‹ Mémoires inéditesChapitre 27 sur 92 · Ou trouve une famille de robe da nom de Pagel (Pelletier · texte numérisé non relu

Ou trouve une famille de robe da nom de Pagel (Pelletier

dud. s' d'Haussonville; lesquelz led. s^ de Guitry envoya aud. s' de Glervant par six chevaux-légers. Et nous allasmes à Lunéville, où led. s"- d'Haussonville nous feist descendre près son logis. Et, pour ce qu'il estoit tard et avoit desjà souppé, il nous feist traicter en nostre logis. Et, incontinent après avoir souppé, nous allasmes le saluer et ceux qui estoient avec luy, le prians de gaigner le temps et faire ce pour quoy nous estions venuz vers luy, n'ayant terme que le jour de demain, d'aultant que les Françoys nous disoient que ce renouement de négotiation n'estoit que pour nous amuser. Sur quoy il pria les gentilzhommes et cappitaines qui estoient avec luy de se retirer, retenant seulement les s""' de MontreuilS d'Artigotty et de La Bastide% l'aisné.

Le récit de cette conférence, dont les interlocuteurs furent le s. d'Haussonville et La Huguerye, est un tissu de récriminations réciproques. Les faits racontés depuis le commencement du

Nobil. de Lorraine, v» Pagel). Peut-être faut-il lire Pange; nous avons déjà rencontré un capitaine de cette maison (p. 13, note).

1. Philippe de Savigny, s. de Montreuil ou de Montureux, dans l'ancien comté de Ferrette, appartenait à une maison originaire de la Franche-Comté (Jean Cayon, Ancienne chevalerie de Lorraine, yo Montreux). Il commandait un régiment de 1000 hommes de pied dans l'armée du duc de Lorraine (Estât des reitres; f. fr., vol. 704, f. 69). Il devint bailli des Vosges le 13 janvier 1589, conseiller d'État et maréchal de camp en 1591 (Lepage, Lettres et instructions de Charles III, p. 208).

2. Jean-Biaise de Mauléon, s. de La Bastide, chambellan de Charles III et bailli de l'évèché de Toul , plus tard sénéchal de Barrois, mort en 1613 (Lepage, Lettres et instructions de Charles III, p. 5, note). Peu de jours après cette conférence, le duc de Lorraine envoya La Bastide en rendre compte au roi. La réponse du roi, datée du 24 septembre , est conservée à la Bibliothèque nationale (f. fr., vol. 17990, f» 116 v°).

volume y sont exposés à nouveau. La Huguerye pressait le représentant du duc de Lorraine d'accepter Taccord qu'il lui avait proposé (p. -13) ou au moins ses conditions principales afin de lui donner les moyens de résister, dans le conseil de l'armée, à l'influence des ambassadeurs béarnais, toujours hostiles au duc de Lorraine. Enfin d'Haussonville s'engagea à expédier sur-le-champ le capitaine La Bastide vers le duc pour rendre compte de la conférence et demander des instructions.

Le passage supprimé occupe dans le manuscrit les fol. 195 v" à 20^.

Et, après ceste dépesche faicte par led. s^ d'Haussonville et promesse qu'il nous donna d'en avoir response résolue demain, devant midy, nous nous retirasmes en nostre logis, où, pensant ung peu, à loisir, à toutes les responses dud. s"" d'Haussonville, je ne m'en promis pas tant d'effect que de ce que nous avions auparavant traicté avec led. s' de Tantonville.

Pendant que, le xxmf d'aoust, nous attendions, à Lunéville, le retour dud. s*" de La Bastide, sur le midy, l'armée estoit venue loger à Froville^ et es environs, sur lad. rivière de Muz, au dessus de Lunéville^ avec résolution de ne la passer avant nostre retour, led. s' de Montreuil nous donna à disner. Et, voyant l'heure de midy passée, je voulu aller vers led. s"" d'Haussonville sçavoir à quoy il tenoit que led. s"" de La Bastide n'cstoit encores venu, veu que n'avions que ce jour-là limité; mays led. s"" de Montreuil me pria de ne bouger et y envoya. Depuis n'estans pas encores hors

1. Froville, canton de Bayon (Meurthe), à 22 kilomètres de Lunéville.

2. Sur le siège de Lunéville et les efforts de l'armée catholique pour préserver la ville, voyez Claude de La Châtre {Discours sur les faits de 1587, p. 26).

