Eich, près de Sarrebourg, département de la Meurthe
3. Le duc de Lorraine offrait le passage aux reitres à travers ses Etats, mais il ne l'offrait que pour trouver un prétexte à négocier, à ce que dit Schomberg, et pour trouver les moyens de les dégoûter d'une invasion en France (Lettre de Schomberg du 29 aoûtf. fr., vol. 4734, f. 271).
affectionner d'advantage à ceste négotiation et non pas l'empescher, secondant en cela les desseins dud. s' duc de Guyse, qui l'avoit tant à contre cueur. Ce qui nous meut, après avoir apprins dud. s"" de Buhy comment et pourquoy lesd. Françoys l'avoient retenu, l'empeschant et ses lectres de venir jusques à nous, de prier affectueusement led. s"" de Buhy de retourner encores à Nancy, pour advertir led. s"" duc de Lorraine de la résolution prise par les Françoys, en plain conseil, de luy faire la guerre; laquelle nous ne pouvions plus nous promectre d'empescher, ny le siège de Sarrebourg, s'il ne faisoit une fin de ceste négotiation ; employant plustost deux cens mille escuz, moitié en argent, moitié en vivres, dont je luy comniquay Testât, qui ne montoit que cela au plus, que de voir ruiner son pais; luy ramentevant ce que je luy avois dict en montant à cheval à Saverne, dont je m'esmerveillois que led. s"" duc de Lorraine ne s'estoit esmeu à faire la diligence requise, sans laisser monter la montagne; ce que led. s"" de Buhy nous promist faire en poste, prenant des chevaux du gouverneur de Sarrebourg. Mays, à son retour, il fut encores arresté par les François et empesché de venir jusques à nous.
Estant de retour à Eich, je remonstray aud. s*" baron de Dhona l'importance de ceste hardiesse des François, qui, n'estans qu'une pongnée de gens, osoient bien parler si librement de chose du tout contraire à la capitulation et d'ung intérest si grand aud. s"^ duc Casimir et à la maison palatine, comme il avoit cy-devant entendu, et à tous les coloneiz, lesquelz il estoit nécessaire d'en bien instruire, affin qu'ilz ne se laissent gaigner, comme je sçay que les François y
taschent, par le moyem de Dompmartin ; que je ferois, selon le commendement que j'en avois, tout ce que je pourrois, avec l'esprit, la langue et la plume ; mays que, s'il n'y apportoit l'authorité qu'il a en main et la résolution des colonelz, comme je l'avois cy-devant remonstré aud. s' duc Casimir, que seul je ne pourrois pas empescher le mal et les dangereuses conséquences au service dud. s' duc Casimir.
Sur laquelle remonstrance il se résolut d'appeller lesd. colonelz. Et je le priay de les appeller particulièrement et laisser là Dommartin, duquel ilz se servoient pour pratiquer les aultres et pour taire entendre en Lorraine choses que je luy ay dict estre faulses contre le service dud. s' duc Casimir ; et, si led. s' duc de Lorraine ne faisoit son debvoir, de clorre ceste négotiation pour rompre les desseings des Françoys, et, si nous ne pouvions empescher beaucoup de dégastz de leur part, qu'au moings nous les feissions passer la Lorraine le plus promptement que faire se pourroit, empeschant qu'ilz ne peussent affermir le pied dans aulcun lieu de Testât dud. s' duc de Lorraine. J'adverty d'advantage led. s"" baron de bien remonstrer ausd. colonelz qu'estans seulz et sans l'appuy d'aucun prince qui print leurs affaires en main, pour les maintenir, ilz avoient bien à y regarder et pourveoir d'euxmesmes à leur conservation et affaires, aultant qu'il leur seroit possible, affin que, s'ilz n'y faisoient leur debvoir, ilz ne s'en puissent prendre à aultres qu'à eux-mesmes, ne se pouvant plaindre de luy ny de nous, qui jusques icy y avions travaillé affectueusement, mays ne pouvions seulz, avec toute l'auctorité qu'ilz luy avoient déférée, empescher le mal, s'ilz ne
