‹ Mémoires inéditesChapitre 25 sur 92 · Claude Pinart (t. I, p. 90, note · texte numérisé non relu

Claude Pinart (t. I, p. 90, note

114 MÉMOraES DE LA HUGUERYE.

doient dud. s"" duc, son maistre, auquel il persuada aussy que meilleur estoit de prolonger la trefve. A quoy les aultres conseillers n'osoient résister, à cause dud. s"" de Guitry, qu'ilz congnoissoient le plus instruict des secrez dud. s'" roy de Navarre, lequel luy adressoit tous ses commendemens. Et par ce moyem ilz feirent jouer deux personnages contraires aud. s"" duc de Bouillon, indignes de sa qualité et de très dangereuse conséquence, ne se souciant pas led. s"" de Guitry de ce qui en pourroit advenir, pourveu qu'il feist ce qu'il désiroit, selon ses intelligences.

Comme nous prenions congé dud. s"" duc de Bouillon, pour nous en retourner au cartier, j'ouy ung coup de canon; et, en leur demandant où c'estoit, j'en entendi encores ung aultre coup, puis deux coups. Et, après avoir faict semblant de ne sçavoir que c'estoit, enfin ilz me dirent qu'ilz pensoient que c'estoit au chasteau de Gerbevillers^ cartier de Suisses ^ qui a voit faict refuz d'ouvrir et fournir vivres. Je remonstray que c'estoit choses du tout contraires à ce qu'ilz venoient de résouldre avec nous et qu'il faloit donner ordre en

1. Gerbeviller (Meurthe), à 13 kilomètres de Lunéville. Le récit de l'expédition de 1587 publié dans le Recueil A-Z nous apprend que le château de Gerbeviller iqu'il confond avec Ogeviller) fut pris par les Suisses après une batterie de 9 coups de canon et que le capitaine qui le commandait fut pendu (Lettre G, p. 204).

2. La jonction des Suisses, conduits par Clervant, et des Allemands, commandés par le baron de Dohna, s'était faite peu de jours auparavant, le 20 août, sur les confins de l'Alsace. Claude de La Châtre estime que les Suisses étaient au nombre de quinze ou seize mille et les Allemands au nombre de huit mille {Discours sur les faits de 1587, p. 14). Clervant menait avec lui un ours apprivoisé. On sait que l'ours est la pièce principale des armes de Berne (Nouvelles de l'armée des reitres; f. fr., vol. 4734, f. 275).

diligence que cela ne passast oultre. Et voyant qu'ilz n'en tenoient compte, tant ilz estoient enclins à infidélité en cet affaire, j'y allay, et trouvay desjà les Suisses dedans le chasteau, sans moyem d'empescher le pillage, quelque peine que prinst led. s' baron de Dhona; lequel y accourut comme moy et s'en courrouça fort aigrement aud. s' de Gouvrelles, l'accusant d'avoir faict contre son serment, et luy, au contraire, s'excusant sur le commendement dud. s"" duc de Bouillon, auquel et aux François il s'accommodoit, pour tirer prouffit de son artillerie, de laquelle led. S"- baron le menaça de luy oster le commendement, le bourg estant assez grand et accommodé pour loger lesd. Suisses, sans piller ce chasteau, apartenant en partye au s'" comte Reingraff, vassal dud. s"" duc Casimir. Duquel chasteau led. Gouvrelles tira 800 livres, pouldre seulement; et tous les deniers, meubles, bestail et chevaux furent pillez à nostre veu.

Et avec ce mescontentement nous retournasmes au Cartier, où je fei entendre aud. s"" baron tout ce que nous avions faict et le peu d'espérance qu'il y avoit de conduire la négotiation de Lorraine à bonne fin, veu l'infidélité des François devant nous augmentée, depuis l'arrivée dud. s' de Gussy, de la négotiation duquel je luy fei le discours et de tout ce que j'en avois apprins, qui me faisoit veoir et représenter, comme devant les yeux, la ruine de ceste armée; persistant sur ce de ne vouloir faire ce voyage sans espérance de fruict. Et luy au contraire se résolut tant plus de me presser de le faire, tant pour n'y avoir plus de regret et avoir ce contentement d'y avoir faict tout nostre debvoir, selon l'exprès commendement

que nous en avions dud. s' duc Casimir, que spécialement pour descharger, tant que nous pourrions, Jed. s"" duc des calomnies des François et de tout soupçon et danger, à l'occasion de ceste entreprise sur la Lorraine.

Pour quoy, le xxiii® d'aoust, nous allasmes, led. s' Wambold et moy, à Gerbevillers trouver led. s"" de Buhy, pour aller avec luy et prier, de la part dud. s"" baron, led. s" de Clervant de recepvoir et garder les ostages, suivant la confiance dud. s^ d'Haussonville (et led. s'' de Clervant escripvit par nous aud. s' de Guitry de les recepvoir en son nom et les luy envoyer), luy laissant aussy le sauf-conduict dud. s"" d'Haussonville, allant à ceste fin vers led. s"" de Guitry, que nous trouvasmes en campaigne, à cause de quelques gens de guerre qui estoient venu attaquer une trouppe de soldatz du s"" de Mouy ' , en ung moulin près Thibaumeny2. Et, après avoir attendu longtemps lesd. ostages, avec ung trompette dud. s' d'Haussonville, nous priasmes led. s"" de Buhy d'aller au devant, comme il feist; et les amena, les ayant trouvés en chemin n'osans s'advancer, à cause de l'alarme. Lesd. ostages estoient les s" de Belleguise, lieutenant colonel du s"" d'Artigosy^, et le cappitaine Page^, du régiment

1. Le s. de Mouy (t. II, p. 334, note) commandait un régiment de 2000 arquebusiers français (Estât des reitres, f. fr., vol. 704, f. 69).

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