de table, led. s"" d'Haussonville l'envoya appeller. Et il nous rapporta que led. s"" de La Bastide n'estoit pas encores de retour, nous priant led. s'^ d'Haussonville de ne nous ennuyer, et que son retardement ne luy sembloit que bon présage. Peu de temps après, oyant ung grand bruit de chevaux et me doubtant de quelque chose, je voulu encores aller trouver led. s"" d'Haussonville, pour tascher à congnoistre que c'estoit et d'où procédoit ce retardement; mays led. s"" de Montreuil nous pria et comme força de demeurer, et se mist à nous vouloir entretenir au jeu. Et de faict, le s"" Wambold joua, moy non, tenant pour chose assurée qu'il nous tenoit là, soubz couleur d'honesteté, pour nous empescher en effect de voir quelque chose qu'ilz nous vouloient celer. Ce qui me feist encores plus désirer d'en sortir et aller au logis, où je vey ung grand nombre de chevaux sortir de la ville (et sceu que c'estoit led. s'" duc de Guyse, qui estoit sorty par la mesme porte que nous estions entrez ; et lors je creu que c'estoit pour entreprendre sur quelc'un de noz logis, s'il en voyoit occasion, et rompre ceste négotiation) , comme, pendant que nous estions là, nous veismes amener de noz soldatz françoys prisonniers, qu'on nous disoit avoir esté prins mectans le feu en ung village ; ce qui me feist désespérer de l'affaire et prévoir que led. s"" duc de Guyse, en hayne de ceste négotiation et pour embarquer led. s" duc de Lorraine, en feroit tant qu'il hazarderoit Testât de Lorraine, s'il n'y en avoit de plus advisez et intéressez que luy en la conservation d'icelluy.

Ce qui fut cause que, sur ce poinct d'insincérité manifeste, en entreprenant sur nous, pendant que

nous négotions de bonne fby, je fei prier led. s' d'Haussonville, par led. s' de Buhy, de ne trouver mauvais si, l'heure de midy et trois heures après estans passées, je luy demandois congé, luy disant librement que je veoyois qu'on nous amusoit par son retardement, pendant que je sçavois au vray que mons"" de Guyse venoit de sortir de ceste ville, pour entreprendre sur noz logis qui estoient à une petite lieue de là, sur la mesme rivière, comme led. s' de Guitry nous logeoit tousjours en la place des Françoys, du costé de l'ennemy, pour nous exposer au combat, et, par ce moyem, nous faire perdre toute affection à ceste négotiation, et que led. s"" d'IIaussonville, au lieu de nous faire retenir au logis du s"" de Montreuil, me debvoit laisser sortir, voire me présenter aud. s"" duc de Guyse, auquel j'eusse faict entendre des choses qui luy eussent peult estre changé l'esprit et disposé au contraire ses desseings à l'effect de ceste négociation. Mays led. s' d'Hausson ville, passant par dessus ceste remonstrance, nous pria d'avoir encores ung peu de patience, et que led. s"" de La Bastide seroit bientost de retour, et qu'en tout événement nous serions demain au Cartier, aussy matin que si tious y avions couché.

Sur quoy, ayant prins advis, led. s"^ Wambold et moy, nous jugeasmes n'estre raisonnable, pour cinq ou six heures, de retourner sans response, et prinsmes résolution d'attendre. Peu après, led. s"^ d'Haussonville nous feist appeller, pour soupper avec luy, et nous feist plaincte desd. soldatz françois, surprins par les siens en mectant le feu aux villages et s'excusans de le faire par commendement ' . Et je luy rendy

1. Schomberg, dans une lettre au roi, du 29 août 1587, constate

la pareille, avec bien plus de raison, me plaignant de l'entreprise qu'estoit allé faire led. s-" duc de Guyse sur noz logis, de son sceu, pendant que nous négotions avec luy, répétant encores ce que j'avois dict aud. s"" de Buhy, qu'il eust mieux faict, pour le service de son maistre et la conservation de son estât, de me présenter aud. s' duc de Guyse, auquel j'eusse peult estre par peu de discours changé l'esprit, et que je voyois bien le hazard que couroit Testât dud. s^ duc de Lorraine, si gens plus advisez, affectionnez et intéressez n'en avoient plus de soing que led. s' duc de Guyse, comme je luy eusse dict devant luy fort librement, mays que je voyois bien qu'il estoit craintif et que les solliciteurs de la Ligue envers son maistre estoient bien plus hardiz. A quoy semblant bien s'accorder et me touchant sur l'espaule me deist, en ung mot, qu'il ne faisoit que ce qui luy estoit commendé. Puis me feist asseoir à table près de luy. Et, pendant que nous souppions, arriva led. s"" de La Bastide, lequel, après soupper, feist entendre sa charge aud. s' d'Hausson ville , seul à seul. Et tost après feusmes appeliez en sa chambre, où il nous feist ceste response :

Que mons"" de Lorraine estoit tellement irrité des feux qui continuoient, mesmes depuis avoir renoué cet affaire, l'armée passant tousjours oultre, que toute sa bonne volonté estoit convertye en ung désespoir de

que les Allemands n'ont encore commis aucune hostilité contre le duc de Lorraine, mais que leurs actes de pillage sont innombrables (f. fr., vol. 473i, f. 271). Une seconde lettre du même capitaine au roi, du 13 sept. 1587, présente un tableau lamentable de l'état des provinces lorraines après le passage des Allemands (Vc de Colbert, vol. 10, f. 213).