nous aydoient, ce qu'il luy convenoit bien remonstrer ausd. colonelz, affin de descharger led. s"^ duc Casimir, en tout événement, de leur recours à luy pour leurs affaires, s'ilz n'en vouloient tenir le chemin. Il me pria d'en dresser ung mémoyre qu'il traduiroit en alemand, pour comniquer avec ses colonelz, comme je fei en ceste forme :
Les s" colonelz de reistres et landsquenetz peuvent remonstrer sur l'instance que font les Françoys de faire la guerre en Lorraine :
1 . Premièrement, pour le service général, que, s'ilz font aultre séjour en Lorraine que pour passer et s'ilz s'y arrestent à faire la guerre, qu'ilz voyent desjà la nécessité des vivres telle que leurs hommes commencent fort à devenir malades, et qu'en ung séjour avec si grandes incommoditez, leurs cornettes et enseignes diminueroient si fort qu'avant qu'entrer en France elles tomberoient en estât de ne pouvoir plus servir au but pour lequel ilz sont levez, croyant que on en peult dire aultant de tous les aultres gens de guerre,
2. Que leur capitulation porte des exceptions qui leur font craindre de grandz inconvéniens à leurs affaires particulières, si on les arreste à faire la guerre en Lorraine, qu'ilz sçavent comme desjà le s*" Diest Schonberg ^ en poursuit le colonel et régiment de lansquenetz pour les dégasts qu'il prétend en avoir
i. Dietrich de Schomberg (t. I, p. 269, note 3). Un mémoire de Des Réaux au prince Casimir, apporté en Allemagne après l'échec de l'expédition de 1587, reproche au baron de Dohna d'avoir refusé les services des capitaines les plus expérimentés, parmi lesquels il cite Dietrich de Schomberg (Vc de Colbert, vol. 401, f. 130).
receu à Bechevillers * ; que ce qu'ung gentilhomme recherche ung grand prince a bien plus d'authorité, de raison et de moyem de le poursuivre contr'eux, à leur grand dommage, et au danger de ne pouvoir cy-après retourner librement en leurs maisons, où ilz reçoipvent desjà beaucoup de peine, à cause de leur affection au service du roy de Navarre.
3. Que leur retour de France en Alemaigneen seroit tellement incommodé qu'ilz ne s'en pourroient plus asseurer, ayans par le moyem de ceste guerre, qu'ilz désirent faire en Lorraine, à repasser par païs ennemys ou voisins, foibles et mal accompaignez d'harquebuzerie, ne pouvant plus faire d'estat d'estre conduitz à leur retour, selon leur capitulation, puisqu'on leur a failly de promesse en tant de sortes à l'entrée.
4. Que, quand on ne vouldroit avoir esgard à ces raisons-là et on les vouldroit presser de faire la guerre en Lorraine, encores ne le pourroient-ils faire que préalablement ilz ne t'eussent suffisamment asseurez de leur desdommagement entier, en cas qu'ilz feussent recherchez de ceste entreprise.
Lesquelz quatre articles me semblèrent suffire pour l'intérest desd. colonelz, pourveu qu'ilz tiennent bon (et, quand il n'y eust eu que le dernier, il n'estoit pas en la puissance du roy de Navarre ny de tous les Françoys d'y satisfaire), lesquelz articles je délivray, le soir dud. jour, xvj' aoust, aud. s"" baron ; lequel en feist la traduction en langue allemande.
Le xvij^ dud. moys, nous feusmes trouver led.
