Jean, comte de La Marck (t. II, p. 201, note
2. Le duc de Bouillon, souvent malade, déléguait à son frère une partie de son commandement. On trouve une lettre de Jean de La Marck à Ségur, datée du 9 août, écrite dans ces conditions (Y<= de Golbert, vol. 402, f. 173).
3. Voici la liste des membres du conseil de l'armée allemande d'après une pièce datée du jour du passage de la rivière de Madon (28 août) : le duc de Bouillon, le baron de Dohna, les s. de Beauvoir la Nocle, de Vezines, de Poységur, de Monluet, de Guitry, de Clervant, de Ghemeroles, de laLobbe, de LaHuguerye et de Beaujeu (Estât des reitres ; f. fr., vol. 704, f. 69).
4. Suivant un mémoire remis par Des Réaux au prince Casimir, le conseil de l'armée allemande avait été nommé, pour les Français par Ségur, de commun accord avec le duc de Bouillon, le baron de Dohna et le conseil allemand (V^ de Colbert, vol. 401, f. 136).
raine, pour à laquelle parvenir ilz avoient faict assembler et establir led. conseil, et firent, par la bouche dud. s"" comte de La Mark, la proposition de la guerre de Lorraine. Et, pour nous y exhorter, nous exhibèrent une lectre dud . s"" duc de Lorraine à son bailly de Nancy, portant commendement de tous actes d'hostilité* contre l'armée, surprise par led. s*" de Cormont, mareschal de camp, et en oultre nous feirent comniquer par led. s"" de Guitry une lectre, qu'il disoit luy avoir esté escripte par le roy de Navarre et apportée par led. Beauchamp, qui contenoit ung commendement de faire la guerre en Lorraine. Sur laquelle proposition les François conseillers, estans venuz aux voix, discoururent tous l'ung après l'aultre amplement que led. s' duc de Lorraine estoit en somme le chef de la Ligue, l'autheur de tous leurs maux et le nourrisson de la guerre en France, qu'il aspiroit par ses armes et pratiques à la couronne de France, que, sans son authorité et moyems, ses parens n'eussent jamais rien osé entreprendre, qu'il estoit caution de leurs traictez et promesses envers le roy d'Espaigne, et que d'ailleurs nous voyons bien, par sesd. lectres interceptées, sa résolution de ruiner, s'il peut, ceste armée ; et surtout se fortifîoient dud . commendement du roy de Navarre, lequel seul ilz nous disoient debvoir suffire, quand il n'y auroit aultre raison. Et sur
1. Le duc de Lorraine n'avait pas laissé arriver l'invasion sans prendre des mesures de défense. Dès le 12 juillet il avait donné l'ordre de réunir 4000 reitres, 8 régiments de gens de pied de 1200 hommes, 24 compagnies de chevau-légers, etc. (f. fr., vol. 3975, f. 81). Il avait aussi rendu une série d'ordonnances et de règlements militaires sur cette levée. (Voyez ces pièces; f. fr., vol. 2069.)
ce discours conclurent tous à qui mieux mieux au feu, à l'eau et au sang, avec telle animosité et résolution que nous pensions desjà voir toute la Lorraine ruinée. A ces raisons des s" de Guitry, Beauvoir-la-Nocle, Vézines^ et baron d'Igoyne'^, adjousta le s"" de Clervant, oultre son opinion première , qu'il ne s'estonnoit poinct, ains ne pouvoit que grandement louer le bon naturel de mons"^ le duc Casimir, qui ne peult oublier une amitié si bien et de si longtemps contractée par luy avec mons'' de Lorraine, son parent et bon voisin, dont il pouvoit mieux parler que les aultres conseillers, en ayant esté tesmoing et eu cet honneur d'estre nourry auprès de ces deux princes, mays qu'il croioit aussy que pour ce respect-là, led. s"" duc Casimir ne vouldroit empescher le bien de leurs affaires qui requéroit telle conclusion, bien qu'elle feust hors delà capitulation, comme led. s"" duc Casimir l'avoit naguères touché par sa response aux lectres du s*" de Montigny, de laquelle capitulation néantmoings on pourroit tirer en conséquence ceste entreprise ; qu'il estoit très humble serviteur de mons*" de Lorraine et bien marry de voir le mal si avant, luy estant particulièrement obligé de sa délivrance dernière, mays que, veu le commendement exprès du roy de Navarre, son maistre,
1. Guillaume Stuart de Vezins (Mémoires de la Ligne, t. II, p. 2H). Il faisait partie du conseil de l'armée allemande et commandait en qualité de capitaine une des cornettes du duc de Bouillon (Estât de l'armée des reitres; f. fr., vol. 704, f. 69).