pouvoir rien faire qui vaille avec nous, veu que les Françoys, nonobstant les asseurances données aux Alemandz, ne cessoient leurs mauvais comportemens, recongnoissant telle aigreur en eux qu'il n'en pouvoit espt^^rer aulcun fruict, nonobstant toutes les bonnes volontez que les Alemandz y sçauroient apporter, lesquelles il recongnoissoit bien et leur en estoit obligé. Et, puisque desjà, l'armée advançant tousjours en ses pais, il avoit supporté la moitié d'ung si barbare traictement, se voyant à la déclinaison de la maladie, pour estre l'armée desjà au milieu de son estât, Dieu luy feroit la grâce de supporter le reste et luy donneroit le moyem, avec ses amys et serviteurs, d'en avoir la revenge. Adjoustant led. s' d'Haussonville que l'on avoit forcé son maistre à cela, qui de son naturel estoit prince paisible et digne d'estre conservé pour s'employer à la paix ; que les François congnoistroient que telz conseilz ne leur procèdent que de personnes mal affectionnées à leur repos, soubz couleur de quelques vengeances mal fondées; que son maistre ne s'estoit poinct encores voulu mesler de la guerre et qu'ilz l'avoient contrainct à ce coup de prendre les armes pour la juste et nécessaire défense de ses pais et subjectz; qu'il avoit assez de moyems et d'amys pour en avoir sa raison.

A quoy led. s"" de La Bastide adjousta que ce qui avoit encores plus advancé ceste résolution-là, oultre les insolences de noz François, estoit l'extrême diligence que faisoient tous les parens, amys et serviteurs dud. s' duc de Lorraine de le venir trouver, pour son secours, en une si urgente occasion et que dedans deux ou troys jours ilz seroient tous ensemble. Et

lors deist encores led. s"" d'Hausson ville : « on verra si ces brusleurs auront aultant de courage de combattre que de brusler et ruiner tant de pauvres gens, desquelz les larmes montent au ciel et crient vengeance ^ ! »

Sur la réponse du duc de Lorraine, d'Haussonville et La Huguerye entrèrent en nouvelle délibération, celui-ci pressant le représentant du duc Charles de consentir à l'accord proposéd'Haussonville lui répondit qu'il regrettait l'échec des pourparlers, mais que la décision de son maître était sans appel. Le lendemain les deux négociateurs se séparèrent. Rentré au quartier général, La Huguerye rendit un compte abrégé de sa mission au baron de Dohna.

Le passage supprimé occupe dans le manuscrit les fol. 202 V à 205.

Tous les discours qui s'estoient faictz, tant par led. s"" duc Casimir avec led. s"" de Tanton ville que depuis trois aultres fois par nous, l'une avec led s»" de Tantonville et les deux aultres avec led. s^" d'Haussonville, avoient suffisamment faict congnoistre aud. s" duc de Lorraine une asseurée disposition, voire résolution, dud. s' duc Casimir à sa conservation, laquelle, de sa part, il debvoit seconder ou en se résolvant de conclurre la négotiation cy-dessus, moyennant les conditions raisonnables à luy offertes, qui revenoient en somme à une déclaration de neutralité, passage par estappes et 1 00,000 escuz, qui luy eussent espargné la valeur de 6,000,000 d'or, mille incommo-

1. Schomberg écrit au roi : « Tout le peuple crie à M. de Lorraine vengeance de M. de Bullion et de son armée, luy offrant le reste de leurs biens et leurs vies. Il leur a promis et jure tout haut qu'il perdra la vie et celle de ses enfants ou il leur donnera contentement de ce costé-là. » (Lettre de Schomberg au roi, du 13 sept. 1587; Vc de Colbert, vol. 10, f. 213.)

\ii MÉMOIRES DE LA HUGUERYE.

ditez qu'il luy a convenu tousjours depuis supporter et à ses subjeetz, s'il n'y eust esté mieux pourveu par led. s' duc Casimir que par luy-mesmes, et le hazard évident de son estât, le tout soubz de vaines représentations dud. s"^ duc de Guyse, ou de laisser passer l'armée sans l'attaquer et provoquer à aulcun combat, la suivant seulement en queue pour haster le passage, ou du moins, s'il ne pouvoit retenir led. s"" duc de Guyse de faire quelques entreprises sur l'armée, au dedans de son estât, contre toute raison de la guerre, gaigner cela sur luy de dresser toutes ses entreprises sur les cartiers des François, qui estoient les plus foibles de l'armée, lesquelz, par ce moyem, il eust dompté ou tellement affoibly que le reste de l'armée eust esté facile à conduire à son soulagement et conservation ; et n'y a homme d'estat qui ne feust de cet advis-là. Au contraire de quoy led. s"" duc de Lorraine, se laissant trop aller aux volontez dud. s"^ duc de Guyse, permist l'entreprise première sur le cartier du colonel Bouck', près Sarrebourg, au lieu que, si elle eust esté faicte sur les quartiers des François, elle les eust empesché de poursuivre leur entreprise contre lad. ville, qui eust esté par ce moyem conservée de la grande ruine qu'elle a souffert, se contentans les Alemands d'avoir des vivres, dont ilz eussent traicté de gré à gré, pendant que l'entreprise eust empesché les François; lesquelz, au contraire, furent laissez libres en leur résolution de faire tout le mal qu'ilz pourroient, empeschant les Alemands qui estoient tous disposez à y remédier. Lequel erreur^ continua encores led.

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