\. Bischwiller, arrondissement de Strasbourg, département du Bas-Rhin.
s"" duc de Bouillon, avec lesd. colonelz, instruictz comme dessus, dès le matin avant partir, par les remonstrances dud. s'" baron. Et, sitost que nous feusmes arrivez, on tint le conseil soubz ung arbre, au devant de l'église, à cause de la maladie dud. sMuc de Bouillon. Et la première proposition que feirent les Françoys fut d'assiéger Sarrebourg, puisque toute l'armée avoit passé la montagne, afifin de ne perdre le temps, et continuer ainsy partout où le chemin de l'armée ou quelque bonne occasion se présenteroit. Sur quoy nous estans retirez ensemble pour prendre adviz, nous leur remonstrasmes que cela estoit contraire à ce qu'ilz avoient eux-mesmes résolu hier de comniquer leur volonté aux s'^ colonelz, comme il avoit esté faict par led. s"" baron, lequel les avoit icy amené avec luy pour en respondre par l'escript qu'ilz avoient dressé entr'eux, lequel lesd. colonelz présentèrent pour leur estre faict response d'article en article, ainsy qu'ilz ont accoustumé de traicter ; qu'oultre cela nous avions renvoyé en poste le s'' de Buhy à Nancy, pour faire en toute diligence ce qu'ilz l'avoient empesché de faire, l'ayant arresté, retenu ses lectres et empesché de venir à nous à Saverne, pour rompre ceste négotiation qui fustfaicteà présent, sans eux, au grand bien et soulagement de l'armée ; que cependant nous estions bien advertiz que, nous voulans faire danser malgré nous, ilz avoient, contre la résolution d'hier, faict à Sarrebourg comme à Phaltzbourg, et que le s"" de Guitry, de son authorité privée, sans l'advis et consentement de tout le conseil, avoit sommé lad. ville de Sarrebourg (dont il s'excusa promptement, qualifiant ceste sommation du nom de
signification, faicte seulement à ceux de lad. ville de fournir des vivres à l'armée), que lesd. s""^ colonelz estoient venus exprès, leur avoient présenté leurs remonstrances par escript, que leur debvoir estoit de les voir, y respondre et surseoir cependant à leurs animosités.
Ces remonstrances empeschèrent fort les François, n'ayans moyem d'y respondre ny satisfaire ; mays ilz s'ad visèrent de contenter lesd. colonelz, leur faisant entendre par led. Dommartin, leur confident, que leur intention n'avoit pas esté de faire la guerre, ains seulement d'estonner lad. ville, pour en tirer des vivres, lesquelz led. s'" duc de Lorraine avoitfaict tous retirer dans ses villes, qu'il en falloit avoir ou mourir de faim, et qu'en ce faisant on n'useroit d'aulcune violence, amenant ceux de lad. ville à fournir des vivres par l'appréhension du canon. Je congneu bien l'artifice pour faire taire les colonelz et faire cependant ce qu'ilz désiroient et le remonstray aud. s*" baron de Dhona, pourlesenadvertir ; mays les colonelz ne pressèrent pius et se laissèrent tromper, de sorte que, sans nous y pouvoir plus opposer seulz, il fut résolu entre les François de demander à lad. ville premièrement de faire toutes choses à la discrétion dud. s"" duc de Bouillon, et, si par ce moyem ilz se disposoient à entrer en composition, leur demander 12,000 escuz, des vivres pour deux jours, quarante chevaux d'artillerie et aultant pour les vivres, avec toutes leurs pièces de fonte, pouldres et armes, ce qui fut commis aud. s"" de Couvrelles, et de leur dire qu'en eussent à se résouldre dans midy, aultrement on useroit de la force.
Led. s"" de Couvrelles, secondant les François et
désirant tirer prouffit de l'artillerie qu'il avoit en charge, rapporta n'avoir rien obtenu de ceux de lad. ville; et, chacun estant d'advis que la nuict proche leur donneroit conseil, nous retirasmes au Cartier, sur l'asseurance que les François donnèrent de n'user de violence. Auquel effect led. s"" baron commenda aud. s"" de Couvrelles de se donner bien garde d'employer l'artillerye, au contentement de l'animosité des François ; aultrement il y pourvoiroit en sa place. Ce nonobstant, lesd. François résolurent de faire la nuict mesmelesapprochesde l'artillerie et [les] leurmonstrer, à la diane, pour les faire venir à leur but, comme ilz feirent ; et ordonnèrent à toute la cavalerye et infanterie françoise d'estre en armes, à la diane, autour de la ville, pour faire contenance de la vouloir forcer.