2. Antoine Damas, s. de Digoine, faisait partie, ainsi que Vesins, de la cornette blanche du duc de Bouillon (ibid.)- Après la ruine de l'armée allemande il se retira dans sa seigneurie de Digoine et adressa au roi la promesse signée de ne plus porter les armes contre son service (f. fr., vol. 15574, f. 46 à 61).
in 6
il avoit la bouche close et n'y pouvoit contredire, ayant plus que toute la compaignye congnoissance spéciale d'une grande occasion qu'a led. s"" roy de Navarre de se prendre du malheur présent aud. s"^ duc de Lorraine, lequel (pendant que, pour entretenir led. s"" roy de Navarre, le s'"de Malroy, son frère, du consentement dud. s"" duc de Lorraine, négotioit, peu avant ce trouble, au Mont de Marsan, le mariage de madame la princesse de Navarre pour mons"" le marquis du Pont, son fîlz, à quoy led. s"^ de Clervant s'affèclionnoit en particulier et y faisoit de bons offices envers led. s"" roy, son maistre), led. s"" duc de Lorraine sollicitoit d'ailleurs la Ligue, en laquelle il est entré, contre luy et pour sa ruine particulière ; laquelle insincérité avoit tant offensé led. s"" roy de Navarre qu'il sçavoit qu'il ne l'oublieroit jamais, nous priant, à ceste fin, pour la conclusion de son discours, de ne faire difficulté d'entrer en ceste résolution, de laquelle le prouffit en reviendroit aud. s' duc Casimir, et d'en direnostre advis et volonté.
Sur quoy, par advis prins entre nous trois, je remonstray pour le bien des affaires tout ce que auparavant leur avoit esté sur ce respondu par led. s"" duc Casimir et le commendement exprès que nous avions de luy, du tout contraire à cela, et que nous sentions desjà tant d'incommoditez de leur procédure, pour parvenir à ce but, qu'il nousestoit impossible d'en bien espérer; quant à l'intérest et commendement dud. s"" roy de Navarre, qu'il l'avoit peu déclarer ouvertement, lors de la capitulation, et que led. s'" duc y eust respondu comme auparavant ; que ces prétendues lectres et commendement (faictes, peult estre, la nuict
par le s'" de Guitry) estoient pour nous surprendre les armes en main; que lad. capitulation ne portant rien de ceste guerre, quoy qu'eust dict led. s"" deClervant, en conséquence de quelque article, et, tant s'en fault, contenant des poinctz du tout contraires, il estoit plus raisonnable de s'estudier soigneusement à l'observer, comme la loy inviolable de ceste expédition, que de la fouler aux piedz, à toutes heures, veu nommément les incommodité/ de ceste guerre et le peu ou poinct de fruict qui nous en reviendra ; laquelle et aultres plus grandes considérations avoient faict affectionner led. s*" duc Casimir à la négotiation de Lorraine, de leur propre advis et consentement (contre lequel néantmoings ilz l'avoient tant traversée et mesdict de ceux qui s'y employoient), avec l'amitié que led. s'"duc a toute occasion de porter aud. s"" duc de Lorraine, lequel on n'avoit point encores veu en armes contre ce party, sinon aultant que leurs vaines menaces et actes d'hostilité ly avoient contrainct pour sa conservation, ainsi que ses principaux serviteurs le nous avoient de bonne heure prédict et déclaré , ce qui estoit dict pour la vérité du faict et non pour justifier led. s"" duc de Lorraine; que nous avions assez de grandz ennemys, sans en faire d'advantage ; que led. s' duc de Lorraine estoit prince d'Empire et libre, pouvant favoriser ses parens avec telle et plus grande raison que led. s*" duc Casimir n'avoit d'ayder au roy de Navarre, sans toutesfois vouloir, pour cela, entrer en guerre contre prince quelconque ; qu'ilz sçavoient les exceptions de la capitulation des colonelz qui excleuoient de leurs armes l'Empire et les princes et estatz d'icelluy (quel est led. s' duc de Lorraine) et
