Le passage des Vosges à Saverne
nettoyer et en oster les arbres, roches et aultres empeschemens qu'on y avoit mys. Sur quoy leur ayant faict entendre Testât de ceste négotiation et la promesse réciproque qui avoit esté faicte de ne faire aulcun acte d'hostilité, pour n'interrompre ce que nous avions négotié avec led. s' d'Haussonville et avions à négotier avec led. s"^ de Tanton ville, qui estoit en chemyn, nous les exhortasmes à se gouverner selon lad. résolution et ne faire aulcun acte d'hostilité, conme ils nous le promirent, en plain conseil, fort solennellement, et led. s"" duc de Bouillon mesmes, auquel je m'en adressé particulièrement, pour y tenir la main, comme estant celuy qui porteroit la folle enchère des contraventions à ceste promesse.
Le viij^ d'aoust, conme j'estois au conseil, à Marlen, je receu ung billet dud. s' baron de Podlitz, lequel me mandoit avoir receu response dud. s'" de Tantonville, et que je feisse diligence de retourner au Cartier, pour aller coucher à Saverne, où led. s*" de Tantonville arriveroit, au soir, affin de traicter toute la nuict et gaigner temps; dont j'adverty tout le conseil, les priant encores une fois de tenir la main qu'il ne se feist aulcun acte d'hostilité, pour conduire ceste négotiation à telle fin ; que le colonel Dompmartin en avoit donné si bonne espérance aux colonelz, qu'ilz s'en asseuroient et en faisoient tel estât qu'ilz se pourroient fort aigrir contre ceux qui féroient au contraire ; et les pressay davantage de me dire librement ce qui leur en sembloit et du retranchement desd. deux articles. Dont faisant mine d'estre fort joyeulx, ils nous prièrent de faire le mieux que nous pourrions, singulièrement pour le faict de la neutralité qu'ilz nous recommendoient de bien
62 MÉxMOIRES DE LA HUGUERYE.
asseurer. Sur quoy le s"" de Guitry deist : « Nous ferons cela; nous avons la plume en la main, » Je répliquay que tous ses propos nous faisoient doubter de ses promesses, et, si nous estimions qu'après avoir bien travaillé et faict le mieux qu'il nous auroit esté possible on nous voulut traverser ou desdire tout ouvertement, que nous laisserions tout là, et que, s'il arrivoit quelque chose, au contraire de leurs promesses, nous l'imputerions principalement à luy, qui s'y estoit opposé tousjours et ouvertement et par artifices, mays que je luy conseillois de prendre bien garde à ce qu'il feroit en cela, et qu'il auroit affaire à tous les colonelz qui s'en prendroient à luy. Ce que luy et tous les aultres jurèrent ne vouloir faire.
Et sur ce m'en allay trouver led. s"" baron de Podlitz, avec lequel j'allay à Saverne, prenans led. s" de Gouvrelles avec nous. Et y arrivasmes les premiers, faisans en cela plus de debvoir que ceux ausquelz il touchoit de se haster. Et peu après, y arriva led. s"^ de Tantonville et Buhy avec luy et le s"" de Maurigault, secrétaire dud. s"" duc de Lorraine. Et tost après soupper, nous voulusmes traicter, pour gaigner temps, mays nous ne le peusmes obtenir dud. s"" de Tantonville, qui nous pria de luy laisser prendre ung peu de repos, estant las et trop tard, disoit-il, pour négotier, et que demain, tant matin que vouldrions, il seroit prest. A quoy nous accommodans, pour ne le presser davantage, nous contentasmes de luy avoir remonstré l'importance de la diligence, estans les monstres faictes, luy discourant seulement tout ce qui s'estoit passé, depuis la response dud. s"" duc Gasimir, envoyée aud. sMe Buhy à Speire.
Le ix^ d'aoust, nous traictasmes, de bon matin, avec lesd. s"^' de Tantonville et de Maurigault. Le commencement fut sur les pouvoirs : il désira voir celuy dud. s' de Podlitz; je respondy qu'il avoit esté envoyé parled. s' duc Casimir avec lectres de créance seulement, l'intercession duquel en cet affaire, auquel il n'a aulcune part, ne requéroit aultre chose; que pouvoir n'avoit accoustumé estre donné, sinon par ceux qui avoient toute authorité et puissance en ung affaire ; que led. s' de Podlitz avoit tellement traicté avec les François, sur les articles qui luy ont esté envoyez à Nancy, que, pourveu qu'il feust venu suffisamment authorisé et résolu, comme nous lui avions escript, nous estions asseurez de l'effect de ce que nous accorderions avec luy; qu'il nous asseurast seulement de son pouvoir. Lequel, pour nous contenter il feist voir aud. s"^ de Buhy, pour nous en asseurer, ne pouvant pas nous le monstrer, puisque nous ne luy en monstrions poinct.