Avant partir dud. conseil où nous avions mené lesd. colonelz, les François, pour nous affriander à la guerre de Lorraine, se voyans pressez par le cappitaine Du Trot de le retirer du chasteau de Phaltzbourg avant que l'armée s'esloignast d'advantage, nous offrirent de le mectre entre noz mains, suivant lad. capitulation, disoient-ilz. Et nous, voyans l'artifice et la conséquence à laquelle ilz tendoient, ne le voulusmes accepter, prenans sur ce nouveau subject de leur remonstrer, à bon escient, le tort qu'ilz faisoient à leur réputation, les prians encores une fois de considérer sur cet exemple l'inutilité de ceste guerre, n'y ayant que troys ou quatre jours qu'ilz ont prins ce chasteau, dont ilz ne sçavent ce qu'ilz doibvent faire, et qu'aultant leur en arrivera des aultres places, leur conseillant de remectre led. chasteau es mains du cappitaine Stefife, ce qu'ilz refusèrent pour la réputa-
tion, disoient-ilz, se résolvans de le remectre entre les mains des habitans , qui estoient pour la pluspart de la religion et ne fauldroient de le rendre aud. cappitaine StefFe.
Sur cet exemple, estans au logis, je fei ung discours aud. s^ baron de Dhona, lequel tendoit à luy faire congnoistre que, puisque les colonelz n'avoient faict leur debvoir de s'opposer suffisamment aux desseings des François, il nous convenoit résouldre à faire de nousmesmes ce que nous pourrions pour satisfaire à la volonté dud. s' duc Casimir, empeschant au moings que les François n'affermissent le pied en Lorraine, dont je commençoys à avoir bonne espérance, puisqu'ils ne pouvoient donner ordre à la garde des places, m'asseurant que bientost ilz en trouveroient de plus résolues que Sarrebourg et qui leur feroient refroidir le dessein de ceste guerre.
Le xviij' aoust, estans encores logez à Eich, actendant des nouvelles de ce qui seroit respondu par ceux de Sarrebourg, nous ouysmes, environ les trois heures après minuict, une alarme vers le cartier du colonel Bouck *, que le s' de Rosne et aultres cappitaines lorrains, avec bonne trouppe de cavalerie et infanterie vindrent donner 2, dont ayant led. colonel esté peu
1. Le capitaine Hans Bucli ou Bouck commandait au départ de l'armée, le 5 août, le jour de la montre à Strasbourg, quatre cornettes de reitres (Lettres de Jehan Melander, premier secrétaire de l'armée allemande, au duc Philippe de Brunswick; f. fr., vol. 3398, f. 165).
2. Le 18 août, le duc de Guise fit assaillir, à minuit, par le s. de Rosne et le capitaine La Routte, gouverneur de Marsal, à la tête de 400 lances, le quartier du colonel Bouck. Les reitres avertis se tenaient en bataille derrière leurs chariots attelés. Malgré ces pré-
auparavant adverty, tant par le grand bruit qu'ilz faisoient, qu'on entendoit de loing, par le silence de la nuict, qu'aultrement , ilz le trouvèrent à cheval, les actendant au-devant de son Cartier. Le combat fut rude, auquel led. colonel perdit son cartier maistre et trois aultres , avec quelques-ungs blessez ; mays il print sept prisonniers, et plus de cinquante demeurèrent sur la place, la pluspart desquelz a voient mine de vieux soldatz, et force lances par terre, plusieurs blessez, qui se retirèrent à Fenestranges ', et plusieurs aultres esgarez, aulcuns desquelz feurent trouvez le lendemain cachez es villages près Lixen ; et, si les François eussent logé de l'harquebuzerie près dud . colonel, comme ilz estoient tenuz, il [y] eust eu moyen de faire ung beau coup. Je fuz fort marry de ceste entreprise, que je congneu bien estre dressée, du commendement dud. s"" duc de Guise, par led. s*" de Rosne, pour rompre du tout la négociation de Lorraine, secondans en cela le dessein de noz François, sur lesquelz j'eusse bien désiré que ceste entreprise eust esté dressée, non pas sur les Alemandz qui se portoient desjà assez froidement en ce faict ; et ceste entreprise tendoit à les animer au contraire à faire la guerre, selon l'intention desd. François, comme le recongneut bien led. s"^ baron, lequel, voyant le jour approcher,
cautions ils furent mis en déroute et perdirent presque tous leurs chevaux. L'armée royale ne perdit que 16 chevau-légers tués et 4 ou 5 blessés. La cornette colonelle de Bouck resta au pouvoir des vainqueurs (Lettre du duc de Guise au roi du 29 août; f. fr., vol. 4734, f. 273). La surprise de la cornette de Bouck est racontée par Claude de La Chastre de la même façon que dans la lettre du duc de Guise {Discours sur les faits de 1587, p. 19). 1. Fenestranges, près de Sarrebourg, Meurthe.
