La Roche, village, commune de Rupt, départ, des Vosges
56 MEMOIRES DE LA HUGUEia'E.
toute promesse de seureté. Ce que nous feismes incontinent; et le trouvasmes déjà au hault de La Roche, d'où il descendit à nous, accompaigné de quelques gentilzhommes et cappitaines, en nombre de trois ^ ; et nous estions en pareil nombre.
Et après nous estre saluez l'ung l'aultre, led. s' d'Haussonville ouvrit le propos, disant qu'il estoit très aise de nous voir assemblez pour une si bonne occasion, à laquelle il serviroit très volontiers, pour l'honneur et estât de son maistre, mays qu'il ne sçavoit pas en quelz termes nous en estions, pour en pouvoir parler, nous priant de luy en faire le discours, que je commençay par la response que nous avions faict naguèresaud. s*" de Tanton ville et comme d'une adresse à luy-mesmes, pour la faire tenir en poste et regaigner le temps de trois sepmaines, que le précipité partement dud. s'' de Tanton ville de Speire nous avoit faict perdre en affaire de telle conséquence et presse, qui feust, comme nous le croyons à présent, résolu, sans ceste perte de temps. Led. s"" d'Haussonville nous asseura avoir receu noz lectres et les avoir ouvertes, s'asseurant que led. s"" de Tantonville n'en seroit pas marry, sachant bien que son maistre se fîoit en luy de plus grandes choses, mays que par la lecture desd. lectres il n' avoit peu congnoistre l'affaire, sinon en gros et sans aulcunes particularitez, desquelles il nous prioit l'esclaircir, affin que, si c'estoit chose en laquelle il se peust employer avec espérance de bonne issue, il nous
1 . Dans l'autre rédaction de cette partie de ses mémoires, quoique bien moins complète que celle que nous publions, La Huguerye nomme deux de ces seigneurs : « Il avoit avec luy l'aîné La Route et le S"" de Montreul, ce semble. »
le deist rondement, nous asseurant qu'il ne tiendroit, à y faire tout debvoir, que l'affaire ne réussist à bien, pourveu que l'honneur et estât de son maistre n'y feussent grevez.
Je luy respondy que nous estions bien doubtez qu'il avoit ouvert noz lectres, parce que led. Dompmartin nous avoit dict avoir sceu de sa part qu'il y avoit espérance d'une somme de 100 mille escuz; ce qui nous avoit meu de luy escripre, pour entendre sa bonne volonté et en conférer ensemble, désirant de nostre part employer le temps pour faire congnoistre à monsHe duc de Lorraine combien mons'^le duc Casimir affectionne son repos et soulagement, le pourchassant envers les embassadeurs du roy de Navarre par tous moyems à luy possibles et convenables. Il nous deist qu'il avoit faict entendre aud. s"" de Dompmartin, comme à son amy, qu'il ne pouvoit croire qu'il n'eust encores une croix de Lorraine dedans le cueur, pour regarder à ne faire chose qui ne feust pour le bien de son prince, ne luy ayant donné aultre subject, ne nous advouant ny désadvouant aussy ouvertement qu'il feust entré si avant es termes de ceste négotiation que led. s"" de Dompmartin nous avoit dict, nous priant de rechef, pour gaigner temps, d'entrer au discours du commencement et progrez de l'affaire : comme je fei bien amplement, selon tout ce qui est contenu cydessus, sans le repéter, pour briefveté ; l'advertissant des monstres de l'armée qui se faisoient', affin de faire diligence et regaigner le temps perdu.
4 . L'armée allemande se constitue définitivement à Strasbourg, le 6 août, par une montre générale qui avait été précédée des
Il respondit que, pourveu que les articles demandez ne portassent rien qui préjudiciast à l'honneur et estât de son maistre, qu'il s'y employroit volontiers envers luy, qui estoit ung prince qui toute sa vie s'estoit estudié à n'offenser personne et estoit en volonté de continuer en ses déportemens accoustumez envers tout le monde, sans les ad vis très certains qu'il a eu plusieurs fois que les François estoient résoluz de le ruiner; qu'il estoit prince neutre et d'Empire, mays qu'en le voulant ainsy traicter on le forceroit à prendre aultre party pour sa conservation; que les François disoient qu'il estoit de la Ligue, qu'il n'en estoit poinct, mays qu'ilz l'en vouloient faire estre par force ^ ; qu'il s'emploiroit volontiers à empescher telz effectz, nous priant de luy comniquer lesd. articles. Lesquelz je luy fei voir, en original, dud. s"^ de Ségur. Et, pendant qu'il en faisoit faire coppie, il ne deist pas grand chose pour les premiers, mays il trouva les derniers fort rudes, et que demander la révocation de ses
montres particulières de ctiaque compagnie. Suivant une lettre de Jehan Melander, premier secrétaire de l'armée allemande, au duc Philippe de Brunswick, l'armée comptait alors vingt-six cornettes de reitres (f. fr., vol. 3398, f. 195). Suivant une lettre de Guitry à Ligny, elle ne se composait que de 4 ou 500 hommes (f. fr., vol. 5142, f. 657). Il est juste d'ajouter que la lettre de Guitry est écrite le 26 décembre 1587, après l'insuccès de la campagne et sous l'impression d'un sentiment d'animosité contre les Allemands. 1. Au moment où l'armée allemande entrait dans ses Etats, le duc de Lorraine avait déjà réuni secrètement 7 à 8,000 arquebusiers français et 500 chevaux, mais commandés par de jeunes capitaines. Il envoya aussitôt lever 4,000 reitres en Allemagne (Claude de La Ghastre, Discours sur les faits de 1587). Il demanda aussi des secours au duc de Parme et en Italie. Nous en parlerons en leur lieu.