84 MÉMOraES DE LA HUGUERYE.
chacun colonel particulièrement son prince souverain et s' féodal (quel est led. s"" duc de Lorraine du colonel Dommartin) , de l'intérest très grand desquelz il alloit en ceste entreprise, aussy bien que dud. s"" duc Casimir; lesquelles raisons, avec tant d'aultres alléguées cy-devant, qu'il n'est besoing de répéter, nous mouvoient de ne consentir pas seulement à leur résolution, mays de l'empescher et nous y opposer aultant que, sauf l'honneur des armes et des serviteurs, se pourra faire.
Ils feirent, sur nostre response, de grandes instances pour tirer de nous une forme de consentement, mays en vain. Et ayans plus d'esgard ausd. colonelz présens qu'aud. s"" duc Casimir absent, résolurent seulement que le baron de Dhona leur en comniqueroit le jour mesme, affin d'entendre demain leur volonté, pour résouldre promptement ce qu'on feroit de Sarrebourg, si on l'assiégeroit ou non. Je leur répliquay que, quand ilz auroient pratiqué par leurs confidens quelques ungs des colonelz, pour cet effect, si est-ce que la volonté contraire dud. s"" duc Casimir et son intérest notable en cela arrestoient entièrement le cours de leur résolution. Et en demeurasmes làdessus.
Nous feusmes, au sortir dud. conseil, advertiz que led. s*" de Buhy estoit là. Et l'envoyasmes chercher, pour parler à luy et sçavoir au vray à quoy il avoit tenu qu'il n'estoit venu à Saverne, comme il nous avoit asseuré par ses lectres ; mays nous ne le peusmes voir et led. s"" baron pria le s"" de Couvrelles de sçavoir du s"" de Clervant où il estoit et quelle espérance il y avoit au faict de Lorraine, le priant en par-
ticulier de bien considérer ce que nous avions remonstré, à quoy il avoit le plus d'intérest. Et Couvrelles, qui se laissoit aller à eux, nous rescripvit qu'il avoit sceu dud. s' de Glervant que Buhy avoit rapporté qu'il n'y avoit poinct d'espérance, et que mons"" de Guyse, estant arrivé à Nancy, avoit tout rompue Et estimant, led. s"" de Glervant, nous gaigner par ce moyen-là, nous envoya led. s^^ de Buhy à Eich -, nostre cartier, lequel nous deist bien que led. s"" duc de Guyze estoit survenu qui l'avoit empesché, mays que mons' de Lorraine et tous les Lorrains, excepté trois (Rosne, Bassompierre et Pange), y estoient très affectionnez jusques aux dames et damoiselles, qui offroient leurs joyaux, pour destourner cet orage de leur pais ^, ce qui nous debvoit, au contraire dud. s' de Glervant,
1. A la nouvelle de l'entrée des Allemands, Henri III avait voulu conférer avec le duc de Guise et l'avait mandé à Meaux au mois de juillet. Claude de La Ghastre fait le récit détaillé de cette entrevue à laquelle les circonstances donnaient une importance particulière (Discours sur les faits de 1587, p. 8). Avant de se mettre en campagne, le duc adressa, le 211 juillet, une demande de secours au roi (Coll. Clairembault, vol. 357, f. 7759). La réponse est conservée dans le même recueil (f. 7783). De Chaumont en Bassigny, où il avait rassemblé son armée, le duc de Guise vint à Toul et le lendemain à Nancy. Suivant Claude de La Ghastre, qui est en désaccord sur ce point avec La Huguerye, il n'y arriva que le 22 août [Discours sur les faits de 1587, p. 17 et 18). L'état détaillé de l'armée de Guise, avec les noms des capitaines, est conservé, en copie du temps, dans les Vc de Colbert, vol. 10, f. 277.