Saint-Blin (Haute-Marne
remonstrances duquel et nostres fut advisé que nous irions seulement loger à Ghalevraignes et le reste aux logis voisins. Et feist-on advancer chacun en son Cartier, marchant en bataille vers la main gauche, pour favoriser led. s' duc de Bouillon, allant au sien, près duquel il nous disoit avoir ad vis qu'estoit led. s"^ duc de Guyse au prioré de Lormenault ; ce qui nous donna subject de juger qu'il s'advançoit pour joindre led. s"" duc de Lorraine • et aller rencontrer lesd. s"^^ comte de La Mark et de CoUigny, pour les deffaire, et de prendre nouvelle résolution d'aller bien repaistre noz chevaux et partir à midy, toute la cavalerie alemande et françoise, excepté les maison, cornette et gardes dud. s*^ duc de Bouillon et les Suisses, lansquenetz et régimentz françois, qui demeureroient avecluy, pendant que lad. cavalerie s'advanceroit pour aller gaigner le pont dud. Bazeilles, le garder aud. s"" de Chastillon et passer dessus pour aller à luy, s'il en estoit besoing, pour le desgager. Dont led. s"^ de Clervant fut chargé d'advertir led. s' de Bouillon, qui s'estoit desjà advancé en son logis de Prey-soubz-la-Faulche, à cause de sa maladie, et le trouva lors, priant led. s"^ baron de luy laisser deux cornettes de reistres. Lequel l'asseura de mener toutes les cornettes, mays qu'il laissoit beaucoup de cavalerie au logis, où on retiroit tous les
1. Le 19 septembre au soir, le duc de Guise monta à cheval avec le duc de Lorraine et s'avança avec sa cavalerie au-devant de Chastillon (Lettre du duc de Guise à Henri III, du 19 septembre; Arch. nat., K. 1565, n. 55). Les dates données par La Huguerye dans cette partie de ses mémoires diffèrent un peu de celles qui nous sont présentées par les documents originaux français. Gela vient de la différence des calendriers julien et grégorien.
chariotz, pour éviter inconvénient, ce qui luy serviroi t de plus de quatre cornettes.
Ainsy nous partismes, après midy, de Chalcvraignes, allant toute la cavalerie alemande ensemble et environ 500 harquebuziers alemandz, choisiz et commandez par le jeune Lenty'', selon le conseil qui en avoit esté donné aud. s' baron, pour marcher le long des bois, à la main droicte, vers Bazeilles et passant assez près dud. prioré de Lormenault, en intention d'attaquer led. s'' duc de Guyse, qui fut trouvé en estre desjà party, et les cornettes et harquebuziers à cheval françois à la main gauche, pour descouvrir des deux costez ce que l'on pourroit desd. s"^' duc de Lorraine et de Guyse, qui s'assembloient à Neufchastel, et faire chacun en son chemin ce que l'occasion requerroit.
En marchant et discourant avec led. s'' baron, je ne me pouvois assez estonner du peu de prudence d'estat que je recongnoissois en l'administration des affaires et armes dud. s' duc de Lorraine, qui avoit tant eu de peine à nous voir hors de son estât sans péril et donné tant de difficulté à ses amys pour le conserver ; et néantmoings, au lieu de faire ung pont aud. s'^ de Chastillon, pour nous joindre, en le voulant empescher imprudemment, nous rappelloit par force en son estât ; donnant de telles barres sur luy que, joignant ceste occasion à la dépesche du s"^ de Villy, il ne nous sera plus possible d'empescher les François de rentrer et faire en son estât le pis qu'ilz pourront, si les
1. Probablement le sire de Lenty, capitaine allemand, cité dans les lettres d'Henri IV comme messager du comte palatin (t. IV, p. 194).
armes les picquent et font résouldre à cela. Pour ceste cause il sembloit expédient de faire ce pourquoy on a entrepris ce chemin et recuillir led. s"^ de Chastillon sans combat, s'il est possible, et puis reprendre la brisée de l'armée et faire le mieux qu'on pourra son chemyn vers Loire et avec le moings d'incommodité qu'il sera possible; auquel effect il estoit bon qu'il advertist ses colonelz et led. s' de Lenty de ce sien advis, laissant faire aux François, si le cueur leur bastoit, d'entreprendre quelque chose, pour les suivre et soustenir, au besoing, avec toute sa force, comme il feist fort sagement.