édictz estoit contre son honneur, et que c'estoit tout ce à quoy on le pourroit réduire par une paix, après une rude guerre; et que, pour les s""' de La Noue et de Théligny, on demandoit chose qui n'estoit pas en sa puissance, ce qui faisoitbien congnoistre le peu d'affection des Françoys à cet affaire; qu'il ne vouldroit porter parole de ces deux articles-là, bien qu'il feust amy dud. s"* de La Noue, mays qu'il s'asseuroit qu'il n'auroit pas trouvé bon qu'on traictast ainsy de ses affaires. Je luy diz qu'il estoit au contraire venu exprès à Strasbourg, pour servir à lad. négotiation, et n'y avoit voulu estre meslé.
Et, pour abréger, il nous demanda à quoy on en pourroit tomber, nous confessant rondement, quant au passage et estappes, quant à une somme d'argent et à la neutralité, qu'il y avoit quelque raison d'en traicter, pourveu que ce feust amiablement et avec modération, non pas comme avec ennemys, nous pressant de luy dire ce qui se pouvoit espérer pour le retranchement des deux aultres articles, comme il nous avoit dict son advis des trois premiers. Je luy fei response que nous estions là comme personnes tierces, choisies et commendées par led. s' duc Casimir, pour servir à la modération, et, comme il nous avoit dict son jugement des trois premiers, le second desquelz pour la somme nous avions desjà faict réduire de la solde d'ung moys de toute l'armée à la moitié ou environ, qu'aux deux aultres il n'en escheoit poinct, qu'il s'employast à en avoir une bonne et briefve résolution de son maistre ; et cependant nous travaillerions , de nostre costé, à faire retrancher lesd. articles et en aurions bonne espérance si, de sa part, il faisoit bien
résouldre les trois premiers, en diligence, pour nous en advertir de bonne heure. Il trouva ce moyem bon pour ayder l'ung à l'aultre. Et demeurant là résolu, il nous remercia très aftectueusement des bons offices de l'amitié dud. s' duc Casimir, dont quant à luy il n'avoit jamais doubté, s'il eust eu telle auctorité en l'armée qu'il pensoit, mays qu'il craignoit que les Françoys, qu'il congnoissoit bien, deist-il, n'eussent pas tant d'esgard à ses prières et remonstrances qu'il le méritoit et la raison et l'affaire le requéroit.
Et, pour n'interrompre lad. négotiation, nous advisasmes de ne faire aulcun acte d'hostilité les ungs contre les aultres, nous disant ied. s"" d'Haussonville qu'il estoit à Phaltzbourg pour la garde des pais de son maistre seulement, que mons"^ d'Haraucourt* l'estoit venu chercher jusques là auprès et y avoit esté bien recongneu ; quant à luy, qu'il se gouverneroit de telle sorte, pourveu qu'on n'entrast dans les terres de son maistre, que mal n'en arriveroit de son costé. Sur quoy estans demeurez résoluz et asseurez de luy que, si tost qu'il seroit de retour à Phaltzbourg, il dépescheroit en poste vers son maistre pour advancer toutes choses, nous prinsmes congé et retournasmes à Quatznen, où nous feismes rapport de nostre conférence.
Le vij^ dud. moys, après que les monstres furent faictes et tous affaires dressez, aultant que faire se peult, il fut advisé au conseil tenu à Marlen- d'envoyer recongnoistre le passage de la montagne^ , pour le
\. Philippe de Longueval, s' de Haraucourt (t. II, p. 387).
2. Marlenheim, canton de^Yasselonne, arrondissement de Strasbourg, sur la Mossig.