me pria, pendant qu'il demeuroit là , d'aller à Sarrebourg pour estre présent, en son absence, à toutes choses, et voir qu'aucune violence n'y feust faicte, selon la résolution d'hier, taschant seulement à avoir les commoditez qui avoient esté portées des villages en lad. ville.
Je me hastay, pour y estre de bonne heure et assister au traicté, et trouvay en chemin le chaffener de Lixen, qui venoit, conme je luy avois dict, pour conserver sa maison, en laquelle il avoit retiré tous les papiers et comptes des affaires dud. s' duc Casimir, lequel je menay avec moy. Et, ayant tournoyé la ville, pour en aprocher par le chemin des Suisses et de l'artillerie, je trouvay que la ville estoit desjà rendue par composition qu'on avoit faict, sans nous attendre, contre ce qu'on avoit promis; dont je fei plainte. Et ilz me respondirent qu'ilz avoient prins l'occasion aux cheveux, pour éviter à la violence, s'asseurans que nous l'aurions agréable. En laquelle composition je trouvay qu'ilz n'avoient faict aulcune mention de vivres, qui avoit esté le jour de devant leur prétexte, et qu'au contraire ilz les avoient excepté. J'entray dedans la ville, menant led. chaffener avec moy, et vey beaucoup de désordres commis contre la composition. Soubz couleur de chercher les armes par les maisons, on y desroboit tout, de sorte qu'au lieu de 400 mousquetz et harquebuzes et 200 corseletz de Milan, avec aultant de picques, qui y estoient, tant de la garnison que des habitans, on n'en peult pas retrouver le quart. Tost après moy je vei entrer led. s' duc de Bouillon, ayant avec luy, au lieu de sa maison et gardes, plus de mille chevaux et aultant de gens de
pied, ce qui me feist haster d'aller au logis dud. chaffener, lequel je feï marquer et réserver.
Et voyant telle compaignye, contre la teneur de lad. composition, qui ne fauldroit à faire mille désordres, je le remonstray aud. s"" duc de Bouillon et les violences qui se faisoient desjà, par les logis, affîn d'y remédier, pendant quoy led. s"" baron y arriva, mays n'y voulut entrer, voyant les désordres et les Suisses prestz à forcer la ville pour y entrer, comme les François, lesquelz en tiroient et jectoient par dessus les murailles tout ce que bon leur sembloit ; ce que je remonstray en vain et sans remède, la maison et garde dud. s*^ duc de Bouillon faisant plus de mal que les autres, priant au moings, au milieu de telles insolences, qu'on réservast des vivres pour les Alemandz qui estoient à la campaigne. Et comme j'allois et venois par les rues, pour empescher le sac de ceste ville, s'il m'estoit possible, les reistres, voyans les Françoys jecter les meubles par dessus les murailles à leurs gens qui estoient dedans les fossez, s'adressèrent à une porte vers le cartier du colonel Fridéric von Verren*, laquelle ilz forcèrent, et se saisirent de tout le bestail,
1. Le colonel Frédéric von Yerren ou Yerden, qu'il ne faut pas confondre avec celui dont nous avons parlé (p. 25, note), commandait au départ de l'armée, le 5 août, le jour de la montre, à Strasbourg, quatre cornettes de reitres (Lettre de Jehan Melander, premier secrétaire de l'armée allem., au duc Philippe de Brunswick; f. fr., V. 3398, f. 165) . Il mourut de maladie (Mémoire de Des Réaux ; V'= de Golbert, vol. 401, f. 136), le 19 septembre, suivant une lettre de Dietrich Clott au duc de Brunswick (f. fr., vol. 4685, f. 84), ou le 30 septembre, suivant une lettre du duc de Guise au roi, du 1" octobre (f. fr., vol. 4734, f. 318). Après sa mort, les quatre cornettes qu'il commandait se débandèrent sans qu'aucun capitaine put les retenir (Ibid.).