Et passant par dessus ceste formalité, pour venir au poinct, je luy exhibé, en original, les articles dud. s"^ de Ségur, afïin qu'il congneust l'origine de telles demandes.
Nous supprimons ici le récit de la conférence de La Huguerye et de Podlitz. au nom de l'armée allemande, et de Tantonville et de Maurigault, au nom du duc de Lorraine. Après une longue discussion, semée de nombreuses redites, Tantonville obtint un ajournement. Le passage supprimé occupe dans le manuscrit les feuilles 477, -178 et 479.
Et lors, il nous protesta n'avoir pouvoir de passer oultre, nous priant de luy donner terme jusques aud. jour de samedy prochain, dans lequel il asseuroit d'ap-
porter toute résolution, pour passer l'accord. Nous luy déclarasmesencores quelespayemens s'achevoient, cejourd'huy, que demain on feroit les logis, le long de la montagne, pour passer samedy et qu'il fauldroit nécessairement qu'il retournast vendredy, au soir. Mays ayant mesuré son chemyn depuis les dix heures, le temps à faire son rapport et avoir ses dépesches, il nous protesta luy estre impossible de retourner vendredy au soir, qu'il le feroit, s'il pouvoit, mays bien nous asseuroit il d'y estre le samedy, aussy matin que s'il y avoit couché.
De quoy nouz contentasmes , sur l'espérance qu'il nous donna de retourner avec pouvoir de faire un accord final de toutes choses, nous priant de l'asseurer aussy qu'avant led. jour et heure l'armée n'entreroit poinct dans les pais de son maistre, ce que nous luy accordasmes. Et pour nous contenter davantage, il nous promist de renvoyer led. s"" de Bussy en toute diligence, pour nous advertir, dès le vendredy au soir, nous priant d'empescher cependant tous actes qui pourroient interrompre ung si bon œuvre, ce que nous luy promismes aussy, sur l'asseurance que les Françoys nous en avoient donnée, sans laquelle nous n'eussions voulu venir traicter avec luy, luy demandant sa response et offres par escript, de sa main, pour nous en servir à les retenir en debvoir, en luy délivrant lesd. articles apostilez, ce qu'il feist. Et me pria d'advantage led. s"" de Tantonville de prendre la peine de dresser ung estât des vivres, au plus près, selon le nombre de l'armée, affin que ce feust aultant de faict, à son arrivée, ce que je luy promis faire; et le fei comme il sera cy-après inséré.
Et les voyant monter à cheval, joyeux de voir tout si bien acheminé, désireux d'en voir l'effect et d'y apporter tout ce que je congnoissois y pouvoir servir, selon l'exprès commandement que j'en avois dud. s"" duc Casimir, qui ne vouloit veoir en sorte quelconque Testât dud. s'' duc de Lorraine, son voisin, en danger, et prévoyant que, quelque ordre que j'y misse, comme il s'en reposoit du tout sur moy, je ne pourrois empescher la mauvaise volonté des Françoys ny la si bien brider qu'elle ne se feist souvent voir et sentir, au préjudice de noz accordz, je m'advisay, tant pour bien accommoder l'armée que pour asseurer du tout le soulagement et conservation de Testât dud. s' duc de Lorraine, de tirer à part led. s"" de Buhy, qui avoit le premier porté parole de ceste négotiation, et luy diz, pour en faire ouverture, comme de luy-mesme, aud. s'' duc de Lorraine, que je m'estonnois fort que jamais il ne leur estoit venu en l'esprit de négotier pour l'exemption entière du passage de l'armée, qu'il accordast la somme requise à ceste condition, et que j'espérois l'obtenir en faveur de la somme qui osteroit la despense des estappes, et de faire prendre le chemin du comté de Bourgongne que tint le duc des Deux Pontz ^ ; que par ce moyem il ne resteroit que deux articles, celuy des 200,000 escuz ~