest.
Sur quoy entrant led. s"" de Ségur en cholère et propos fascheux, je luy diz, pour la fin, que la guerre de Lorraine n'estoit pas en leur puissance, que je l'asseurois que les Alemandz ne le souffriroient pas et prendroient peult estre sur leurs déportemens violens contre led. s*" duc de Lorraine, à leur préjudice, occasion, en plusieurs défaulx de leur part, de se servir du dernier article de la capitulation et les laisser faire tous seulz la guerre en Lorraine; et que ilz seroient lors bien empeschez plus à leur défendre qu'à assaillir ; et, puisque c'estoit une résolution qu'ilz ne pouvoient rompre et que tout le mal qu'ilz pourroient faire, en passant par la Lorraine, ne leur apporteroit aulcune utilité ny advancement, que c'estoit ung traict de prudence d'en tirer par forme d'accord des choses qui nous feroient entrer en France dispoz, fraiz et contens, au lieu de mille maux qui arriveroient aultrement à l'armée qui se trouverroit à demy deffaicte, en sortant de Lorraine. A quoy je le priois, de la part dud. s*" duc Casimir, de bien penser et disposer toutes choses de leur costé, à l'effect de lad. négotiation, en laquelle nous allions entrer, sans la traverser aulcunement. Et sur ce nous en retournasmes au cartier.
Le iij® dud. moys d'aoust, le s"" baron de Dhona ayant assemblé les colonelz en son logis, à Quatznen', pour traicter de leurs monstres, le colonel Dompmartin, s'y trouvant, nous deist en secret qu'il avoit, le jour devant, eu des nouvelles dud. s*^ d'Haussonville, lequel