y estans en telle foule que, prévois ung meurdre, par la sédition des nations pour le pillage, faulte d'ordre.
Et voyant qu'on en estoit desjà aux armes, si avant qu'il y en avoit eu de la maison dud. s*" duc de Bouillon tuez, je montay à cheval et m'en retournay au Cartier, affin d'en advertir led. s*" baron, pour donner ordre que noz reistres et landsquenetz ne passassent oullre, comme ilz eussent faict, sans la promesse que led. s^ baron leur feist de leur faire délivrer des vivres ; dont il escripvit incontinent aud. s"" de Bouillon et, qu'à faulte de cela, il ne pourroit empescher les reistres et landsquenetz d'entrer dans la ville, comme les autres, non sans le péril de sa propre personne, qu'il eust esté meilleur de demeurer en son cartier, et, par les commissaires, se faire accommoder de la ville de ce qui luy eust esté besoing. Et, après avoir faict retirer tout le monde loin de la muraille, nous retournasmes au cartier, ayant veu l'heure que les François estoient en danger de se bien repentir d'estre entrez en lad. ville, en laquelle ilz commirent tout ce qu'ilz voulurent, leur ayant led. s"" baron laissé faire de tout à leur plaisir, puisqu'ilz avoient composé sans luy.
Et d'aultant qu'à cause de l'excès commis à Sarrebourg par les François, les estrangers estoient fort mal contens d'eux, se voyans mourir de faim, pendant que les François faisoient bonne chère dans la ville, lesd. François entrèrent en une grande crainte d'en recepvoir quelque mauvais traictement, au sortir de lad. ville, tant en leurs personnes que bagages, sortant de lad. ville fort chargez de vivres et de meubles, pourquoy led. s*" duc de Bouillon en escripvit aud. III 7
S*" baron, le priant d'en parler aux colonelz et d'empescher cela, comme il feist pour éviter une sédition en l'armée, leur remonstrant le mal et les priant de n'y plus retourner, qu'aultrement il laisseroit faire aux aultres ce qu'ilz vouldroient et ne s'en mesleroit plus, ce qu'il leur deist en cholère, affin que cela les retinst d'entreprendre plus chose semblable.
Le XXI® d'aoust, l'armée fut logée es environs de Blamont^ que les François espéroient aussy prendre d'emblée, ayant logé dans les faulxbourgs de lad. ville ung régiment de Suisses avec le régiment françois du colonel Villeneufve^ et l'artillerie assez près de là, à cet effect ; et, dès le jour précédent, ilz avoient faict recongnoistre la place par led. s"" de Cormont, mareschal de camp, faict faire les approches par led. colonel Villeneufve, son filz, qui y perdit de bons soldats, et pour ce que c'estoit à son tour de faire l'effort et aller à l'assault, ce commencement feist juger aud. s"" de Cormont, son père, que la fin en seroit plus dangereuse à son filz, lequel d'ailleurs avoit acquis une mauvaise réputation de mesnager trop sa vie. C'estoit aussy aux François de mectre pied à terre, au besoing.
1. Blamont, sur la Venouse (Meurthe). Une lettre du duc de Guise au roi, du 3 septembre, nous apprend que les Allemands avaient pointé leur artillerie sous les murs de Blamont, mais qu'ils avaient levé le siège avant de commencer la batterie (f. fr.,\ol. 4734, f. 277). Suivant Claude de La Ghastre, l'armée allemande entama le siège, mais la ville ût une si énergique résistance que les assaillants se retirèrent {Discours sur les faits de 1587, f. 25).