Nous arrivasmes, environ cinq heures du soir, près de Bazeilles ; et, en descendant dans le village, ayant faict advancer led. s'' de Lenty avec sa trouppe, le long du bois, pour descouvrir, il rencontra ung homme vers nous de la part dud. s"" comte de La Mark, avec lectres de luy, qui nous asseuroient de sa conjonction avec led. s"^ de Chastillon et du desseing des ennemys pour les empescher et combattre, affin que nous feissions de nostre costé ce qui seroit encores requis, comme nous avions desjà faict. Et nous deist led. homme qu'il avoit charge de nous advertir de bouche que lesd. s'^* comtes de La Mark et de CoUigny estoient partiz le matin de Grézilles et venoient loger à trois lieues en çà, qu'ilz a voient deffaict le régiment de Malianes ^ et qu'ilz seroient demain au matin au pont de Brainville, au dessoubz de Bourmont^, pour y pas-
1. Ni Chastillon ni Saint- Auban, dans leurs mémoires, ne parlent de la défaite du régiment de Malianes.
2. Brainville i Haute-Marne). — Bourmont (id.), petite ville très ancienne et autrefois très importante.
ser la rivière de Meuze, nous priant de favoriser leur passage, d'aultant que l'ennemy s'approchoit avec toutes ses forces. Il nous advertit aussy qu'il venoit de passer à Bazeilles, où il avoit esté arresté et fouillé par les gens dud. s"^ duc de Guyse qui y estoit en personne, faisant rompre le pont, ce qui nous feist haster et advancer quelque trouppe pour le descouvrir. Mays il s'estoit desjà retiré en diligence, nous ayant veu en bataille descendans au village. Et là se trouvèrent aussy incontinent après les cornettes et harquebuziers à cheval françois. Et fut tenu conseil et résolu sur lesd. advis que nous irions repaistre à Bazeilles, où nous adviserions de ce que nous aurions à faire pour favoriser le passage dud. s"" de Chastillon, logeant là pour entretenir led. s' duc de Guyse en ceste opinion que nous feussions venuz pour luy garder le pont de Bazeilles, affin que led. s"" de Chastillon feist le lendemain son chemyn au dessoubz, avec moings d'empeschement.
Estans logez, nous entrasmes à huict heures au conseil, où il fut résolu que nous en partirions à deux heures après minuict, pour arriver, à sept heures, à Brainville, garder le pont et le refaire, s'il estoit rompu comme celuy de Bazeilles, et que nous deslogerions à la sourdine, pour estre tous les ennemys à Neuchastel, dont les sentinelles pourroient, au son des trompettes, descouvrir nostre partement et monter la rivière de l'aultre costé comme nous, en danger de rencontrer led. s' de Chastillon.
Le lendemain lundy, 11^ septembre, nous partismes de Bazeilles, à deux heures après minuict, et arrivasmes à sept heures à Brainville, donnant l'alarme
à Bourmont et es villages voisins qui ne sçavoient rien de nostre venue. Et trouvans le pont rompu, nous le feisnies refaire pour passer les gens de pied, demeurant tousjours en bataille au devant jusques environ les dix heures que nous descouvrismes des trouppes au hault de la montaigne de la rivière, à la droicte de Bourmont. Pour quoy nous ne peusmes éviter de laisser passer quelques cornettes de cavalerie françoise pour descouvrir qui ce pouvoit estre. Et trouvèrent que c'estoitled. s' de Chastillon^ Lequel estant passé à nous avec salves de ses régimentz, on feist advancer pour aller à Milières^, premier cartier qui luy fut donné, au corps de l'armée, demeurant cependant la cavalerie alemande en bataille, au devant du pont, laissant passer quelques chevaux delà l'eau, pour empescher quelques cavaliers sortis de Bourmont de faire dommage aux bagages des régimentz dud. s' de Ghastillon^; à la queue duquel nous retournasmes droict en noz logis, sans avoir trouvé empeschement quelconque en ceste conjonction ny aultre incommodité; sinon la maladie qu'en rapporta led. s' comte de La
1. L'arrivée de Ghastillon eut lieu non pas le lundi H septembre, mais le lundi 21 . La jonction des deux armées eut lieu le lendemain. Yoyez les mémoires de Ghastillon (f. fr., vol. 3976, f. 198) et la version imprimée dans les Mémoires de la Ligue (t. II, p. 212); voyez aussi les mémoires de Saint-Auban, de Thou et les historiens du temps. La différence de date ne provient ici, comme ailleurs, que de la différence des calendriers julien et grégorien. Voyez la note 2 de la page 31.