2. Le s. de Cormont de Villeneuve, fils du maréchal de camp dont nous avons parlé (p. 67, note 1) , commandait un régiment de mille arquebusiers français (Estât de l'armée des reitres, f. fr., vol. 704, f. 69).
Il y avoit dedans la place ung gouverneur qui ne feist poinct de contenance de s'estonner*, et les François avoient desjà jecté leur feu et commençoient à recepvoir les périls en conseil; et ceste rodomontade de prendre la Lorraine, en peu de jours , s'attiédissoit à la françoise, comme je l'avois prédict aud. s'" baron de Dhona, de sorte qu'ilz estoient sur le change et en délibération de ne s'amuser plus à prendre places, mais à brusler en passant pais, saccager, lascher estangs, noyer et gaster tout ce qu'ilz pourroient.
Et, sur tel refroidissement, remirent d'eux-mesmes en avant la négotiation de Lorraine et nous advertirent du retour de Buhy, qu'ilz avoient accoustumé d'arrester et nous le celer, nous priant led. s"^ duc de Bouillon d'aller au conseil à Sertarville, pour adviser ensemble ce qu'on pourroit faire, sur le rapport dud. s"" de Buhy dont nous ne faisions plus d'estat, à cause des routures qu'ilz avoient faict de propos délibéré de lad. négotiation. Et n'entendant poinct de bruit en l'armée ny de remuement à l'artillerie, comme nous pensions ouyr, de grand matin, nous apperceusmes bien qu'il y avoit de l'encloueure en la résolution de leur guerre en Lorraine et qu'ilz avoient mis de l'eaue en leur vin, craignant de se perdre aux efforts, esquelz, pour leur honneur, il leur convenoit se trouver les premiers; dont j'adverty led. s' baron, afifin qu'il congneust que du moings nous commencions à nous asseurer de ce que je luy avois dict, qu'il les faloit empescher d'affermir le pied en Lorraine,
1. Le château de Blamont était commandé par le capitaine Jean- Jacques Kiecler, châtelain du comté de Richecourt, converti du luthéranisme (Pelletier, Nobil. de Lorraine, \° Kiecler).
estant d'advis que led. s"" baron rejectast l'ouverture qu'ils vouloient faire de renouer ceste négotiation par son moyem, après qu'ils l'avoient rompue tant de fois, de gayeté de cueur, les en laissant faire, s'ils vouloient, et se gaussant de leur refroidissement.
Nous en allasmes aussy voir que c'estoit et, sitost que fusmes entrez en la chambre dud. s"" duc de Bouillon, il nous présenta led. s"" de Buhy, lequel d'abordée se plaignit à nous du tort qu'on luy avoit faict de l'injurier, à cause de ses voyages, pour ceste affaire, et du dommage qu'il avoit receu, pendant son dernier voyage et en hayne d'icelluy, en faisant brusler la maison du cappitaine Neufville , où il avoit retiré ses gens, bardes et papiers et chevaux, s'en prenant ouvertement aud. s*" de Guitry, du commendement et compaignye duquel il disoit cela estre procédé, et en demandoit raison, laquelle aultrement il chercheroit ailleurs, et sans laquelle raison il ne se vouloit plus mesler de cet affaire-là. Et sur sa plaincte, je prins subject de dire que nous avions bien plus d'occasion de nous douloir que luy, pour les routures qu'ilz avoient faict de lad. négotiation, de propos délibéré, tant àPhaltzbourg qu'à Sarrebourg, pendant que nous y employons de bonne foy, avec leur advis et consentement, et des injures qu'ilz nous faisoient, pour ceste cause, mays que ce n'estoit rien de cela, au pris de ce qu'ilz ont malicieusement faict entendre en Lorraine par quelques Lorrains à leur poste ^ que nous congnoissions bien, que ce n'estoit que mine ce que nous traictions avec led. s*" duc de Lorraine, que nous